Après la condamnation du viticulteur bio qui avait refusé de traiter chimiquement ses vignes de manière « préventive », une autre situation absurde s’est retrouvée devant le tribunal français. Il s’agit du puçage des élevages.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/08/25/sus-aux-puces_4475994_3244.html

http://www.rue89lyon.fr/2014/05/27/aujourdhui-met-des-puces-aux-moutons-demain-ce-sera-quoi

Condamnés en première instance, la seconde manche semble se clore positivement (voir sur Mouton 2.0) mais la législation est toujours en place…

Plus récemment, en juin de cette année, un tribunal luxembourgeois a condamné à de la prison (avec sursis) et une amende deux lanceurs d’alerte français… tout en reconnaissant qu’ils avaient agi dans l’intérêt général et contre des pratiques fiscales moralement douteuses !

Le parquet du Luxembourg a estimé que le secret professionnel prime sur la liberté d’expression même si on est témoin de pratiques interlopes… Je vous laisse imaginer jusqu’où ce genre de raisonnement pourrait nous entraîner😯

(détails : affaire LuxLeaks)

Bande-son : Sólstafir – Lágnætti

Canyon d’Ordesa

L’orage fut énorme et dura toute la nuit. Spectacle son et lumière assuré ! Au matin, vu notre manque d’envie de renouveler l’expérience « petit chimiste » de la veille, nous avons prévu de quoi petit-déjeuner dans la chambre.

Durant l’été, la longue et étroite route vers el Valle de Ordesa est interdite aux véhicules particuliers, des navettes de bus sont organisées depuis Torla. Nous achetons nos tickets alors qu’il recommence à pleuvoir. Le temps d’acheter un pain et nous sautons dans la navette de 9h20. Le chauffeur est sympa et vers 9h30 l’averse s’arrête, ouf.

Depuis la Pradera (alt. 1320m) il existe principalement deux possibilités pour rejoindre le cirque de Soaso. Nous choisissons la voie haute, surnommée le sentier des chasseurs (Senda de los Cazadores).

Un panneau précise que ce chemin est « très dangereux », une très bonne chose : cela limite le nombre de personnes qui l’empruntent🙂 (en vrai, il doit effectivement l’être lorsque le temps n’est pas beau)

Le sentier commence après le pont de los Cazadores par une dénivelée d’environ 600m composée de lacets en forêt. Il fait froid et ça grimpe sec.

La végétation est encore détrempée.

La brume donne comme toujours une ambiance fantomatique.

Un tronc coupé se prend pour un arc-en-ciel…

Malgré les arrivées groupées dues aux bus, on ne se marche pas dessus. Les randonneurs s’échelonnent, chacun prend son rythme. Une bonne partie des visiteurs, et notamment toutes les familles, ont pris le chemin du bas (GR 11).

Nous arrivons à une bifurcation et prenons à gauche. Après avoir contourné une barre rocheuse nous rejoignons le mirador de Calcilarruego, qui offre un magnifique point de vue sur la vallée.

J’espère que la cascade de Cotatuero vous plaît car vous risquez de la revoir une paire de fois d’ici la fin de cette balade😉

On aperçoit une rivière en contrebas, le río Arazas.

Je croyais que les chiens étaient tout-terrain mais apparemment non, en tous cas celui-ci se blesse les pattes sur les cailloux du chemin s’il n’enfile pas ses petites chaussures (ridicules, foi de chat de fauteuil !😉 ).

Vue sur la falaise d’en face, Monte Arruebo et Punta Tobacor.

C’est par là que passe le 3e itinéraire, celui que j’aurais aimé prendre… la vertigineuse « vire des fleurs » (faja de la Fraucata ou faja de las Flores)❤ J’avais vu des photos magnifiques de ce parcours aérien mais nous l’avions mal repéré sur la carte.

Certains passent les clavijas de Cotatuero sans équipement, euh… je ne m’y serais sans doute pas risquée. D’autant plus vu comme tout est humide et glissant aujourd’hui !


Refuge de Calcilarruego

Ce sac de nœuds racines était impressionnant. Nous quittons enfin le point de vue pour poursuivre notre chemin.

Profitez bien de cette photo parce que c’est pas tous les jours que vous verrez un dieudeschats apparaître😛

A partir d’ici c’est plus ou moins à plat. C’est la Faja de Pelay, un sentier en balcon à mi-hauteur de la gorge. Il est long de 7km.

