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L’autruche commence à avoir du sable dans les poumons… Extraits de l’interview de Rajendra Pachauri, président du GIEC, par le Centre d’actualités de l’ONU.

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Centre d’actualités : Après le 4ème rapport du GIEC publié en 2007, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré que « la science est claire : le changement climatique provoqué par l’homme est une réalité prouvée ». Cette étude a aussi montré que si le monde continue sur cette voie, les émissions de gaz à effet de serre augmenteront de 25 à 90% d’ici à 2030, comparé à 2000. Pensez-vous que les gouvernements comprennent la nécessité d’agir immédiatement ?

Rajendra Pachauri : De plus en plus et malheureusement, il y a des intérêts personnels et l’inertie en matière de pensée de la part des gens. Tout ceci, j’en ai peur, ralentit le processus par lequel nous pourrions arriver à un accord au niveau mondial. Aussi il est malencontreux que les dirigeants dans la plupart des pays, même s’ils comprennent ce qui doit être fait, se cachent derrière des intérêts dits nationaux, étroits et à très court terme.

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C. d’act. : En 2007, les Etats se sont mis d’accord sur une « feuille de route » à une conférence des Nations Unies sur le climat à Bali (Indonésie) pour négocier pendant 2 ans sur les efforts accrus nécessaires pour combattre, atténuer et s’adapter au réchauffement climatique. Ces discussions doivent être conclues en décembre à Copenhague avec un nouvel accord devant entrer en vigueur après l’expiration en 2012 de la première période d’engagement du Protocole de Kyoto, qui cherche à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre. Quel est le meilleur résultat possible de la prochaine conférence dans la capitale danoise ?

R. Pachauri : Je pense que nous avons besoin d’une série de décisions, et l’une d’entre elles devrait limiter les émissions de gaz à effet de serre. A Bali, ce qui a été discuté était une réduction de 25 à 40% par les pays développés. Cela a été abandonné plus ou moins à la dernière minute, et je pense que nous avons besoin de revenir à ce niveau de réduction d’ici à 2020. Nous avons aussi besoin d’un engagement à fournir le soutien financier approprié aux pays en développement à la fois pour l’atténuation et l’adaptation. Certainement un accès à la technologie serait nécessaire.

C. d’act. : Certains Etats plus riches sont réticents à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre alors que les plus pauvres demandent des ressources et la technologie pour combattre le changement climatique. Comment convaincriez-vous à la fois les pays développés et en développement que réduire les émissions est de l’intérêt de tous ?

R. Pachauri : La seule façon de convaincre les pays en développement est que les pays développés prennent les mesures adéquates. Malheureusement, le monde développé n’a vraiment rien fait. Le Protocole de Kyoto est reconnu plutôt par sa violation que par l’adhésion aux limites qui ont été fixées. Je pense qu’il y a une perte de crédibilité de la part des pays développés. Je pense que nous avons besoin de prendre de fermes engagements alors que historiquement le problème est le résultat des émissions du monde développé, d’un point de vue cumulatif.

C. d’act. : Quelle est l’importance de la prochaine conférence de Copenhague ? Comment est ce que vous caractériseriez le poids des décisions qui seront prises à cette réunion ?

R. Pachauri : Il est nécessaire de souligner que si nous n’arrivons pas à un accord et que le monde continue d’augmenter ses émissions de gaz à effet de serre, le changement climatique se produire et aura des effets très graves qui se feront sentir dans plusieurs parties du monde. C’est clairement dans l’intérêt de personne, quel que soit l’endroit où vous vivez. D’autre part, cet accord nous permettra au niveau mondial de travailler dans un esprit de coopération et de procéder à de profondes réductions d’émissions de gaz à effet de serre comme la feuille de route de Bali le spécifie, ce qui permettra de stabiliser le climat de la Terre. Par conséquent, Copenhague est un événement auquel la communauté internationale travaille et est une étape extrêmement importante pour garantir que tout le monde s’implique à résoudre ce problème.

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« Si aucune action n’est entreprise rapidement, le réchauffement climatique de la planète va atteindre un rythme insoutenable à très, très court terme ». A la réunion annuelle de l’Association américain pour l’avancement des sciences (AAAS) de Chicago, Chris Field, de la Carnegie institution for Science, ne mâche pas ses mots. Et il décoche une flèche envers la consommation énergétique de son propre pays : les Etats-Unis, où la prise de conscience environnementale ne cesse de gagner du terrain.

« Et j’espère que les initiatives pour limiter les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère seront prises bien avant le prochain rapport du GIEC. Nous ne pouvons pas attendre quatre ou cinq ans pour agir ».

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L’heure est au mea culpa… et à l’action. « Si nous n’agissons pas rapidement, la machine climatique va s’emballer. Les incendies de forêt, y compris sous les tropiques, vont se multiplier. Le permafrost va fondre et libérer plus de mille milliards de tonnes de CO2 en un très court laps de temps alors que depuis la révolution industrielle, nos émissions totales de CO2 sont estimées à 350 milliards de tonnes », conclut Chris Field. La vie sur Terre va devenir tout simplement… impossible.

Article complet : Le climat chauffe les esprits américains, Le Soir, 14.02.2009

Durant la conférence universitaire sur le réchauffement climatique tenue à la Exeter University cet été, le climatologue Kevin Anderson a éprouvé devant le public d’experts rassemblés un sentiment étrange : il a souhaité avoir tort. Sentiment partagé par nombre de ceux qui savaient ce qu’il s’apprêtait à dire. (…)

Malgré tous les discours des politiques, les avertissements scientifiques, les grands titres dans les médias et les promesses des entreprises, il allait affirmer que les émissions de carbone étaient en train de monter en flèche, hors de contrôle, bien au dessus des sombres scénarios contenus dans le rapport publié l’année dernière par le GIEC et dans le rapport Stern. (…)

« En tant qu’universitaire, j’aurais aimé qu’on me dise que c’était un très bon travail et que les conclusions étaient solides », déclare Anderson. « Mais en tant qu’être humain, j’aurais désespérément voulu que quelqu’un pointe une erreur, et qu’on me dise que j’avais tout faux. »

Personne ne le fit. La crème de la communauté scientifique des climatologues britanniques conserva le silence, stupéfaite, lorsque Anderson montra que les émissions de carbone depuis 2000 avaient augmenté bien plus vite que quiconque ne l’aurait crû possible, principalement en raison du boom économique d’un monde en développement basé sur le charbon. (…)

Le niveau de CO2 est actuellement de 380 ppm, soit 280 ppm de plus qu’à l’époque de la révolution industrielle, et il augmente de plus de 2 ppm par an. La position officielle du gouvernement est que la communauté internationale devrait avoir pour objectif de limiter cette élévation à 450 ppm.

