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Un bref récapitulatif pour ceux qui ne connaîtraient pas les débuts de l’affaire, par Olivier Mukuna :

Après plus de deux mois de détention dans la prison de Dordrecht (Pays-Bas), Bahar Kimyongür a été libéré à la surprise générale. La justice néerlandaise a jugé que le mandat d’arrêt international lancé par l’Etat turc contre le militant belge d’origine turque était insuffisamment motivé pour procéder à son extradition vers la Turquie. Une affaire embarrassante pour la Belgique. A plus d’un titre…

Embarrassante, « l’affaire Kimyongür » ? L’adjectif relève de l’euphémisme !

Primo : à la veille de l’arrestation de Bahar Kimyongür, le parquet fédéral belge a signalé à son homologue néerlandais la présence imminente du militant sur le sol batave, en précisant qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Information consignée noir sur blanc dans un PV du parquet néerlandais. En outre, les autorités belges se sont bien gardées d’informer l’intéressé qu’il était visé par un mandat d’arrêt international émis par la Turquie. Pourquoi une telle omission sinon dans le but de contourner l’impossibilité pour la Belgique d’extrader un de ses citoyens ?

Secundo : avant d’en prendre connaissance et de dévoiler l’existence du PV néerlandais, le sénateur Ecolo Josy Dubié avait interpellé à plusieurs reprises Laurette Onkelinx. Il soupçonnait que la Belgique avait « livré » Bahar Kimyongür aux Pays-Bas pour tenter de favoriser son éventuelle extradition. Réponse de la Vice-Première et ministre de la Justice : « Vous dites n’importe quoi » …

Tertio : en libérant Kimyongür pour insuffisance de preuves quant au caractère terroriste de son engagement politique, le Tribunal de La Haye a jeté une lumière différente sur sa récente condamnation par le Tribunal de Bruges : en février dernier, Kimyongür était condamné à quatre ans de prison ferme pour délit d’appartenance au DHKP-C, organisation turque d’extrême-gauche qualifiée de terroriste. Il a interjeté appel de cette décision et sera à nouveau jugé le 11 septembre prochain.

Peu reluisante pour nos autorités judiciaires et politiques, l’affaire est également délicate d’un point de vue médiatique. Seuls Le Soir et la RTBF ont traité le sujet autrement qu’à coups de brèves ou de boycott pur et simple. Mais l’unique traitement audiovisuel a souffert d’ellipses choisies et de conditionnels généreux bénéficiant aux autorités alors que les faits accablent l’Etat belge… Censuré partout ailleurs dans la presse écrite, voici l’interview de l’ex-prisonnier politique belge : Bahar Kimyongür.

L’interview est disponible en cliquant ici. Et pour ceux qui se demandent qui est Fehriye Erdal, vous trouverez quelques infos là.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est suite à l’action du CLEA (Comité pour la Liberté d´Expression et d´Association) qui adresse une lettre ouverte à la ministre belge de la « justice », Laurette Onkelinx.

«(…) par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques – élections, parlements, hautes cours de justice– demeureront mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient aux bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions (…) et de tous les éditoriaux mais (…) l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera.»
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes

Samedi 15 octobre 2005 – Retour à Bruxelles

On n’a réussi à dormir que quelques heures dans la nuit. Mais malgré cela, je maintiens que le Yildiz Hotel ** est bien mieux que le Aktaş Otel *** ! En effet, les bruits de circulation et de klaxons sont atténués et nous n’avons pas eu un foreur fou toute la nuit. Le problème ici ce sont les gens qui n’arrêtent pas de faire du boucan. Les portes qui claquent, les télévisions dont le son a été mis à fond, les conversations plus ou moins hurlantes, les ascenseurs (nous sommes malheureusement en face)… c’est du non-stop.

La télévision d’un voisin gueulera toute la nuit, avec juste une pause entre 3 et 4h du matin. Vers 4h le téléphone situé dans le couloir, en face de notre chambre, commence à sonner. La sonnerie stridente dure longtemps, puis ça cesse. Et ça reprend quelques instants plus tard. A trois reprises. Impossible de fermer l’œil, nous sommes crevés. Inutile de dire que ça ne remonte pas notre humeur à un niveau qualifié de bon.

Matinée assez morne, seul le système de fermeture de la porte est assez rigolo. Le verrou est symboliquement attaché à la plinthe de la porte, dont certains clous tiennent encore vaguement.

Nous allons déjeuner dans un salon de börek beaucoup moins bien que celui de l’aller, puis nous retournons à l’hôtel où on nous fait une remarque parce qu’on était parti en emportant la clé de notre chambre… ils ont dû voir qu’on n’était pas d’humeur car ils n’ont pas insisté.

Nous marchons jusqu’au terminal Havaş, il est 9h10 et le bus pour l’aéroport part à la demie. En cours de route nous observons des quartiers entiers qui sont rasés sur un ou deux kilomètres de long ! Il n’y a plus que les mosquées qui tiennent debout. Après 1/2h de trajet, nous voilà sur place. C’est curieux, ils ont installé un système de détection des métaux à l’entrée de l’aéroport. Or, on arrive forcément avec des objets métalliques puisqu’on arrive avec tous nos bagages ? Je n’ai pas bien compris l’utilité.

S’ensuit une très longue attente : il est 10h et notre vol ne part qu’à 14h45. C’est un choix que nous avons fait suite à la déception de la veille, nous n’avions plus envie de visiter la ville. L’aéroport est assez petit, et à part observer les gens il n’y a pas beaucoup d’occupations possibles. En face de nous une femme en burqa dont on ne voit strictement rien que les yeux (et encore). Nous nous demandons pour quelle destination elle et son mari s’envoleront… vers l’est sans doute. C’est la première fois que je vois une femme ainsi dissimulée des pieds à la tête. J’avoue avoir du mal à être compréhensive.

A tour de rôle nous partons explorer les petits commerces présents dans le hall de l’aéroport. Les prix sont exorbitants. Par exemple ils demandent 6 liras pour un thé alors que partout ailleurs c’est 0,50 liras !

Nous repassons dans un portique de sécurité. Là encore, on se demande l’utilité car lorsque ça sonne et qu’ils ne trouvent pas rapidement l’origine, ben ils laissent passer… L’embarquement se passe bien et le vol de retour est direct pour Bruxelles, donc aucun tracas de correspondance ou d’égarement de bagages. Seul ennui, un sale gosse derrière mon siège, que sa mère laisse tout faire malgré nos plaintes… un vrai pic vert !

Inutile de dire que, malgré ce bémol d’être passé par Ankara, je garde un merveilleux souvenir de ces vacances en Cappadoce ! 🙂

Vendredi 14 octobre 2005 – Retour à Ankara

La Cappadoce, c’est fini. Nous refaisons nos sacs et direction le centre de Göreme, d’où partent les bus. A peine sommes-nous au guichet qu’un bus pour Ankara arrive, il s’agit de celui de 9h qui est en retard d’un quart d’heure. Nous sautons dedans en quatrième vitesse !

Les ruines d’un caravansérail, en passant… Cette fois-ci, nous n’aurons pas droit aux multiples cérémonies du thé, juste à l’eau de Cologne. C’est manifestement à cause du ramadan. Sur les 5h de trajet, on reçoit un seul verre d’eau. Verre d’eau qu’ils ont réussi à asperger d’eau de Cologne au passage, beurk !! Nous longeons comme à l’aller le grand lac salé.

A Nevşehir, c’est-à-dire juste après avoir quitté Göreme, le bus fait une pause et attend 10h pour repartir. Après, nous n’aurons plus de pause jusqu’au relais déjà visité lors de l’aller. On y était resté 3/4h à cette occasion, mais on avait mangé sur le pouce car ils avaient annoncé un temps de pause beaucoup plus réduit initialement. Du coup cette fois-ci, on prend le temps d’aller commander un truc chaud (il est 13h). C’est pas de la grande cuisine hein, juste qu’ils nous réchauffent une sorte de börek déjà cuit.

Ben même ça on n’a pas eu le temps. On a vu les gens se rediriger vers le bus, mais les gars du snack nous rassuraient, nous disaient « no problem » en nous faisant signe de nous rasseoir. Tu parles !! Ils ont mis le moteur en route, AàG a juste eu le temps de leur lancer un billet (gardez la monnaie) et moi d’emballer notre dîner dans une serviette, puis on a couru vers le bus à toutes jambes… La pause a duré moins de dix minutes cette fois-ci. Fichu ramadan !!

Ca m’a stressé cette histoire parce que quelques jours auparavant, on soupait sur la grand route de Göreme quand on a aperçu dans le noir un touriste qui galopait en plein milieu de la rue en hurlant après son bus qui s’en allait sans lui, avec probablement tous ses bagages dedans, peut-être même ses papiers et son argent… j’ignore comment l’histoire s’est terminée pour lui mais c’est vraiment horrible comme mésaventure.

Nous arrivons à la gare des bus d’Aşti (Ankara) vers 14h15. On se fait immédiatement accoster, de manière plutôt cavalière pour ne pas dire sauvage, par plusieurs personnes « TAKSI ! Taksi ?». Nous reprenons le tram et le métro jusqu’à Ulus. Il est hors de question de remettre les pieds au même hôtel que la dernière fois, nous en cherchons un qui soit plus reculé par rapport à la grande artère. Nous choisissons le Yildiz Hotel, qui a deux étoiles et coûte le même prix que le Aktaş. Comme d’habitude, la réception est en marbre mais les chambres sont pourries ! Enfin elles sont déjà bien mieux que le Aktaş et elles donnent sur l’arrière, cela devrait donc être plus calme. Vue depuis la chambre :

Après avoir déposé les sacs, nous partons visiter la ville, ce que nous n’avions pas eu l’occasion de faire à l’aller. C’est un immense chaos routier parmi des buildings quelconques, le nombre de véhicules et la largeur des routes sont impressionnantes. Il y a un système que j’apprécie beaucoup, c’est l’affichage au-dessus des feux du temps restant pour cette couleur. C’est tout simple mais il fallait y penser et mettre l’idée en œuvre !

On voit de tout, de la carriole au modèle grand luxe dernier cri, en passant par tous les intermédiaires. Il y a également un grand nombre de taxis et de dolmuş qui foncent dans tous les sens sans se soucier des autres usagers. Après la campagne cappadocienne, ce milieu urbain ultra bruyant et stressant est difficile à supporter…

Il y a une grande pastanesi (pâtisserie) qui nous fait de l’œil, ses vitrines sont appétissantes et un cuistot a établi sur le trottoir un plateau de cuisson où il élabore des boulettes de pâte trempée dans le miel. Sur la photo le cuistot pose tout fier et sérieux, mais dans la réalité il était très souriant 🙂
Ca sent bon et ça a l’air délicieux, nous lui en prenons un paquet saupoudré de cannelle et nous nous trouvons un banc dans une rue plus calme pour déguster. En fait c’est hyper gras et hyper sucré, ça nous pèse sur l’estomac comme si c’était des boulettes de béton !

Nous commençons l’ascension du parc, cela fait du bien de s’éloigner des bruits de circulation et des échappements puants. En haut de la colline se trouve l’ancienne ville fortifiée. La montée est ardue, les boulettes refusant de passer correctement le cap de la digestion ! Le parc est verdoyant et tranquille, il y a plein de bancs et nous ne sommes pas avares de nos fesses 😉

En fait ce parc est le purgatoire entre deux enfers. Celui du bas je vous l’ai déjà un peu présenté et il n’est pas fort différent de celui qu’on peut rencontrer dans d’autres capitales. Celui du haut est plus surprenant.

Passé la porte des anciennes murailles, c’est la vieille ville. Elle se compose de maisons pauvres, souvent délabrées. Le contraste avec les immeubles que nous venons de quitter est saisissant, on croirait entrer dans un bidonville. Les rues, souvent étroites du fait de leur ancienneté, sont remplies d’enfants qui jouent. Il n’y a pas une voiture. C’est vraiment dommage, nous n’avons pas pensé à amener le dernier paquet de bonbons qu’il nous reste… Nous avons pris quelques photos dans les zones plus solitaires.