Par beau temps il n’y a pas spécialement de difficultés, simplement il ne faut pas trébucher ou avoir le vertige.

Nous sommes de l’autre côté du fameux cirque de Gavarnie. Sortant des nuages, on peut apercevoir la fausse brèche, la brèche de Roland (alt. 2807m) et le casque du Marboré :

Il y a de drôles de plantes mais je ne pourrai pas vous en montrer beaucoup, la plupart de mes macros étaient floues😦

Oui bon ok celles-ci aussi, mais je les aime bien quand même🙂

Nous croisons un autre « refuge » (abri ouvert similaire au précédent).

Le parcours offre des points de vue remarquables…

…quand il n’est pas dans les arbres🙂

Nous pique-niquons en contrebas du sentier dans un verdoyant chaos rocheux.

Petit tour d’horizon : en bas et en haut.

Sans oublier en face :

Devant nous s’ouvre la fin de la gorge, le cirque de Soaso surplombé par les « trois sœurs » (Tres Sorores) : Cilindro, Monte Perdido et Soum de Ramond.

Les nuages restent agglutinés aux sommets (ce sont des 3000m), tandis qu’ailleurs le ciel bleu apparaît.

Les bourdons butinent ferme les carlines. Ah ben on n’est pas trop de deux parfois !

Notre sentier franchit l’une ou l’autre petites cascades, mais c’est celle d’en face qui me fascine. Je ne sais pas quel est ce petit barranco qui fait ce coup de bistouri dans la falaise !

En-dessous de nous nous voyons le GR 11.

Nous descendons progressivement à sa rencontre. Et il n’y a pas que nous qui descendons car nous remarquons, suspendu dans les branches d’un sapin plus bas sur la pente, un gros bloc de pierre !

Paysage en gris et vert.

Le cirque de Soaso est royal avec sa sombre couronne de sapins.

La falaise se fait plus majestueuse au-dessus de nous.

Le sentier est de plus en plus souvent transformé en ruisseau mais en s’aidant des cailloux et des racines on garde les pieds au sec.

Ça ne semble pas se rapprocher, et pourtant !!

Ou alors c’est peut-être que je fais trop d’arrêts photo:mrgreen:

Allez un dernier effort…

…et on y est !

Notre destination est la bien-nommée cascade de la queue de cheval (Cola de Caballo). Vous êtes priés d’imaginer le bruit qui va avec, et non ce n’est pas un hennissement😉

AàG ne peut résister à aller tester l’étanchéité de son appareil photo les embruns, ça se comprend !

On aurait bien aimé monter au refuge de Góriz mais on n’aura pas le temps, et peut-être pas l’énergie non plus.

Aussi, après une pause, nous repartons. Cette fois par la piste du bas, le GR 11.

Il longe la rivière, le fougueux río Arazas.

Sur le GR 11 aussi le panorama est splendide, tant vers le haut que vers le bas.

Gradas de Soaso :

Je sais pas vous, mais moi j’ai préféré cette cascade-ci par rapport à la Cola de Caballo

Cette succession de gradins et de vasques est moins tape-à-l’œil et me charme davantage. C’est plus coloré et plus végétationnu🙂

Avec les couleurs automnales ce doit être encore plus beau.

Quelques perséides capturées😉

La falaise surplombe le chemin, j’ignore si cela a été entièrement creusé ou s’il s’agit en partie d’une érosion naturelle.

Nous quittons ensuite la rivière pour nous enfoncer dans la forêt.

Les arbres et leurs racines constituent un sujet inépuisable…

De la mousse à pattouner, ça j’aime🙂

Nous arrivons aux chutes suivantes, les cascadas de la Cueva y del Estrecho.

Ça donne envie d’aller décoincer ce tronc, non ?

Plutôt que regarder où on pose les pieds, ça vaut la peine de lever le nez de temps en temps :

Ce chemin du bas (GR 11) est sympa mais curieusement il nous a paru plus long que celui du haut (Cazadores + Faja de Pelay). Fatigués, vous dites ? Paaaas du tout !

Ambiance un peu film d’horreur, vous ne trouvez pas ?

Nous voyons le bus de 18h30 démarrer, nous attendons celui de 18h50 qui partira finalement avec 20 minutes de retard. C’est le même chauffeur qu’à l’aller.