Les résultats scientifiques sont encore parcellaires, mais des experts disent que cela pourrait offrir une chance raisonnable de limiter une éventuelle montée des températures à 2°C au dessus de la période pré-industrielle, seuil que l’Union Européenne définit comme dangereux. (L’augmentation de température est déjà de 0.7°C et un supplément estimé à 0.5°C est garanti, en raison des émissions passées.) (…)

A 650 ppm, les recherches actuelles indiquent que le monde pourrait fait face à une augmentation catastrophique de la moyenne des températures de 4°C. Mais, prévient Anderson, même ce scénario inquiétant ne pourrait être réalisé que si les pays riches adoptaient « une réduction draconienne des émissions en une décennie ». Seule une « récession économique planifiée » sans précédent pourrait y suffire. La crise financière actuelle ne s’en approcherait même pas. (…)

Bob Watson, le scientifique en chef du Ministère de l’Environnement britannique et l’ancien président du GIEC, avertissait cette année que le monde devait se préparer à une augmentation de 4°C, ce qui éliminerait des centaines d’espèces, créerait des pénuries de nourriture et d’eau dans les pays vulnérables et causerait des inondations qui déplaceraient des centaines de millions de personnes. Le réchauffement serait encore plus sévère sur les pôles, ce qui pourrait accélérer la fonte des glaces du Groenland et de l’Antarctique occidentale. (…)

On y lit [NdDDC : dans un rapport du gouvernement australien publié cet automne] que les nations développées telles que le Royaume-Uni, les USA et l’Australie, devraient réduire leurs émissions de dioxyde de carbone de 5% par an pendant la prochaine décennie pour atteindre l’objectif de 450ppm. Le Britain’s Climate Change Act 2008, la législation la plus ambitieuse de son espèce dans le monde, entend réduire les émissions d’environ 3% par an jusqu’en 2050. (…)

Henry Derwent, l’ancien président de la délégation Britannique aux négociations internationales sur le climat, maintenant président de l’International Emissions Trading Association, estime qu’un nouveau traité sur le climat ne comprendra probablement pas d’objectif de stabilisation, que ce soit 450 ou 550ppm. (…)

La hausse des chiffres des émissions dues à l’activité humaines intervient au pire moment, alors même que les scientifiques ont découvert que les forêts et les océans de la Terre pourraient perdre leur capacité d’absorption du carbone répandu dans l’atmosphère. La plupart des projections climatiques prennent pour hypothèse qu’environ la moitié de toutes les émissions de carbone soient réabsorbées dans ces puits naturels.
Les modèles informatiques prédisent que cet effet s’affaiblira lorsque le monde se réchauffera, et une série d’études récentes suggèrent que c’est d’ores et déjà le cas.

La capacité de l’Océan austral à absorber le dioxyde de carbone s’est affaiblie d’environ 15% par décennie depuis 1981, alors qu’en Atlantique nord, les scientifiques de l’Université d’East Anglia ont montré un déclin dramatique des puits de CO2 entre les milieux des années 1990 et 2000.

Une étude indépendante publiée cette année montre que la capacité des forêts à absorber le dioxyde de carbone anthropogénique (causé par l’activité humaine) faiblissait, parce que le changement de durée des saisons altérait le moment où les arbres passaient de l’état de puits de carbone à celui de source émettrice.

Les sols pourraient également relâcher leurs réserves de carbone : la preuve est apparue en 2005 qu’une vaste étendue de la Sibérie Occidentale subissait un dégel sans précédent.
Dans cette région, la plus large tourbière gelée du monde a commencé à fondre pour la première fois depuis sa formation il y a de cela 11000 ans. Les scientifiques pensent que la tourbière pourrait commencer à relâcher des milliards de tonnes de méthane emprisonnés dans les sols, un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le CO2. L’Organisation Météorologique Mondiale a récemment annoncé la plus grosse augmentation des niveaux de méthane dans l’atmosphère depuis 10 ans.

Des experts affirment que la gravité des résultats des études récentes, combinée au boom sans précédent des émissions de carbones, nécessite une réévaluation urgente de la situation. Dans un article publié ce mois-ci dans la revue Climatic Change, Peter Sheehan, un économiste de l’Université australienne Victoria, écrit que l’ampleur des récentes émissions implique que les réductions de carbone préconisées par le GIEC pour stabiliser les niveaux dans l’atmosphère « ne peuvent pas être pris comme un guide fiable pour une décision politique immédiate ». Les réductions, dit-il, doivent être plus importantes et concerner plus de secteurs.

Plus tôt cette année, Jim Hansen, un climatologue expert de la NASA, a publié un article qui avertissait que les objectifs de CO2 mondiaux devaient être révisés de façon urgente pour prendre en compte le risque d’effet rétroactif sur le système climatique. Il a utilisé des reconstitutions du climat terrestre du passé pour montrer que l’objectif de 350ppm – niveau bien plus bas que celui atteint aujourd’hui – est nécessaire pour « préserver une planète similaire à celle sur laquelle la civilisation s’est développée et la vie sur Terre s’est adaptée ». (…)

« C’était déjà très urgent. C’est devenu très, très urgent. » [NdDDC : citation de Watson, pour le mot de la fin]

Article complet (en anglais) : The Guardian, D. Adam, 09.12.2008
Traduction Nicolas Sautet pour Contre Info.

