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On reste encore en 2006 pour le moment, j’avais accumulé un certain retard 😉

Les zones arctiques sont menacées à cause de leurs richesses pétrolières et gazières, extraits de Le Monde, par Gaëlle Dupont, novembre 2006.

L’Arctique est doublement exposé aux conséquences du réchauffement climatique. D’abord, la région subit les impacts concrets de la hausse des températures, plus sensible aux pôles : la fonte du permafrost sape les fondations de villages entiers et compromet leur existence future.

Mais c’est surtout la perspective d’une disparition de la banquise en été qui inquiète car elle ouvrirait la voie à une exploitation des ressources naturelles encore balbutiante. L’Arctique recèle environ 25 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel, ce qui excite les convoitises.

De tels changements risquent d’entraîner « l’exploitation des ressources fossiles, mais aussi l’ouverture de nouvelles routes maritimes« , a prévenu J. MacGlade, directrice de l’Agence européenne de l’environnement, ajoutant que « les industries de la pêche suivront également la migration des poissons vers le Nord« .

Quel en sera l’impact sur l’environnement très fragile de l’Arctique, mais aussi sur ses habitants? « Cette zone n’est pas déserte, 4 millions de personnes y vivent« , a rappelé Mme MacGlade.

En outre, les conflits géostratégiques sont légion. Jusqu’à présent, les eaux internationales arctiques, couvertes de glace, n’intéressaient guère. Aujourd’hui les Etats riverains, appâtés par ces perspectives, réclament à l’ONU d’étendre leur souveraineté, en se fondant sur l’extension de leur plateau continental.

La vérité qui dérange vraiment, extraits de Libération, par Jean Matouk, novembre 2006.

Le film d’Al Gore, La vérité qui dérange, a eu l’immense mérite d’illustrer brillamment les méfaits que les effluents anthropiques infligent à notre «Terre-Patrie», pour reprendre le beau terme d’Edgar Morin. Il n’a précédé que de quelques jours le rapport Stern qui mesure le «coût» économique pour la collectivité humaine du réchauffement de la planète. Ces plaidoyers pour la Terre trouvent un public de plus en plus large.

Mais ni les uns ni les autres ne vont jusqu’à la «vérité qui dérange vraiment», et qui est la suivante : aucun changement technologique, aucune modification des comportements humains ne seront efficaces suffisamment vite, pour infléchir le processus de destruction de notre écosystème, si nous maintenons la croissance économique mondiale a son rythme actuel. C’est une question de délai.

Il faut d’abord financer les investissements dans des technologies propres, il faut changer les comportements en matière d’utilisation d’énergie, de transports, de traitement des ordures ménagères, d’utilisation de l’eau.

Cet énorme effort demandera 20 ou 30 ans. A cette échéance, les atteintes portées à notre environnement non seulement seront irréversibles et auront provoqué des bouleversements dans tous les secteurs d’activité, mais porteront atteintes directement à la physiologie humaine.

La seule solution est un accord cosmopolitique au terme duquel, les grandes nations s’entendraient pour ralentir la croissance économique mondiale de 4,5 % aujourd’hui, à 2 % environ (chiffre encore trop élevé mais «praticable» comme diraient les Anglais) : 1,5 % au plus pour les pays développés et 5 %-6 % pour les pays en développement. Les moyens économiques d’un tel ralentissement sont à discuter au cas par cas, mais ils existent. La vraie question est alors : quid de l’emploi dans les pays développés, avec un tel faible rythme de croissance ?

La réponse : le passage que nous vivons actuellement, d’une société de salariés à une société de propriétaires et actionnaires a conduit les entreprises à s’imposer des rendements financiers de 15 %. Avec une telle exigence, les investissements et les créations d’emplois sont évidemment très réduites. Aussi bien dans ces entreprises que dans les cohortes de leurs sous-traitants et fournisseurs…

En même temps, s’est produit dans les entreprises un élargissement anormal de l’éventail des rémunérations. Elles disposent donc aujourd’hui, d’une masse potentielle d’investissements, à condition de réduire les espérances de rendements financiers et l’éventail des rémunérations. C’est cette masse qu’il faut mobiliser par de fortes incitations fiscales assurant une croissance de l’emploi. Le tout à faible croissance économique, à faible pollution de notre terre, dont le sauvetage passe par une réduction «fractale» des inégalités, à la fois entre pays du monde, au sein de nos propres pays, et au sein même des entreprises.

Menacé par la surpêche, le thon rouge n’est pas suffisamment protégé, extraits de Le Monde, par Hervé Morin, novembre 2006.

Le comité scientifique de la Cicta avait été clair : pour assurer la pérennité du thon rouge dans la zone est de l’Atlantique et en Méditerranée, il faudrait limiter les prises à 15 000 tonnes par an, alors que les quotas alloués pour la période de 2002 à 2006 étaient de 32 000 tonnes et que l’intensité réelle de la pêche, compte tenu des prises illégales, se situe à près de 50 000 tonnes. Craignant pour leurs thons, qui vont pour partie se reproduire en Méditerranée, les Etats-Unis étaient disposés à suivre des recommandations sévères. La Commission européenne, placée sous l’oeil des pêcheurs, venus en nombre à Dubrovnik, y était beaucoup moins favorable.

La Cicta n’est finalement pas parvenue à établir un consensus et a dû se résigner, pour la première fois de son histoire, à passer au vote.
Pour S. Beaucher, de Greenpeace, « la réduction des quotas n’est pas à la mesure des enjeux. D’autant qu’ils ne seront pas plus respectés que les précédents« . « Les pêcheurs industriels sont les grands vainqueurs de cette négociation« .

Sanctuariser l’eau, extraits de Libération, par Christian Losson, novembre 2006.

Elle est un besoin mais aussi un droit. Cette ressource en danger mérite un statut juridique et doit échapper à toute forme de marchandisation.

La mondialisation dérégulée engendre des «maux publics mondiaux» – l’accaparement de biens matériels ou immatériels –, et il convient de leur opposer les «biens publics mondiaux». Mais il y a deux façons de penser ces «biens». Soit assurer que le marché, en ce temps d’effacement du rôle de l’Etat, doit donner le la. Soit estimer, à contre-courant, que développement durable et laissez-faire sont incompatibles. C’est la thèse de penseurs-activistes de gauche qui parlent alors de «res publica universelle». Et concentrent leur lutte sur l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle : l’eau. «C’est la vie, et la vie, c’est un droit humain indivisible et inaliénable», rappelle R. Petrella pour qui «la droite, elle, n’y voit que la gestion d’une ressource naturelle.»

Bien que l’ONU ait, dès 1977, rappelé que «tout le monde a accès à l’eau potable en quantité et qualité égales pour ses besoins essentiels», près de 30 ans plus tard un enfant meurt toutes les 8 secondes après avoir bu de l’eau contaminée. Il y a encore une décennie, la question de l’eau s’articulait autour des conflits transfrontaliers. Puis les vents de libéralisation comme credo du développement ont soufflé. Comment sortir les pays pauvres des trappes de la pauvreté ? En privatisant les services publics, jugés inefficaces, à commencer par ceux de l’eau. Condition sine qua non pour obtenir des prêts ou être éligibles aux allègements de dettes publiques. Les opérateurs privés, dont les deux géants mondiaux sont français (Suez et Veolia), croient en la martingale. «Mais ils ne se concentrent que sur des grandes villes, limitent leurs investissements et augmentent le prix de l’eau, rappelle l’Indienne Vandana Shiva. Au-delà, les marchands veulent marchandiser les fleuves via des barrages, parce que l’eau ne peut, selon eux, couler librement dans la nature.»

L’élevage contribue beaucoup au réchauffement climatique, extraits de Le Monde, par Gaëlle Dupont, décembre 2006.

Manger de la viande nuit à l’environnement. C’est la conclusion à laquelle parvient l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui a rendu public un rapport consacré à l’impact écologique de l’élevage.