A Torla nous ne trouvons qu’un restaurant auriculaire… Nous préférons retourner à La Tea, où le serveur commence à nous connaître. C’est parti pour une bière au citron !

Pour ceux que la balade tente, voici le descriptif pratique de Mariano.

Bande-son : Mano Solo – Trop de silence

Le village de montagne abandonné d’Escartín

Nous empruntons la même route qu’hier, cette fois jusqu’à Bergua. Sur les 10 derniers kilomètres, il s’agit davantage d’une piste que d’une route ! Le revêtement est dans un état de détérioration plus qu’avancé, même à l’aune de critères belgikistanais😆

Ce village très ancien fut important dans la région et ne manque pas de patrimoine à admirer. Il s’est retrouvé presque dépeuplé pendant des années, à présent la dynamique s’inverse et ça fait plaisir.

Il manque un morceau de la cloche et elle a une grande fêlure. Il y a une autre cloche plus petite. Au pied de ce clocher-tour se trouvent des tombes fleuries.

Malgré les citations d’Epicure, crânes de vache peints et autres détails sympathiques, nous ne nous y attarderons pas : le chemin des champignons nous appelle😉

Sous un arbre, le chemin est recouvert de fruits mûrs faisant le délice de centaines de guêpes surexcitées. Gloups !! Pas d’alternative, il faut passer là… Un peu effrayant mais pas de piqûres à signaler.

Le chemin muletier s’enfonce dans l’ombre rafraîchissante, il est encore très bien pavé par endroits.

Ambiance jungle avec une drôle de sculpture🙂

Deux passerelles permettent de franchir les ruisseaux de la Pera et Forcos, ensuite le chemin remonte le long du barranco Forcos (qui va devenir le barranco Otal).

Une maison très isolée se trouve là, avec de surprenants panneaux annonçant des boissons fraîches ?!😯

La cascade est presque à sec. En nous retournant nous voyons au loin Bergua, noyé dans l’immensité de la forêt.

Ce bâtiment semble un abri pour les bergers et/ou leurs troupeaux. La date 1872 est gravée sur le linteau ainsi que dans l’embrasure de la porte.


Inscription latérale en noir : A. CASETA FERRER DESCANSADOR

Nous apercevons notre destination, le village dépeuplé d’Escartín (alt. 1360m), situé à peu près au milieu de nulle part :

Les terrasses, impressionnantes, accueillaient diverses cultures : blé, avoine, pommes de terre et légumes.

Et nous voici à la première maison, ou du moins ce qu’il en reste.

Des carcasses soigneusement nettoyées sont dispersées sur l’herbe, signe de fréquentation par les vautours. Ils ne sont pas présents aujourd’hui mais un autre oiseau fait le guet depuis le faîte du toit.


Año 1917

Un escalier à l’ancienne mode, c’est-à-dire des dalles plates ressortant du mur en porte-à-faux :

Cet effondrement semble relativement récent car la mousse et les ronces n’ont pas encore colonisé les poutres en bois comme c’est le cas ailleurs.

Nous découvrons une première cheminée aragonaise, qui ne sera pas la seule.

Une vache se dissimule sur cette photo😉

Les vaches abîment les maisons, mais il faut reconnaître qu’elles aident à garder ouvertes les rues (cfr. ci-dessus).


† AÑO DE 1853 ? ou 1893 ?

Le village vivait de l’élevage mais c’étaient principalement des troupeaux d’ovins et caprins (moutons et chèvres). Il y avait aussi des poules, des lapins, des porcs… c’était une économie de subsistance.

Les maisons sont grandes et les détails architecturaux soignés.

Fenêtre avec volets ou fenêtre avec barreaux pour votre chambre ?😉

C’est ici que nous pique-niquerons. Recto / verso :

Nous découvrons un puits à eau.

Il y avait 18 maisons. Le pic de population se serait produit au milieu du 18e siècle avec 178 habitants, en 1910 il en restait encore 137.

Nous nous engagerons précautionneusement à l’intérieur car le plancher craint. Nous trouvons un lit, un soulier, une brouette, un meuble…

…et ceci que nous n’avons pas pu identifier. Est-ce que cela servait pour le grain ? pour la laine ?

Juste à côté, sur le sol, un petit tas de poudre de pigment bleu intense. Un nid d’oiseau. Une pièce sans plancher. Des chiffres écrits sur le mur. Un coffre. Un escalier. Presque un inventaire à la Prévert.