Je préfère de loin cette ambiance-là, les vieilles ruelles et les gens authentiques. Sauf que. Un enfant qui a peut-être 8 ou 9 ans s’attache à nos pas, nous parle et essaie de nous attirer dans une direction. Il ne connaît que quelques mots, principalement « hello » et « monsieur ».

Au début nous le trouvons sympathique et essayons de causer avec lui, mais en fait nous comprenons rapidement que la seule chose qui l’intéresse c’est « money », qu’il n’arrête pas de nous répéter de manière de plus en plus insistante. Il nous suit partout, tout le temps, et est vraiment très lourd. Nous finissons par le nier car il refuse de prendre en compte nos « hayir » répétés…

Quand nous arrivons au sommet de la citadelle, des petites filles d’une dizaine d’années se précipitent en courant vers nous pour nous vendre leur quincaillerie de bijoux pour touristes. Notre petit guide improvisé colle toujours à nos basques et répète sans cesse comme un perroquet « money mischieur », c’est à devenir fou. Un grand ras-le-bol s’empare de nous et on s’enfuit, las. De la laine sèche dehors. Des femmes essayent de nous interpeller pour nous vendre des foulards, etc. Je comprends bien qu’ils vivent dans la pauvreté et que les touristes leur apparaissent comme de providentiels billets sur pattes, mais ce matraquage est très fatiguant et démoralisant. Ce rapport d’argent plombe trop les relations avec les gens. Moi qui ai tant envie de voir l’Inde, je me demande finalement si je supporterais…?

Dès que nous passons la porte de la muraille, c’est la tranquillité. Cela nous fera penser au tunnel dans Chihiro… Je caresse deux petits chats sur un muret. On tente de remonter dans la vieille rue commerçante de l’ancienne ville mais le cœur n’y est plus vraiment.

Du coup on redescend le parc et on tournicote dans les quartiers plus modernes, pour faire passer le temps. Certains quartiers sont dédiés à l’électronique, d’autres à la plomberie… Le plus intéressant, ce sont les halles. Un immense marché couvert très esthétique.

Aucun endroit ne nous tente pour manger. Les salles sont enfumées, ça se bouscule… nous finirons par prendre un kebap à emporter dans un restaurant. En fait ce n’est quasi que du pain et des tranches d’oignons crus, avec vaguement un peu de viande, quelques feuilles de salade et une rondelle de tomate. Le tout n’est pas très bon. Nous décidons finalement d’aller acheter un paquet de biscuit et un litre de vişne suyu dans un supermarché (car oui, ici il y a des grands magasins, ça nous change).
A l’abri de la pollution et du bruit, dans notre chambre, nous mangeons un peu mais le moral et l’estomac ne suivent pas. Heureusement nous avons encore des réserves de papier toilette. Soirée assez morne, seule l’évacuation de la baignoire est assez rigolote.

Jeudi 13 octobre 2005 – Le palais à ciel ouvert

Ce matin au petit déjeuner, le logeur nous sert un pain extra frais. Comme quoi, la stratégie d’hier est payante 😉
Nous décidons d’aller à Açiksaray, « Open Palace ». C’est un musée en plein air perdu au milieu de nulle part sur la route entre Nevşehir et Gülşehir. Il n’y a pas vraiment d’arrêt de bus, il faut demander au chauffeur s’il veut bien s’y arrêter.

Quand nous arrivons sur le lieu, c’est complètement désert. Un chemin de terre s’enfonce dans le supposé musée, dont les limites ne sont pas matérialisées. On voit vaguement des travaux de construction qui débutent à l’entrée supposée, et c’est tout.

Un local passe et ne s’arrête pas, on se demande un peu ce qu’il fait là, perdu au milieu de nulle part. Le fait qu’il ne nous adresse pas la parole est très étonnant et nous laisse supposer qu’il magouille des trucs pas très nets.

Nous commençons à visiter les troglodytes, il s’agit principalement de monastères sculptés. Les lieux sont très intéressants même si certains sont en piteux état car la roche se désagrège petit à petit sous l’effet de la pluie, du vent, du temps et des vandales. De ce fait c’est très poussiéreux. Les façades sont particulièrement sublimes et majestueuses, c’est sans nul doute ici que nous avons admiré les plus belles ! Dommage que le ciel soit aussi voilé, la lumière est beaucoup moins belle pour les photos… elles sont grises :-/

L’un des complexes monastiques est vraiment important, de multiples et grandes pièces se rejoignent dans la roche, c’est une véritable mini-cité qu’il est agréable de parcourir et qui comporte plusieurs niveaux aérés. Nous sommes en train d’en prendre des photos, enthousiastes, quand l’homme que nous avons croisé un peu plus tôt fait son apparition. Il a une tête assez hautaine et entreprend de nous donner en anglais des explications non désirées.

Qui est ce type ? Que nous veut-il ? Il nous met très mal à l’aise car il ne s’est pas présenté et nous ignorons s’il ne veut pas s’improviser « guide » de fait pour nous présenter ensuite l’addition de son cru. De plus, les lieux étant complètement déserts, nous ne nous sentons pas spécialement rassurés.
Quelles sont ses intentions à notre égard ? Bref nous ne l’accueillons pas à bras ouverts, surtout que nous voulions visiter à l’aise, s’arrêter quand nous le souhaitons pour prendre des photos ou du repos, bref être indépendants.

Première tactique, la passivité. Ca peut paraître stupide mais, inquiets de ses possibles réactions, on ne voudrait pas le froisser en abordant le sujet de front. Nous essayons l’air de rien de le semer en visitant des pièces de manière séparée AàG et moi, ou bien d’être très lents dans l’espoir qu’il se lasse, mais rien à faire, il s’accroche et semble vouloir qu’on le suive. Il « veut » même de manière tellement volontaire que ça nous effraie un peu.

On finit par mettre les points sur les « i » puisqu’il ne semble pas comprendre : sorry but we don’t need a guide. Il se montre surpris et nous explique qu’il n’est pas guide mais bien le gardien du musée, qu’avant il a été guide pendant 10 ans à l’Open Air Museum de Göreme et que maintenant il est ici, que c’est son métier de nous expliquer. Nous ignorons s’il nous dit vrai ou pas, rien ne vient étayer ou infirmer ses dires. Il ajoute qu’ici, ce n’est pas comme l’OAM de Göreme, nous ne trouverons pas une seule peinture.

Il veut absolument nous montrer le fameux mantar d’Açiksaray. Il s’agit d’une roche à laquelle l’érosion a donné la forme d’un champignon géant, c’est unique dans la Cappadoce. Il continue à insister et de guère lasse nous acceptons, en nous disant qu’après il nous lâchera probablement la grappe. Il nous fait reprendre le chemin et on a l’air de s’enfoncer vers nulle part. Comme je pars en vadrouille sur le côté, visiter un trou que je n’avais pas encore vu, je me fais immédiatement rappeler à l’ordre « Lady, mushroom ! ». Je proteste que j’ai envie de visiter ça, ici et maintenant, mais un impérieux « After, lady ! » me répond, avec une voix terriblement grave qui fait bien tueur (et qu’on reproduira souvent par la suite ^^) Grmbl, je fulmine mais je me dis qu’on règlera ça au champignon, que sans doute le guichet du musée se trouve là et qu’il tient tout simplement à ce qu’on paie notre billet.

Au champignon, aucun guichet ne nous attend, nous sommes juste passés devant une cabane de chantier. Et notre guide ne semble pas disposer à nous laisser seuls dans ce no man’s land. Excédée, je lui demande de la façon la plus directe possible : « Sorry but is it free ? the entrance of this museum ? » Très surpris, il me répond « yes it is ». « So we can visit alone ? » et je lui explique que sa présence nous stresse, qu’on voudrait pouvoir visiter comme des escargots si ça nous chante, etc. De plus en plus surpris, il me répond « yes, no problem !! » et s’en va, tout simplement… Alors voilà, nous l’avons peut-être choqué, il était sans doute vraiment rempli de bonnes intentions… mais après 15 jours ici en tant que touristes, ben c’est triste à dire mais on devient méfiant.

Je culpabilise un peu de l’avoir ainsi envoyé paître mais c’est tout de même de manière nettement plus sereine que nous poursuivons ensuite la visite.

Nous sommes ici à cheval entre les troglos habituels et les cités souterraines, dans le sens où de nombreuses pièces sont reliées entre elles, ce à quoi nous n’avions pas tellement été habitué jusqu’ici (souvent ça se limite à deux ou trois chambres). C’est un dédale très sympathique. Et malgré ce que nous avait dit le gardien, nous parviendrons à trouver une église avec des peintures !

Par ailleurs il avait omis de nous montrer, dans le premier gros complexe monastique, le fameux taureau rouge peint sur le mur en deux exemplaires. Il s’agit d’une représentation unique en Cappadoce et je l’ai trouvée par le plus grand des hasards en retournant dans ces pièces que j’aime beaucoup.

Lorsque nous estimons avoir fait le tour, nous repartons vers la grand route dans l’intention de visiter Gülşehir.

La première voiture qui passe nous prend en stop, c’est une vieille voiture où plus rien ne semble fonctionner (ceintures, jauge, compteur…) et où le monsieur, voyant qu’on ne comprend pas ce qu’il dit, nous le répète de plus en plus fort !! Nous irons boire des litres de vişne – on n’avait, encore une fois, pas assez prévu d’eau. Il faisait très chaud malgré le ciel nuageux.

Dans le centre de cette petite ville, l’ambiance est étouffante : de nombreux groupes d’hommes discutent autour d’un thé aux terrasses des cafés ou dans les jardins de la grande mosquée. Leur regard est sévère et nous nous sentons observés sans bienveillance. En tant que femme occidentale, je me sens particulièrement mal à l’aise. Heureusement en dehors du centre l’ambiance est plus détendue, même s’ils voient encore moins souvent des touristes ! Un Turc commence même à me parler en néerlandais, il a été « drie malen in Nederland » 🙂

De retour à Göreme, on regarde un peu les souvenirs. C’est fou les réductions qu’on peut avoir en disant simplement que chez un autre marchand vous avez vu le même foulard à la moitié du prix (ce qui était vrai par ailleurs !). Pareil pour les restos : on marche devant la lignée de restaurants qui bordent la grand rue et on se fait héler par un serveur-rabatteur. Je regarde sa carte trois secondes et je lui dis que non désolée, ils sont trop chers. Il me répond : For you discount -20% ! Ben dites donc, faut pas demander si je marchandais à combien ça descendrait…
Finalement on ira manger au Tardelli. C’est cher aussi, mais au moins on sait que c’est bon. Même si pour l’entrée, il a rien compris à ce que je voulais…

(Le camion, c’est pour France !)

Le soir, on se fait la tournée habituelle des chats. A un moment, j’étais en train de nourrir un chat blotti en haut d’un arbre en lui offrant des croquettes au creux de la main, tandis qu’en bas un chien attendait que l’un ou les autres tombe(nt) 😉
Dans la rue qui retourne vers le Şato Pansiyon, une femme à l’air aimable, que nous voyons tous les jours en passant là, nous interpelle gentiment : come see my house, I have a typical house, 100 years old… Positivement surpris de l’invitation, nous la suivons dans sa cour intérieure. Hélas, c’était simplement l’habituelle arnaque aux sentiments. La maison, niet, on n’en verra pas plus. Commence la complainte « J’ai deux enfants qui vont à l’école et je fais des bracelets et des colliers pour gagner un peu d’argent… » Je lui en achèterai un, je m’y sens forcée, et puis nous irons nous coucher, désabusés par la fausse gentillesse des gens.