Mesurée en équivalent CO2, la contribution de l’élevage au réchauffement climatique est plus élevée que celle du secteur des transports. L’activité est responsable de 65 % des émissions d’hémioxyde d’azote, un gaz au potentiel de réchauffement global 296 fois plus élevé que celui du CO2, essentiellement imputable au fumier. De plus, le bétail produit 37 % des émissions de méthane liées aux activités humaines. Ce gaz, produit par le système digestif des ruminants, agit vingt-trois fois plus que le CO2 sur le réchauffement.

Les pâturages occupent 30 % des surfaces émergées, alors que 33 % des terres arables sont utilisées pour produire l’alimentation du bétail – et ces surfaces sont insuffisantes pour répondre à la demande, ce qui entraîne le défrichage de forêts. D’autres dégâts sont énumérés : 20 % des pâturages sont dégradés par une surexploitation entraînant le tassement et l’érosion du sol ; l’activité compte aussi « parmi les plus nuisibles pour les ressources en eau« .

La hausse du niveau de vie s’accompagne d’une consommation plus importante de viande et de produits laitiers. La production mondiale de viande devrait donc plus que doubler d’ici 2050, passant de 229 à 465 millions de tonnes.

Selon la FAO, cet impact pourrait être « fortement diminué » si « la consommation excessive de produits animaux parmi les populations riches baissait« . Un Indien consomme en moyenne 5 kg de viande par an, contre 123 kg pour un Américain.

Même si ce n’est pas un choix en tant que tel mais une conséquence de la hausse des prix pétroliers, je suis heureuse de vous annoncer que la consommation de carburants en 2005 a diminué !!

Tous sont en régression : presque 15% de baisse pour la super 98, 6% en moins pour la super 95, et enfin -1.7% pour le diesel (alors que le parc automobile est en train de se « dieseliser » à grande vitesse, et que sa part est déjà au-dessus de 50% des voitures).

Il faut dire qu’en un an, en Belgique, le prix du diesel a augmenté de ~ 14%, et la 95 de près de 20%. Ca aide à penser « décroissance » 🙂

Energie et climat : sortir de la frénésie, par Hervé Kempf
(larges extraits) Le Monde 04/07/06

La contradiction entre le discours proclamé et la réalité des actes est devenue une telle constante de la vie politique que l’on finit par ne plus s’en étonner. Il est cependant un domaine où cette contradiction est si lourde de conséquences pour l’avenir qu’il est nécessaire de la souligner : la divergence entre la politique énergétique suivie et l’évolution probable du changement climatique.

La question du changement climatique n’a cessé de grossir en importance dans les dernières années, au point que des parlementaires, dont la prose est généralement marquée par la plus grande modération, n’hésitent pas à parler de « catastrophes climatiques annoncées ». De même, des sénateurs affirment dans un rapport publié prochainement que les « conséquences du changement climatique sont très sous-estimées ». Ces textes ne sont que les productions les plus récentes d’une liste devenue impressionnante de cris d’alarme lancés par experts et scientifiques.

Et, officiellement, la France se fixe pour objectif de réduire de 80 % ses émissions de gaz à effet de serre en 2050. Cela implique une réduction de l’ordre de 3 % par an des émissions de gaz à effet de serre dès aujourd’hui.

Or qu’observe-t-on en matière de production énergétique ? Que la France s’apprête à mettre en service plus de 10 000 mégawatts (MW) de capacité de production électrique à combustible fossile d’ici à 2012, soit l’équivalent de près de dix réacteurs nucléaires. EDF planifie ainsi la mise en service de 3 100 MW, Poweo de 2 800 MW, SNET de 2 000 MW, Gaz de France de 1 430 MW, Suez de 840 MW. Aucun des opérateurs n’indique avoir calculé les émissions de gaz carbonique produites par ces nouvelles capacités. Et pour cause : même si une partie – environ 2 000 MW – correspond au remplacement de centrales à charbon très émissives par des centrales à gaz qui le sont beaucoup moins, le bilan global n’en sera pas moins inévitablement défavorable.

Une centrale à cycle combiné à gaz, d’une puissance de 400 MW, fonctionnant 6 000 heures par an (soit 68 % du temps), rejette ainsi environ 960 000 tonnes de gaz carbonique par an.

A ces capacités nouvelles, s’ajouteraient de surcroît au moins un réacteur nucléaire, dit EPR, de 1 600 MW et un parc éolien approchant 2 000 MW. Si ces énergies n’émettent pas de gaz à effet de serre, elles ont un impact écologique important : déchets nucléaires et lignes à haute tension liées à l’EPR, comme dans la Manche et le parc naturel du Verdon, rupture et banalisation des paysages ruraux par la multiplication des éoliennes.

Comment s’explique cette frénésie de construction de capacités électriques de toutes sortes, si contraire à la nécessité proclamée de prendre en compte le changement climatique et l’environnement ? Par le dogme intangible qu’il est inéluctable d’augmenter la consommation électrique : selon RTE (Réseau de transport d’électricité), elle devrait croître en France de 1,7 % par an jusqu’en 2010 – soit un taux à peine inférieur à la croissance économique -, puis de 1,2 % par an. Cette prévision découle d’une prolongation des tendances actuelles, de l’apparition de nouvelles sources de consommation – comme la climatisation en été -, et d’un report sur l’électricité de divers usages, surtout industriels, du pétrole. Mais elle est surtout l’effet de l’absence de politique sérieuse de plafonnement de la consommation d’électricité.

En Europe, la logique est la même : augmentation de la consommation d’électricité et des capacités de production. Du fait de l’augmentation du prix du gaz – peu ou prou aligné sur celui du pétrole -, certains analystes prévoient même un retour du charbon, moins cher mais plus émetteur en gaz carbonique.

Le développement des énergies renouvelables ne sert que d’alibi écologique à une politique sur le fond inchangée. Ainsi, l’Espagne, qui est un des champions mondiaux de l’éolien avec plus de 10 000 MW d’aérogénérateurs installés, est pourtant un très mauvais élève de la classe climatique : ses émissions de gaz à effet de serre dépassent de plus de 40 % son niveau de 1990.

Pourquoi les gouvernements prennent-ils pour acquise l’augmentation de la consommation d’électricité ? D’abord parce que, dans la foulée de la libéralisation promue par l’Europe dans les années 1990, ils se sont privés des moyens d’orienter la politique énergétique. « Tout est laissé à l’initiative du marché, juge P. Radanne, consultant indépendant, alors que les opérateurs visent essentiellement à rémunérer leurs actionnaires. »

Il serait utile que les responsables politiques qui disent se préoccuper du changement climatique interrogent sérieusement le dogme de l’augmentation inévitable de la consommation.

H. Kempf

Ah ce cher George, il me fera toujours rire !
Ne voilà-t’y pas que ce vaillant militant anti-nucléaire-chez-les-autres veut relancer le nucléaire aux US à grands coups de nouvelles centrales. Son allergie à la radioactivié aurait-elle soudainement disparu ?

A croire qu’il s’est rendu compte que, non, malgré ses grands pouvoirs, le Dieu Ethanol ne pourrait pas lui permettre de réaliser son objectif : réduire de 75% les importations de pétrole du Moyen-Orient d’ici 2025. Bon sinon ça va hein, le pétrole du Vénézuela est toujours le bienvenu, même si Chavez s’amuse parfois à les prendre à rebrousse-poils…

Et W. de donner en exemple la France ! Oui môssieur, la France qui produit presque 4/5ème de son électricité par le nucléaire, ça c’est pas un pays de tarlouzes !

Une énergie « sûre et propre », poursuit George dans le même temps qu’il regarde avec amour ses centrales thermiques au charbon… il était pourtant né, en 1979 ??

Au moins avec le nucléaire, Bush pourra s’approvisionner auprès de pays civilisés comme le Canada ou l’Australie. En passant, il semblerait que deux tiers des réserves d’uranium aux Etats-Unis soient situées sur des réserves indiennes

Bon regardons le côté positif des choses, à court terme le nucléaire pourrait diminuer quelque peu les émissions de gaz à effet de serre des USA, grands pollueurs devant l’Eternel.