Ce qu’il reste de la belle Casa Pedro Escartin :

La vie était rude sans eau courante, sans électricité, sans route d’accès. Les gens ont émigré petit à petit vers de plus grandes villes. Il n’y avait plus que 6 familles dans les années 1950.

Au final deux frères sont restés vivre là tout seuls pendant un an, avant de quitter eux aussi. C’était en 1967 (1966 selon le cahier dans l’église), ils sont allés à Bergua. La Casa Navarro était leur maison :

Aujourd’hui le village est tristement en ruines, même si c’est l’un des mieux conservés que nous ayons vus.

La végétation a envahi les ruelles, les façades, les toits, et jusqu’à l’intérieur des granges et des maisons. En contrepartie certains se gavent de mûres !

Certains tentent d’interdire l’accès aux vacas.

J’aime beaucoup le soin apporté aux murs en pierres sèches et à leurs ouvertures, qu’il s’agisse des portes, des fenêtres ou des arches.

Nous arrivons sur la place du village.

La gravure du linteau nous apprend qu’il s’agissait de la forge : HERRERIA AÑO 1920.

A côté se trouve la fontaine (fuente) et le lavoir peint en bleu. Une tête sculptée s’y trouve.

Il y a des miracles à Escartín : des piliers s’ouvrent en fleur sous la pression, des murs penchent ou se bombent, des clés de voûte souffrent… et pourtant tout cela tient encore debout, malgré tout.

Les planches ont été mises en travers pour éviter que les vaches ne tombent dans le trou. La gravure recouverte de mousse indique 1905. Certaines maisons sont bien plus anciennes, la casa O Royo porte la date de 1612 par exemple.

Ici on voit bien l’utilisation du buis pour les planchers et toitures :

Une maison plus récente équipée d’un balcon, d’une gouttière et d’une fenêtre joliment sculptée où l’on devine encore le bleu de cobalt.

Oui j’aime les arches😉


Año 1887

Là, je dois sérieusement revoir mon hypothèse que les fers à cheval fichés dans les murs servaient pour attacher les bestiaux…:mrgreen:

Il y avait plein d’affiches annonçant différentes festivités à Escartín. Il semble que certains s’attachent à garder vivantes les traditions de fêtes et de danses du village😉

Il faut être prudent quand on passe devant les maisons car certaines sont occupées…

Et il ne serait pas bon de surprendre ou faire paniquer lesdits occupants ! ^^’

Un tapis de crocus d’automne qui ne rend pas grand chose en photo :


Un petit PR-HU-117 pour Alcib😉

Entrons dans l’école. Cela ne se voit pas beaucoup ainsi mais cette armoire et ce mur étaient couverts de signatures et de témoignages de 1979 à nos jours.

Il s’agit notamment de descendants qui viennent découvrir le village de leur mère ou de leur père, et qui s’interrogent à juste titre :
Porque no se ver todos aqui un día?
Porque no salvar iglesia, escuela y algunas casas?

Allons voir la remarquable église San Julián, d’origine romane, dont le clocher nous nargue depuis le début.

Il a beau ne plus avoir de toit et être lézardé, il a encore fière allure non ?


IHS

Sous le porche, la porte est fermée par une ficelle et barrée pour les vaches. Remarquez le linteau fissuré dont une pierre ne tient plus que par habitude.

La nef est un peu trop sombre pour prendre des photos correctes sans trépied. Voici le chœur. Sur un autel voisin se trouvent des images votives et des bougies.

L’autre côté, disons le narthex si ça peut s’appliquer ici, où l’on distingue le début de l’escalier (très dangereux) vers le clocher :

Partout cela fourmille de détails : un gros cœur bleu sculpté au-dessus du bénitier, les colonnes dont les chapiteaux gravés sont tous différents, les étoiles et les fleurs peints au ciel de la nef, les clés de voûte sculptées, d’anciens motifs géométriques peints dans les parties rouges…

La cloche n’est pas en reste, avec sa riche et délicate ornementation. Elle date de 1904 et est malheureusement amputée d’un gros morceau au niveau de la pince. Ça la déséquilibre et de ce fait elle repose contre le mur.

Comme à Otal, elle est dédiée à Santa Barbara, protectrice de la foudre.

Des pierres tombales sont présentes dans la nef ainsi que dans le mur extérieur de l’église, autour de laquelle se trouve un petit cimetière. On y retrouve les dalles-blocs verticales vues par ailleurs.