Mercredi 12 octobre 2005 – Les grandes cités souterraines

La nuit à la pension Şato fut bonne excepté le réveil un peu brutal, opéré par les cris d’un gamin hollandais. Une intervention en chemise de nuit auprès de sa mère n’y changera rien – et pourtant, je crois que je devais vraiment faire peur. Au petit déjeuner, que nous prenons avec les Israéliens, le pain date au moins de l’avant-veille. Du coup je m’éclipse jusqu’au petit Mehmet-shop du bas de la rue pour acheter un pain bien frais, craquant et délicieux, sous les yeux du logeur qui ne dit mot.
Les Hollandais déjeunent juste à côté, ils ont copiné avec un couple d’âge mûr dont le mari parle néerlandais tout aussi bruyamment qu’eux.

Nous décidons de louer un scooter pour aller jusqu’aux cités souterraines. En effet, elles sont situées à plusieurs dizaines de kilomètres de Göreme. La veille nous nous étions renseigné sur les prix de location, et aujourd’hui nous retournons au magasin sur conseil du logeur (système « it’s my friend, he will give you a special price »). Ce n’est pas la même personne qu’hier dans le magasin, et ce qu’il nous propose n’est pas plus intéressant que le prix que nous avions obtenu la veille sans négocier… Quand il remplit les papiers, il sue sur nos noms et met le deuxième prénom d’AàG comme nom de famille ^^

C’est la première fois que je conduis un deux-roues, c’est assez bizarre comme sensation… AàG, mon passager arrière, n’est pas très rassuré au début ! Heureusement c’est un modèle facile à conduire, sans embrayage, il suffit de trouver son équilibre 😉 Même avec une carte de fortune, la route n’est pas trop compliquée jusque Kaymakli, mais c’est long à notre vitesse. Les Israéliens nous accompagnent sur un deuxième scooter.

Nous avons décidé de boycotter Derinkuyu car des carnets de vacances nous avaient décrit cette dernière comme étant moins intéressante et très chère. Quand nous arrivons, nous nous rendons compte que les prix de Kaymakli ont été réalignés au même niveau. Nous sommes accueillis comme des chiens quand nous voulons un billet d’entrée, ils font presque comme si ce n’était pas possible d’y descendre : « no light, no light, you can’t go ! » En fait il y a plein de vendeurs de camelote et de lampes aux alentours, ils ont été très déçus de voir qu’on avait amené nos lampes. On a donc finalement réussi à obtenir un billet d’entrée, mais on n’est pas encore au bout de nos peines. Un guide nous harponne et commence à essayer de nous faire peur en nous montrant le vague « plan » dessiné à l’entrée : you need a guide, c’est un immense labyrinthe, you will be lost, c’est dangereux il y a des trous partout, la visite prend autant d’heures, etc. Il parle en français, je saisis l’excuse pour lui dire que nos amis israéliens ne le parlent pas. Du coup un autre guide tente sa chance en anglais… De vrais vautours, et leurs manières bien plus encore que leurs tarifs ne nous donnent aucune envie de nous les coltiner. Les Israéliens se seraient bien laissés amadouer mais nous leur prêtons une lampe et les rassurons sur notre capacité à les guider, ayant l’habitude d’évoluer en souterrain. Nous prenons une photo du plan « au cas où », mais vu sa gueule il ne nous aurait de toute façon pas servi à grand-chose ^^

Nous réussissons donc finalement à descendre seuls. Par chance, aucun arrivage de bus au moment où nous nous engouffrons sous terre. C’est rigolo on sent tout de suite l’influence du fait d’être sous terre : l’Israélienne m’a dit qu’il devait y avoir un manque d’oxygène car elle avait du mal à respirer… or on était à dix mètres de la grande entrée en cavage 😉

En fait tout le parcours est fléché, il est vraiment impossible de se perdre même s’il est vrai que la cité est grande. De temps à autre, un petit panneau explique l’utilité de l’endroit (cuisine, étable, réserves, pièges, pressoir à raisins, église, puits d’aération, chambres, « téléphones », etc.) Le souterrain est intéressant et à de nombreuses reprises nous nous écarterons des flèches pour approfondir la visite.

L’état général n’est pas très bon, l’épaisseur des planchers n’étant souvent pas très raisonnable. Il y a plusieurs meules impressionnantes, de belles salles, et aussi des galeries mystérieuses qui s’enfoncent sur une centaine de mètres en se rétrécissant de plus en plus, avec plusieurs meules protectrices qui obstruent le passage… pour finir sur rien du tout, la galerie devenant trop étroite et trop pleine de terre pour être poursuivie ! Car toute la cité est loin d’avoir été désobstruée. Curieusement, la température dans la cité souterraine est anormalement chaude, sauf dans ces galeries où la fraîcheur est celle appropriée à ces lieux. A noter que tout le système d’éclairage électrique existe bel et bien dans les principales galeries fléchées, peut-être qu’habituellement il fonctionne ?? Lorsque nous sortons, la grille est fermée. On plaisante : ça y est, comme on n’a pas voulu de guide, ils nous ont enfermés 😉

Dans la petite ville de Kaymakli, impossible de trouver un endroit où manger, tout est fermé à cause du ramadan. Nous trouvons de quoi pique-niquer dans un Mehmet-shop où ils étaient très gentils, et nous mangeons au sommet de la colline, dans les ruines d’un ancien village. Il fait chaud mais le ciel est voilé, il n’a plus ce bleu sans nuage dont nous avons été gratifiés jusqu’à présent. Un moment d’inquiétude lorsque des gosses foutent le feu à des mauvaises herbes… mais heureusement il ne s’étend pas jusqu’à nous.

Nous décidons d’aller voir Mazikoy (ou « Mazi Köyü »), une cité souterraine beaucoup moins connue. C’est un tout petit village qui n’a rien de touristique, où un Mehmet arrive soudain avec les clés de l’entrée et un vieux lumogaz : il entend manifestement nous servir de guide. Comme je déteste qu’on me force la main, je ne le prends pas en grande sympathie, surtout qu’il enfume la galerie d’accès avec sa cigamerde malgré sa toux et les panneaux d’interdiction de fumer. Je lui demande quel est le prix et il répond « 1 million d’euros » en riant. J’insiste, ça ne m’inspire pas confiance vu les mésaventures que j’ai lues lorsque les prix n’étaient pas clairement définis avant… et il me répond : « ce que vous voulez », toujours en riant. Ca m’énerve qu’il ne réponde pas clairement à ma question, il finira par me dire que le prix est laissé à notre libre appréciation. Je ne sais toujours pas s’il est sérieux ou pas, le concept de « prix libre » me semblant louche.

En fait la visite sera très chouette, le guide se révèle plus sympathique que je ne le pensais a priori et il nous emmène dans des passages très « funny » avec des cheminées à escalader en opposition, des petits tunnels… vraiment on s’est amusé comme des petits fous, même si nous sommes ressortis couverts de 10 cm de poussière de roche ^^
On est bien loin des cités sheep-touristiques avec des aménagements en pente douce ou du béton rajouté pour faire des escaliers !

Il nous explique également beaucoup de choses sur cette cité souterraine, sa famille étant native du village. Il consolide lui-même certaines zones avec des piliers à bras !

Après une heure de visite très intéressante, nous ressortons par une autre galerie après un simili kidnapping de l’Israélienne par notre guide farceur, qui nous a bien fait explorer les derniers recoins ! Il y a moyen de passer beaucoup plus de temps à Mazikoy, mais nous décidons d’aller visiter d’autres choses pour ne pas nous lasser.

Ce fut vraiment une bouffée d’air frais après l’industrie peu accueillante de Kaymakli, et ça nous semble donc juste de lui donner chacun le même montant que celui qui nous a été réclamé pour l’entrée (sans guide ni lumière !) de Kaymakli. Cela signifie qu’en une heure il a gagné un mois de loyer avec nous quatre.

Nous repartons sur nos scooters (après quelques problèmes d’huile) et quittons ce petit village pauvre pour un lieu bien différent : Mustafapaşa. C’est un ancien village grec, et à ce titre il possède encore quelques belles façades et une église originale (Ayios Vasilios Kilise), vraiment très différente des autres églises que nous avons pu voir en Cappadoce.

Je dirais que c’est le principal centre d’intérêt du village, sans oublier l’œuvre d’art du rond-point qui sert de repose-pattes à tous les oiseaux du coin ^^ Nous n’avons malheureusement plus le temps d’aller au lac Damsa (barrage).

Le retour s’effectue dans l’angoisse de la panne sèche : les stations essence sont rares et dans celle que nous trouvons enfin, à Ürgüp, on nous dit que… c’est fermé !! Pourtant il y a des gens ?! Sur la route, l’Israélienne me fait des signes bizarres : j’ai réussi à mettre mon casque à l’envers sans le remarquer (enfin, y avait bien un truc bizarre mais… hum ! sans commentaire merci !) C’est finalement à Ortahisar que nous trouverons une station ouverte (et qui n’allait manifestement pas le rester longtemps).

Il ne nous reste plus que la grande descente pavée en lacets et… ouf, nous voilà à Göreme, contents de rendre ces scooters. Nous allons manger au Firin Ekspress, petit resto qui ne paie pas de mine mais où les pide sont délicieuses et les prix proches de zéro ! Seul bémol : la Hollandaise et son fiston viennent manger au même endroit et sont toujours aussi horripilants… on fera une énième tournée des chats et ensuite, dodo !

Mardi 11 octobre 2005 – A propos du racisme et de l’arnaque en Turquie

Aujourd’hui nous retournons à Göreme. Il est 8h lorsque nous descendons déjeuner. Le logeur, auquel nous avions transmis notre horaire, n’est pas là. Un vieux monsieur qui se ballade dans le jardin de la pension lui téléphone et il arrivera finalement en moto à 8h30. Entre temps nous avions déjà descendu nos gros sacs, prêts à filer sans manger si nécessaire. Il faut encore compter le temps de préparation du petit déjeuner. C’est en triple vitesse que nous l’avalons car notre dolmuş est à 9h (et le prochain ne passe qu’à 11h). Heureusement, l’arrêt de bus est quasi en face du logement et nous arriverons à temps pour grimper dedans. Le véhicule est tellement bondé que nos sacs à dos se retrouvent ficelés sur le toit ! Ca ne nous rassure guère, on essaie de surveiller l’ombre pour s’assurer qu’ils sont toujours là !

Nous arrivons à Aksaray vers 9h40, le guichetier nous informe qu’il y a un bus direct (de la compagnie privée Yeni Aksaray) pour Göreme à 11h. Sinon on peut prendre le dolmuş pour Nevşehir à 10h30, et de là nous aurons un dolmuş pour Göreme (20 minutes d’attente, mais c’est 2 liras moins cher au total). Le temps qu’il nous explique tout cela et qu’on soit sûr d’avoir bien compris, il y a plusieurs autres personnes qui s’en sont mêlées, chacune essayant de nous persuader de prendre celui-ci ou celui-là !! L’intention est sans doute gentille mais c’est vite étouffant. Impossible de parvenir à savoir lequel arrivera en premier à Göreme. Nous nous décidons finalement pour le premier qui part, l’indirect. Nous avons peur de nous ennuyer à rester dans cette gare des bus plus d’une heure.

Nous achetons un petit pain sur le « marché », qui occupe en fait toutes les places libres entre les dolmuş ! Pour s’asseoir à l’ombre et manger confortablement, nous décidons d’aller prendre un thé sur la petite terrasse d’un café. Nous devrons vraiment insister auprès du patron pour les payer, et il nous demandera un prix dérisoire (0,25 lira par thé). Quand nous nous levons, il nous fait comprendre que même si nous ne consommons pas, nous pouvons rester assis à sa terrasse. Il est vraiment gentil mais nous ne voulons pas abuser et nous commençons à avoir un peu froid à l’ombre.

