Après une excellente nuit et un non moins excellent petit déjeuner dans notre nouveau repaire, nous partons découvrir Bibracte. Le logeur n’est pas avare de conseils sur les visites à effectuer dans les environs selon les goûts de chacun, on est soigné aux petits oignons et il téléphonera même au musée pour s’assurer des horaires d’ouverture (éh oui, septembre c’est déjà hors saison…)

Nous commençons la visite du site par le musée, de conception très moderne. Il n’y a pas encore grand’monde et on prend notre temps (toute la matinée en fait !). Vers la fin nous sommes rattrapés par un pressé et bruyant groupe de jeunes séminaristes en goguette, dont certains portant des t-shirts ‘cultes’, c’est le cas de le dire ! :mrgreen:

Je ne vais pas vous résumer tout ce que le musée nous a appris sur la civilisation de La Tène (le second Âge du fer) mais juste, en guise de clin d’œil, la retranscription de quelques sobriquets celtes, dont le premier nous a bien fait rire :
– curmisagios : celui qui recherche la bière, assoiffé
– cunobarrus : tête-de-chien
– deprosagiios : celui qui recherche la nourriture, glouton
– subarus : bonne-tête
– avia : petite fille
– brigomarus : à la grande force
– senocondus : vieille-tête
– nerto : fort
– sucasses : aux belles boucles
– grannos : barbu
– admarus : très grand
– axrotalus : front haut
– billicc(os) : bon, beau
– curra : naine
– cassitalos : front bouclé
– combarobarus : grosse-tête
etc.

Nous pique-niquons sur le parking (càd là où se trouvait la nécropole !) avant de nous lancer dans la découverte des ruines de l’antique cité gauloise.

Après une montée pédestre dans la forêt, nous arrivons à une porte de l’oppidum, dont le « mur gaulois » (murus gallicus) a été reconstruit avec les techniques de l’époque. Un fossé complétait la défense.

La Porte du Rebout permettait de franchir les remparts et d’accéder à la ville de Bibracte, qui était la capitale d’un peuple celte : les Éduens.

Nous avons été fort surpris des formes prises par les arbres, comme si quelqu’un s’était amusé à tresser ces hêtres ! Nous n’aurons la réponse à ce mystère que le soir – et donc vous, dans la prochaine note 😛

D’ici là, laissez votre imagination vous raconter des histoires…

Vercingétorix avait rallié plusieurs peuples gaulois, dont les Eduens (qui avaient pourtant le statut d’ami du peuple romain), afin de former une coalition contre l’empire romain. Il fut couronné roi des Gaules à Bibracte lors d’une assemblée des peuples de la Gaule en -52. Vercingétorix avait donc le commandement suprême des armées gauloises, mais cette méritante tentative d’unification n’a pas suffi à vaincre les troupes de César, comme chacun sait…

Dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, Jules César nous apprend notamment le nom du vergobret (chef) des Éduens, Dumnorix, ainsi que son frère Diviciacos qui occupait la fonction de druide.

Plusieurs chantiers de fouilles archéologiques sont en cours, des universités de toute l’Europe interviennent sur le Mont Beuvray. Ce qui est une chance pour eux, c’est que la ville a été rapidement abandonnée après la reddition à Alésia, et donc ‘relativement’ peu modifiée.

En effet, en l’espace de deux générations, Bibracte était délaissée de ses habitants du fait de la fondation d’Augustodunum – littéralement la forteresse/citadelle d’Auguste. Cette ville de plaine, devenue aujourd’hui Autun, était bien évidemment plus facile d’accès que la place-forte gauloise au sommet de sa colline.

Stratégiquement située sur les principaux axes de communication, l’emplacement d’Augustodunum favorisait les échanges, le commerce… et surtout, Rome voulait éclipser les oppida gauloises et imposer son modèle de cité. Mission réussie !

Du sommet du Mont Beuvray, un magnifique panorama s’offre à nous :

Longtemps les archéologues ont cru que Bibracte était située à Autun. Ce n’est qu’au 19ème siècle que Jacques Bulliot et son neveu Joseph Déchelette s’acharnent à fouiller le Beuvray.

Les historiens ne le prennent guère au sérieux, non plus que la Société Eduenne dont il est membre… mais par chance Napoléon III, passionné d’histoire, lui alloue des fonds pour ses recherches. Les travaux de fouilles ainsi menés lèveront tous les doutes des sceptiques !

Lorsque Déchelette est tué, deux mois après le début de la première guerre mondiale, Bibracte retombe dans l’oubli… Ce n’est qu’il y a 25 ans que les fouilles reprirent.

La ville est organisée en quartiers autour de la voie principale. Il y a notamment un quartier artisanal spécialisé dans le travail du métal : forgerons, bronziers, orfèvres, etc.

Un étrange bassin public monumental, en granit rose, ornait le centre de la rue principale. Il était imperméabilisé par une couche d’argile. Ce bassin a été reconstitué de nos jours, je ne l’ai pas en photo mais vous pouvez le voir sur wikipédia ou ici.

Plusieurs sources alimentaient le mont Beuvray, ci-dessous la Fontaine St Pierre :

Nous retournons à la Porte du Rebout par un autre chemin dans la forêt. C’est un site agréable pour randonner mais il faut regretter une chose : les mûres, quoi qu’abondantes, n’y sont pas bonnes. Cruelle déception pour AàG !

Détail sur la conception du murus gallicus :

Ici aussi ils adorent les sens interdits géants, enfin c’est pratique : impossible de le louper quand on tire dessus 🙄 Et vu la place disponible, ça peut même servir de panneau directionnel. La preuve :mrgreen: