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L’autruche commence à avoir du sable dans les poumons… Extraits de l’interview de Rajendra Pachauri, président du GIEC, par le Centre d’actualités de l’ONU.

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Centre d’actualités : Après le 4ème rapport du GIEC publié en 2007, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré que « la science est claire : le changement climatique provoqué par l’homme est une réalité prouvée ». Cette étude a aussi montré que si le monde continue sur cette voie, les émissions de gaz à effet de serre augmenteront de 25 à 90% d’ici à 2030, comparé à 2000. Pensez-vous que les gouvernements comprennent la nécessité d’agir immédiatement ?

Rajendra Pachauri : De plus en plus et malheureusement, il y a des intérêts personnels et l’inertie en matière de pensée de la part des gens. Tout ceci, j’en ai peur, ralentit le processus par lequel nous pourrions arriver à un accord au niveau mondial. Aussi il est malencontreux que les dirigeants dans la plupart des pays, même s’ils comprennent ce qui doit être fait, se cachent derrière des intérêts dits nationaux, étroits et à très court terme.

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C. d’act. : En 2007, les Etats se sont mis d’accord sur une « feuille de route » à une conférence des Nations Unies sur le climat à Bali (Indonésie) pour négocier pendant 2 ans sur les efforts accrus nécessaires pour combattre, atténuer et s’adapter au réchauffement climatique. Ces discussions doivent être conclues en décembre à Copenhague avec un nouvel accord devant entrer en vigueur après l’expiration en 2012 de la première période d’engagement du Protocole de Kyoto, qui cherche à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre. Quel est le meilleur résultat possible de la prochaine conférence dans la capitale danoise ?

R. Pachauri : Je pense que nous avons besoin d’une série de décisions, et l’une d’entre elles devrait limiter les émissions de gaz à effet de serre. A Bali, ce qui a été discuté était une réduction de 25 à 40% par les pays développés. Cela a été abandonné plus ou moins à la dernière minute, et je pense que nous avons besoin de revenir à ce niveau de réduction d’ici à 2020. Nous avons aussi besoin d’un engagement à fournir le soutien financier approprié aux pays en développement à la fois pour l’atténuation et l’adaptation. Certainement un accès à la technologie serait nécessaire.

C. d’act. : Certains Etats plus riches sont réticents à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre alors que les plus pauvres demandent des ressources et la technologie pour combattre le changement climatique. Comment convaincriez-vous à la fois les pays développés et en développement que réduire les émissions est de l’intérêt de tous ?

R. Pachauri : La seule façon de convaincre les pays en développement est que les pays développés prennent les mesures adéquates. Malheureusement, le monde développé n’a vraiment rien fait. Le Protocole de Kyoto est reconnu plutôt par sa violation que par l’adhésion aux limites qui ont été fixées. Je pense qu’il y a une perte de crédibilité de la part des pays développés. Je pense que nous avons besoin de prendre de fermes engagements alors que historiquement le problème est le résultat des émissions du monde développé, d’un point de vue cumulatif.

C. d’act. : Quelle est l’importance de la prochaine conférence de Copenhague ? Comment est ce que vous caractériseriez le poids des décisions qui seront prises à cette réunion ?

R. Pachauri : Il est nécessaire de souligner que si nous n’arrivons pas à un accord et que le monde continue d’augmenter ses émissions de gaz à effet de serre, le changement climatique se produire et aura des effets très graves qui se feront sentir dans plusieurs parties du monde. C’est clairement dans l’intérêt de personne, quel que soit l’endroit où vous vivez. D’autre part, cet accord nous permettra au niveau mondial de travailler dans un esprit de coopération et de procéder à de profondes réductions d’émissions de gaz à effet de serre comme la feuille de route de Bali le spécifie, ce qui permettra de stabiliser le climat de la Terre. Par conséquent, Copenhague est un événement auquel la communauté internationale travaille et est une étape extrêmement importante pour garantir que tout le monde s’implique à résoudre ce problème.

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« Si aucune action n’est entreprise rapidement, le réchauffement climatique de la planète va atteindre un rythme insoutenable à très, très court terme ». A la réunion annuelle de l’Association américain pour l’avancement des sciences (AAAS) de Chicago, Chris Field, de la Carnegie institution for Science, ne mâche pas ses mots. Et il décoche une flèche envers la consommation énergétique de son propre pays : les Etats-Unis, où la prise de conscience environnementale ne cesse de gagner du terrain.

« Et j’espère que les initiatives pour limiter les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère seront prises bien avant le prochain rapport du GIEC. Nous ne pouvons pas attendre quatre ou cinq ans pour agir ».

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L’heure est au mea culpa… et à l’action. « Si nous n’agissons pas rapidement, la machine climatique va s’emballer. Les incendies de forêt, y compris sous les tropiques, vont se multiplier. Le permafrost va fondre et libérer plus de mille milliards de tonnes de CO2 en un très court laps de temps alors que depuis la révolution industrielle, nos émissions totales de CO2 sont estimées à 350 milliards de tonnes », conclut Chris Field. La vie sur Terre va devenir tout simplement… impossible.

Article complet : Le climat chauffe les esprits américains, Le Soir, 14.02.2009

Durant la conférence universitaire sur le réchauffement climatique tenue à la Exeter University cet été, le climatologue Kevin Anderson a éprouvé devant le public d’experts rassemblés un sentiment étrange : il a souhaité avoir tort. Sentiment partagé par nombre de ceux qui savaient ce qu’il s’apprêtait à dire. (…)

Malgré tous les discours des politiques, les avertissements scientifiques, les grands titres dans les médias et les promesses des entreprises, il allait affirmer que les émissions de carbone étaient en train de monter en flèche, hors de contrôle, bien au dessus des sombres scénarios contenus dans le rapport publié l’année dernière par le GIEC et dans le rapport Stern. (…)

« En tant qu’universitaire, j’aurais aimé qu’on me dise que c’était un très bon travail et que les conclusions étaient solides », déclare Anderson. « Mais en tant qu’être humain, j’aurais désespérément voulu que quelqu’un pointe une erreur, et qu’on me dise que j’avais tout faux. »

Personne ne le fit. La crème de la communauté scientifique des climatologues britanniques conserva le silence, stupéfaite, lorsque Anderson montra que les émissions de carbone depuis 2000 avaient augmenté bien plus vite que quiconque ne l’aurait crû possible, principalement en raison du boom économique d’un monde en développement basé sur le charbon. (…)

Le niveau de CO2 est actuellement de 380 ppm, soit 280 ppm de plus qu’à l’époque de la révolution industrielle, et il augmente de plus de 2 ppm par an. La position officielle du gouvernement est que la communauté internationale devrait avoir pour objectif de limiter cette élévation à 450 ppm.

Les résultats scientifiques sont encore parcellaires, mais des experts disent que cela pourrait offrir une chance raisonnable de limiter une éventuelle montée des températures à 2°C au dessus de la période pré-industrielle, seuil que l’Union Européenne définit comme dangereux. (L’augmentation de température est déjà de 0.7°C et un supplément estimé à 0.5°C est garanti, en raison des émissions passées.) (…)

A 650 ppm, les recherches actuelles indiquent que le monde pourrait fait face à une augmentation catastrophique de la moyenne des températures de 4°C. Mais, prévient Anderson, même ce scénario inquiétant ne pourrait être réalisé que si les pays riches adoptaient « une réduction draconienne des émissions en une décennie ». Seule une « récession économique planifiée » sans précédent pourrait y suffire. La crise financière actuelle ne s’en approcherait même pas. (…)

Bob Watson, le scientifique en chef du Ministère de l’Environnement britannique et l’ancien président du GIEC, avertissait cette année que le monde devait se préparer à une augmentation de 4°C, ce qui éliminerait des centaines d’espèces, créerait des pénuries de nourriture et d’eau dans les pays vulnérables et causerait des inondations qui déplaceraient des centaines de millions de personnes. Le réchauffement serait encore plus sévère sur les pôles, ce qui pourrait accélérer la fonte des glaces du Groenland et de l’Antarctique occidentale. (…)

On y lit [NdDDC : dans un rapport du gouvernement australien publié cet automne] que les nations développées telles que le Royaume-Uni, les USA et l’Australie, devraient réduire leurs émissions de dioxyde de carbone de 5% par an pendant la prochaine décennie pour atteindre l’objectif de 450ppm. Le Britain’s Climate Change Act 2008, la législation la plus ambitieuse de son espèce dans le monde, entend réduire les émissions d’environ 3% par an jusqu’en 2050. (…)

Henry Derwent, l’ancien président de la délégation Britannique aux négociations internationales sur le climat, maintenant président de l’International Emissions Trading Association, estime qu’un nouveau traité sur le climat ne comprendra probablement pas d’objectif de stabilisation, que ce soit 450 ou 550ppm. (…)

La hausse des chiffres des émissions dues à l’activité humaines intervient au pire moment, alors même que les scientifiques ont découvert que les forêts et les océans de la Terre pourraient perdre leur capacité d’absorption du carbone répandu dans l’atmosphère. La plupart des projections climatiques prennent pour hypothèse qu’environ la moitié de toutes les émissions de carbone soient réabsorbées dans ces puits naturels.
Les modèles informatiques prédisent que cet effet s’affaiblira lorsque le monde se réchauffera, et une série d’études récentes suggèrent que c’est d’ores et déjà le cas.

La capacité de l’Océan austral à absorber le dioxyde de carbone s’est affaiblie d’environ 15% par décennie depuis 1981, alors qu’en Atlantique nord, les scientifiques de l’Université d’East Anglia ont montré un déclin dramatique des puits de CO2 entre les milieux des années 1990 et 2000.

Une étude indépendante publiée cette année montre que la capacité des forêts à absorber le dioxyde de carbone anthropogénique (causé par l’activité humaine) faiblissait, parce que le changement de durée des saisons altérait le moment où les arbres passaient de l’état de puits de carbone à celui de source émettrice.

Les sols pourraient également relâcher leurs réserves de carbone : la preuve est apparue en 2005 qu’une vaste étendue de la Sibérie Occidentale subissait un dégel sans précédent.
Dans cette région, la plus large tourbière gelée du monde a commencé à fondre pour la première fois depuis sa formation il y a de cela 11000 ans. Les scientifiques pensent que la tourbière pourrait commencer à relâcher des milliards de tonnes de méthane emprisonnés dans les sols, un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le CO2. L’Organisation Météorologique Mondiale a récemment annoncé la plus grosse augmentation des niveaux de méthane dans l’atmosphère depuis 10 ans.

Des experts affirment que la gravité des résultats des études récentes, combinée au boom sans précédent des émissions de carbones, nécessite une réévaluation urgente de la situation. Dans un article publié ce mois-ci dans la revue Climatic Change, Peter Sheehan, un économiste de l’Université australienne Victoria, écrit que l’ampleur des récentes émissions implique que les réductions de carbone préconisées par le GIEC pour stabiliser les niveaux dans l’atmosphère « ne peuvent pas être pris comme un guide fiable pour une décision politique immédiate ». Les réductions, dit-il, doivent être plus importantes et concerner plus de secteurs.

Plus tôt cette année, Jim Hansen, un climatologue expert de la NASA, a publié un article qui avertissait que les objectifs de CO2 mondiaux devaient être révisés de façon urgente pour prendre en compte le risque d’effet rétroactif sur le système climatique. Il a utilisé des reconstitutions du climat terrestre du passé pour montrer que l’objectif de 350ppm – niveau bien plus bas que celui atteint aujourd’hui – est nécessaire pour « préserver une planète similaire à celle sur laquelle la civilisation s’est développée et la vie sur Terre s’est adaptée ». (…)

« C’était déjà très urgent. C’est devenu très, très urgent. » [NdDDC : citation de Watson, pour le mot de la fin]

Article complet (en anglais) : The Guardian, D. Adam, 09.12.2008
Traduction Nicolas Sautet pour Contre Info.

Doucement mais sûrement la forêt amazonienne brésilienne perd du terrain. En douze mois, la végétation tropicale a encore reculé de 11 968 km2 (comptez 700.000 km² rien que pour ces 30 dernières années, chiffres du Monde), soit une accélération du rythme de la déforestation de 3,8 % en un an. Le ministre de l’environnement du Brésil, Carlos Minc, considère pourtant que « la déforestation est stabilisée« .

L’essentiel des destructions (de l’ordre de 80%, chiffres du Monde) est illégal . La législation actuelle ne parvient à arrêter ni les tronçonneuses ni les incendies volontaires (22.000 incendies en 2007, chiffres du Monde), et les défenseurs de l’environnement se mobilisent aujourd’hui pour empêcher la révision du Code forestier, qui pourrait, disent-ils, être fatale à la forêt. Ils ont face à eux le puissant lobby de l’agrobusiness, qui assure manquer de terres pour répondre à la demande. (NdDDC : la demande de quoi ? de soja transgénique ? d’agrocarburants ?)

A Brasilia, le Congrès discute actuellement de la diminution de la « réserve légale » instaurée par le Code forestier, cette part de végétation sauvage que tout propriétaire doit préserver, sur une parcelle située dans le bassin amazonien. Cette réserve passerait de 80 % à 50 % de la surface. Le Sénat a approuvé cette disposition en décembre 2007, au lendemain de la conférence sur le climat de Bali. La commission de l’environnement de la Chambre des députés, dominée par des représentants du monde rural, pourrait l’imiter avant la fin de l’année, mais les débats y sont tendus. (…)

« Le gouvernement doit clarifier sa position, estime José Sarney Junior, député du Parti vert et membre de la commission parlementaire, car il hésite entre laisser la frontière agricole avancer sur la forêt et préserver le rôle d’une région qui rend service à la planète entière. » L’importance du secteur agricole, premier exportateur mondial de soja et de viande, a cependant souvent incité les autorités de Brasilia à donner raison au monde rural. (…)

Dans le nouveau projet, les ruralistas (lobby agricole) ont pour l’instant obtenu la possibilité de replanter sur la partie déboisée des espèces dites « exotiques », étrangères au milieu naturel, par exemple des palmiers qui assureraient un bon rendement aux propriétaires. Ceci au grand dam des écologistes.

Ce sont les Etats brésiliens de l’Amazonie, rongés par l’agriculture intensive, qui battent les records de déforestation. Cette année, la moitié des destructions a eu lieu dans l’Etat du Para. Selon le ministère de l’environnement, seules 3 des 36 municipalités où se concentrent l’abattage des arbres et la lutte contre la déforestation ont respecté la loi de 80 %. Brasil Novo n’a conservé que 17,47 % de sa forêt. (…)

« Le point de non-retour en Amazonie est proche, estime Gilvan Sampaio, de l’Institut national de recherche spatiale, qui observe par satellite la déforestation. Si 30 % de la forêt étaient encore détruits, cet écosystème cesserait d’exister, remplacé par un autre – une sorte de savane. » Au rythme actuel, la moitié des arbres aura disparu en 2050.

Autres chiffres :
Réserves d’eau : 23 % de l’eau potable de la planète.
Emission de CO2 du Brésil : 1 milliard de tonnes en 2004, dont 75 % sont dus aux brûlis de la forêt.

Lire l’article complet sur Le Monde.

Né en 1932 à Besançon, père de la glaciologie moderne, Claude Lorius a reçu à Tokyo le prix Blue Planet, l’une des plus prestigieuses récompenses internationales dans le domaine de l’environnement.

L. Carpentier : Un peu plus de vingt ans après vos travaux publiés en 1987 dans la revue Nature, tout le monde se pose la question : est-ce réversible ?

Honnêtement, je suis très pessimiste… Sur les CFC, on voit bien que l’arrêt de leur utilisation a permis de réduire le trou dans la couche d’ozone, mais en ce qui concerne la crise climatique, on sait que même si on stabilisait aujourd’hui les émissions de CO2, ce gaz à effet de serre ne disparaîtrait pas pour autant. Il est là pour un moment…

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Les paysages vont changer, les glaciers vont fondre : la liste des impacts est impressionnante parce que, sur cette question, tout est interdépendant… Ainsi, si le permafrost – ce couvercle de glace qui recouvre les sols arctiques – fond, il va libérer du méthane qui, en retour, va accentuer l’effet de serre et aider ainsi à la fonte des glaces. Et plus la surface de celles-ci diminue, plus leur pouvoir réfléchissant disparaît, amplifiant encore le réchauffement…

C’est sûr, nous aurons des catastrophes, des cataclysmes, des guerres. Les inondations, les sécheresses, les famines s’amplifieront, mais l’homme sera toujours là. Ce que nous devons comprendre, c’est que nous entrons dans une nouvelle ère, l’anthropocène, où pour la première fois dans l’histoire de la Terre, l’homme gouverne l’environnement. Il est la première cause des menaces et modifications qui pèsent sur la planète : à lui de savoir ce qu’il veut en faire et comment il va se comporter avec elle.

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C’est le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen, qui – le premier – a associé le début de l’anthropocène à l’augmentation des concentrations en CO2 telle que l’a montrée l’analyse des glaces. Mais cet impact humain ne concerne pas seulement le climat. L’occupation des sols, l’utilisation des ressources, la gestion de nos déchets sont autant d’agressions à la planète qui relèvent de l’homme et le menacent.

Pour le réchauffement climatique, la question de l’énergie est le levier essentiel. Au XXe siècle, alors que la population était multipliée par quatre, la consommation d’énergie dont dépendent les émissions de gaz carbonique était multipliée par 40 ! Certains affirment aujourd’hui que la courbe d’augmentation de la population va se calmer. Sans doute. Mais la courbe de la consommation d’énergie, elle, n’a aucune raison de plonger !

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Regardez le Grenelle de l’environnement ! C’était un bel effort, mais au final, il n’y a pas l’argent suffisant pour mener une politique efficace à court terme… La moindre velléité de mettre une taxe sur les 4×4 rend les politiques fébriles de devenir impopulaires… et ce n’est pas en habillant Total en vert qu’on va changer quoi que ce soit.

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Le développement durable est une notion à laquelle je ne crois plus. On ne peut pas maîtriser le développement. Et pour être durable, il faudrait être à l’état d’équilibre, or cet équilibre n’existe pas. C’est un terme trompeur.

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La totalité de cet entretien se trouve dans Le Monde du 12.11.2008

Rajendra Pachauri préside depuis 2002 le GIEC dont les rapports ont posé scientifiquement la réalité du changement climatique. A ce titre, cet ingénieur et économiste indien de 67 ans a reçu le prix Nobel de la paix 2007, conjointement avec Al Gore. Invité au Conseil informel des ministres de l’environnement et de l’énergie de l’UE, il a appelé les Vingt-Sept à tenir l’engagement de réduire d’au moins 20 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020. Citant Gandhi, il a exhorté les Européens à être en pointe dans la lutte contre le réchauffement : « Si vous voulez que le monde change, a-t-il lancé aux ministres, vous devez incarner ce changement. »

Six mois se sont écoulés depuis la conférence de Bali. Les négociations en vue d’aboutir à un accord international sur l’après-Kyoto avancent-elles ?

Il ne s’est pas passé grand-chose et c’est inquiétant. Il reste peu de temps avant le sommet de Copenhague en décembre 2009 même si, dans ce genre de négociations, c’est toujours un peu pareil : chacun observe l’autre et attend le dernier moment. Cela conduit à s’entendre dans le meilleur des cas sur des compromis alors que, cette fois-ci, nous avons besoin d’un accord solide et ambitieux. Pour contenir la hausse des températures en deçà de 2°C – 2,4°C, qui est selon nos travaux la ligne à ne pas franchir pour ne pas se mettre gravement en danger, il ne nous reste que sept ans pour inverser la courbe mondiale des émissions de gaz à effet de serre. C’est très peu.

Quel rôle peut jouer l’Europe ?

L’Europe a un rôle essentiel à jouer, elle doit continuer à montrer le chemin comme elle a commencé de le faire. Si elle ne prend pas la décision d’être la première grande région à réduire volontairement ses rejets de dioxyde de carbone, il est vain d’espérer un accord international. Jamais les Etats-Unis ou la Chine ne monteront dans le train.

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Que pensez-vous des doutes exprimés par certains sur la réalité du changement climatique ?