Vue sur la Casa Ferrer depuis le haut du clocher :

Sous le porche se trouve une boîte aux lettres avec un livre d’or inauguré par José María Satué Sanromán qui est né à Escartín en 1941. Il y a vécu jusque dans les années 1960 et est l’auteur de plusieurs livres.

Nous sommes descendus voir sa maison, la Casa Ferrer (photo d’époque) et sa belle chaminera. Nous n’y sommes pas entrés, la porte de la cour ne s’ouvrait pas. Certains éléments sont partis au musée de Sabiñanigo.

Nous poursuivons nos déambulations. C’est fou le nombre de carcasses de vaches qu’on peut trouver (je vous les épargne !)

Tiens, une maison qui porte un numéro ! La splendide cour intérieure n’est plus qu’une immense bouse, ce n’est pas évident de la franchir sans en avoir jusqu’aux chevilles voire plus:mrgreen:

Il reste encore les banquettes en bois entourant le foyer de la cheminée.

Là-haut, outre une magnifique charpente, il reste un lit métallique, une tourie, des casiers en plastiques, des sacs à gravats, des tuyaux… bon ok le contenu hétéroclite d’un grenier, quoi !🙂

Nous ne nous lassons pas du charme des lieux…

Détail sur un portail :

Ci-dessous je crois, sans certitude, que c’est la cheminée de la casa Lacasa (le nom ne s’invente pas !😉 ).

Linteau triangulaire :

Le petit cagibi abrite un râtelier.

Au revoir Escartín. Il est 17h, temps pour nous de prendre le chemin du retour.

Nous rejoignons Bergua assez rapidement, vers 18h15 nous sommes déjà à la voiture. Étonnamment elle est mouillée alors que là-haut nous n’avons pas eu une goutte de pluie de la journée.

Je ne vous avais pas montré le porche de l’église, il en vaut la peine même si la photo est pourrie :

Nous nous rendons à Torla, où nous apprenons qu’il y a un quiproquo concernant la chambre que nous pensions avoir réservée. Et bien sûr tout est plein partout.

Nous sommes dirigés vers un hôtel tenu par la même famille, à Broto. Finalement ce n’est pas pour nous déplaire car l’environnement y est beaucoup plus calme que Torla🙂

Nous prendrons une pizza au resto La Tea, il y a beaucoup de monde mais ça vaut la peine d’attendre !

Je ne sais pas trop comment j’en suis venue à établir ce parallèle qui m’a soudain sauté aux yeux.
Et, non, je ne suis pas en train de dire que les bébés sont des tumeurs.

N’allez pas croire que mon cerveau pédale dans la choucroute. Enfin quoi que ce soit possible vu comme cette note est décousue.

Ce que je voulais dire est de l’ordre de la constatation sociale :
– toutes les conversations tournent autour de cela
– votre corps ne vous appartient plus
– vous êtes « résumé » à cela
– chacun a son idée sur ce qui se développe en vous et ce qu’il faudrait que vous fassiez, mangiez, évitiez, etc.
– vous subissez une hyper-médicalisation dont l’utilité n’est pas forcément évidente
– consciemment ou non tout le monde pense déjà à la « délivrance » *insérez votre tabou après le bip sonore*

Bref. Mon Papa a eu sa première chimiothérapie hier. Ma sœur et moi fouillons les tréfonds du web, des dernières publications scientifiques aux témoignages les plus farfelus. Parce que quand un médecin annonce « je ne peux pas vous guérir », ben vous n’avez rien à perdre à essayer.

*terminez par la touche dièse*

Comme ce blog n’a pas vocation à devenir un champ de bataille et que j’ai besoin de me vider la tête de temps en temps pour ne pas la perdre complètement, ne vous étonnez pas si soudain, en plein milieu du schmilblick, une note plus légère vient se poser tel un délicat papillon sur une bouse de vache fumante.

Me replonger dans la rédaction des compte-rendus de nos vacances 2014 me fait du bien et je sens que je vais bientôt porter aux nues un nouvel outil psychothérapeutique révolutionnaire : le démontage de toit et le portage de tuiles.

Depuis Noël il se plaignait auprès du médecin généraliste : il maigrissait, avait des douleurs, fatiguait, perdait l’appétit, avait le souffle court, etc. En 2011 déjà, il lui avait signalé des douleurs dans cette zone.

