Le plateau de Fanes et le lac vert au départ de Pederü
Un long trajet en voiture nous attend également aujourd’hui, mais “à plat” cette fois. Nous remontons le val Badia (après un tournant à gauche, un tournant à droite) et redescendons dans le val voisin. Après San Vigilio di Marebbe, la petite route déserte longe joliment le fond de vallée au milieu de la forêt ; elle est assez droite – ce qui est “dépaysant” !
Arrivés à l’Ostaria Pederü (alt. 1548m), une personne se met au milieu de la route pour nous arrêter. Il s’agit en fait du racket habituel pour le parking. Seulement nous ne comptions pas nous arrêter ici, sur notre carte la route continue… on nous répond chiuso ! Pas de chance ce sont des routes barrées, on ne pourra pas aller plus loin.
On fait demi-tour et on retourne se garer au dernier petit parking autorisé gratuit (je déteste qu’on me force la main). Il n’est pas tout près, ils ont évidemment interdit le stationnement sur les quelques kilomètres avant le refuge. Le “point info” fonctionne toujours : des Allemands s’arrêtent pour nous demander leur chemin. Y a qu’une route, vous ne pouvez pas vous tromper !
On réfléchit à ce qu’on va faire, car la route interdite va nous rallonger sacrément la randonnée prévue pour aujourd’hui… on décide de se lancer quand même, on verra bien où on arrivera.


Le temps de discuter et de revenir à pied jusque Pederü, il y a déjà beaucoup plus de monde. C’est l’heure des départs. Nous achetons une IGN (en ladin ??) à l’auberge et empruntons le sentier n°7 en s’efforçant de distancer les groupes bruyants, négligeant de tenir leurs enfants chiens en laisse alors que nous sommes dans un parc naturel (Fanes-Senes-Braies). Aucune chance de voir un animal par ici : ça crie comme au marché, le sentier est embouteillé et le moindre buisson parsemé de papier wc…

Il fait une chaleur de plomb, le sentier monte raide puis arrive sur un plateau buissonneux (un genre de genêts ?) en légère descente, ensuite cela recommence à monter, etc. C’est trompeur car à chaque fois on se croit arrivé en haut. Mais plus on monte, moins il y a de gens, alors ça motive !
Nous croisons de temps à autre la fameuse route barrée, sur laquelle des groupes de cyclistes progressent. Au final, une belle descente en courant dans la végétation et nous voilà sur une section plate et sablonneuse.
Le sentier remonte de plus belle après, au milieu de magnifiques racines. A partir du lac Piciodel, le sentier emprunte des portions de plus en plus larges de route, ensuite il n’y a plus qu’elle. En contrebas se trouve un ruisseau nommé rü d’Al Plan.


Après une ferme, le chemin se divise en deux : une branche en cul-de-sac se dirige au sud-ouest vers la “hutte” (ütia) de Lavarela, l’autre branche va au sud-sud-est vers la ütia de Fanes, c’est la alta via Dolomiti (haute voie des Dolomites) qui se poursuit en semi-carrossable vers le lac de Limo et ücia de Gran Fanes. A noter, traînant sur le bord de la route, une… couche jetable pour bébé !!


Nous nous posons sur un banc deux minutes le temps de regarder la carte, quand une poule rousse quitte la ferme et vient nous dire bonjour… habituée aux touristes, elle nous fait du charme pour avoir à becqueter ! Je la caresse et lui donne quelques bouts de pain, elle irait bien se servir elle-même dans mon sac à dos


Nous décidons de faire les deux côté du triangle : d’abord aller à la hutte de Fanes (alt. 2060m) et de là un sentier coupe vers l’ouest pour rejoindre le refuge de Lavarella (alt. 2042m) en passant près du lac vert (lé vërt). Cette boucle nous permet de tout voir sans devoir revenir sur nos pas, et nous espérons qu’il y aura moins de monde au milieu de nulle part pour manger tranquillement.


Le terrain est étrange par ici, c’est comme si nous marchions sur des plaques verticales qui ne sont pas toutes à la même hauteur, avec de petits trous profonds. J’avais déjà vu quelque chose d’équivalent dans le Vercors mais n’ai pas retenu le nom du phénomène.


Le sentier ne passe pas exactement au lac donc nous le quittons pour réaliser notre plan “pic-nic au bord de l’eau”. Nous y sommes tranquilles, il y a seulement quelques personnes sur la rive d’en face. On fait sécher les chaussures et les chaussettes pendant qu’on déguste une moelleuse foccacia à la tomate cerise.