Ils sont marginaux et reflètent le plus souvent des intérêts particuliers qui redoutent d’être pénalisés par la transition à une économie « décarbonée ». Mais, objectivement, il n’y a plus de place pour le doute. La science a apporté tellement de preuves. Nous n’avons plus besoin d’aucune démonstration pour savoir sur une base scientifique que le réchauffement climatique est en cours et que l’essentiel de ce réchauffement est le fait des activités humaines. Mais il restera toujours des gens pour le contester. Il existe encore une Société de la Terre plate, dont les membres continuent et continueront encore pendant des siècles de nier la rotondité de la Terre…

Les objectifs généralement affichés sont de conserver le niveau de CO2 en deçà de 450 à 550 ppm. Mais de récents travaux indiquent qu’il faudrait demeurer en deçà de 350 ppm, un niveau qui est déjà dépassé…

Le GIEC ne donne pas de conseils, il se contente de donner une évaluation des différents scénarios. Ensuite, c’est à la communauté internationale de décider. La considération principale est que nous devons stabiliser le niveau de gaz à effet de serre à un niveau qui soit en deçà du niveau d’interférence humaine dangereuse avec le climat. Comment définir ce qui est dangereux ? Et plus important : dangereux pour qui ? Pour certains petits Etats insulaires, le niveau actuel est sans doute déjà dangereux. J’étais récemment en Nouvelle-Zélande où j’ai rencontré le président des îles Kiribati (Anote Tong), dont le pays sera submergé avant la fin du siècle. Il est bien conscient du fait que, pour les habitants de son pays, qui devront partir, le niveau de danger est déjà dépassé. La communauté internationale ne peut pas décider de ce qui est dangereux sur la foi d’une moyenne : il n’y a pas de moyenne dans le danger représenté par le changement climatique.

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Extraits du Monde du 07.07.2008

C’est un article un peu long (3 pages), mais je vous conseille vivement sa lecture intégrale dans Le Monde du 27 juin. Il a été rédigé par Laurent Carpentier. En voici quelques extraits :

Sur les rochers du Cap Fréhel, ce printemps, ils étaient 3 fois moins nombreux qu’il y a 2 ans. Ailleurs, ils modifient leurs itinéraires de migration, ils décalent leurs périodes de reproduction, ils changent leur régime alimentaire. Les bouleversements du mode de vie des oiseaux constituent l’un des meilleurs indicateurs des évolutions climatiques en cours. Et tous les signaux sont en train de passer au rouge. Les temps changent, et comme nombre d’espèces de volatiles, les hommes vont aussi devoir s’adapter.

Le phytoplancton est parti le premier. Parce que les eaux de la mer du Nord s’étaient réchauffées d’un petit degré, ces micro-organismes marins ont subitement migré vers des fonds plus rigoureux. Le zooplancton l’a suivi. Et puis dans leurs sillages, on a vu s’en aller le lançon, ce « poisson-fourrage » dont se nourrissent les gros poissons et les oiseaux marins… Parmi les vastes colonies de mouettes tridactyles, de guillemots et de pingouins, de sternes et de fous de Bassan qui peuplent les côtes britanniques, souffla un vent de panique. Les oiseaux, poussant de plus en plus loin leur maigre pêche, perdirent leurs forces. Pénurie alimentaire, échec de la reproduction, révoltes de la faim… La désolation fit place à l’effroi : goélands et labbes – ces superprédateurs incapables de pêcher eux-mêmes –, se mirent en colère et, affamés, se jetèrent sur les œufs, les poussins, et même sur ces maudites mouettes qui rentraient bredouilles. Guerre et famine… Un jour de 2004, quand les ornithologues écossais revinrent sur la falaise qu’ils étudiaient, il n’y avait plus d’oiseaux.

Il a beau avoir toujours son sourire en coin, on lit l’inquiétude dans les yeux de Bernard Cadiou. Ses jumelles pendent, désœuvrées : ici, dans les Côtes-d’Armor, la face nord-ouest de la Grande Fauconnière, ce rocher de granit rouge sculpté par les vents en contrebas du cap Fréhel, habituellement peuplée de dizaines de couples de cormorans huppés, est bien déserte. Seules quelques silhouettes noires et débonnaires, au cou hautain et au bec souligné de jaune trônent sur les trop rares amas de brindilles et d’algues. « On dénombrait quelque 350 couples il y a deux ans. Aujourd’hui, il y en a trois fois moins… Et, alors que les cormorans commencent à s’accoupler dès février, cette année on n’a vu le premier œuf que le 21 avril… La forte tempête que nous avons eue le 11 mars ne peut à elle seule expliquer le phénomène. Même les nids qui sont abrités du vent n’ont pas reçu de nouveaux locataires… »

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Pour ceux qui s’inquiéteraient de savoir quelles sont les conséquences du réchauffement climatique, les oiseaux – qu’ils soient marins, migrateurs ou hibernants – sont un indicateur riche d’enseignements quant à la rapidité des évolutions en cours. Le phytoplancton est parti le premier, puis le lançon, puis les cormorans… Et puis qui ? Un simple degré d’augmentation de la température et c’est tout un écosystème qui s’effondre. Quand on sait que les climatologues du GIEC font état dans leur rapport d’une possible élévation des températures de 1,8 à 4 °C au cours du siècle à venir, on imagine le grand chambardement qui se prépare dans cette nature où les êtres vivants, nous compris, sont interdépendants ! Et les climatologues savent que, quand bien même les objectifs de réduction des gaz à effet de serre annoncés par les grandes nations seraient atteints – ce qui est déjà en soi largement improbable vu la révolution énergétique que cela suppose –, la durée de vie de ces gaz ne permet pas d’imaginer un redressement miracle et rapide de la situation.

Les oiseaux sont des alarmes qui ne cessent de se déclencher. C’est l’hirondelle qui n’annonce plus le printemps parce qu’elle préfère passer l’hiver dans son étable, la cigogne qui s’est en grande partie sédentarisée, c’est l’échasse blanche qui s’implante au nord de la Loire et le héron garde-bœuf, pensionnaire de Camargue, qui batifole aujourd’hui en baie de Somme… C’est l’inséparable de Fischer, un petit perroquet d’Afrique tropicale, qui s’installe près de Nice, ou encore la grive que les chasseurs attendent désespérément lorsqu’elle hésite à quitter ses froides terres de Scandinavie. En 1989, la communauté scientifique française s’est dotée d’un outil de surveillance territoriale des volatiles, le programme Stoc (Suivi temporel des oiseaux commun). En 2006, 18 ans après sa mise en place, on constate que les communautés d’oiseaux se sont déplacées de 124 km vers le nord !

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« La recherche a beaucoup souffert d’une dérive moléculariste qui s’est faite au détriment de l’entomologie de terrain, moins confortable et moins gratifiante« , écrit le climatologue Jean-Pierre Besancenot dans « Notre santé à l’épreuve du changement climatique » (Delachaux et Niestlé, 2007). Ce qui est vrai pour les insectes l’est aussi pour les oiseaux. « Il n’y a plus personne pour observer le vivant« , regrette Philippe J. Dubois. La biologie moléculaire a raflé tous les crédits de la recherche. Et quand il s’agit aujourd’hui de surveiller et de connaître le comportement et les mouvements des insectes – ces importants vecteurs de maladies pour l’homme –, la phénologie des plantes – ces formidables indicateurs de l’état de santé de la planète –, ou l’évolution d’oiseaux qui prennent de plein fouet les bouleversements environnementaux, on en appelle à la bonne volonté publique. L’Observatoire des saisons, l’Observatoire des papillons des jardins, Phénoclim… grâce à Internet, chacun est aujourd’hui invité à faire la vigie de cette nature en danger.