On s’installe dans un coin et, chacun à son tour, nous allons faire une « reconnaissance » dans la terrible rue commerçante voisine. Quel bordel c’est !! En plus de tous les magasins et de leur étal débordant sur le trottoir, il y a plein de charrettes à bras avec des montagnes de noix, d’abricots séchés, et autres fruits… sans compter les marchands ambulants de montres, de chaussures, les voitures de tout âge et les carrioles tirées par des chevaux ou des ânes… La foule est dense mais pas le moindre touriste là-dedans, ça nous change agréablement.

Le carrelage sur lequel je me suis assise en attendant le retour d’AàG est très froid. Un chauffeur de bus arrive soudain pour me mettre une grosse planche de polystyrène expansé sous les fesses – elles étaient effectivement gelées, mais comment l’a-t-il su ? Quoi qu’il en soit c’est une attention charmante et elle me réchauffe le cœur en plus des fesses 😉

Nous changeons d’avis pour le bus : les environs sont tellement animés que nous ne nous ennuyons pas. Nous optons donc pour le direct. L’employé des bus, ne nous voyant pas partir à 10h30, vient nous trouver. Le chauffeur du dolmuş se lamente parce que nous ne prenons pas le sien et que nous préférons une société privée, il est assez saoulant.
Une fois parti, l’employé nous apprend qu’en fait le direct ne part pas d’ici ! Il s’était bien gardé de nous le dire… nous devons prendre dare-dare une navette qui nous conduira à la gare des bus (ici c’est la gare des dolmuş, les petits bus). Nous arriverons heureusement à temps pour monter dans le bus direct, qui se rend jusqu’à Kayseri.

En nous délivrant notre billet pour Göreme dans le bus, l’accompagnateur nous demande si nous venons d’Israël. Très surprise par la question, je lui réponds que non, nous venons de Belgique. Il ne répond rien. D’où cette idée a-t-elle bien pu lui venir ? Je ne pense pas qu’Israël soit rempli de blondes aux yeux bleus avec une peau couleur chicon ??

Le voyage se passe bien jusqu’à Nevşehir, où le bus fait un mini-arrêt. Là, l’accompagnateur nous dit de descendre. Nous répondons par la négative, puisqu’ils doivent nous déposer à Göreme… mais il insiste, le chauffeur aussi, et comme nos bagages se retrouvent sur le bitume nous n’avons pas d’autre choix que d’aller les rejoindre, nous ne comprenons pas trop ce qu’il se passe. Un autre couple de notre âge se rend à Göreme et descend également.

On se rend compte qu’on s’est complètement fait arnaquer par la société Yeni Aksaray. En effet, nous devons maintenant poireauter pour prendre le dolmuş et il nous faudra payer 1 lira par personne pour le trajet Nevşehir-Göreme alors que nous avons payé pour un billet Aksaray-Göreme à la compagnie privée Yeni Aksaray. On se rend également compte, en discutant, que l’autre couple de touristes vient… d’Israël. OK les gars, on a compris maintenant. C’est très probablement par pure mesquinerie (pour ne pas dire racisme) envers les Israéliens qu’ils nous ont ainsi débarqués avant destination :-s

Arrivés à Göreme, nous essayons d’expliquer au chauffeur du dolmuş que nous avons déjà payé notre billet mais bien évidemment, il exige qu’on le paie car l’argent de notre premier billet va à une autre compagnie que la sienne… Comme nous causons une certaine agitation, d’autres personnes viennent s’attrouper. Quand on explique l’arnaque dont nous avons été victime, en montrant nos billets de Yeni Aksaray, ça n’a pas l’air de les surprendre plus que ça. Un chauffeur d’un autre dolmuş tente même de nous dissuader d’aller voir les gendarmes : on va perdre beaucoup de temps pour pas grand-chose, on ferait mieux de laisser tomber, c’est quand même pas pour 1 lira de perdu… évidemment si tous les touristes laissent tomber, c’est tout bénéfice pour eux. De mauvaise humeur, nous nous montrons très résolus et il finira de mauvaise grâce par nous indiquer où trouver les jandarma… en fait, il nous a dirigé vers une gendarmerie fermée !! Conclusion : ne voyagez jamais avec les bus de Yeni Aksaray…

Les Israéliens, qui nous ont suivi partout, iront loger au même endroit que nous : notre Şato Pansiyon chérie dont le logeur est tout heureux de nous revoir, surtout qu’on lui ramène du monde en plus 🙂 Les Israéliens sont ravis du logement, et très heureux de bénéficier de nos conseils et de nos expériences dans la région ; c’est leur premier jour en Cappadoce et ça avait mal commencé… Durant le trajet nous avions pas mal discuté avec eux et ils étaient assez sympathiques. L’anglais du monsieur n’était pas toujours facile à comprendre à cause de l’accent.

Nous reprenons tout de suite nos bonnes vieilles habitudes, comme si cela faisait trois siècles que nous habitions à Göreme : nous descendons au shop du vieux Mehmet du bas de la rue pour acheter de quoi pique-niquer, et nous nous installons « Chez Mehmet », càd à la terrasse du restaurant qui est fermé durant tout le Ramadan. Je surveille du coin de l’œil et avec beaucoup d’amusement un couple de touristes d’âge moyen qui est en train d’examiner le panneau avec le menu du restaurant. Ils s’installent à l’autre bout de la terrasse et attendent manifestement qu’un serveur vienne prendre leur commande. Les volets fermés et le frigo de boissons cadenassé auraient pourtant dû les mettre sur la voie ! Je me lève et leur dis avec malice « You know it is closed ? ». Surpris, le gars me répond « …but you have bread ! » ^^

Pour le dessert, ne changeons pas les bonnes choses : une crêpe à la banane et au chocolat au Mercan ! Malheureusement le serveur n’est pas notre chouchou habituel et du coup nous recevons cette fois-ci une portion qui me paraît deux fois plus petite… Nous n’avons pas le temps de nous apitoyer sur les tailles relatives de nos estomacs et de nos desserts car soudain, la musique devient… « haşni » (phonétique, il s’agit en fait de Yaşin Tutmaz de Gökhan Özen) !!! Rhaaa, depuis le temps qu’on voulait savoir qui chantait ça ! On demande aux serveurs, au patron, au disquaire d’à côté… ils rient beaucoup mais personne ne sait et ce n’est pas indiqué sur le disque. AàG sort alors l’enregistreur et ils augmentent le volume 🙂

Finalement, le patron nous propose de ranger le micro et de nous faire une copie du disque. En attendant, nous reprenons un deuxième thé et soudain je vois une tête connue qui passe dans la rue… AàG s’écrie « Arno !! » et c’est effectivement bien lui, l’Allemand que nous avions rencontré avec Süleyman à Aynali Kilise. Du coup il vient s’installer pour prendre un café et nous montrer ses photos du Erciyes Daği… qu’il a escaladé tout seul et en quatrième vitesse, finalement ! Ce n’est pas très raisonnable de faire un sommet de plus de 4000m seul, surtout qu’il n’est plus tout jeune même si sa forme physique est épatante.

Quand nous recevons la copie du CD, Arno me demande de quoi il s’agit… je lui explique en deux mots que c’est la première chanson que nous avons entendue en arrivant en Turquie, et que du coup elle est spéciale pour nous. Même s’il ne l’a jamais entendue, il demande au patron une deuxième copie pour lui ! En fait sur le CD ils ont mis les fichiers sous format mp3 donc nous avons quelques heures de musique turque 🙂

Nous devons le quitter assez rapidement car nous voulons aller à Ürgüp et il n’y a des dolmuş que toutes les deux heures.
Arno nous avait dit que c’était « cheun » comme petite ville, et effectivement ça l’est (sans plus). C’est la première fois que nous voyons une horloge publique, elle a la forme d’une cheminé de fée stylisée, son « chapeau » penché abrite en fait un capteur solaire.

Nous montons sur la colline aux souhaits (Wish Hill), qui abrite le tombeau symbolique d’un sultan guerrier dont je ne me rappelle absolument plus du nom. Le vert est la couleur de la mort chez les musulmans.

Nous nous promenons ensuite dans le vieux village troglodytique abandonné, sur la pente d’en face.

Deux moutons sont couchés sur le flanc et AàG ne peut évidemment résister à l’envie d’aller leur dire bonjour. Il y en a un qui a un collier multicolore avec une « laisse », l’autre est libre de gambader mais reste près de lui par solidarité ovine : en effet, je me rends compte que la grande corde qui sert de laisse est bloquée dans des pierres et des racines, et empêche le mouton de rejoindre le lieu où tous les déchets de légumes sont épandus à leur intention. Dès que je démêle le fil, ils se ruent tous les deux pour manger !! Pauvres petits choux…

Je profite ensuite de la présence de Mehmet-shops plus grands pour essayer de trouver des croquettes pour chat, car j’en avais volontairement épuisé le stock avant de partir pour la vallée d’Ihlara. Je rentre dans un magasin mais ne vois pas ce que je cherche. J’essaie de me faire comprendre comme je peux : « yemek kedi » (manger chat). Le Mehmet prend une tête épouvantée « yemek kedi ??? hayir !! » Je comprends la méprise et je finis par arriver à lui expliquer que, non, je ne veux pas manger les chats, mais les nourrir ! Rassuré et riant du quiproquo, il me suggère d’aller voir dans le magasin d’en face, beaucoup plus grand. J’y trouve effectivement mon bonheur 🙂

Nous nous promenons sans but dans la ville, mais le centre ancien est assez réduit. Autour, ce sont des quartiers modernes assez laids. En passant devant les rangées d’échoppes, AàG se fait héler par un barbier qui lui propose manifestement ses services, une belle lame entre les doigts – il refuse en riant, mais c’est vrai qu’il en aurait bien besoin ;-p

Nous irons ensuite dans une « pastanesi » (pâtisserie) mais ce n’est pas fameux. Les desserts turcs, hyper sucrés, sont souvent trop écoeurants pour moi. Nous essayons de choper le dernier bus pour rentrer mais ce n’est pas évident de savoir où est l’arrêt car rien ne l’indique. Nous demanderons à plusieurs personnes avant de trouver le bon endroit. Il faut se poster au bord de la route et essayer de repérer le (bon) bus à temps dans la circulation pour l’arrêter. Nous rentrerons sans encombre.

Lundi 10 octobre 2005 – De la sélection naturelle chez les touristes

Levés à 7h15 après cette nuit cauchemardesque, nous décidons de faire nos sacs pour partir le plus vite possible après le petit déjeuner. Ce dernier est servi dehors, sur des « home-made » tables (i.e. bancales) qu’on déplacera au soleil tellement il fait froid. Les touristes de la chambre d’en face arrivent 1/4h plus tard et font de même avec la leur. Il s’agit d’un couple de Hollandais, ils font un road-movie en Turquie. Nous sympathisons avec eux et échangeons nos impressions sur la vallée et sur cette horrible Piri pension. Ils sont également très déçus, dans leur guide il était mentionné « cosy rooms » !! D’ailleurs ils avertissent le logeur (une nouvelle tête qui s’appelle Mustafa et semble assez sympathique, par rapport au mafioso de la veille) qu’au lieu de rester trois nuits comme ils l’avaient déclaré en arrivant, ils s’en iraient immédiatement. Ils donnent comme raison de ce désistement l’envie d’aller voir un endroit à quelques centaines de kilomètres d’ici, ce qui est en fait complètement bidon (nous les recroiserons encore toute la journée du lendemain). On nous apporte le petit déjeuner avec du pain mou et une petite omelette tiède qu’il faut se partager.

Les Hollandais nous prêtent leurs deux guides – il sont en anglais heureusement, car mon néerlandais n’est plus très au point. Nous cherchons ce qu’il y a comme pensions à Ihlara et nous en trouvons plusieurs. Nous jetons notre dévolu sur « Bişlinger Pansiyon ». Le problème est de se rendre à Ihlara avec nos gros sacs à dos : il y a quand même un sacré paquet de kilomètres et le stop, déjà plus difficile dans cette région, est encore rendu plus aléatoire par la présence de nos bagages. Les Hollandais ne peuvent pas nous y déposer car ils comptent s’arrêter à Belisirma pour la matinée. Ils n’aiment pas trop marcher nous disent-ils. Nous nous voyons obligés de demander à Mustafa de nous déposer en voiture. Il se fait évidemment grassement rémunérer pour ce faire. Nous nions complètement la présence du mafioso, arrivé entre temps. Tout en déjeunant, nous nous rendons compte qu’il y a deux beaux gros haut-parleurs attachés sur le poteau électrique le plus proche de la pension. Pas la peine de chercher plus loin pourquoi on a cru passer la nuit dans un dancing.