On lui a conseillé un cardiologue, le cœur était normal. Lui, il disait avoir mal au pancréas. Il faut dire que ses trois sœurs ont eu des problèmes à cet organe, de quoi justifier d’y regarder de plus près ? Non, apparemment non.

On lui a répondu : pas du tout, d’après la prise de sang le pancréas est normal, ce sont les poumons ! On l’a envoyé chez une pneumologue, finalement il a eu un scanner des poumons. Elle ne parvenait pas à trouver son mal, elle a reprogrammé un scanner de contrôle pour voir comment ça évoluait, on a eu l’impression qu’elle temporisait en espérant une guérison spontanément. Ça n’a pas été le cas.

Alors ils ont récolté du ‘matériel’ dans les poumons mais là non plus, les analyses n’ont pas permis d’identifier ce qu’il avait. Par contre elles ont permis d’exclure plein de choses, notamment que ce soit un cancer. Qu’ils ont dit.

Il a fini par écouter nos conseils de prendre un autre avis, et il a été voir un médecin interniste-oncologue. En premier lieu il a pensé à une certaine maladie orpheline. Après des analyses sanguines poussées, il a trouvé que le pancréas n’était pas normal et a prescrit une IRM. Enfin.

Lors de la biopsie des poumons demandée par la pneumologue, ils ont trouvé des nodules et le chirurgien a dit qu’il n’avait jamais vu un cas pareil, sans expliciter. Durant sa semaine d’hospitalisation, ils n’ont pas prétendu lui libérer une place pour l’IRM car ce n’était pas une « urgence vitale » mais seulement « un bilan » selon eux. Durant une fraction de seconde j’ai ressenti l’urgence vitale de foutre mon poing dans la gueule de cette souriante toubib.

Il a donc dû attendre son rendez-vous dans un autre hôpital. Il s’est inquiété de savoir si les agrafes qu’on lui avait posées suite à l’opération n’allaient pas gêner pour la RMN, les grands pontes ont dit non non, ça va juste un peu chauffer. Sauf que dans l’autre hôpital, ils n’étaient pas de cet avis. Ils lui ont refusé l’IRM, postposée de deux semaines.

Les résultats de la biopsie sont tombés vendredi soir, le lendemain de leur anniversaire de mariage. L’interniste a annoncé un cancer du pancréas avec métastases aux poumons. On ne peut pas l’opérer, il doit commencer d’urgence une chimiothérapie. En commençant par une seule molécule pour voir comment son corps réagit car il est affaibli. Demain on lui pose un port-a-cath.

C’est l’un des cancers les plus agressifs, c’est même le seul pour lequel la mortalité a continué d’augmenter ces 40 dernières années.

6 mois. C’est la survie médiane des patients non opérables et métastatiques selon wikipédia. « Médiane » ça veut dire que la moitié des gens meurent avant. Autant dire que c’est foudroyant.

Une des raisons pour lesquelles le pronostic est si mauvais, c’est précisément… le diagnostic tardif. Seulement 15% des patients sont diagnostiqués assez tôt pour être candidats à la chirurgie – chirurgie qui permet d’obtenir un taux de survie à 5 ans de l’ordre de 20%.

Or on aurait pu commencer à le soigner il y a 7 mois.

S E P T. M O I S. B O R D E L.

Voire 5 ans.

Je suis en colère. Choquée. Bouleversée. Désemparée.

Ma sœur semble philosophe, ma mère est en état de choc. Lui aussi, même si secrètement il s’attendait déjà à ce que ce soit grave. Il avait dit à ma mère, avant même le rendez-vous fatidique, qu’elle devait se préoccuper davantage des papiers, apprendre à gérer tout ça, qu’il pourrait partir plus vite qu’on ne croit… et qu’il voulait aller chez le coiffeur. Pour qu’on ait une belle image de lui à garder. J’ai eu le cœur en miettes en entendant cela.

J’aime tellement mon Papa, je ne peux même pas envisager ce qui l’attend… ces souffrances, cette fin qui semble si inéluctable, si proche, si terrible… je refuse, ce n’est pas possible, c’est une erreur ! Les larmes s’arrêteront-elles un jour de couler ?

J’ai parfois l’impression que tout cela est irréel, que ça n’arrive pas vraiment à lui, que c’est dans un monde parallèle… Un mauvais roman avec un goût amer de déjà-lu.