Les plus gros pollueurs de la planète ne veulent pas sacrifier leur croissance à la lutte contre le réchauffement
Extraits – LEMONDE.FR | 12.01.06

Le partenariat Asie-Pacifique, qui réunit certains des plus gros pollueurs de la planète à Sydney, a promis, jeudi 12 janvier, de lutter contre le réchauffement climatique sans toutefois sacrifier une croissance économique basée sur les énergies fossiles, pourtant à l’origine de l’émission de gaz à effet de serre.

« Notre conviction de la nécessité urgente à poursuivre le développement et d’éradiquer la pauvreté est au cœur de notre vision« , ont indiqué dans un communiqué les six pays membres – Etats-Unis, Australie, Chine, Japon, Inde et Corée du Sud – du « partenariat sur le développement propre et le climat« , à l’issue de deux jours de réunion.

(…)

Mais « les énergies fossiles sont à la base de nos économies et demeureront une réalité durant toute notre vie et au-delà« , poursuit le communiqué, qui souligne que la lutte contre le réchauffement climatique ne doit pas freiner le croissance économique. »Il est donc déterminant que nous travaillions ensemble pour développer et utiliser des technologies plus propres avec moins d’émissions de gaz polluants pour pouvoir continuer à utiliser des carburants fossiles tout en gérant le problème de la pollution de l’air et des émissions de gaz à effet de serre« , selon le texte.

(…)

Les six pays ont assuré que le pacte était complémentaire au protocole de Kyoto des Nations unies, qui impose à 39 pays industriels signataires des réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Mais aux yeux des écologistes, les discussions de Sydney ne visent qu’à détourner l’attention du protocole de Kyoto, que Washington et Canberra ont rejeté de crainte que les réductions d’émission de gaz à effet de serre ne menacent leur vigueur économique. Faute d’objectifs contraignants, contrairement au protocole de Kyoto, le pacte de Sydney est voué à l’échec, assurent ses détracteurs.

Les organisations de défense de l’environnement ont qualifié de farce cette conférence de deux jours et ont estimé qu’elle n’avait aucune utilité dans la lutte contre le réchauffement climatique. Elles ont évoqué un « pacte du charbon » entre les principaux pollueurs de la planète et les groupes énergétiques comme Exxon Mobil ou Rio Tinto. « Ils ne se sont mis d’accord sur rien de sérieux« , a dénoncé l’universitaire Amanda Lynch, experte des questions liées au changement climatique.

par Anne Rabhiria (in Casseurs de pub)

Nous venons tout juste de quitter le XXe siècle. Au cours de ce siècle, la planète a vu sa population multipliée par quatre. De 1 milliard et demi en 1900, nous allons passer à 7 milliards en 2006. Durant le siècle écoulé, la consommation d’énergies et de matières premières a explosé.

Mais cette consommation est très inégalement répartie : un cinquième de la population, les pays riches, s’accapare 80 % des ressources naturelles de la planète. L’accroissement du niveau de consommation se démultiplie avec le nombre toujours accru d’individus.
La conséquence est une explosion de la pression exercée par l’humanité sur la planète. Cela se traduit, par exemple, par l’effet de serre, qui augmente la température du globe et entraîne des catastrophes climatiques. Toujours à l’échelle de la Terre, cette démultiplication de la consommation risque de se conclure par la fin de la majeure partie des ressources fossiles au cours du présent siècle : il reste, au rythme de consommation actuel, 41 années de réserves prouvées de pétrole, 65 années de gaz, 55 années d’uranium. Contrairement au XXe siècle, nous consommons désormais plus de ces ressources que nous en découvrons de nouvelles. De plus, il est prévu, d’ici à 20 ans, un doublement du parc automobile mondial ainsi qu’un doublement de la consommation énergétique mondiale. Enfin, plus nous approchons du terme des ressources, plus celles-ci sont difficilement extractibles.