Rajendra Pachauri préside depuis 2002 le GIEC dont les rapports ont posé scientifiquement la réalité du changement climatique. A ce titre, cet ingénieur et économiste indien de 67 ans a reçu le prix Nobel de la paix 2007, conjointement avec Al Gore. Invité au Conseil informel des ministres de l’environnement et de l’énergie de l’UE, il a appelé les Vingt-Sept à tenir l’engagement de réduire d’au moins 20 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020. Citant Gandhi, il a exhorté les Européens à être en pointe dans la lutte contre le réchauffement : « Si vous voulez que le monde change, a-t-il lancé aux ministres, vous devez incarner ce changement. »

Six mois se sont écoulés depuis la conférence de Bali. Les négociations en vue d’aboutir à un accord international sur l’après-Kyoto avancent-elles ?

Il ne s’est pas passé grand-chose et c’est inquiétant. Il reste peu de temps avant le sommet de Copenhague en décembre 2009 même si, dans ce genre de négociations, c’est toujours un peu pareil : chacun observe l’autre et attend le dernier moment. Cela conduit à s’entendre dans le meilleur des cas sur des compromis alors que, cette fois-ci, nous avons besoin d’un accord solide et ambitieux. Pour contenir la hausse des températures en deçà de 2°C – 2,4°C, qui est selon nos travaux la ligne à ne pas franchir pour ne pas se mettre gravement en danger, il ne nous reste que sept ans pour inverser la courbe mondiale des émissions de gaz à effet de serre. C’est très peu.

Quel rôle peut jouer l’Europe ?

L’Europe a un rôle essentiel à jouer, elle doit continuer à montrer le chemin comme elle a commencé de le faire. Si elle ne prend pas la décision d’être la première grande région à réduire volontairement ses rejets de dioxyde de carbone, il est vain d’espérer un accord international. Jamais les Etats-Unis ou la Chine ne monteront dans le train.

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Que pensez-vous des doutes exprimés par certains sur la réalité du changement climatique ?

Ils sont marginaux et reflètent le plus souvent des intérêts particuliers qui redoutent d’être pénalisés par la transition à une économie « décarbonée ». Mais, objectivement, il n’y a plus de place pour le doute. La science a apporté tellement de preuves. Nous n’avons plus besoin d’aucune démonstration pour savoir sur une base scientifique que le réchauffement climatique est en cours et que l’essentiel de ce réchauffement est le fait des activités humaines. Mais il restera toujours des gens pour le contester. Il existe encore une Société de la Terre plate, dont les membres continuent et continueront encore pendant des siècles de nier la rotondité de la Terre…

Les objectifs généralement affichés sont de conserver le niveau de CO2 en deçà de 450 à 550 ppm. Mais de récents travaux indiquent qu’il faudrait demeurer en deçà de 350 ppm, un niveau qui est déjà dépassé…

Le GIEC ne donne pas de conseils, il se contente de donner une évaluation des différents scénarios. Ensuite, c’est à la communauté internationale de décider. La considération principale est que nous devons stabiliser le niveau de gaz à effet de serre à un niveau qui soit en deçà du niveau d’interférence humaine dangereuse avec le climat. Comment définir ce qui est dangereux ? Et plus important : dangereux pour qui ? Pour certains petits Etats insulaires, le niveau actuel est sans doute déjà dangereux. J’étais récemment en Nouvelle-Zélande où j’ai rencontré le président des îles Kiribati (Anote Tong), dont le pays sera submergé avant la fin du siècle. Il est bien conscient du fait que, pour les habitants de son pays, qui devront partir, le niveau de danger est déjà dépassé. La communauté internationale ne peut pas décider de ce qui est dangereux sur la foi d’une moyenne : il n’y a pas de moyenne dans le danger représenté par le changement climatique.

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Extraits du Monde du 07.07.2008

C’est un article un peu long (3 pages), mais je vous conseille vivement sa lecture intégrale dans Le Monde du 27 juin. Il a été rédigé par Laurent Carpentier. En voici quelques extraits :

Sur les rochers du Cap Fréhel, ce printemps, ils étaient 3 fois moins nombreux qu’il y a 2 ans. Ailleurs, ils modifient leurs itinéraires de migration, ils décalent leurs périodes de reproduction, ils changent leur régime alimentaire. Les bouleversements du mode de vie des oiseaux constituent l’un des meilleurs indicateurs des évolutions climatiques en cours. Et tous les signaux sont en train de passer au rouge. Les temps changent, et comme nombre d’espèces de volatiles, les hommes vont aussi devoir s’adapter.

Le phytoplancton est parti le premier. Parce que les eaux de la mer du Nord s’étaient réchauffées d’un petit degré, ces micro-organismes marins ont subitement migré vers des fonds plus rigoureux. Le zooplancton l’a suivi. Et puis dans leurs sillages, on a vu s’en aller le lançon, ce « poisson-fourrage » dont se nourrissent les gros poissons et les oiseaux marins… Parmi les vastes colonies de mouettes tridactyles, de guillemots et de pingouins, de sternes et de fous de Bassan qui peuplent les côtes britanniques, souffla un vent de panique. Les oiseaux, poussant de plus en plus loin leur maigre pêche, perdirent leurs forces. Pénurie alimentaire, échec de la reproduction, révoltes de la faim… La désolation fit place à l’effroi : goélands et labbes – ces superprédateurs incapables de pêcher eux-mêmes –, se mirent en colère et, affamés, se jetèrent sur les œufs, les poussins, et même sur ces maudites mouettes qui rentraient bredouilles. Guerre et famine… Un jour de 2004, quand les ornithologues écossais revinrent sur la falaise qu’ils étudiaient, il n’y avait plus d’oiseaux.

