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L’art de chercher sans trop trouver déplaire… Consternant.
On nous prend vraiment pour des canards sauvages.

Déclin des abeilles : les mots qui fâchent
Extraits de : LE MONDE | 13.04.2014 – Stéphane Foucart

C’est une étude fascinante qu’a rendue publique, le 7 avril, la Commission européenne. Conçue par Bruxelles (NdDDC : bon sang arrêtez de dire « Bruxelles » en lieu et place d’Union ou Commission Européenne, c’est insultant !) et conduite par un laboratoire de l’Agence nationale de sécurité sanitaire française (Anses), cette enquête a essentiellement consisté à mesurer la mortalité des abeilles (…) dans 17 pays européens.

Mais le plus intéressant n’est pas le résultat obtenu. Le plus intéressant est le résultat qui n’a pas été obtenu.

Pourquoi ? Simplement parce que le protocole choisi visait à restreindre la recherche des causes des mortalités observées aux uniques pathogènes naturels (…)

Nous ne saurons donc pas quels résidus de pesticides se trouvaient dans les colonies les plus touchées. Et ce, alors même que des travaux académiques toujours plus nombreux montrent les effets délétères des nouvelles générations de pesticides et des mélanges de substances actives sur la survie des abeilles et des pollinisateurs.

(…)

(…) lisons les trente pages du rapport rendu public : le mot « pesticide » n’y figure pas. Le mot « insecticide » non plus, pas même une litote aussi bénigne que « produit phytosanitaire ».

On cherche, en vain, les mots « agriculture », « pratiques agricoles »… On se frotte les yeux. C’est un peu comme si une étude épidémiologique sur les causes du cancer du poumon avait non seulement omis de questionner les participants sur leur consommation de tabac mais que, de surcroît, les mots « cigarette » ou « tabagisme » aient été exclus de son compte rendu.

(…)

Cette pudeur sémantique rappelle celle des vieilles études financées par les cigarettiers américains, qui attribuaient d’abord le cancer du poumon à la pollution atmosphérique, au radon, aux prédispositions génétiques et, éventuellement, au… « mode de vie » – c’est-à-dire à la cigarette.

Que la science se pratique dans un contexte où il n’est pas possible d’énoncer un fait aussi trivial que le caractère nocif des insecticides pour les insectes devrait nous porter à une profonde inquiétude. Pas forcément pour les abeilles mais, surtout, pour ce que cela dit de notre société.

Il y a ceux qui préféreront regarder la vidéo (qui permet de comprendre le titre 😉 ), ceux qui préféreront lire l’article (ci-dessous), ceux qui préféreront voir les deux, ou aucun des deux… mais dans tous les cas, s’il vous plaît, signez la pétition !

C’est vraiment important et j’espère que pareille pétition ne tardera pas à être lancée en Belgique où nous sommes dans la même position critique, tant au niveau des mortalités d’abeilles que des politiciens véreux… 😐

La faillite de l’évaluation des pesticides sur les abeilles
Extrait du MONDE | 09.07.2012 (article complet sous ce lien)

Le coupable est-il plutôt l’incompétence ou l’accumulation de conflits d’intérêts ? Impossible de trancher. Mais la question est désormais posée : comment des tests d’évaluation des risques pour l’abeille, notoirement déficients, ont-ils pu être utilisés pendant près de vingt ans pour homologuer les dernières générations d’insecticides ? (…)

Cette défaillance est d’autant plus troublante que certains de ces tests d’évaluation ont été remis à jour en 2010, c’est-à-dire tout récemment. Leur mise en cause ne vient pas d’un rapport de Greenpeace ou des Amis de la Terre, mais d’un avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Jamais, sans doute, celle-ci n’aura endossé un document aussi embarrassant. Paru fin mai, ce texte technique de 275 pages est d’ailleurs passé à peu près totalement inaperçu…

DES « FAIBLESSES MAJEURES »

Pourquoi un tel rapport ? Saisie par la Commission européenne, l’EFSA a mandaté un groupe d’une quinzaine de scientifiques (en partie extérieurs à l’agence) pour expertiser les procédures standard, par lesquelles sont évalués les risques des pesticides sur les abeilles. Conclusion : ces protocoles ont été conçus pour évaluer les effets indésirables des pesticides pulvérisés et sont inadaptés aux insecticides dits « systémiques » – utilisés en enrobage de semences ou en traitement des sols -, qui imprègnent l’ensemble de la plante au cours de son développement.