Le temps change, la température a chuté et le vent se lève, le ciel est envahi de nuages. De miroir, la surface du lac devient ridée. Nous frissonnons d’être restés immobiles, il est temps de ranger les affaires pour rejoindre le refuge de Lavarela et y prendre un onctueux chocolat chaud en guise de dessert !


Est-ce que quelqu’un saurait me dire pourquoi ce pauvre veau a cette ferraille devant la bouche ??

Nous montons au-dessus du refuge pour poursuivre la promenade avec le sentier n°12, tapissé d’aiguilles. Il est très agréable et peu fréquenté, c’est un vrai bonheur !


Il y a bien une petite bruine qui tombe de temps à autre, mais rien de désagréable. Nous voyons plusieurs marmottes au loin, ce qui suffit largement à compenser !


Le sentier monte, monte, monte, on passe à un moment par des terrasses naturelles de toute beauté formant des marches d’escalier pour géant.


Les montagnes prennent une autre dimension sous cette atmosphère pluvieuse et nuageuse. On commence à fatiguer mais on voudrait arriver au “col” d’où on pourra enfin voir le plateau de Fanes s’étendre devant nous.


C’est une étendue immense et désolée, entre gris clair et gris foncé, avec des zones où la végétation parvient à se maintenir. La météo est idéale pour donner tout son caractère au lieu.


Ces chaos de roches forment un paysage lunaire. Oh tiens, il y a des habitants sur cette étrange planète !


Pas très bavardes, ces vaches… mais bien mignonnes. Elles n’ont pas grand-chose à brouter.


Ce qui est impressionnant dans ce lieu presque sans vie, c’est le silence qui frôle l’absolu.


Nous continuons d’avancer sur le sentier 12, le plan mentionne un grand lac (Lé Parom) et l’apercevoir nous permettrait d’être certain de notre situation sur la carte. Il s’agit en fait d’une grande dépression dans le terrain, mais il n’y a quasiment plus d’eau dedans.


J’essaie de convaincre AàG de poursuivre le sentier n°12 jusqu’au croisement avec le n°7. Cela ne devrait plus être loin, et nous permettrait de rejoindre la hutte Lavarela par l’autre côté de la montagne nommée banch dai torchi sur notre carte.
Je n’ai pas envie de reprendre le même chemin au retour, d’une part parce que je le connais déjà, d’autre part parce que je sais que mes genoux en souffriraient (trop pentu).


AàG n’est pas enthousiaste car le temps devient de plus en plus menaçant et nous ne sommes pas équipés pour un orage en montagne. Par ailleurs il se fait “tard” si l’on considère la longueur de la route du retour. AàG pense que nous sommes trop fatigués pour prendre le risque d’aller plus loin, on ne sait pas si le croisement sera correctement indiqué ni même si on ne l’a pas déjà dépassé, car il est difficile de prendre des repères dans ce genre d’environnement.


Mais à ce jeu-là, c’est le plus têtu qui gagne donc nous avons poursuivi


Et on ne l’a pas regretté. On s’est fait crier dessus par plein de marmottes, on a couru dans les descentes, et on s’est fait doucher comme rarement on l’avait été, jusqu’aux os !


En quelques minutes on s’est retrouvé dégoulinants et hilares ! Heureusement on n’a croisé aucun humain de tout le trajet, sinon il nous aurait pris pour des tarés
Même les chèvres de Lavarella s’étaient mises à l’abri, pas folles !


Certes le retour fut long (très long) et laborieux (très laborieux), mais au final ni AàG ni moi regrettons d’avoir fait “le grand tour”. Il était 18h30 à notre arrivée à l’auberge de Pederü, de là il a encore fallu rejoindre la voiture avant d’enfin pouvoir enlever nos bottines de marche et asseoir nos fesses (rha, ça fait du bien !)


Nous soupons au premier village croisé, c’est-à-dire San Vigilio. Le premier établissement, une trattoria, veut nous faire manger sur des tabourets de bar sous prétexte que nous ne sommes que deux et que nous ne pouvons donc pas avoir accès à la salle de restaurant. Nous partons.
Le deuxième, un ristorante (Tabarel), nous semble assez cher mais nous sommes trop fatigués pour continuer à chercher, et puis nous avons faim !! Ce fut un excellent choix car les plats (nous avions choisi des spécialités ladines) étaient fins, délicieux, servis avec art, et ce fut de loin le meilleur repas de tout notre séjour. Quel dommage que nous ayons été raisonnables : nous n’avons pas pris de dessert !

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