Il a beau avoir toujours son sourire en coin, on lit l’inquiétude dans les yeux de Bernard Cadiou. Ses jumelles pendent, désœuvrées : ici, dans les Côtes-d’Armor, la face nord-ouest de la Grande Fauconnière, ce rocher de granit rouge sculpté par les vents en contrebas du cap Fréhel, habituellement peuplée de dizaines de couples de cormorans huppés, est bien déserte. Seules quelques silhouettes noires et débonnaires, au cou hautain et au bec souligné de jaune trônent sur les trop rares amas de brindilles et d’algues. « On dénombrait quelque 350 couples il y a deux ans. Aujourd’hui, il y en a trois fois moins… Et, alors que les cormorans commencent à s’accoupler dès février, cette année on n’a vu le premier œuf que le 21 avril… La forte tempête que nous avons eue le 11 mars ne peut à elle seule expliquer le phénomène. Même les nids qui sont abrités du vent n’ont pas reçu de nouveaux locataires… »

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Pour ceux qui s’inquiéteraient de savoir quelles sont les conséquences du réchauffement climatique, les oiseaux – qu’ils soient marins, migrateurs ou hibernants – sont un indicateur riche d’enseignements quant à la rapidité des évolutions en cours. Le phytoplancton est parti le premier, puis le lançon, puis les cormorans… Et puis qui ? Un simple degré d’augmentation de la température et c’est tout un écosystème qui s’effondre. Quand on sait que les climatologues du GIEC font état dans leur rapport d’une possible élévation des températures de 1,8 à 4 °C au cours du siècle à venir, on imagine le grand chambardement qui se prépare dans cette nature où les êtres vivants, nous compris, sont interdépendants ! Et les climatologues savent que, quand bien même les objectifs de réduction des gaz à effet de serre annoncés par les grandes nations seraient atteints – ce qui est déjà en soi largement improbable vu la révolution énergétique que cela suppose –, la durée de vie de ces gaz ne permet pas d’imaginer un redressement miracle et rapide de la situation.

Les oiseaux sont des alarmes qui ne cessent de se déclencher. C’est l’hirondelle qui n’annonce plus le printemps parce qu’elle préfère passer l’hiver dans son étable, la cigogne qui s’est en grande partie sédentarisée, c’est l’échasse blanche qui s’implante au nord de la Loire et le héron garde-bœuf, pensionnaire de Camargue, qui batifole aujourd’hui en baie de Somme… C’est l’inséparable de Fischer, un petit perroquet d’Afrique tropicale, qui s’installe près de Nice, ou encore la grive que les chasseurs attendent désespérément lorsqu’elle hésite à quitter ses froides terres de Scandinavie. En 1989, la communauté scientifique française s’est dotée d’un outil de surveillance territoriale des volatiles, le programme Stoc (Suivi temporel des oiseaux commun). En 2006, 18 ans après sa mise en place, on constate que les communautés d’oiseaux se sont déplacées de 124 km vers le nord !

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« La recherche a beaucoup souffert d’une dérive moléculariste qui s’est faite au détriment de l’entomologie de terrain, moins confortable et moins gratifiante« , écrit le climatologue Jean-Pierre Besancenot dans « Notre santé à l’épreuve du changement climatique » (Delachaux et Niestlé, 2007). Ce qui est vrai pour les insectes l’est aussi pour les oiseaux. « Il n’y a plus personne pour observer le vivant« , regrette Philippe J. Dubois. La biologie moléculaire a raflé tous les crédits de la recherche. Et quand il s’agit aujourd’hui de surveiller et de connaître le comportement et les mouvements des insectes – ces importants vecteurs de maladies pour l’homme –, la phénologie des plantes – ces formidables indicateurs de l’état de santé de la planète –, ou l’évolution d’oiseaux qui prennent de plein fouet les bouleversements environnementaux, on en appelle à la bonne volonté publique. L’Observatoire des saisons, l’Observatoire des papillons des jardins, Phénoclim… grâce à Internet, chacun est aujourd’hui invité à faire la vigie de cette nature en danger.

Le programme de Stoc met ainsi à contribution plus de 1000 ornithologues amateurs, chacun étant chargé d’une parcelle de territoire à observer, noter, étudier au fil des ans selon des protocoles établis par une équipe de chercheurs. « Outre le déplacement significatif des populations d’oiseaux vers le nord, les résultats de ce suivi sont riches d’informations, constate Romain Julliard, biologiste de la conservation, qui est au Muséum national d’histoire naturelle un des responsables du programme. On voit ainsi deux tendances se dégager : la première, c’est que d’une part les effectifs des espèces spécialistes – qu’elles soient agricoles, comme les perdrix, les linottes, ou les alouettes ; ou forestières comme les mésanges boréales et les pouillots – baissent au profit d’espèces généralistes comme le pigeon ramier… La seconde, c’est que les espèces habituellement situées au Nord dégringolent alors que celles ordinairement situées au Sud sont en hausse. » (…) C’est là que Romain Julliard et ses collègues officient au chevet de ces espèces en mutation. Bousculées par le climat, certes, mais pas uniquement. L’urbanisation galopante, la disparition progressive des bois, des prés, des marais leur est une menace bien plus immédiate. Comme l’est l’empoisonnement des sols par les « intrants » – engrais et pesticides en tout genre. « L’équilibre naturel est une image d’Epinal, sourit Romain Julliard. En réalité, nous sommes dans des systèmes très dynamiques, et facilement déséquilibrés… Mais ce qui est rassurant, voyez-vous, quand on étudie les oiseaux, c’est de voir que les choses sont réversibles. Au Danemark, où l’on a largement diminué le recours aux engrais, les alouettes sont revenues… »

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Et Dieu que le sol est bas…

Les Belges dévorent 300 fois ce que la Belgique produit
Extrait du Soir, 02.03.07, C. Schoune

Si chaque être humain consommait les ressources comme un Belge, 3 Terres seraient nécessaires pour assurer ce train de vie. En d’autres termes, l’Occident ne vit plus grâce aux intérêts de la nature, mais en rognant son capital. Jusqu’à présent, les perspectives mondiales établies par le GFN n’avaient pas détaillé, secteur par secteur, l’évolution des « recettes » (biocapacité) et des « dépenses » (empreinte écologique). C’est chose faite pour la Belgique et le Grand-Duché de Luxembourg, considérés comme une seule entité statistique par le GFN.

Alors qu’elle était de 3,4 ha par habitant en 1960, notre « trace » se chiffre aujourd’hui à 5,6 hectares. La consommation vorace des énergies fossiles représente la progression la plus importante.