De manière générale, explique le rapport, « les expositions prolongées et intermittentes ne sont pas évaluées en laboratoire« , pas plus que « l’exposition par inhalation et l’exposition des larves« . Les calculs d’exposition des insectes sont systématiquement biaisés : ils ne tiennent pas compte de l’eau exsudée par les plantes traitées, avec laquelle les insectes sont en contact. Ils ne considèrent pas non plus les poussières produites par les semences enrobées au cours de la période des semis…

« De même, ajoute le rapport, les effets des doses sublétales ne sont pas pleinement pris en compte par les tests standard conventionnels. » Ces faibles doses ne tuent pas directement les abeilles, mais peuvent par exemple altérer leur capacité à retrouver le chemin de leur ruche (…)

Les tests standard réalisés en champ sont eux aussi critiqués. Colonies trop petites, durée d’exposition trop courte… Des effets délétères, mêmes détectés, s’avèrent souvent non significatifs en raison du trop faible nombre d’abeilles utilisées.

Ce n’est pas tout. Des « faiblesses majeures » sont pointées par les rapporteurs, comme la taille des champs traités aux insecticides testés. Les ruches enrôlées sont en effet placées devant une surface test de 2500 m² à un hectare en fonction de la plante. Or, explique le rapport, ces superficies ne représentent que 0,01 % à 0,05 % de la surface visitée par une butineuse autour de sa ruche… Dès lors, l’exposition au produit est potentiellement plusieurs milliers de fois inférieure à la réalité (…)

En outre, poursuit le rapport, les abeilles devraient être testées pour déterminer si de faibles doses du produit ont déclenché des maladies dues à des virus ou des parasites… De récents travaux, conduits par Cyril Vidau (INRA) et publiés en juin 2011 dans la revue PLoS One, ont en effet montré des synergies entre le fipronil (Régent), le thiaclopride (un néo-nicotinoïde) et la nosémose, une maladie commune de l’abeille…

Ces manquements sont, selon l’expression d’un apidologue français qui a requis l’anonymat, chercheur dans un organisme public, « un secret de polichinelle« . De longue date en effet, le renforcement de ces « lignes directrices » et autres protocoles standardisés est demandé par des apiculteurs et les associations de défense de l’environnement. En vain. Et ce, malgré un nombre toujours plus grand d’études publiées dans les revues scientifiques depuis le milieu des années 2000, qui mettent en évidence leurs lacunes.

DE « GÉNÉREUX SPONSORS »

Pourquoi une telle inertie ? Comment, et par qui, sont élaborés ces protocoles de test suspectés de grave myopie ? « En 2006, nous nous sommes posés, un peu tardivement il est vrai, la question de savoir comment étaient homologuées au niveau européen les substances que nous suspectons d’être la cause principale du déclin des abeilles, raconte Janine Kievits, une apicultrice belge, membre de la Coordination apicole européenne. En lisant les annexes de la directive européenne sur les phytosanitaires, nous avons remarqué que les lignes directrices de ces tests étaient notamment édictées par l’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes [EPPO]. » (…)

Celle-ci est une organisation intergouvernementale d’une cinquantaine d’Etats membres, basée à Paris. (…) N’ayant pas d’expertise en interne, l’EPPO délègue à une autre structure – l’International Commission on Plant-Bee Relationships (ICPBR) – le soin d’élaborer les éléments de base de ces fameux tests standardisés.

L’ICPBR, quant à elle, est une structure quasi informelle créée en 1950 et domiciliée à l’université de Guelph (Canada). « Lorsque nous avons appris que cette organisation se réunissait pour réformer les fameux tests standardisés, nous nous sommes rendus à la conférence, raconte Mme Kievits. C’était à Bucarest, en octobre 2008. »

La petite délégation de trois apiculteurs assiste donc à la réunion. Première surprise, raconte Janine Kievits, « les discussions commencent par une allocution pour remercier les généreux sponsors : BASF, Bayer CropScience, Syngenta et DuPont« . (…)

« C’ÉTAIT À TOMBER MORT ! »

Les trois apiculteurs assistent tout de même au compte rendu des groupes de travail sur la mise à jour des tests standardisés. « Nous étions dans une ambiance très cordiale, avec des gens très avenants qui proposaient des choses radicalement inacceptables, estime Mme Kievits. (…)

Sur plusieurs points comparables, les apiculteurs demandent la possibilité d’envoyer des commentaires, dans l’espoir de faire changer les recommandations finales du groupe de travail. « Nous avons adressé nos commentaires dans les quinze jours, mais pas un n’a été retenu« , explique Mme Kievits. Ces mêmes critiques ont été adressées, en copie, aux agences ad hoc des Etats membres de l’EPPO. Aucune n’a répondu, à l’exception de l’Agence suédoise des produits chimiques (KEMI). Dans un courrier dont Le Monde a obtenu copie, deux écotoxicologues de l’agence scandinave disent adhérer « pleinement » aux commentaires pourtant acerbes des apiculteurs…