Je suis juste une enfant qui ne veut pas perdre son Papa.
Pas si tôt.
Pas si vite.
Pas comme ça.

Parce qu’il ne faut pas que déconner, je vous invite à participer à cette action qui nous concerne de près ou de loin très près.

titom_nucleaire
Dessin de Titom dans Kairos (voir lien)

Un jour j’ai entendu un spéléo dire quelque chose comme : quand tu es sur un chantier de désobstruction, au 3e caillou qui tombe tout seul, c’est qu’il est temps d’arrêter et de se tirer !

Nous avons eu nos 3 cailloux nucléaires. Il est temps d’arrêter. D’autant qu’on ne peut pas se tirer.

Bande-son : Laura Veirs – July Flame

Canyon d’Añisclo

La nuit dans cet hôtel familial de Broto, nous bénéficions de bourrins vers minuit ainsi que de toute une symphonie de tuyauteries. De la vraie « musique de chambre »🙂 Le petit-déjeuner est plutôt frugal et industriel (ultra-chimique, dit AàG !) mais pour le reste la chambre est meilleure qu’à Sallent.

La météo du jour est hésitante : tormenta possible. Du coup nous décidons d’aller dans le parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu pour voir el cañón de Añisclo par le bas. En français il s’appelle canyon de Niscle, ça ne sonne pas très bien à mes oreilles. Comme la route est en sens unique en été, nous devrions faire un détour de… 30km ! Bon ben on finira à pied hein.

Dans un premier temps nous voulons suivre le circuit de San Úrbez mais il y a peu de balisages et nous prenons sans doute un mauvais sentier. En tous cas, après une ruine de moulin (molino de Aso), il finit droit dans le río Aso…

Logiquement ça devrait passer quelque part, mais on ne voit aucune suite en face et on ne trouve ni pont ni gué. AàG franchit quelques pierres en sautant, glisse et tombe dans la rivière. Il se fait mal au mollet, quant à l’appareil photo c’est un miraculé.

Nous ne nous acharnons pas davantage, tant pis pour la boucle prévue. Nous devons tout remonter… pour descendre de l’autre côté.

Note : si vous y allez, voici une description précise de cette promenade, qui complète joliment la journée.
Et voici une carte du coin.

Une moche passerelle jouxte ce magnifique pont ancien (puente de San Úrbez) pavé de galets de rivière. Un couple en tenue de mariage y prend la pose pour un photographe.

La vue est imprenable, tant vers le haut que vers le bas :

Nous passons sur la rive gauche du río Bellós.

Une large piste mène à l’ermitage troglodyte de… San Úrbez, bravo je vois que vous suivez !😉 Une chapelle y a été érigée (photo de l’intérieur pour les curieux).

Cet abri sous roche (alt. 938m) a été aménagé à l’un des endroits où San Úrbez aurait vécu. Ce moine, né en 702 à Bordeaux, aurait fui les Sarrasins. Il y avait quatre pèlerinages par an, j’ignore si cette tradition s’est maintenue.


Fontaine

San Úrbez est particulièrement invoqué pour faire venir la pluie en période de sécheresse. Peut-être est-ce lié à la légende : il aurait « pleuré ses peines » dans ce refuge, générant ainsi l’humidité de cette grotte !

Le chemin, très touristique jusqu’ici, continue en se rétrécissant peu à peu.

Au début il longe la rivière de près.

Nous changeons de rive au pont de Sangons et quittons le GR 15 peu après.

Nous continuons à remonter la rivière, sur les versants du pic Mondoto qui culmine à 1957m.

Il y a près de 1000 mètres de falaises au-dessus de nous (Sestrales Alta : 2101m d’altitude). Nous passons la Palanca de las Caixicariellas.

Difficile de rendre justice à ces jeux d’ombres et lumières, en réalité bien plus beaux.

La faune locale est assez étrange😉

Le canyon s’élargit et le panorama s’ouvre.

Nous sommes à la Palanca de Cumaz.

Les quelques panneaux directionnels nous font rire car ils sont ‘commentés’ : des randonneurs ont ajouté ou corrigé les durées de marche😉

Le sentier s’éloigne de l’eau et monte soudain de bien 150 mètres. Avec la densité de végétation on ne voit même plus la rivière. On l’entend seulement.

Nous sommes dans une hêtraie à la fraîcheur agréable, Selva Plana.