Le programme de Stoc met ainsi à contribution plus de 1000 ornithologues amateurs, chacun étant chargé d’une parcelle de territoire à observer, noter, étudier au fil des ans selon des protocoles établis par une équipe de chercheurs. « Outre le déplacement significatif des populations d’oiseaux vers le nord, les résultats de ce suivi sont riches d’informations, constate Romain Julliard, biologiste de la conservation, qui est au Muséum national d’histoire naturelle un des responsables du programme. On voit ainsi deux tendances se dégager : la première, c’est que d’une part les effectifs des espèces spécialistes – qu’elles soient agricoles, comme les perdrix, les linottes, ou les alouettes ; ou forestières comme les mésanges boréales et les pouillots – baissent au profit d’espèces généralistes comme le pigeon ramier… La seconde, c’est que les espèces habituellement situées au Nord dégringolent alors que celles ordinairement situées au Sud sont en hausse. » (…) C’est là que Romain Julliard et ses collègues officient au chevet de ces espèces en mutation. Bousculées par le climat, certes, mais pas uniquement. L’urbanisation galopante, la disparition progressive des bois, des prés, des marais leur est une menace bien plus immédiate. Comme l’est l’empoisonnement des sols par les « intrants » – engrais et pesticides en tout genre. « L’équilibre naturel est une image d’Epinal, sourit Romain Julliard. En réalité, nous sommes dans des systèmes très dynamiques, et facilement déséquilibrés… Mais ce qui est rassurant, voyez-vous, quand on étudie les oiseaux, c’est de voir que les choses sont réversibles. Au Danemark, où l’on a largement diminué le recours aux engrais, les alouettes sont revenues… »

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This is the end, my only friend, the end… (air bien connu)

Environnement : l’état de la France, extraits de Le Monde, octobre 2006.

L’objectif de l’IFEN, qui publie cet état des lieux tous les 4 ans, est d’analyser les évolutions les plus significatives affectant le milieu naturel en France.

Elle permet d’étudier les principales pressions exercées sur l’environnement, leurs effets sur les milieux naturels et les réactions de la société. Parmi ces pressions figurent, pour la première fois, « les dynamiques socio-économiques » et « les ménages », c’est-à-dire l’influence de l’évolution du mode de vie de la population et des choix quotidiens des consommateurs. Qui plus est, ils sont placés en tête du rapport.

Marie Cugny-Seguin : « Le pollueur, ce n’est pas l’autre, c’est tout le monde. » « L’enjeu est maintenant surtout du côté des sources de pollutions diffuses, celles qui nécessitent l’adhésion de chacun dans ses choix individuels, pour se déplacer, consommer, se chauffer, se loger, ou dans les choix collectifs (construire une société plus sobre en carbone, par exemple)« . Il s’agit de faire face à un « défi urgent » : « dissocier la croissance économique des émissions de gaz à effet de serre, des pollutions et de la consommation des ressources« . Pour cela, affirme le texte, « des marges de manoeuvre existent. Elles nécessitent un changement profond des comportements, des technologies, des modes de vie et de production« .

Vieillissement de la population, recomposition familiale, augmentation de la surface des logements, multiplication des déplacements, accroissement du temps consacré aux loisirs, attraction des régions littorales : tous ces changements affectent l’environnement. Par exemple, le volume des déchets produits par an et par habitant, qui atteint aujourd’hui 360 kg, croît, entre autres, en raison de l’augmentation de la consommation de produits préparés et emballés en petites quantités.

Pour ses déplacements, un périurbain émet quotidiennement deux à trois fois plus de CO2 qu’un habitant du centre-ville. La mobilité, qui ne cesse d’augmenter, exerce « de fortes pressions sur l’environnement : pollutions atmosphériques, gaz à effet de serre, nuisances sonores, sans oublier les pollutions liées à la construction des véhicules et des infrastructures de transport, et la fragmentation des espaces naturels« .
Même les vacances ne sont pas neutres : elles engendrent par exemple une production de déchets disproportionnée dans des zones fragiles comme la montagne ou le littoral…

En plus de ces pressions directes, les consommateurs « orientent l’ensemble de l’appareil productif par leur choix de consommation« . Consommer des fruits et légumes frais hors saison – dont la production et le transport demandent des quantités importantes d’énergie – a des répercussions négatives. L’évolution du régime alimentaire importe également. « Parcourir 100 km en voiture ou manger 1 kg de boeuf ou de mouton revient à peu près au même en ce qui concerne la perturbation climatique« , relève par exemple le rapport.

L’influence des consommateurs peut s’exercer dans de multiples domaines, mais les nombreuses études effectuées sur leur comportement soulignent l’existence d’un décalage entre les intentions et les actes. La sensibilité aux thèmes environnementaux est élevée. Dans le même temps, les Français semblent accepter difficilement la modification de leurs modes de vie. Ils ne sont pas prêts à payer plus cher pour des produits « verts », alors que 55 % se disent prêts à payer plus pour des produits censés améliorer la santé. La gestion des déchets par le tri sélectif est le seul domaine dans lequel les citoyens pensent avoir un rôle à jouer. Mais ils considèrent que c’est à l’Etat de lutter, par exemple contre la pollution de l’air. « La voiture illustre bien les tensions qui existent entre notre conscience des enjeux environnementaux et nos comportements« , constate le rapport.

L’exemple de la voiture montre bien, selon l’IFEN, que le changement des comportements en matière d’environnement « ne peut se résumer à la sensibilisation de la population ». Car le choix des consommateurs est contraint, par exemple par les prix, l’offre de transports en commun, etc. L’enjeu pour les pouvoirs publics est donc, concluent les experts, de créer les conditions de la transformation des pratiques.

L’espace est devenu un nouvel enjeu de la doctrine militaire américaine, extraits de Le Monde, octobre 2006.

George W. Bush vient d’adopter une nouvelle stratégie spatiale qui prône la « liberté d’action » des Etats-Unis et leur droit à interdire si nécessaire l’espace à tout pays « hostile aux intérêts américains« . Le texte rejette également tout traité interdisant les armes dans l’espace : « Les Etats-Unis s’opposeront au développement de nouvelles législations ou de restrictions cherchant à interdire ou à limiter l’accès des Etats-Unis à l’espace ou à l’usage de l’espace. »

« Il ne s’agit pas d’un changement de politique« , a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche. « L’idée que la défense intervienne dans l’espace est différente de la notion de militarisation de l’espace« , a-t-il ajouté.