La route jusque Ihlara se fait sans encombre et nous trouvons facilement la pension Bişlinger, qui est en fait un hôtel-restaurant sis sur la rue principale (la seule rue du bled, quoi). Lorsque nous arrivons, tout est ouvert mais il n’y a personne. Finalement le logeur apparaît et nous conduit à une chambre tout à fait correcte : spacieuse, propre, avec des couvertures et des essuis (« serviettes » pour les français). Elle donne sur l’arrière du bâtiment et nous avons bien regardé qu’il n’y avait pas de haut-parleur à proximité, nous devrions donc être au calme cette fois-ci. Quand j’essaie d’allumer la lumière, petite surprise : il y a une panne de courant dans le village. Ce dernier est pour ainsi dire au pied du Hasan Daği, un volcan de plus de 3000m qui a participé au façonnage des paysages cappadociens.

Nous partons vers la vallée sans rien avoir trouvé à emporter pour le pique-nique. Des panneaux flèchent l’entrée de la vallée mais en fait ça nous amène par des routes au tiers de la vallée, dans un bâtiment avec des grilles, des barbelés et des tourniquets. Il y a bien quelques petits magasins mais ils sont tous fermés (il est pourtant 10h), je ne peux donc pas acheter d’eau. L’entrée officielle n’est guère accueillante, vous l’aurez compris, et c’est avec beaucoup de surprise que nous nous voyons réclamer 5 liras pour entrer dans la vallée !! Un panneau signé du gouverneur d’Aksaray précise qu’on doit garder le billet pendant toute la promenade sinon on risque une pénalité. Or nous n’avons rien vu de semblable hier à Belisirma, donc nous ne comprenons pas ! J’essaie de discuter avec le Mehmet qui vend les tickets mais il est aussi aimable qu’une porte cochère et ne sait me répondre que « Belisirma, the same ». Nous en sommes donc réduits à payer pour pouvoir franchir les tourniquets et descendre dans la vallée par un très long escalier aménagé pour les touristes le long de la falaise. C’est assez impressionnant, surtout quand on imagine qu’on va devoir le remonter 😉

Toutes les églises importantes se trouvant dans la vallée sont fléchées, et parfois un escalier a été construit pour faciliter leur accès. Un guide n’est donc absolument pas nécessaire pour les trouver.

Nous partons d’abord vers le sud, où quelques kilisesi sont indiquées. Comme nous sommes proches de l’entrée, il y a quelques groupes de touristes par-ci par-là, mais c’est pas la foule. Nous sommes surpris en revenant vers le grand escalier de croiser nos deux Hollandais.

En vrac les églises que nous avons vues : Pürenli Seki Kilise, Ağaçalti Kilise, Sümbüllü Kilise, Kokar Kilise, Karagedik Kilise, Ylanli Kilise, Ala Kilise, St Georges Kilise… j’en oublie sûrement.

Cet aller-retour au sud nous a pris une heure et demie. Nous savons à présent à quoi ressemble un pistachier. Il est intéressant de voir que le groupe d’églises proche d’Ihlara possède un style de peinture complètement différent de celui de Belisirma. Les peintures du groupe d’Ihlara sont plus « naïves », moins élaborées tant au niveau des formes, perspectives, etc. que des couleurs. Les sujets sont également assez différents, en mettant l’accent sur les péchés et la diabolisation de la femme.

Nous continuons vers le nord, dans la direction de Belisirma. Il fait chaud, dommage que la rivière soit, elle, gla-glacée ! Nous prenons des échantillons de lave en souvenir. Il y a quelques églises et troglodytes intéressants à visiter pendant la randonnée, nous mettrons donc 2h15 entre Ihlara et Belisirma.

Lors d’une visite dans un troglo non-touristique, mon sac a failli tomber dans un puits de plusieurs mètres où nous ne pouvions pas descendre. Evidemment dans mon sac, il y avait tout : carte d’identité, passeport, argent, billet d’avion… j’ai eu beaucoup de chance.

La vallée d’Ihlara comporte une particularité : il y a une église de la même époque que les troglodytes mais… construite en pierres (en andésite dixit AàG) ! C’est la seule fois où nous en verrons une. Les peintures y sont quasi toutes détruites.

Beaucoup d’églises de cette vallée possèdent plusieurs pièces, parfois sur deux étages. J’ai ainsi rendu vert un autre touriste qui, en s’en allant, s’est rendu compte que j’étais sur la « terrasse » : il y avait un passage secret pour monter (astuce que j’ai tout de suite vue grâce à ce que nous avait dit Süleyman) et il ne l’avait pas trouvé… Dès que nous avons fait mine de quitter les lieux, il s’y est précipité ! ^^

Peu avant 14h, après avoir trouvé un Wa1ibi et sauvé une tortue emprisonnée par les murets des potagers, nous arrivons au restaurant d’hier, mais par l’arrière !

Nous sommes affamés. En fait, malgré l’heure tardive, il y a encore plein de gens attablés sur une terrasse improvisée au bord de la Melendiz. Nous nous installons et voyons le couple de Hollandais passer sur l’autre rive : tiens ils sont revenus à Belisirma !

Un des serveurs a garé sa voiture « dans » la rivière : les deux tiers de la voiture sont au-dessus de l’eau, heureusement qu’elle est peu profonde à cet endroit et que ses deux roues avant sont encore sur la berge…

Nous mangeons comme des ogres, le repas est aussi délicieux que la veille. Le petit chat des restaurateurs est toujours aussi doux 🙂

Nous en sommes au çay lorsque les Hollandais repassent et viennent s’installer à la table voisine pour manger. Nous leur disons au revoir pour aller visiter Ala Kilise, une église très grande dont la moitié a été aménagée en fabrique d’huile.

Elle n’est plus utilisée de nos jours, mais elle conserve son gigantesque pressoir ! C’est tellement énorme qu’ils ont dû surcreuser le plafond ! Dans la pièce voisine, une meule à taille plus humaine existe toujours également. Ce fut une visite très intéressante.

Sur le chemin entre Ala Church et le centre du village de Belisirma : un âne. Pendant tout le repas, on avait entendu ses braiements au loin et AàG rêvait de l’enregistrer. Nous nous arrêtons donc pour essayer de le faire braire. Peine perdue ! Ravi qu’on s’occupe de lui, il ne produit plus un son ! Une paysanne s’arrête, intriguée par notre manège. Elle comprend rapidement ce qu’on attend et essaie de nous aider en émettant des « Brrr Tsch Tsch » avec ses lèvres 🙂

Ca nous fait bien rire, et d’autres dames du village s’attroupent également. L’âne mérite bien sa réputation d’entêté et reste silencieux. Finalement nous abandonnerons… une dame turque reste avec nous et essaie de discuter. Les perles qui bordent mon foulard de Göreme l’intriguent, ici la mode est au gland brodé ! Elle nous fait de longues tirades dont nous ne comprenons pas un mot, lorsqu’elle s’arrête on répète de façon hésitante le dernier mot entendu (…schmilblick ?) et du coup elle nous redit toute excitée par notre réactivité : Evet (oui) ! Schmilblick ! et elle poursuit sur sa lancée pendant cinq minutes ^^ C’est très rigolo.

Nous comprendrons dans la foulée qu’elle a x enfants et qu’elle nous demande combien on en a. AàG croit qu’elle demande depuis combien de temps on est ensemble et répond quatre !! Je rectifie le tir mais cause une autre gaffe : elle nous demande si on est marié en montrant sa bague à la main et je réponds hayir (non) alors que je voulais dire oui (y a pas à dire, ch’sais pas mentir). C’était une rencontre très sympathique mais quel dommage que les conversations soient toujours si limitées à cause de notre mauvaise connaissance du turc :-/

On décide de retourner à Ihlara en suivant l’autre rive. On visite tout d’abord St Georges, l’église que nous n’avions pas trouvé la veille. Cette kilise est vraiment une des plus belles au niveau des peintures (malgré les gravures des vandales), cela aurait été dommage de la louper ! Nous nous rendons compte qu’effectivement il y a un guichet à Belisirma pour payer l’entrée de la vallée. Tellement discret que la veille, quand il était fermé, nous l’avions pris pour un Mehmet-shop abandonné…

Le retour se fait sans encombre, nous décidons d’essayer de remonter la vallée tout à fait au sud, pour ne pas devoir remonter le terrible escalier. Malheureusement sur la rive que nous avons choisie, le chemin devient de plus en plus difficile. Peu marqué et envahi par une végétation amoureuse, il est vraiment pénible de continuer dans cette voie. Nous nous résignons donc à faire demi-tour et à emprunter le grand escalier (dire que j’avais appelé ainsi l’escalier de la gare centrale !! n’importe quoi !)

Nous arrivons au sommet de l’escalier peu avant 18h et là, mauvaise surprise : la grille donnant accès à la cour où se trouvent les tourniquets est fermée. Nous sommes donc bloqués sur l’escalier, et les environs sont complètement déserts. Nous cherchons un moyen de contourner l’obstacle mais la corniche de la falaise est étroite et il n’y a pas 36 possibilités : tout est grillagé et surmonté par des barbelés ! On se croirait dans un camp militaire ! C’est là que je comprends ce que le Mehmet de Selime nous avait crié la veille (et qui nous avait paru incompréhensible) : la vallée ferme à 16h…

Nous avons trois choix, sachant que l’obscurité et la fatigue sont bien présentes. Soit redescendre dans la vallée et réessayer le mauvais chemin qui se dirigeait vers le sud, et dont on ne savait pas s’il rejoignait le vieux village d’Ihlara ou si la vallée se finissait en cul-de-sac. Soit retourner vers le nord, rejoindre Belisirma et revenir par la route en essayant le stop. Soit enjamber la vertigineuse falaise. En effet, les grilles vont jusqu’au bord de la falaise et pour passer de l’autre côté c’est le seul accès. Il y a bien évidemment un petit arbre épineux dans le chemin pour corser les choses. Bien que ce soit très dangereux, c’est le choix que nous ferons (si nous pouvons appeler ça un choix). Gloups.

AàG passe en premier et je lui passe mon petit sac à travers la grille, pour risquer le moins possible de m’accrocher aux nombreux barbelés et à ce satané épineux. Il est stressé pour moi car le passage n’est pas du tout facile, il me dit de surtout ne pas regarder l’à-pic, de faire gaffe à ne pas empoigner un barbelé pour me retenir, de poser mes pieds précautionneusement car le bord de la falaise n’est pas stable… bref, que du bonheur.

Après le stress vient la colère. Le vendeur de billets ne nous a absolument pas prévenu que la vallée fermait (et aussi tôt qui plus est) et il n’y avait aucun panneau l’indiquant. Cela, lié aux aménagements « militaires » de l’entrée, est vraiment criminel de leur part. Combien de touristes se sont déjà retrouvés coincés ? Ils attendent vraiment l’accident avant de bouger on dirait… Je sors une feuille et nous écrivons en anglais une belle lettre à l’attention du gouverneur d’Aksaray où nous exposons assez clairement nos sentiments à l’égard de telles pratiques. Nous la déposons dans la boîte aux lettres à son nom.

Les pieds fatigués, vidés émotionnellement, nous rejoignons la rue principale (qui est à une bonne distance). AàG insiste pour qu’on aille traîner dans le vieux Ihlara, la rue descend très fort pour y aller et à mi-parcours on finira par abandonner. La remontée est ardue et c’est avec soulagement qu’on arrivera à l’entrée de la pension Bişlinger. Nous avions acheté (au petit Mehmet-shop de la pension voisine 😉 ) de quoi faire un maigre petit dîner dans notre chambre. Avec ce que nous avons bâfré à 14h et le stress que nous avons eu à 18h, nous n’avons pas fort faim.