« Il y a 40 ans, le déficit était de 2,2 ha par habitant, note le rapport. Aujourd’hui, il est de 4,3 ha/hab. » Soit plus de 300 fois la taille de notre pays. Fatalisme ? L’Allemagne est parvenue tour à tour à réduire son empreinte écologique et à améliorer sa biocapacité propre ces dernières années.

Menace sur les fleuves du monde
Extrait du Soir, 20.03.07

Le pompage excessif de leurs eaux pour l’agriculture et la consommation humaine « menace de mettre complètement à sec le Rio Grande et le Gange« . Le Mékong est victime de la pêche excessive tandis que le Yangtzé est asphyxié par la pollution provoquée notamment par l’industrialisation massive le long de ses rives.

Le WWF conseille d’étudier avec soin la situation avant de se lancer dans des travaux d’infrastucture et suggère par exemple de préférer le transport par rail au développement de la navigation sur le Danube. « Comme les gouvernements s’inquiètent maintenant de la diminution des ressources en eau à cause du changement climatique ils construisent de plus en plus de barrages pour en stocker davantage, ce qui a pour résultat de prélever encore plus d’eau des rivières et de créer encore plus de problèmes écologiques« , avertit M. Pittock.

De même, « beaucoup de gouvernements veulent construire des centrales hydro-électriques comme sources d’énergie propre, ce qui, une fois encore bloque les cours d’eau et tue les poissons« , poursuit-il.

En Australie, ce sont des espèces introduites par l’homme qui ont envahi le fleuve Murray-Darling, où les espèces indigènes ne représentent plus que 10 % de la faune aquatique.

La consommation globale d’eau douce augmente deux fois plus vite que la population, ce qui signifie qu’en 2025 plus de 60 % des hommes vivront dans des régions souffrant de pénuries d’eau significatives, selon les estimations de l’Institut de Stockholm pour l’environnement.

« La crise va bien au delà des 10 fleuves étudiés mais le rapport reflète à quel point le développement sans frein menace la capacité de la nature à satisfaire notre demande croissante« , remarque M. Pittock.

Les scientifiques dessinent l’avenir d’un monde plus chaud
Extrait du Monde, 19.03.07, G. Dupont

Pénuries d’eau, inondations, salinisation des sols, baisse des rendements agricoles, multiplication des incendies, déclin de la biodiversité… Les scientifiques du GIEC s’apprêtent à rendre publiques de nouvelles évaluations des conséquences du réchauffement climatique et à confirmer le lien entre ce phénomène et de multiples perturbations déjà constatées sur la planète.

Les experts rangent parmi les conséquences directes du réchauffement, avec un haut de degré de certitude, des phénomènes constatables aujourd’hui : instabilité des sols en montagne, fonte du permafrost, modifications de la flore et de la faune dans les régions polaires, augmentation de la température des lacs et des rivières, précocité du bourgeonnement de la végétation et des migrations des oiseaux, modifications de la répartition des algues, du poisson, du plancton, etc.

En tablant sur un réchauffement compris entre 2°C et 4,5°C au-dessus des valeurs de 1990, les scientifiques évaluent entre 1 et 3,2 milliards le nombre d’humains touchés par des pénuries d’eau. Des « centaines de millions de personnes » seront menacées par la hausse du niveau des océans. Si le réchauffement atteint 4°C, 20% de la population mondiale pourrait être confrontée à des inondations.

Les rendements agricoles, susceptibles d’augmenter dans un premier temps dans les régions de latitude moyenne et élevée, déclineraient partout si le réchauffement atteignait 3°C. Au sud de la planète, les capacités d’adaptation des espèces seraient dépassées. Jusqu’à 120 millions de personnes supplémentaires seraient alors exposées à la faim. Le groupe prévoit une augmentation du nombre de morts dues à la chaleur, aux sécheresses, aux inondations, aux maladies liées à l’eau, ainsi que des extinctions « massives » d’espèces, et des bouleversements « majeurs » dans le fonctionnement des écosystèmes.

Le même sujet vu depuis la Belgique :

L’état d’urgence planétaire
Extrait du Soir, 21.03.07, C. Schoune

Nouveau rapport du Giec : Le Soir a pu prendre connaissance de la synthèse destinée aux décideurs. Inquiétant, ce document demeure confidentiel à ce jour tant il est sujet à des modifications lors des discussions entre les experts de 190 pays.

Extension des zones d’influence des maladies tropicales, pénuries d’eau accrues, menaces d’inondation, déclin de la diversité biologique, arrivée précoce du printemps, acidification des océans… autant de bouleversements en cours et attendus d’ici 2100, si rien n’est entrepris à une échelle globale pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. D’ores et déjà, le Giec constate que « beaucoup de systèmes naturels, sur tous les continents et dans certains océans, sont affectés pour le moment par des changements climatiques à une échelle régionale ».

1 Afrique. Quelque 600 millions de personnes pourraient connaître des pénuries d’eau accrues en cas d’un réchauffement égal à 2°C depuis 1990. Un réchauffement de 3°C conduirait à une extension des zones arides et semi-arides. La mortalité liée au réchauffement, entre diarrhées et malnutrition, devrait grimper d’ici 2030, avec l’augmentation des cas de paludisme ou de dengue. L’augmentation du niveau de la mer menace de nombreuses villes côtières.

2 Asie. La fonte des glaciers de l’Himalaya engendrera des inondations, une instabilité des flancs de montagnes et une rupture dans l’approvisionnement en eau potable. D’ici 2050, plus d’un milliard de personnes en Asie pourraient se trouver confrontées à des pénuries d’eau tandis que près de 200 à 700 millions d’être humains seront confrontés aux inondations résultant de l’élévation du niveau de la mer.

3 Amérique du Nord. Le réchauffement projeté dans les Rocheuses mènerait à une diminution du couvert neigeux, à davantage d’inondations en hiver et à une réduction de l’écoulement des cours d’eau en été, exacerbant la compétition pour la surallocation des ressources en eau.
Les problèmes liés aux insectes ravageurs, maladies et feux de forêts seront en croissance avec un risque accru d’impact sur la santé humaine.