Ces affirmations suscitent le scepticisme des experts. « Même si cette stratégie ne dit pas explicitement que les Etats-Unis vont détruire des satellites ou déployer des armes dans l’espace, il me semble qu’elle ouvre la porte à cela« , a déclaré T. Hitchens, directrice du Centre d’information sur la défense. Selon elle, cette analyse est confirmée par une série de documents publiés par l’armée américaine dans lesquels celle-ci ne cache pas ses intentions.
« Dans cette stratégie, les Etats-Unis cherchent à établir leurs droits, mais ne reconnaissent pas les droits des autres pays« , estime-t-elle.

George W. Bush signe une loi autorisant des interrogatoires violents, extraits de Le Monde, octobre 2006.

« C’est rare que le président signe une loi tout en sachant qu’il va sauver des vies américaines et j’ai ce privilège ce matin« , a déclaré George W. Bush, juste avant d’apposer, mardi 17 octobre, son nom au bas d’un texte de loi très critiqué, The Military Commissions Act of 2006, qui autorise le recours à des méthodes agressives d’interrogatoire et le jugement par des tribunaux militaires des suspects de terrorisme.

La loi permet à la CIA de poursuivre les interrogatoires menés au secret par l’agence de renseignement et recourant à des méthodes qui, selon leurs détracteurs, confinent à la torture. Elle octroie à M. Bush un pouvoir d’interprétation des règles internationales sur le traitement des prisonniers. Elle permet, en outre, le jugement des terroristes présumés par des tribunaux militaires mais n’exige pas que chacun d’eux soit défendu par un avocat.

La loi, opportunément signée trois semaines avant des élections parlementaires qui paraissent de plus en plus périlleuses pour la majorité républicaine de M. Bush, fait déjà l’objet de recours devant les tribunaux. L’Union des libertés civiles américaine a pour sa part dénoncé « une des pires atteintes aux libertés civiles de l’histoire des Etats-Unis ». « Le président peut désormais, avec l’accord du Congrès, maintenir indéfiniment en détention des personnes sans chef d’accusation, (…) inculper des gens sur des rumeurs et autoriser des procès pouvant aboutir à la peine de mort sur la base de témoigages obtenus par la force« , s’est indigné son président, Anthony D. Romero.

(saut dans le temps)

Les menaces d’effondrement de la biodiversité s’accumulent, extraits de Le Monde, par Gaëlle Dupont, mars 2007.

Deux sénateurs de bords opposés, P. Laffite (UMP, Alpes-Maritimes) et C. Saunier (PS, Côtes-d’Armor), ont lancé un cri d’alarme au cours d’une journée d’audition publique au Sénat. « La prise de conscience des autorités et de la société a eu lieu sur les risques liés au changement climatique, mais pas sur les conséquences de l’effondrement de la biodiversité, estime M. Saunier. Le choc à prévoir est pourtant au moins aussi important. »

« La biodiversité des écosystèmes, support du développement de l’humanité, est en voie de dégradation accentuée« , mettent en garde les deux élus, dans un rapport d’étape. « La vie dispose d’une extraordinaire capacité d’adaptation, pourvu qu’elle en ait le temps« , a rappelé M. Saunier. Or la disparition des espèces a aujourd’hui lieu à un rythme 10 à 100 fois supérieur à la normale, et, d’ici à 2050, il pourrait devenir de 100 à 1000 fois supérieur.

« L’espèce humaine ne vit pas hors sol, a rappelé D. Dron, professeur à l’école des Mines. Si les écosystèmes ne sont pas assez robustes pour encaisser le choc climatique, nous ne le serons pas non plus. » Les causes de l’effondrement sont connues : surexploitation des ressources halieutiques, pollution des eaux douces, déforestation pour l’exploitation commerciale du bois ou agricole, méthodes de culture intensives, urbanisation… Sans oublier la « pollution biologique » causée par le transport d’espèces exotiques dans de nouvelles zones, et l’impact du changement climatique.

Cette situation impose des initiatives « d’une autre ampleur que celles menées actuellement« , selon les élus. La France a, sur ce point, « une responsabilité particulière« , du fait de sa place dans les organisations internationales et de sa présence dans les zones tropicales, très menacées.

On reste encore en 2006 pour le moment, j’avais accumulé un certain retard 😉

Les zones arctiques sont menacées à cause de leurs richesses pétrolières et gazières, extraits de Le Monde, par Gaëlle Dupont, novembre 2006.

L’Arctique est doublement exposé aux conséquences du réchauffement climatique. D’abord, la région subit les impacts concrets de la hausse des températures, plus sensible aux pôles : la fonte du permafrost sape les fondations de villages entiers et compromet leur existence future.

Mais c’est surtout la perspective d’une disparition de la banquise en été qui inquiète car elle ouvrirait la voie à une exploitation des ressources naturelles encore balbutiante. L’Arctique recèle environ 25 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel, ce qui excite les convoitises.

De tels changements risquent d’entraîner « l’exploitation des ressources fossiles, mais aussi l’ouverture de nouvelles routes maritimes« , a prévenu J. MacGlade, directrice de l’Agence européenne de l’environnement, ajoutant que « les industries de la pêche suivront également la migration des poissons vers le Nord« .

Quel en sera l’impact sur l’environnement très fragile de l’Arctique, mais aussi sur ses habitants? « Cette zone n’est pas déserte, 4 millions de personnes y vivent« , a rappelé Mme MacGlade.

En outre, les conflits géostratégiques sont légion. Jusqu’à présent, les eaux internationales arctiques, couvertes de glace, n’intéressaient guère. Aujourd’hui les Etats riverains, appâtés par ces perspectives, réclament à l’ONU d’étendre leur souveraineté, en se fondant sur l’extension de leur plateau continental.

La vérité qui dérange vraiment, extraits de Libération, par Jean Matouk, novembre 2006.

Le film d’Al Gore, La vérité qui dérange, a eu l’immense mérite d’illustrer brillamment les méfaits que les effluents anthropiques infligent à notre «Terre-Patrie», pour reprendre le beau terme d’Edgar Morin. Il n’a précédé que de quelques jours le rapport Stern qui mesure le «coût» économique pour la collectivité humaine du réchauffement de la planète. Ces plaidoyers pour la Terre trouvent un public de plus en plus large.

Mais ni les uns ni les autres ne vont jusqu’à la «vérité qui dérange vraiment», et qui est la suivante : aucun changement technologique, aucune modification des comportements humains ne seront efficaces suffisamment vite, pour infléchir le processus de destruction de notre écosystème, si nous maintenons la croissance économique mondiale a son rythme actuel. C’est une question de délai.

Il faut d’abord financer les investissements dans des technologies propres, il faut changer les comportements en matière d’utilisation d’énergie, de transports, de traitement des ordures ménagères, d’utilisation de l’eau.

Cet énorme effort demandera 20 ou 30 ans. A cette échéance, les atteintes portées à notre environnement non seulement seront irréversibles et auront provoqué des bouleversements dans tous les secteurs d’activité, mais porteront atteintes directement à la physiologie humaine.