Pourquoi l’ICPBR n’a-t-il pas retenu les demandes des apiculteurs ? « Les recommandations finales du groupe sont basées sur une approche de consensus, avec l’obtention d’un accord en séance plénière« , explique-t-on à l’ICPBR. Cette approche consensuelle place de facto les recommandations issues de l’organisation entre les mains de l’industrie. Car l’ICPBR est ouverte à toute participation et les firmes agrochimiques y sont très représentées. En 2008, sur les neuf membres du groupe sur la protection de l’abeille, trois étaient salariés de l’industrie agrochimique, une était ancienne salariée de BASF et une autre future salariée de Dow Agrosciences.

CONFLITS D’INTÉRÊTS

Au cours de sa dernière conférence, fin 2011 à Wageningen (Pays-Bas), sept nouveaux groupes de travail ont été constitués sur la question des effets des pesticides sur les abeilles, tous dominés par des chercheurs en situation de conflits d’intérêts. La participation d’experts employés par des firmes agrochimiques ou les laboratoires privés sous contrat avec elles, y oscille entre 50 % et 75 %. (…) Les fabricants de pesticides jouent donc un rôle déterminant dans la conception des tests qui serviront à évaluer les risques de leurs propres produits sur les abeilles et les pollinisateurs.

En 2009, quelques mois après la conférence de Bucarest, les recommandations finales de l’ICPBR sont remises à l’EPPO. Mais avant d’être adoptées comme standards officiels, elles sont soumises à l’examen d’experts mandatés par chaque Etat membre de l’EPPO. Ces experts sont-ils en situation de conflit d’intérêts ? Sont-ils compétents ? Impossible de le savoir. « La liste de ces experts n’est pas secrète : elle est accessible aux gouvernements de nos Etats membres qui le souhaitent, mais elle n’est pas rendue publique« , précise Ringolds Arnitis. En 2010, les nouvelles lignes directrices sont adoptées par les Etats membres de l’organisation et publiées dans EPPO Bulletin.

Le jugement des experts mandatés par les Etats membres de l’EPPO pose quelques questions. Dans le cas de la Suède, l’expert représentant ce pays, issu du ministère de l’agriculture, a approuvé les nouveaux standards alors que deux de ses pairs de l’Agence suédoise des produits chimiques venaient, par lettre, d’apporter leur soutien aux commentaires critiques de la Coordination apicole européenne. Le jugement des experts varie donc largement selon leur employeur…

Et la France ? L’approbation des nouveaux standards de 2010 s’est faite sous la supervision d’une écotoxicologue de la Direction générale de l’alimentation (ministère de l’agriculture) – qui représente la France à l’EPPO. Or, cette scientifique participait aux travaux de l’ICPBR et n’est autre que la principale auteure des recommandations soumises… Elle a donc expertisé et approuvé son propre travail. Ancienne employée de Syngenta (ex-Novartis), elle est ensuite passée par différents organismes publics (INRA, Afssa, ministère de l’agriculture). Elle est, aujourd’hui, employée par l’agrochimiste Dow Agrosciences.

Stéphane Foucart

« Qui remportera cet illustre prix pour avoir été le maître de la manipulation et de l’illusion, le virtuose du déguisement, l’influenceur des influenceurs, le trou noir de la transparence ?
À vous de voir !

Dans le petit jeu du lobbying, il faut être deux, le lobbyiste et le fonctionnaire qu’il courtise, c’est pourquoi cette année nous avons créé deux catégories de récompense.

Le Prix du Pire Lobbying de l’UE sera attribué au lobbyiste ou au lobby qui aura utilisé les tactiques les plus mensongères, les plus trompeuses, les plus hypocrites et les plus irresponsables.

Le Prix de l’Accès le Plus Complaisant sera attribué à une institution ou un fonctionnaire de l’UE qui aura eu les oreilles un peu trop attentives à une seule version des faits – éventuellement en ayant fait passer d’étroits intérêts commerciaux avant l’intérêt général ou en n’ayant demandé leur avis qu’à certains privilégiés. »

(Personnellement, j’avoue que j’aime beaucoup le « Il y a beaucoup de monde dans mon lit » de Mandelson !)

VOTEZ ICI !!

Le Prix du Pire Lobbying de l’Union Européenne est organisé par Corporate Europe Observatory, Friends of the Earth Europe, LobbyControl et Spinwatch.

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