Il se produit dans ce canyon une inversion thermique qui fait que les chênes verts se retrouvent en haut et les hêtres au fond du ravin.

Une pensée pour Dame Ambre qui, je pense, apprécierait le lieu.

Une passerelle métallique que Dr. CaSo passerait à présent les doigts dans le nez😉

Nous commençons à revoir la belle couleur turquoise des bassins.

Les cascades se succèdent…

En conséquence de quoi le sentier grimpe, bien sûr !

Un champimignon, variété indigène😉

La vie est opiniâtre. De l’importance des racines…

Et nous voici parvenus à La Ripareta (alt. 1405m), notre destination.

L’endroit est charmant et nous nous y attardons volontiers.

La photo qu’il prenait :

Prière de ne pas glisser !

On s’amuse à photographier le flux et ses turbulences.

On dirait presque du papier bulle🙂

C’est un spectacle extrêmement reposant.

Les bulles vertes, je ne sais pas trop si ce sont des œufs de quelque chose ou si c’est végétal. Je penche pour cette dernière option.

Ça se répète un peu mais on ne se lasse pas du lieu…

Le générateur de papier bulle😉

Je me suis fait des copains un peu apathiques mais très élégants, avec un masque doré, des souliers dorés, des ailes dorées… Pourtant, étant petits, ils étaient bien dans la merde !! (larves coprophages)

Cette mouche noir & or est une « mésembrine du midi » (Mesembrina meridiana).

J’ai fait ce que j’ai pu mais je ne suis pas Ksé😉

Rapidement j’aviserai un autre copain qui se chauffe également au soleil… C’est un lézard des murailles je pense.

Je suis absolument fan de ses orteils. Et quel athlète !

Durant les deux prises suivantes, le lézard n’a plus d’yeux que pour la mouchette qu’on voit dans le coin inférieur gauche. Elle ne fera pas long feu face à ce redoutable prédateur.

Nous nous retrouvons soudain seuls. Des coups de tonnerre retentissent au loin, comme les fins d’après-midi des jours précédents.

Allez, un dernier portrait avant de partir… je ne lui ai pas demandé de sourire car il avait peut-être encore un bout d’aile coincé entre les dents (si si, ça a de toutes petites dents !).

Nous ferons le retour au pas de course. Il ne s’agit pas de se payer un orage ici, le niveau de la rivière peut monter en quelques minutes dans cette gorge étroite.

Et pourtant ces vasques donnent envie de s’y baigner, et ces mousses de pattouner !

Ce n’est qu’à la sortie des gorges que nous retrouvons le soleil. Comme d’habitude le ciel redevient bleu quand on s’éloigne de la France !


Chrysope ?

AàG profite que le pont ait été libéré par les mariés.

Vue générale, surexposée afin de permettre de voir jusqu’au fond du défilé :

Nous remontons au parking en même temps qu’un groupe de canyoneurs. Une dénommée Sara traîne la patte, fatiguée, et un camarade aussi foufou qu’un jeune chien lui joue des tours🙂

Il est 18h18 quand nous arrivons à la voiture, nous reprenons l’étroite route. Nous ne visitons pas Fanlo car nous sommes fatigués même si ce n’était pas une grande randonnée.


Nuage Asperatus ?

A Broto il commence à pleuvoir. Nous faisons quelques courses puis allons manger de délicieuses salades au restaurant La Tea. Au loin le spectacle des éclairs est splendide.

Histoire de ne pas lasser dans les chaumières avec cette suite de villages dépeuplés, j’ai décidé de ne pas publier tout de suite le compte-rendu du 7e jour et de passer tout de suite au 8e jour.

Accessoirement, les photos étaient plus faciles à trier:mrgreen:

Il s’agit une randonnée dans une gorge profonde le long d’une eau turquoise limpide… ça c’est pour vous mettre l’eau à la bouche😉

Les fèves des marais, c’est pas mauvais du tout.

Mais si on n’enlève pas la peau, j’veux pas dire mais ça donne quand même vachement l’impression de manger de grosses tiques.

C’est ce que j’ai ressenti quand j’ai appris qu’un médecin du service avait décidé d’enlever la pompe antidouleur de mon père, même pas 24h après sa délicate opération de biopsie du poumon, alors qu’il souffre encore beaucoup.

Il y a encore du progrès à faire concernant l’écoute des patients et la prise en charge de la douleur dans les hôpitaux 😡

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