4 Amérique latine. L’augmentation des températures conjuguée à la diminution de l’eau dans les sols mènera au remplacement des forêts tropicales par des zones de savanes. Lvégétation semi-aride sera remplacée probablement par une végétation aride. Dans les forêts tropicales, l’extinction des espèces est jugée probable. Dans les zones plus sèches, les changements climatiques mèneraient à une salinisation et à une désertification des surfaces agricoles. Les rendements de certaines semences diminueront et affecteront la sécurité alimentaire.

5 Europe. Au nord, le réchauffement moyen devrait apporter des bénéfices, dans un premier temps. Ces aspects positifs seraient réduits à néant si le réchauffement moyen atteint 3°C. Dans le sud, les changements climatiques auront par contre un impact négatif sur la santé en raison des vagues de chaleur plus fréquentes, de la réduction de la disponibilité en eau, de la menace sur la production de céréales et de l’augmentation de la fréquence des feux de forêt. Les inondations côtières menaceraient 2,5 millions de personnes supplémentaires chaque année vers 2080. Les petits glaciers disparaîtront et les grands auront considérablement fondu d’ici 2050.

6 Régions polaires. La réduction de l’épaisseur des glaciers, de la taille de la banquise, le dégel progressif du permafrost et les changements dans des écosystèmes très vulnérables produiront des effets au détriment des migrations d’oiseaux, des mammifères et des grands prédateurs comme l’ours polaire menacé d’extinction à l’horizon 2050.

7 Petites îles. La hausse du niveau de la mer exacerbera les inondations, le nombre de tempêtes, l’érosion des côtes et menacera des infrastructures vitales qui supportent le bien-être socio-économique des communautés.

Après cet interlude musical, revenons aux choses sérieuses et atterrissons sur terre, ou plutôt sur Terre… car je vous ai préparé un petit « melting pot » de l’actualité de notre planète ces derniers mois – non exhaustif bien sûr ! Si vous n’avez pas le temps ou l’envie de tout parcourir, je vous recommande le dernier article présenté (« Noël en famille »).

Les animaux malades de leurs congénères

Extrait du Monde, 23.01.07, P. Le Hir

France – 50 espèces perdues, 89 autres gagnées : pour la biodiversité, la balance semble positive. Mais l’arithmétique et la vie ne font pas bon ménage. Les animaux introduits étaient déjà présents sur d’autres continents et ne compensent donc pas les extinctions. « On assiste, à l’échelle du globe, à une banalisation des faunes« , s’inquiète M. Pascal, de l’INRA.

1er constat : l’histoire des vertébrés a été fortement influencée par l’homme moderne. Certes, quelques-uns n’ont pas survécu à la hausse des températures qui a marqué l’entrée dans l’holocène. C’est aussi le réchauffement climatique qui met aujourd’hui en concurrence certaines espèces, en modifiant leurs aires de répartition.

Mais, bien souvent, le coupable est Sapiens sapiens, qui a exterminé, pour leur viande ou leur peau, toutes ces espèces. Plus récemment, l’agriculture, l’urbanisation, les voies de communication, le tourisme ont détruit les milieux naturels. Signe de cette pression anthropique, le rythme des disparitions s’est accéléré, passant de moins de une par siècle jusqu’au Moyen-Age à plus de 10 par siècle depuis l’ère industrielle.

Les introductions d’espèces nouvelles se sont simultanément multipliées depuis le début du XIXe siècle. Ces colonisations, souvent naturelles, ont aussi été le fait de l’homme, qui a acheminé les intrus dans les cales de ses bateaux ou les soutes de ses avions. A son insu, ou volontairement, pour en faire le commerce ou pour son agrément. « Les invasions biologiques peuvent avoir un impact désastreux sur la biodiversité, commente M. Pascal. Si l’ignorance peut excuser les introductions d’un lointain passé, ce n’est plus le cas. »

Les scientifiques au chevet de la planète menacée par la bombe climatique

Extrait du Monde, 29.01.07

Fonte des glaces flottantes et des sols gelés en profondeur, diminution de la couverture neigeuse, recul des glaciers… le réchauffement planétaire déjà à l’œuvre et, surtout, à venir.

La fonte des glaces, la dilatation des océans sont autant de conséquences du réchauffement qui peuvent aussi, par « rétroaction« , jouer les accélérateurs du processus. Les climatologues redoutent en effet qu’au-delà d' »effets de seuil« , ces phénomènes pourraient amplifier le réchauffement, sans qu’il soit possible pour l’heure « de déterminer les limites à ne pas franchir« , explique E. Bard, du Collège de France.

Le thermomètre planétaire a déjà gagné 0,8 °C en un siècle, pour moitié au cours des 30 dernières années. « Hormis 1996, toutes les années depuis 1995 sont plus chaudes que n’importe quelle année depuis plus de 140 ans« , note le climatologue français J. Jouzel.

Le GIEC « est l’outil qui peut exprimer une certaine forme de consensus dans la communauté scientifique et permet de faire l’interface avec les décideurs« , note H. Le Treut, directeur d’un laboratoire de météorologie dynamique. Mais le consensus est un exercice « délicat« , estime-t-il, en se déclarant pour sa part opposé à la publication dans le rapport du GIEC d’une fourchette de hausses des températures en 2100 liée à des scénarios économiques différents.

« La notion de fourchette a été sacralisée autour de scénarios qui ont été choisis un peu arbitrairement, indique M. Le Treut. Si on nous donne des scénarios différents, on peut avoir des résultats différents mais cela ne veut pas dire que le danger pour la planète est différent. »

Un risque d’emballement des températures

Extrait du Monde, 29.01.07, S. Foucart

Ces mécanismes, appelés « rétroactions positives« , se produisent lorsqu’un écosystème – voire le système océan-atmosphère-glaces dans son ensemble – réagit à l’augmentation des températures, en aggravant le phénomène perturbateur.