Nous croisons le logeur qui nous demande si nous avons déjà soupé. Je demande s’il n’est pas « too late » pour manger, et il comprend que je cherche la « tualet »… Finalement il nous servira une soupe et du riz, suffisamment léger puisqu’on puisse l’avaler et suffisamment consistant pour ne pas qu’on se réveille à 2h du matin à cause de la faim. La nuit à Bişlinger Pansiyon se passera merveilleusement bien, j’étais tellement fatiguée que je n’ai même pas été réveillée par les Allah-parleurs, comme les appelle AàG.

Dimanche 9 octobre 2005 – C’est froid la mafia

Après une bonne nuit de sommeil, nous sommes décidés à quitter Göreme pour rejoindre Ihlara, vallée un peu excentrée car se situant à 120km du centre touristique de la Cappadoce. Il n’y a pas d’eau chaude ce matin, il faut attendre 1/2h nous dit le logeur car la citerne est grande et met du temps à chauffer (à partir de midi jusqu’au soir, les panneaux solaires prennent le relais). Au moment de louer la chambre on nous avait dit que ça prenait dix minutes. Décidément il n’y a pas que les distances qui sont relatives, ici.

Le logeur ne connaît pas de pensions à Ihlara. Sur son conseil, on choisit comme destination l’autre bout de la vallée, un village qui s’appelle Selime. Il n’y a pas de route directe, le plan que nous avons est encore foireux. Nous devons aller à Nevşehir et de là rejoindre la grande ville d’Aksaray (avec un chauffeur râleur au possible). Le temps d’arriver jusque là, il est midi moins cinq. Nous sautons dans un dolmuş à destination de Güzelyurt qui nous droppera au passage à Selime, mais en fait nous avions mal compris. Le bus part à pile, oui, mais dans une heure… Cependant il y a déjà plein de villageois qui attendent, et nous éveillons leur intérêt car les touristes sont plus rares ici. S’ensuivent de longues conversations où nous ne comprenons pas trois mots. On nous serre dans les bras et on nous fait la bise comme si nous étions de vieux amis perdus de vue, c’est assez surprenant mais sympathique 🙂

Un marchand de cartes téléphoniques tient absolument à nous entraîner boire un thé, mais comme nous pensons que le bus part tout de suite nous refusons. Un vieil homme assis à l’ombre du dolmuş sur un tabouret en plastique entreprend méticuleusement de nous traduire « bonjour », « fenêtre », « porte », « chaise », « au revoir », etc. en anglais et en français. Seulement il répète sa litanie en boucle, au moins trois fois dans chaque langue ^^

Quand nous nous rendons compte de notre méprise sur l’horaire, je m’éclipse pour la mission « trouver de la nourriture » et la manger discrètement, ramadan oblige, en plein milieu de la gare surpeuplée des dolmuş… on s’arrachera donc avidement un pain sans aucune garniture, cachés derrière le bus.

Le village linéaire de Selime nous fait penser à Mustvee (l’ex-capitale du concombre, en Estonie) : il n’y a rien. Une grand-rue poussiéreuse avec des habitations éparses, une école et deux petits markets… c’est tout. Il y avait bien une sorte de camping quelques kilomètres avant le début du village, mais c’est bien loin à présent. Un moment de découragement, car nous ne nous attentions pas à ce que ce soit si désert. Nous décidons de nous enfiler la rue (pas besoin de préciser « principale » !) pour essayer de trouver un logement, ce qui semble a priori assez compliqué. Il fait très chaud et nos gros sacs sont
pesants. Nous regardons avec envie les collines de barbes de maïs qui se déplacent toutes seules et sans effort apparent… c’est tout juste si on voit dépasser une oreille de l’âne qui les transbahute ! Il y a énormément de circulation à dos d’ânes à Selime, que ce soit pour des biens ou des personnes.

Beaucoup d’enfants se trouvent dans la rue, ils nous disent tous « Hellooo ! », même s’ils doivent pour cela le crier du fin fond de leur jardin. C’est assez comique, ils sont moins timides ici. Il y en a quelques uns (parmi les garçons, toujours) qui mendient avec insistance « şeker » en nous montrant la bouche avec leur main et en nous suivant. Ils veulent des bonbons et leur –lourde- insistance est très pénible. Pour dix enfants souriants et désintéressés, il y a un petit mendiant saoulant, mais au bout d’un moment, je vous assure qu’on ne voit plus que ceux-là. AàG essaie de leur dire « plus tard », car nous devons en premier poser les sacs, mais ils ne semblent pas comprendre.

Que cette rue est longue, ça n’en finit pas et mon dos est en miettes… on se pose quelques minutes et un jeune homme passant en mobylette s’arrête à notre hauteur. Il a une tête sympathique et nous apprend qu’il y a une pension juste à la sortie du village, que c’est la seule dans les environs mais qu’on y sera bien. Il rajoute qu’on nous fera un bon prix si nous disons venir de sa part ; il s’appelle Mustafa. La discussion se poursuit quelques minutes et il repart. Nous reprenons également la route, un peu soulagés à l’idée de trouver un endroit où dormir. En plus comme c’est loin de la mosquée, on devrait être relativement à l’abri de leur pollution sonore.

Quand nous arrivons à la pension Piri, nous voyons la mobylette de Mustafa dans la cour, il est en train de parler avec le vendeur de tapis (pour négocier sa commission ?). La pension se trouve dans le bâtiment derrière le magasin. Le logeur vient nous voir, il ressemble à s’y méprendre à un mafioso. Enormément de Turcs portent le costume et ça ne nous a jamais donné cette impression, mais celui-ci si. C’est un jeune gars aux cheveux presque gominés, avec un costume qui se veut élégant, bleu marine avec de fines rayures verticales. Un visage étroit et hautain. Pas net.

Il nous montre la chambre, c’est miteux. Comme c’est la seule pension, nous sommes bien obligés d’accepter pour une nuit. En plus au niveau du prix il ne se gêne pas pour demander aussi cher que si on était dans une bonne chambre en plein centre touristique !! La salle de bain ressemble à un local à poubelles, c’est manifestement une toilette dans laquelle ils ont juste rajouté un vieux pommeau de douche. Il n’y a même pas d’évier, et la petite fenêtre s’écroule quand je l’ouvre pour aérer.
Pour la photo du « local à poubelle » (je sais que vous l’attendez tous), il faudra attendre le compte-rendu du lendemain. Tout est sale, y compris la chambre où tiennent tout juste deux petits lits et une minuscule commode. Un drap plié a été déposé au pied du lit. Pas la moindre couverture… or nous sommes en altitude ici, la chambre est déjà fraîche alors que nous sommes en milieu d’après-midi ! Aucune serviette de douche non plus bien sûr.

Le logeur sait que nous venons pour visiter la vallée d’Ihlara, il n’y a rien d’autre dans les environs. Il se propose pour être notre guide avec une telle insistance que cela en devient malsain. On ne trouvera aucune église sans lui, patati patata, le discours habituel. Je déteste qu’on essaie de peser sur ma volonté ainsi. Je ne me sens vraiment pas à mon aise ici, j’ai l’impression d’être une prisonnière, ce gars m’inquiète carrément. Du coup je trouve tout encore plus minable que ça ne l’est et mon moral tombe au fond de mes chaussettes (qui n’étaient pas rayées). J’ai envie de foutre le camp aussi sec.

Pour nous changer les idées, on décide de faire une partie de la vallée cette après-midi : de Selime jusque Belisirma. C’est la partie sauvage de la vallée, et aucun troglodyte n’y est mentionné comme intéressant. Belisirma est le village intermédiaire, le seul avant de rejoindre Ihlara. Sur la carte il est indiqué à 2 km de Selime, ce que nous nous faisons confirmer par le logeur. C’est en réalité complètement faux et ça nous mettra dans une situation assez délicate… m’est avis que le logeur en était bien conscient et espérait que ça le rende indispensable pour nos prochaines randonnées.

A peine avons-nous continué la route sur une centaine de mètres que nous apercevons une deuxième pension… on peste fort tout d’abord, mais on se dit que c’est peut-être bien exclusivement pour du camping. A un moment donné la route traverse la rivière, c’est là le départ de la vallée. Un Mehmet sort d’un magasin judicieusement placé en face et nous interpelle du classique « Hello ». Je ne suis pas d’humeur jouette mais je lui rends malgré tout son bonjour en turc et lui demande de nous confirmer que c’est bien par là. Il acquiesce, je remercie et je coupe court quand il essaie de nous vendre ses babioles. Nous nous éloignons vers le sentier et il nous lancera cette phrase mystérieuse, qui prendra tout son sens -son tragique sens- le lendemain : « La vallée ferme à 16h ». Ca me fait bien rire sur le moment, j’imagine la vallée qui fait « oh mon dieu, il est l’heure, vite je me referme ! »

Je pensais initialement que la route entrait dans la vallée mais il n’en est rien, la route passe tout en haut de la falaise et s’éloigne assez bien de son bord pour finalement rejoindre Ihlara. Il y a juste un embranchement : la petite route qui entre dans la vallée pour relier Belisirma. La vallée est de largeur assez variable, encaissée par des falaises vertigineuses. La rivière Melendiz n’arrête pas de serpenter, impossible de s’y localiser avec une boussole. Nous remarquerons après un bout de temps qu’il y a un balisage au fluo le long du *bon* chemin, mais il est assez pingre et parfois complètement effacé ou interrompu. Bref, pas très fiable, tout comme notre carte !

Très rapidement, nous nous arrêtons pour faire une pause-biscuit au bord de la rivière. Il est 15h et nous crevons de faim vu notre piètre repas de midi. La Melendiz est agréablement ombragée mais les insectes en tout genre pullulent. Mis à part certains passages assez boueux car le chemin est traversé de ruisseaux rejoignant la rivière, la promenade est tout ce qu’il y a de plus pépère. Il faut faire attention de ne pas prendre les chemins qui longent de trop près la rivière car ils finissent immanquablement dedans ! A plusieurs moments nous finirons dans de tels culs-de-sac, la végétation nous empêchant de faire du « hors-piste ». Les bords de la rivière sont aménagés en petites parcelles cultivées (vergers et potagers irrigués par des dérivations de la rivière), bordées de petits murets en pierres. Une grand-mère nous remettra ainsi dans le droit chemin, son petit-fils recevant au passage de quoi caler son estomac !

De temps en temps nous voyons des entrées de troglodytes au pied de la falaise, mais pour les atteindre il faut d’abord monter une belle et longue pente en plein soleil donc nous n’en visiterons pas beaucoup. Ceux qu’on a vus étaient composés d’une ou deux pièces servant manifestement de bergerie. Nous sommes également tombés sur une église sans peinture mais avec quelques décorations sculptées. La taille était si nette que j’ai eu l’impression qu’elle venait d’être faite. Dis, tu crois qu’ils creusent des églises pour les touristes ? Qu’après ils clashent un peu de peinture et rajoutent un panneau « XIème s. » ? 😉

Cela fait à présent plus d’une heure que nous sommes partis et nous ne voyons toujours pas Belisirma. Malgré les arrêts, nous sommes certains d’avoir fait plus de 2 km ! Serions-nous passés à côté du village sans le voir ? Cela semble impossible sur la carte, mais nous savons qu’elle n’est pas fiable pour un sou… Nous continuons notre marche, en accélérant un peu le pas. On essaie de se localiser sur la carte en relevant à la boussole les changements de direction de la rivière, mais c’est peine perdue.