La seule solution est un accord cosmopolitique au terme duquel, les grandes nations s’entendraient pour ralentir la croissance économique mondiale de 4,5 % aujourd’hui, à 2 % environ (chiffre encore trop élevé mais «praticable» comme diraient les Anglais) : 1,5 % au plus pour les pays développés et 5 %-6 % pour les pays en développement. Les moyens économiques d’un tel ralentissement sont à discuter au cas par cas, mais ils existent. La vraie question est alors : quid de l’emploi dans les pays développés, avec un tel faible rythme de croissance ?

La réponse : le passage que nous vivons actuellement, d’une société de salariés à une société de propriétaires et actionnaires a conduit les entreprises à s’imposer des rendements financiers de 15 %. Avec une telle exigence, les investissements et les créations d’emplois sont évidemment très réduites. Aussi bien dans ces entreprises que dans les cohortes de leurs sous-traitants et fournisseurs…

En même temps, s’est produit dans les entreprises un élargissement anormal de l’éventail des rémunérations. Elles disposent donc aujourd’hui, d’une masse potentielle d’investissements, à condition de réduire les espérances de rendements financiers et l’éventail des rémunérations. C’est cette masse qu’il faut mobiliser par de fortes incitations fiscales assurant une croissance de l’emploi. Le tout à faible croissance économique, à faible pollution de notre terre, dont le sauvetage passe par une réduction «fractale» des inégalités, à la fois entre pays du monde, au sein de nos propres pays, et au sein même des entreprises.

Menacé par la surpêche, le thon rouge n’est pas suffisamment protégé, extraits de Le Monde, par Hervé Morin, novembre 2006.

Le comité scientifique de la Cicta avait été clair : pour assurer la pérennité du thon rouge dans la zone est de l’Atlantique et en Méditerranée, il faudrait limiter les prises à 15 000 tonnes par an, alors que les quotas alloués pour la période de 2002 à 2006 étaient de 32 000 tonnes et que l’intensité réelle de la pêche, compte tenu des prises illégales, se situe à près de 50 000 tonnes. Craignant pour leurs thons, qui vont pour partie se reproduire en Méditerranée, les Etats-Unis étaient disposés à suivre des recommandations sévères. La Commission européenne, placée sous l’oeil des pêcheurs, venus en nombre à Dubrovnik, y était beaucoup moins favorable.

La Cicta n’est finalement pas parvenue à établir un consensus et a dû se résigner, pour la première fois de son histoire, à passer au vote.
Pour S. Beaucher, de Greenpeace, « la réduction des quotas n’est pas à la mesure des enjeux. D’autant qu’ils ne seront pas plus respectés que les précédents« . « Les pêcheurs industriels sont les grands vainqueurs de cette négociation« .

Sanctuariser l’eau, extraits de Libération, par Christian Losson, novembre 2006.

Elle est un besoin mais aussi un droit. Cette ressource en danger mérite un statut juridique et doit échapper à toute forme de marchandisation.

La mondialisation dérégulée engendre des «maux publics mondiaux» – l’accaparement de biens matériels ou immatériels –, et il convient de leur opposer les «biens publics mondiaux». Mais il y a deux façons de penser ces «biens». Soit assurer que le marché, en ce temps d’effacement du rôle de l’Etat, doit donner le la. Soit estimer, à contre-courant, que développement durable et laissez-faire sont incompatibles. C’est la thèse de penseurs-activistes de gauche qui parlent alors de «res publica universelle». Et concentrent leur lutte sur l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle : l’eau. «C’est la vie, et la vie, c’est un droit humain indivisible et inaliénable», rappelle R. Petrella pour qui «la droite, elle, n’y voit que la gestion d’une ressource naturelle.»

Bien que l’ONU ait, dès 1977, rappelé que «tout le monde a accès à l’eau potable en quantité et qualité égales pour ses besoins essentiels», près de 30 ans plus tard un enfant meurt toutes les 8 secondes après avoir bu de l’eau contaminée. Il y a encore une décennie, la question de l’eau s’articulait autour des conflits transfrontaliers. Puis les vents de libéralisation comme credo du développement ont soufflé. Comment sortir les pays pauvres des trappes de la pauvreté ? En privatisant les services publics, jugés inefficaces, à commencer par ceux de l’eau. Condition sine qua non pour obtenir des prêts ou être éligibles aux allègements de dettes publiques. Les opérateurs privés, dont les deux géants mondiaux sont français (Suez et Veolia), croient en la martingale. «Mais ils ne se concentrent que sur des grandes villes, limitent leurs investissements et augmentent le prix de l’eau, rappelle l’Indienne Vandana Shiva. Au-delà, les marchands veulent marchandiser les fleuves via des barrages, parce que l’eau ne peut, selon eux, couler librement dans la nature.»

L’élevage contribue beaucoup au réchauffement climatique, extraits de Le Monde, par Gaëlle Dupont, décembre 2006.

Manger de la viande nuit à l’environnement. C’est la conclusion à laquelle parvient l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui a rendu public un rapport consacré à l’impact écologique de l’élevage.

Mesurée en équivalent CO2, la contribution de l’élevage au réchauffement climatique est plus élevée que celle du secteur des transports. L’activité est responsable de 65 % des émissions d’hémioxyde d’azote, un gaz au potentiel de réchauffement global 296 fois plus élevé que celui du CO2, essentiellement imputable au fumier. De plus, le bétail produit 37 % des émissions de méthane liées aux activités humaines. Ce gaz, produit par le système digestif des ruminants, agit vingt-trois fois plus que le CO2 sur le réchauffement.

Les pâturages occupent 30 % des surfaces émergées, alors que 33 % des terres arables sont utilisées pour produire l’alimentation du bétail – et ces surfaces sont insuffisantes pour répondre à la demande, ce qui entraîne le défrichage de forêts. D’autres dégâts sont énumérés : 20 % des pâturages sont dégradés par une surexploitation entraînant le tassement et l’érosion du sol ; l’activité compte aussi « parmi les plus nuisibles pour les ressources en eau« .

La hausse du niveau de vie s’accompagne d’une consommation plus importante de viande et de produits laitiers. La production mondiale de viande devrait donc plus que doubler d’ici 2050, passant de 229 à 465 millions de tonnes.

Selon la FAO, cet impact pourrait être « fortement diminué » si « la consommation excessive de produits animaux parmi les populations riches baissait« . Un Indien consomme en moyenne 5 kg de viande par an, contre 123 kg pour un Américain.

Non je ne parle pas des fromages belges mais de l’actualité de ces derniers mois… allez mettons, au hasard, depuis fin 2006, date clé pour la disparition des notes dans 20six – c’est pas beau de se moquer, je sais 😉

Le réchauffement climatique de plus en plus visible, extraits de La Libre, par Anne Chaon, novembre 2006.

« Ce qu’on a prévu depuis 1990 se vérifie aujourd’hui: un trajectoire d’environ +0,2°C par décennie. Le réchauffement est en outre devenu plus visible. Les sceptiques de l’effet de serre voient leurs arguments se réduire comme peau de chagrin« , note le climatologue J. Jouzel, membre du Giec.