L’exemple le plus fréquemment cité est celui du recul de la banquise. Plus les températures augmentent, plus la banquise recule ; plus la banquise recule, moins le rayonnement solaire est réfléchi ; moins le rayonnement solaire est réfléchi, plus les températures augmentent.
La fonte du pergélisol (permafrost) pourrait relâcher des quantités importantes de carbone dans l’atmosphère.

Les inconnues sont nombreuses. « Aujourd’hui, les forêts continentales constituent un puits de carbone qui absorbe ~ 1/4 des émissions humaines de CO2, explique E. Bard. Mais l’évolution de ce puits de carbone est incertaine. En majorité, les modèles théoriques indiquent que cette capacité de stockage devrait diminuer au cours du prochain siècle : le réchauffement favorise la décomposition de la matière organique dans le sol, ce qui réinjecte du CO2 vers l’atmosphère. »

Ce n’est pas tout. « La réponse de l’océan, qui pompe environ 1/3 des émissions, est aussi une source d’inquiétude, poursuit M. Bard. Le CO2 se dissout moins bien lorsque les eaux de surface deviennent plus chaudes et acides. » Par ailleurs, le réchauffement devrait contribuer à ralentir les courants marins profonds. Or, ces derniers transportent le carbone au fond des océans. Ce ralentissement devrait donc aussi contribuer à l’augmentation du CO2 atmosphérique.
Fragilisé, le phytoplancton produirait moins de matière organique. Soit autant de millions de tonnes de CO2 atmosphérique qui cesseraient d’être épongées.

Bien sûr les gouvernements doivent prendre des mesures. Mais les gens doivent également changer leurs habitudes. Or les gens, c’est moi, c’est toi… Illustration :

Noël en famille ou 15 litres de pétrole…

Extrait du Soir, 30.01.07, P. Ozer et D. Perrin

La semaine précédant Noël, j’ai décortiqué les publicités de mon hypermarché et voici ce que j’ai pu concocter pour 8 personnes avec, entre parenthèses, les km parcourus entre le pays de production et la Belgique ainsi que les kg de CO2 émis uniquement pour le transport aérien intercontinental de ces produits achetés. L’analyse se focalise sur le transport par voie aérienne puisque celui-ci émet, en moyenne, 60 fois plus de CO2 que par voie maritime.

D’abord, un bouquet de 20 roses au centre de la table. La provenance de ces fleurs est kenyane et le mode de transport aérien (6 550 km, 5,2 kg de CO2).

Commençons par un velouté d’asperges aux langoustines. Le légume nous vient du Pérou par avion (10 500 km, 12,5 kg de CO2) et les langoustines ont été acheminées, une fois décortiquées et congelées, par bateau depuis l’Indonésie (14 000 km). Remarquez que, du point de vue des émissions de CO2, il est encore préférable d’acheter des langoustines élevées en Asie du Sud-Est plutôt que ce même crustacé pêché en Ecosse – quel paradoxe ! En effet, ce dernier, une fois attrapé dans les eaux européennes, va faire un périple extraordinaire par bateau jusqu’en Thaïlande d’où, une fois décortiqué, il retournera sur le marché européen (22 000 km). Une délocalisation due au fait que je préfère (comme 70% des consommateurs) acheter des crustacés décortiqués.

Après 2 bouteilles de Sauvignon blanc chilien (11 900 km), nous attaquons le plat de consistance. J’ai longtemps hésité entre le springbok de Namibie (8 300 km), le kangourou australien (16 700 km), l’autruche d’Afrique du Sud (8 900 km), la biche de Nouvelle-Zélande (18 700 km) et le bison canadien (5 600 km). Un peu perdu, je me suis finalement engagé à un simple steak-frites-salade bien de chez nous. Mon hypermarché m’offre un steak de boeuf argentin venu par avion (11 300 km, 14,5 kg de CO2) à un prix 30% inférieur au Blanc-Bleu-Belge… Comment résister ? Pour les frites maison, j’achète des pommes de terre « bio » qui viennent du Sud de la France par camion. Quant à la salade, elle vient d’Espagne. Alors, l’espace d’un instant, je m’interroge… Pourquoi dit-on que c’est le plat traditionnel belge par excellence ? Mais ce questionnement futile se dissipe rapidement car je dois vite ouvrir les bouteilles de Cabernet Sauvignon californien (8 900 km).

Mon épouse se charge du dessert. Une salade de fruits réalisée exclusivement avec les fruits frais en promotion trouvés au magasin. Il s’agit de poires nashi de Corée du Sud, de mangues, papayes, figues et melons charentais du Brésil, de fruits de la passion de Colombie, de grenades des Etats-Unis, de fraises d’Israël, d’ananas d’Amérique centrale, de cerises d’Argentine et de caramboles de Malaisie. Nous décidons d’y ajouter deux kiwis de Nouvelle-Zélande, une orange d’Afrique du Sud et une pomme belge pour que tous les continents soient représentés dans le même récipient. Evidemment, alors que nous approchons des 12 coups de minuit, qu’il fait toujours 10°C dehors et que mon fils de 3 ans me répète que ce n’est pas Noël puisqu’il n’y a pas encore eu de neige, un tel dessert a un coût : une distance cumulée de 126 000 kilomètres et une facture approximative de 9 kg de CO2 émis. Là-dessus, je débouche un mousseux blanc de Tasmanie (17 100 km).

In fine, la distance totale parcourue par tous ces produits est de 209 000 km, plus de 5 tours du monde, soit 41,3 kg de CO2. Cela équivaut aux émissions de CO2 d’un véhicule ordinaire parcourant la distance de 258 kilomètres, soit approximativement 15 litres d’essence pour moins de 6 kg de nourriture !

Pourtant, un bouquet de houx, une soupe au potiron, suivie du même steak-frites-salade à base de produits locaux, une salade de fruits sans fraises, cerises… et des vins français nous permettraient de diminuer de plus de 80% les émissions de CO2 dues au transport.

Veiller à ce que nous mettons dans notre assiette fait partie des multiples petits actes citoyens que nous pouvons poser pour diminuer notre empreinte écologique. Le transport de marchandises par voie aérienne était de 2 milliards de tonnes/km transportées en 1960. En 2006, ce chiffre est passé à 150 milliards.