Nous voyons au loin un couple qui jardine, nous traversons leur potager pour leur demander où nous sommes. Ils sont très surpris de nous voir arriver. La question tout comme la réponse sont difficiles à exprimer, heureusement qu’il y a la carte ! Ils nous confirment que Belisirma est devant nous, que nous n’allons pas tarder à y arriver. Leur enfant de quelques années est en train de bâfrer un petit paquet de chips, c’est donc la maman qui récoltera les bonbons pour plus tard.

Nous arrivons enfin au village, après 2h de marche au total. Il est 17h et notre premier geste sera d’acheter une bouteille d’eau à un restaurant-camping plein de petits chatons miaulants, situé près d’un beau pont en pierre. Nous décidons de visiter quelques églises notées sur la carte avant de souper et de retourner à Selime. La Direkli kilise possède une très belle façade, elle se situe dans la falaise juste au-dessus de la route. L’intérieur est assez vaste et intéressant malgré les dégradations subies par le temps et les vandales.

Du temps où le pape avait interdit l’adoration des icônes, certains chrétiens s’étaient réfugiés dans ces églises troglodytiques pour continuer leur culte. Les iconoclastes ont systématiquement buriné les visages représentés, seules les peintures se trouvant en hauteur ont plus ou moins échappé au massacre : les jets de cailloux n’ont généralement pas réussi à les défigurer. Une deuxième sorte de vandales est constituée par les chercheurs de trésors. Une légende prétendait qu’un trésor était caché sous un pilier, du coup beaucoup de piliers ont été creusés voire complètement démolis par des naïfs, menaçant ainsi la stabilité de pas mal d’édifices ! Une troisième sorte de vandales, plus classiques : ceux qui gravent leur nom sur les peintures : « Mehmet 2001 », « Tagöl Konar 88 », etc. Certains graffitis datent par contre du temps de l’église, ils sont écrits en caractères grecs.

Juste à côté de Direkli Church, il y a Bahattin kilise, également richement décorée. Nous cherchons la troisième église qui fait suite, Saint Georges, mais nous ne la trouvons pas parmi les esthétiques troglos et pigeonniers qui se succèdent. Elle doit être plus loin que ce que la carte prétend. Nous retournons donc au restaurant dont les chats brisent le cœur rien qu’à les entendre. Comme il fait frais nous nous installons à l’intérieur, près du four. C’est une très grande salle, presque un préau. En cette saison, il y a juste un groupe d’une douzaine de Français qui logent ici pour faire du « trekking » dans la vallée dixit le restaurateur. En fait de trekkeurs, ils ne nous semblent pourtant pas très sportifs, à moins que ce ne soit le verre de vin à la main qui nous ait donné cette impression ;-p

Il y a un petit chaton dehors qui grimpe dans un arbre à toute vitesse car un gros chien arrive. Le chien s’assied en dessous et attend, stoïque. Vient un moment où le chaton, plantés toutes griffes dans l’écorce, lâche prise. Pouf, il tombe dans les fourrés. Aussitôt je suis dehors, éloignant le chien et ramenant le chaton à l’intérieur de la salle, sur mes genoux. J’ai eu peur pour lui ! Malheureusement je n’ai rien à lui donner à manger…

Nous avons reçu la carte et fait notre choix, mais personne ne vient prendre la commande, malgré nos fréquents et appuyés coups d’œil au serveur. Ils sont en train de servir à boire aux Français, dont le niveau dans les bouteilles est inversement proportionnel au boucan qu’ils font. Arrive le moment tragique, celui où ils allument le four. Et c’est un four à… truites ! Pour moi qui n’aime pas le poisson, l’odeur est épouvantable, j’essaie de cacher mon nez dans le foulard mais impossible de supporter cette infection plus longtemps. Cela, et le fait que nous poireautons depuis une demi-heure, nous décident à quitter le restaurant.

Nous n’avons en effet pas de temps à perdre car il commence déjà à faire très sombre dans la vallée, et nous devons encore rentrer à Selime, qui se trouve à 6 km à vol d’oiseau comme nous l’avons appris depuis lors. De nuit, impossible de reprendre la vallée même avec des lampes, il nous faut passer par la route, qui est encore plus longue (sans doute une dizaine de kilomètres). Et puis… nous avons une faim d’ogres !

Nous marchons vers le second restaurant du bled, appelé tout simplement « Belisirma Restaurant ». C’est à une centaine de mètres du précédent, il faut emprunter un petit pont piéton en bois pour s’y rendre. Soudain on entend dans notre dos le restaurateur précédent qui nous poursuit en criant « MY FRIEND ! MY FRIEND !! ». Il vient de remarquer que ses potentiels clients se sont enfuis, et n’entend pas les laisser s’échapper. On ne se retourne pas et on poursuit notre route. C’est un peu tard pour te réveiller, bonhomme.

Arrivés à l’entrée du second restaurant, nous sommes un peu inquiets : tout est noir, hormis un poste de télévision. Serait-il fermé ? Damned ! Je frappe malgré tout à la porte car je vois trois hommes à l’intérieur. L’un d’eux vient nous ouvrir, un peu surpris. Je lui demande timidement si c’est ouvert et sur son signe affirmatif, nous entrons. Ils allument tout, et c’est là que nous nous rendons compte qu’il s’agit des cuistots et que, la fin du ramazan venant de ‘sonner’, ils s’étaient attablés autour d’un festin ! On est un peu gênés et on prend place là où ils nous l’indiquent. Je commande une pide peynirli (« pizza » turque au fromage) et il me répond, un peu embarrassé, que les dernières pide sont là, sur leur table. Du coup je commande autre chose. Ils se sont tous les trois lancés immédiatement dans la cuisine et effectuent vraiment un record de vitesse pour préparer nos plats ! Le temps que j’aille à la toilette, il y avait des pide peynirli sur notre table. Voyant ma déception, ils ont pris quelques unes des leurs pour nous ! Et elles sont vraiment délicieuses, de même que nos plats et la salade. Leur pain plat, encore chaud, est super bon (fait maison comme en atteste le four à pain). Nous nous empiffrons, et eux de même à la table voisine ^^

Au moment du départ, le serveur nous demande où on va et quand nous répondons que nous retournons Selime, avec nos deux pieds, il nous lance un regard compatissant qui ne laisse rien augurer de bon. Dehors il fait très froid, mais je fais quand même une pause sur les dernières marches pour caresser un petit chat tout doux qui semble appartenir au restaurant. Il vient pattouner sur mes genoux, il est adorable. AàG me fait remarquer qu’on est grillé : les gars du restaurant sont à la fenêtre en train de nous regarder faire des papouilles à leur chat ! Ca a l’air de les rendre assez perplexes. Je ris et on se lance dans la grande aventure : rentrer au logement.

Depuis le restaurant, nous surveillions la circulation pour évaluer la possibilité de faire du stop. Le résultat est un peu décourageant : une voiture toutes les demi-heures, et pas forcément dans le bon sens bien sûr. Nous commençons à grimper la falaise sur la route en lacets, en guise de promenade digestive c’est un peu hardcore ! La montée nous semble interminable, j’allume ma lampe à leds car mes yeux fatiguent dans l’obscurité baignée du clair de lune.

Nous arrivons au sommet après une bonne demi-heure je dirais, sans avoir croisé la moindre voiture dans un sens ni dans l’autre. Ce tronçon plat devrait selon le plan mener assez rapidement à un croisement : à gauche Ihlara, à droite Selime. Nous continuons à marcher d’un bon pas sans trouver le carrefour attendu. Nous allons droit vers le volcan Hasan Daği, dont nous voyons au loin la double silhouette éclairée par la lune. Or, ce n’est pas du tout la direction de Selime ! Dans quel pétrin nous sommes-nous encore fourrés ??

Deux voitures qui se suivent de près déboulent à toute vitesse. Je passe ma led en mode clignotant, histoire de ne pas se faire écraser, pendant qu’AàG lève le pouce. Elles passent toutes deux en trombe. Zut, nous voilà bon pour attendre encore au moins une demi-heure. On commence à se trouver sérieusement en difficulté. Au loin on voit les lumières de ces voitures qui tournent sur la droite. Mode optimiste : Yes ! Le croisement est donc là ! (mode pessimiste : et en plus elles allaient dans le bon sens, bouhouhouu) On s’encourage mutuellement en se disant qu’une fois sur cette route on aura normalement plus de circulation.

Nous n’avions pas encore atteint le croisement que, dix minutes seulement après, un bruit de moteur nous redonne espoir. Je clignote à nouveau, et une sorte de vieux break s’arrête. Un instant de flottement : vont-ils vers Selime ? Oui, miracle !! Incrédules face à notre chance, nous montons dans le coffre. AàG s’assied sur la roue et moi par terre. Quel soulagement ! Le coffre est encombré de seaux de pommes et de caisses de raisins. Les banquettes arrière sont occupées par les femmes, tandis que les hommes sont à l’avant. C’est véritablement toute la famille qui est présente, ils doivent revenir des vergers. Les femmes se sont tournées vers nous avec curiosité, nous leur disons mehraba et ça jacasse joyeusement dans tous les sens. La bonne humeur succède chez nous à la tension inquiète, AàG leur tend une poignée de bonbons en éclairant sa main avec la led. Elles se servent en riant et nous disent quelques chose que nous ne comprenons pas. L’une d’elles s’écrie alors avec un bel accent « dank u ! ». J’éclate de rire, tout le monde suit, et la voiture n’est plus qu’un grand éclat de joie dans cette nuit noire. Elles nous font alors signe de nous servir en pommes, nous en prenons une chacun et remercions à notre tour. Ca c’est du troc ! ^^

Au bout d’un long moment, la voiture s’arrête et nous dépose à Selime. En fait ils se sont arrêtés devant la première pension, la nôtre est cent mètres plus loin. Ils étaient déjà repartis quand ils se sont rendus compte qu’on continuait à marcher le long de la route. Ils ont fait marche arrière sur une centaine de mètres pour nous reprendre, et nous redéposer 100m plus loin ! Si ce n’est pas de l’excès de gentillesse !! Quand nous sommes remontés dans leur coffre, AàG leur a lancé un chantonnant « mehrabaaaa ! » qui les a écroulées de rire. J’aime tant entendre leur rire, à ces femmes dont la vie semble pourtant si difficile…

C’est donc d’excellente humeur grâce à ces braves gens que nous rejoignons notre prison, la Piri Pansiyon. Il y fait à peine moins froid que dehors. Tiens, il semblerait que nous ayons des voisins dans la chambre d’en face. La douche est tellement minable et gelée que nous ne pouvons nous résigner à en prendre une. Rien que la toilette est déjà une épreuve en soi. Cette vue a bien calmé notre enthousiasme. Nous sortons les sacs de couchage et essayons de dormir comme nous le pouvons, c’est-à-dire assez mal. Nous n’entendrons passer que deux autres voitures sur toute la soirée et la nuit (et nous ne savons pas si elles allaient dans le bon sens). Dire que nous sommes parvenus à rentrer en stop… c’est vraiment ce qui s’appelle être verni.

Bon à savoir : un point commun unit les deux mauvaises pensions (Keleş et Piri) où nous sommes allés. Ils ne nous ont pas demandé nos passeports. Or les logeurs sont normalement obligés de les demander pour transmettre à la police, chaque jour, le nom des personnes qui dorment chez eux. Ainsi, en cas de problèmes, ils savent tout de suite où sont les bagages, où joindre les éventuels compagnons de voyage, etc.