Ainsi, le retrait de la banquise au pôle nord, la fonte des glaciers au Groenland et du pergélisol (permafrost) en Sibérie, sont autant de phénomènes constatés. « Rien qu’Europe, on a perdu en 30 ans 2 millions de km2 de surface enneigée en hiver« , reprend J. Jouzel.

Certains scénarios, notamment français, prenant en compte une réduction des émissions de gaz à effet de serre montrent qu’en les stabilisant dès aujourd’hui (ce qui n’est pas le cas), la température continuerait d’augmenter jusqu’en 2300 en raison de l’inertie du climat.

« Ils montrent aussi que l’homme peut agir à une échelle d’une centaine d’années et que ça peut se traduire, au bout du compte, par un degré d’écart« , relève M. Planton.

Le réchauffement met en péril l’économie mondiale, extraits de Le Monde, par Marc Roche, octobre 2006.

Le Royaume-Uni s’affiche désormais comme l’un des champions de la lutte contre les effets du réchauffement climatique. Au service d’une politique qui se veut résolue, le rapport Stern alerte sur les risques d’une récession économique « d’une ampleur catastrophique » si rien n’était rapidement engagé à l’échelle de la planète contre l’effet de serre.

L’originalité de ce document de plus de 600 pages est d’offrir une évaluation chiffrée – particulièrement inquiétante – de ce que coûterait une absence d’engagement de l’humanité tout entière face à cette menace.

A écouter Sir Nicholas, le produit intérieur brut mondial (PIB), pourrait subir, d’ici à la fin du siècle, une baisse, « très grave« , comprise entre 5 % et 20 %. Le prix à payer pour ce ralentissement s’élèverait à plus de 3 700 milliards de livres (5 500 milliards d’euros).

Les inondations, la fonte des glaciers, la baisse des ressources en eau provoquées par ces changements environnementaux pourraient conduire à « la migration » de dizaines, voire même de centaines, de millions de « réfugiés climatiques » dans certaines parties du monde, souvent les plus pauvres comme les zones côtières et l’Afrique subsaharienne.

Les dangers pointés par cette expertise ne sont pas neufs, même si le coût annoncé de leurs conséquences est de nature à frapper les esprits. En fait, le but du rapport Stern est de contrecarrer les arguments souvent avancés par les Etats les plus pollueurs de la planète – les Etats-Unis, mais aussi l’Inde et la Chine -, selon lesquels la lutte contre le réchauffement pénaliserait leur essor économique.

Faux. Selon Sir Nicholas, la réduction dès aujourd’hui des émissions de gaz à effet de serre ne pénaliserait pas le PIB de plus de 1 %.

« Le réchauffement climatique n’est plus seulement du ressort des spécialistes de la protection de l’environnement et des scientifiques, souligne B. Darkin. Ce rapport met la responsabilité de l’action fermement dans le camp des artisans de la politique étrangère et économique. »

Sans changement, les poissons pourraient disparaître des océans d’ici à 2050, extraits de Le Monde, novembre 2006.

Pour la 1ère fois, une étude, publiée dans Science , s’intéresse aux conséquences de la pollution et de la pêche excessive sur le milieu marin. Ses conclusions sont catastrophiques : si rien n’est fait, la quasi-totalité des espèces de poissons et de crustacés pêchés pour la consommation auront disparu des océans avant 2050.

Pour cette étude, les scientifiques ont fait la synthèse de toutes les données couvrant 1000 ans d’histoire marine, celles provenant d’études dans 48 zones marines protégées et des statistiques mondiales sur la pêche de 1950 à 2003. Un travail mené pendant 4 ans.

Ainsi, aujourd’hui déjà, « 29 % des espèces de poissons et de crustacés sont en passe de disparaître« , précise M. Worm, ajoutant que « les prises de pêche de ces espèces ont diminué de 90 % » ces dernières années. Un exemple : celui de la morue du nord de l’Atlantique qui a déjà atteint le point de non-retour. Elle est désormais considérée comme quasiment éteinte.

Ces scientifiques expliquent que la perte de biodiversité réduit profondément la capacité des océans à produire poissons et crustacés, à résister au développement des parasites comme certaines algues, ainsi qu’à produire de l’oxygène et à filtrer les substances polluantes. « L’océan est un grand recycleur, il absorbe les égoûts et les recycle en substances nutritives, il retire les toxines de l’eau, produit de la nourriture et transforme le CO2 en élément de nutrition et en oxygène« , souligne S. Palumbi, biologiste.



Quatre mesures pour sauver la planète
, extraits de Le Monde, octobre 2006.

Alarmiste, le rapport Stern n’est pas pour autant défaitiste. Il n’est pas trop tard pour éviter une catastrophe planétaire à condition d’engager sans plus attendre une action vigoureuse. Cette action, insiste-t-il, est exigée de tous les pays, riches ou pauvres : même si les nations développées décident de réduire leurs rejets de gaz à effet de serre de 60 % à 80 % d’ici 2050, les pays en développement devront, eux aussi, contribuer à l’effort général.

Il faut maintenant passer à la vitesse supérieure : l’approche isolée ne suffit plus, le changement climatique appelle une intervention internationale, assise sur des objectifs communs à long terme et adossée à des accords-cadres.

Le rapport Stern préconise d’agir autour de quatre idées-forces : les permis d’émission, la coopération technique, la lutte contre la déforestation et l’adaptation.

Climat : les Etats approuvent le rapport Stern, sans être prêts à amplifier leur action, extraits de Le Monde, par Gaëlle Dupont, novembre 2006.

Après l’alerte lancée par l’économiste Sir Nicholas Stern sur les conséquences dramatiques prévisibles du réchauffement climatique, les politiques prendront-ils à leur tour la mesure de l’ampleur des changements nécessaires pour inverser la tendance ?

Les réactions dans le monde et en France permettent d’en douter, tant chacun campe sur ses positions, à quelques jours du démarrage de la 12e conférence internationale sur le climat.

Alors que le rapport Stern évoque un impact comparable à celui des guerres mondiales ou à la crise économique de 1929, les Etats-Unis, premier pays émetteur de gaz à effet de serre (GES) au monde, se bornent à constater que « le gouvernement américain a produit une foule d’analyses économiques sur la question des changements climatiques. Le rapport Stern contribue à son tour à cet effort« .

Alors que les pays signataires doivent réduire leurs émissions de 5 % d’ici à 2012, les émissions américaines ont augmenté de 15,8 % depuis 1990. Celles du Canada, signataire du protocole, ont augmenté de 30 %. Le gouvernement conservateur envisage d’ailleurs de s’en retirer.

« Pour éviter le pire et maintenir le réchauffement global en deçà de 2 degrés, les pays industrialisés doivent réduire leurs émissions de 80 % d’ici 2050« , rappelle M. Creach, du Réseau Action Climat. « Les décisions politiques ne sont pas à la hauteur de l’enjeu, ajoute O. Louchard. Les citoyens doivent s’approprier cette question, afin de faire pression sur les décideurs et d’obtenir des mesures fortes.« 

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