Un supermarché scande « Vivez comme vous voulez« , un autre clame « Et tout devient possible« . Nous en sommes intimement convaincus. Et si nous, consommateurs, n’achetons plus de cerises d’Argentine, de fraises d’Israël ou de myrtilles du Chili en hiver, ils n’en proposeront plus. Ensemble, nous pouvons forcer le changement. Et tout cela sans réellement perdre de notre confortable qualité de vie.

La fonte des glaces du Groenland s’accélère dangereusement
Extraits du journal Le Monde.

Le Groenland méritera-t-il bientôt le nom que lui avaient donné, il y a plus d’un millénaire, les colons scandinaves ? [Le « pays vert »]

Des mesures radar, aériennes et satellitaires, conduites en 1996, en 2000 et en 2005, montrent que le déficit en glace de la calotte groenlandaise a plus que doublé au cours de cette période. Elle est passée de 90 à 220 km3 par an.

Le réchauffement de l’atmosphère, de deux à trois degrés, mesuré à la station d’Angmassalik depuis les années 1980, se traduirait dans la région par une fonte accrue de la glace en surface. L’eau de fonte, en s’écoulant rapidement jusqu’au socle rocheux, aurait alors un rôle de lubrifiant et faciliterait l’écoulement du glacier. D’autres mécanismes, comme l’usure de sa base par l’eau de mer, elle aussi plus chaude, ou la perte de résistance due au retrait de la banquise sont probablement à l’oeuvre.

Le résultat est spectaculaire : le glacier Kangerdlugssuaq Gletscher, dans l’est du Groenland, s’écoule désormais à une vitesse de 14 km par an (ou 38 mètres par jour), trois fois plus vite qu’il y a dix ans. Son front a reculé de 10 km. Et il a perdu 250 mètres d’épaisseur, soit un quart de sa hauteur initiale.

La découverte de l’influence prédominante de leur comportement sur l’évolution globale de la calotte groenlandaise pourrait conduire à réévaluer les modèles numériques utilisés par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC, IPCC en anglais), qui ne tiennent pas compte de ce type de mécanisme. Le GIEC prépare pour 2007 un rapport dressant divers scénarios sur les conséquences du réchauffement.

De plus, les glaciers ne sont pas seulement en péril sur les calottes polaires. Leur retrait est général. Ils fondent dans l’Himalaya, château d’eau de l’Asie, où l’approvisionnement de 2,5 milliards de personnes est en jeu. Et sont tout aussi menacés dans les Andes et en Patagonie, où l’on redoute glissements de terrain et coulées de boue catastrophiques.

H. Morin

Une extinction massive des espèces est annoncée pour le XXIe siècle

Extraits – LE MONDE | 07.01.06

La disparition des dinosaures a marqué, il y a 65 millions d’années, la cinquième extinction massive d’espèces. Un animal ou une plante disparaîtrait toutes les vingt minutes. Abordons-nous la sixième crise de la vie ?

La disparition des espèces s’accélère. Le rythme d’extinction des vertébrés et des plantes est déjà cent fois plus important que lors des temps géologiques, il y a des dizaines de millions d’années. Cette vitesse devrait être multipliée par 100 dans les prochaines décennies, soit un rythme 10 000 fois supérieur au taux estimé comme naturel.

Lors des grandes crises d’extinction, jusqu’à 95 % des espèces ont pu disparaître d’un coup, du moins à l’échelle paléontologique, sur plusieurs millions d’années. Je ne sais pas si on peut mettre ce qui se passe actuellement sur le même plan, mais la communauté scientifique pousse un cri d’alarme : nous sommes en train de modifier les systèmes naturels à tel point que des extinctions massives risquent de toucher tous les groupes d’êtres vivants, du champignon au gorille.

Pourquoi cette accélération ?

Les grands animaux, notamment les herbivores, disparaissent sur la plupart des continents depuis l’avènement des sociétés humaines, il y a des milliers d’années. Mais l’accélération actuelle, depuis la révolution industrielle, est principalement due à la destruction des habitats : déforestation, urbanisation, changement d’utilisation des terres…

(…)

Que dire du changement climatique ?

C’est le troisième facteur qui menace la biodiversité. Selon une étude dirigée par Chris Thomas en Grande-Bretagne et basée sur les projections climatiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la planète pourrait perdre à l’horizon 2050 jusqu’au tiers des espèces existantes.

Sa méthodologie a été fortement critiquée. Mais l’exercice est intéressant. Peut-être que les espèces vont s’adapter. Mais il ne fait pas de doute que le changement climatique va devenir un facteur critique.

(…)

Quels sont les moyens d’accroître la biodiversité ?

Tout d’abord, arrêter les destructions des habitats. C’est une mesure d’urgence. A plus long terme, il faut que l’homme réapprenne à vivre avec la nature. Je pense que cela est possible tout en gardant un mode de vie moderne. Cela veut dire repenser la structure spatiale des villes et de la campagne. Soit nous réussissons à réaliser une fusion plus importante de la ville et de la campagne, soit nous faisons des villes plus agréables à vivre.

Dans un monde globalisé, chaque individu devrait être amené à se penser non pas comme une personne isolée dans un endroit donné, mais comme un maillon d’une chaîne qui le relie à la nature. Si on parvenait à éduquer les enfants et les citoyens à réfléchir de cette façon-là, nous serions tous beaucoup plus connectés non seulement à la nature, mais aussi aux autres.

Près de 9 milliards d’habitants peupleront la planète en 2050, soit 50 % de plus qu’aujourd’hui. Va-t-on pouvoir inverser le processus de destruction de la biodiversité ?

La période est critique. Tout se déroule actuellement à des vitesses invraisemblables. Nous détruisons, et les systèmes naturels n’ont pas le temps de s’adapter. Nous commençons à voir quels sont les impacts de nos agissements sur le climat, la productivité des pêcheries ou de l’agriculture. Parallèlement, la population va augmenter de façon substantielle. Les limites de résistance de la nature sont extensibles, mais pas à l’infini.

(…)

Propos recueillis par H. Kempf

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