A 3h du matin, nous sommes réveillés en sursaut par une musique mise à fond. On se croirait l’oreille collée aux baffles dans un concert ! On se rend rapidement compte qu’en guise de tam-tams ils branchent ici la radio à fond sur les haut-parleurs de la mosquée !! Mais pourquoi les entend-on aussi fort alors qu’elle est assez éloignée ? (réponse le lendemain matin, je vous laisse le suspens) En attendant nous voilà parfaitement éveillés, en train de pester contre ces religieux qui imposent leur mode de vie à tous de façon aussi irrespectueuse (refrain, tous en chœur : « mais ils sont tarés !! »). AàG est tellement enragé qu’il se décide, au bout d’un long moment, à sortir de son sac de couchage (gla) pour prendre l’enregistreur. La logique, inspirée de Murphy, étant bien sûr : si on commence à les enregistrer, ils vont arrêter. Ca n’a pas loupé, au bout de cinq minutes c’était fini ^^

Ce concert nocturne a quand même duré entre 1/4h et 1/2h. Il est extrêmement difficile de se rendormir après une telle interruption dans le sommeil (et un tel énervement, il faut bien le dire). Deux heures plus tard ce fut au tour de la prière, à un niveau sonore tout aussi important. En plus il chante horriblement faux. Argh ! C’est pas possible, si ça continue c’est nous qui allons devenir fous…

Le fameux foulard sentant le renfermé 😉

Samedi 8 octobre 2005 – C’est chaud l’amour

Une nuit de rêve : comme la chambre du Şato est taillée dans la roche, on n’entend pas le tamtam du ramazan à 3h du matin !! Alleluïa ! Partons en quête de notre petit-déjeuner, il faut pour cela passer de la cave au grenier car la terrasse où se sert la mangeaille est trois étages plus haut. Ce n’est pas le logeur ce matin mais un employé manifestement, et il dort tout habillé dans la pièce à côté de la terrasse : il est 8h30 quand nous ouvrons la porte, nous le réveillons… le petit-déjeuner est correct si ce n’est qu’il nous sert du pain très sec. C’est dommage car il suffit de faire 100m pour en acheter du frais et ça ne coûte vraiment rien. Le pain, où qu’on l’ait acheté, était toujours frais et délicieux en Turquie. De plus, comme ils sont petits, deux personnes en viennent facilement à bout en un repas.

Nous passons dans le Mehmet-shop du bas de la rue pour acheter du pain, du miel et du fromage fondu – il est assez difficile de trouver autre chose pour composer un pique-nique. Nous partons ensuite à pied vers la vallée blanche, aussi appelée vallée de l’amour en raison de ses nombreuses cheminées de fée en forme de phallus.

D’après la carte il nous faut prendre le chemin de crête passant sur la droite tout le long de la vallée et au bout seulement nous pouvons y pénétrer. Cela fait donc quatre trajets au lieu de deux. Evidemment, nous ne l’entendons pas de cette manière ! Dès qu’on peut, on quitte le chemin pour suivre le bord de la falaise. De là, on espère trouver un accès, n’importe quel endroit où la descente soit envisageable.

Nous traversons de nombreuses vignes où la terre meuble s’enfonce jusqu’aux chevilles. Chemin faisant nous croisons des paysannes en train de cueillir des pommes, en réponse à notre « günaydin » elles nous en offrent trois chacun. Ce sont de toutes petites pommes rouges très fermes, qui se révèlent particulièrement juteuses et parfumées… Teşekkür ederim !

Nous trouvons enfin un accès menant au fond de la vallée – étonnamment il n’est même pas casse-gueule. On fait « demi-tour » par rapport au chemin de crête, c’est-à-dire qu’on s’enfonce dans la vallée. La zone intéressante de la vallée de l’amour se trouve manifestement de l’autre côté, vers son entrée, mais nous sommes là pour nous balader. Nous croiserons en tout et pour tout trois touristes. On se trouve un chouette endroit à l’ombre pour pique-niquer – car il fait de plus en plus faim et de plus en plus chaud. Remarquez le pied de bouc 😉

On se rend ensuite à l’entrée de la vallée, il y a effectivement de belles cheminées de fée mais rien de transcendant par rapport à ce que nous avons vu ailleurs… à croire qu’après une semaine nous devenons déjà blasés par ces paysages pourtant hors normes ! Le soleil tape tellement que nous sommes obligés de tricher avec l’appareil photo : nous le forçons à se mettre en 1/2000ème de seconde en le réglant directement sur le soleil. Manuellement on ne peut pas dépasser le 1/1000ème…

Sur le chemin du retour, on croise encore des femmes occupées à la cueillette. Une fois parvenus à l’entrée de la vallée, nous prenons le fameux chemin de crête. Il est 13h, ça monte fort et on cuit ! A la moindre ombre, une pause s’impose. Nos bouteilles d’eau se retrouvent rapidement à sec mais ce n’est pas grave, le village n’est pas bien loin.

Nous comptions retourner à Ortahisar l’après-midi pour enfin visiter cette fameuse forteresse. Malheureusement le prochain dolmuş est dans une heure et demie… vu la chaleur et la pénibilité de la route vers Ortahisar, nous décidons d’y aller en voiture. Un gars de l’office du tourisme nous propose de nous y emmener pour 5 liras par personne. C’est cinq fois plus cher que le bus mais nous acceptons.

Nous montons dans une authentique Renau1t 12, voiture la plus fréquente en Cappadoce du fait paraît-il de sa propulsion. Le démarrage est laborieux (une trentaine de secondes) et je n’ose pas imaginer comment cela se passe en hiver ! Dans les descentes, il coupe le moteur. Nous nous y attendions pour en avoir été souvent les témoins extérieurs. Nous arrivons cahin-caha à Ortahisar, nous lui disons de s’arrêter à l’entrée du village car nous connaissons la route. AàG lui tend le billet convenu et le gars semble déçu qu’on ne soit pas plus généreux.

La citadelle est encore assez loin mais d’ici nous avons une vue globale et elle est tout de même impressionnante. Nous farfouillons un peu avant de trouver l’entrée, il faut passer entre des Mehmet-shops. Au départ nous suivions un petit groupe guidé mais en fait ils ont fait un petit tour à l’extérieur dans les vieux quartiers désertés et sont repartis sans visiter ! Non mais faut pas passer trop de temps là, ça n’en vaut pas la peine puisque l’entrée est *gratuite* !!

Et effectivement, comme l’entrée n’est pas payante il n’y a pas de cars de touristes. Sur tout le temps que nous y passerons, nous ne croiserons que trois ou quatre peyots. C’est vachement chouette, à nous la forteresse ! C’est un énorme gruyère sommairement aménagé pour les touristes – c’est-à-dire que ce n’est pas pour les petits enfants ou les personnes ayant du mal à se déplacer. Le genre d’endroit que j’adore parce qu’ils n’ont pas tout défiguré par des aménagements stupides.

Des sortes d’échelles légèrement inclinées, possédant des échelons larges mais fort distants les uns des autres, permettent de passer d’un étage à l’autre. Quelques tuyaux de chauffage sécurisent l’accès aux échelles. Quand on voit l’épaisseur laissée entre deux étages (parfois guère plus de 10 cm), on se dit que la citadelle n’en a plus pour longtemps… ça a été (sur)creusé bien au-delà du raisonnable ! D’ailleurs elle devait être beaucoup plus grande auparavant.

On s’amuse bien dans cette citadelle, la vue du sommet est très belle, et le vent nous y rafraîchit enfin. Juste en bas, il y a une fabrique d’onyx. La particularité de cette pierre est d’être translucide à la lumière. Le vendeur nous invite et nous acceptons. Il y a cinq gisements d’onyx en Turquie et le sien vient de Cappadoce, au nord d’Avanos. Nous avons accès à l’atelier, un ouvrier y travaille à la taille et au polissage… les poussières d’onyx sont omniprésentes et il n’a pas le moindre masque. Nous apprendrons par la suite que Süleyman travaillait là avant, et qu’il a dû être opéré des poumons. Les veines d’onyx vont du blanc au marron en passant par le jaune, le vert, le rose… le choix est difficile mais nous finissons par choisir quelques pièces en souvenir et pour offrir.

Nous décidons de passer à Aynali Kilise pour dire au revoir à notre soleil, Süleyman. En effet, demain nous partirons pour la vallée d’Ihlara, à plus de 100km de là, et Süleyman nous avait dit en nous quittant la veille de ne pas hésiter à repasser le voir, que ce soit le lendemain ou le mois suivant. Nous retrouvons sans mal le petit sentier qu’il nous avait indiqué et nous rejoignons l’église. La table à thé est déserte, en fait Süleyman est dans une toute petite pièce sise dans le couloir d’entrée de l’église. Comme il fait très froid dehors (le soir tombe) et qu’il suit le ramadan, il reste allongé au chaud sur sa couchette quand il n’y a pas de touristes.

Il est content de nous revoir et met aussitôt de l’eau à chauffer pour nous offrir le thé, allume des bougies, etc. Comme j’ai toujours des bougies chauffe-plat dans mon sac, j’en allume aussi. Je craque un gros cyalume bleu et Süleyman est émerveillé par ces « nouvelles technologies ». Il le pend au dessus de sa couchette et ne cesse de se retourner pour le regarder en disant quelque chose comme « wallah allah ! » Je lui explique le fonctionnement, que ça dure à peu près 24h et je lui conseille de le ramener chez lui car demain quand il reviendra il aura pâli. Je lui donne en souvenir une pochette de mini-cyalumes de toutes les couleurs, qu’il pourra allumer lui-même, et il est tout content ^^

Nous discutons d’un peu de tout : de nos modes de vie, de nos métiers, de l’Europe, des différences de niveaux de vie, du séchage des abricots, etc. Ce n’est pas toujours évident de se comprendre et nous regardons souvent dans son dictionnaire anglais-turc, bien plus complet que notre petit « turkish phrasebook ». Nous songeons à l’inviter à manger, lui et sa femme, mais il prend les devants et nous le propose. Nous comprenons que toute sa famille sera là et après nous être assurés que nous ne serions pas une gêne, nous acceptons avec joie. Il nous explique qu’après le ramazan, l’église sera fermée jusqu’en mars. Je lui offre des semelles chauffantes et lui en explique le fonctionnement pour ne pas qu’il se brûle lorsqu’il les utilisera (réaction exothermique avec l’oxygène de l’air).

Nous l’aidons à rentrer ses tabourets et à fermer l’église, ensuite nous le suivons jusque chez lui. Il habite à Ortahisar et passe prendre du pain dans une boutique, nous en profitons pour acheter un gros paquet de thé. A peine la fin du ramazan a-t-elle sonné que Süleyman rompt la grande miche de pain et nous en offre une part. Nous rencontrons sa femme Nadie qui nous offre le couvert le plus naturellement du monde. En fait nous avions mal compris, ce n’est pas un repas avec toute la famille mais juste eux deux. Du coup nous sommes un peu gênés car si un repas prévu pour dix est facilement partageable avec deux estomacs supplémentaires, il n’en va pas de même d’un repas pour deux !

La table et les fauteuils sont à la même hauteur, ceci afin de permettre à chacun de tirer la nappe sur ses genoux : les miettes ne tombent pas sur les tapis. La nourriture est, comme nous nous y attendions, très différente de celle des restaurants. Süleyman accroche le cyalume dans son salon et éteint la lumière pour montrer à sa femme. Nous mangeons très bien et, contrairement à nos craintes, il y a assez pour tout le monde. Il faut dire qu’on avait déjà l’estomac bourré de thé 😉 Pour remercier du repas partagé, nous offrons le demi kg de thé, ce n’est pas grand-chose mais ça vient du cœur !

Nadie se retire et Süleyman entreprend de passer en revue les 500 chaînes qu’il reçoit par satellite et nous demande de l’arrêter quand on tombe sur une chaîne de notre pays. Ben y en a pas eu une seule. Suisse, France, Allemagne, etc. et puis toutes des chaînes du Moyen-Orient, même du Qatar… mais pas une seule belge. Il se fait tard et nous partons, ne voulant pas nous imposer plus longtemps à ces braves gens. Süleyman nous raccompagne jusqu’à être sûr qu’on retrouve nos repères. Nous lui disons qu’il n’est pas raisonnable, il fait glacial dehors et nous ne voulons pas qu’il tombe malade ! On marche un petit bout de temps et une fois sur la route de Göreme, on essaie le stop. Il n’y a quasi pas de voitures qui passent et nous avons fait la plus grosse partie du chemin quand nous sommes finalement invités à monter dans une voiture.

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