C’est la première fois, depuis environ 100 000 ans que l’humain est sur Terre, qu’il menace la planète à l’échelle globale et par là même sa propre survie. Mais des civilisations ont déjà péri sur notre planète après avoir pillé et détruit leur environnement. Les habitants de l’île de Pâques en sont un exemple célèbre. La Terre, la biosphère, arrive aujourd’hui au bout de ce qu’elle peut nous donner, nous touchons le terme de sa capacité d’absorption de notre expansion. Pourtant, la sauvegarde de la planète conditionne tous les autres problèmes. La Terre fortement altérée, nous n’aurions alors plus de problème de chômage, d’éducation, de culture, d’économie, car nous aurions disparu.
Une analyse rationaliste simple amène rapidement à intégrer que nous ne pouvons sans cesse accroître notre consommation dans un écosystème où les ressources sont limitées. La plus simple justice exigerait un partage équitable des ressources entre tous les habitants de la Terre, donc une réduction de la consommation des habitants des pays riches.
Aujourd’hui, même pour des raisons égoïstes, et tout simplement pour nous sauver, notre intérêt est d’apprendre très vite à consommer mieux, pour consommer moins, afin de soulager l’écosystème.

Or, nous nous trouvons dans une société délivrant, de manière continuelle et de façon unilatérale, le message à l’exact opposé. La publicité nous dicte son idéologie de consommation, directement, ou de manière détournée au travers des médias qu’elle possède (en France, seuls deux journaux grand public, le Canard enchaîné et Charlie Hebdo, n’ont pas de pub). Elle nous répète inlassablement, en envahissant tous les espaces vierges, que rien n’existe en dehors de la consommation, que notre raison d’être et notre seule façon d’exister est de consommer sans cesse plus, frénétiquement. Si la réclame vantait les mérites d’un produit – “ Les pantalons Michel sont solides et pas chers ” – la publicité, elle, délivre un message idéologique : “ Pour être une personne moderne, bien dans sa peau et la société, vous devez porter un pantalon Green River. ” La publicité est ainsi progressivement passée du rang d’information commerciale au statut de système de propagande, véhiculant l’idéologie de la croissance, du progrès, de la technoscience, du nouveau. Produite par les multinationales, elle possède des moyens à la hauteur de ces firmes : le chiffre d’affaires de Général Motors est le double du PNB du Venezuela. Si nous voulons nous sauver d’une catastrophe écologique globale, la première étape devra être de mettre la publicité hors d’état de nuire.

Mais le danger que contribue à faire peser la publicité sur l’écosystème, et par là même à la survie de l’humanité, doit-il être notre unique motivation pour réagir ? Non, si nous devons d’abord la combattre, c’est avant tout dans un souci humaniste. Car la publicité véhicule un message qui par essence nie ce qui fait notre qualité d’humain, c’est-à-dire la recherche de sens. Comment vivre bien, pleinement, au quotidien quand le discours dominant réduit incessamment notre existence à la consommation et à l’argent ? La publicité est par nature l’antiphilosophie. Elle n’a de cesse de nous déshumaniser pour mieux nous marchandiser. Elle exclut d’emblée toute valeur non marchande. Elle exacerbe continuellement nos pulsions de possession, de domination, de jouissance immédiate. Elle flatte le pire côté de l’humain. Au contraire de la chose amusante et anodine décrite par ses promoteurs, elle constitue un enjeu de civilisation majeur. Les antivaleurs qu’elle prône sont directement responsables de notre manque d’appétit d’exister pleinement. La publicité engendre une civilisation mortifère ou les individus, réduits à l’état de consommateurs, deviennent inaptes à réformer la société. Les violences des banlieues, le sexisme, l’égoïsme, une grande part du mal-être propre à nos civilisations, le culte du fric et ses conséquences sociales dramatiques… trouvent largement leur source dans son message. Quant à ceux, toujours intéressés, qui rêvent de faire de la pub “ éthique ”, ils ne font que cautionner le système et l’encouragent d’autant.

La réponse à la crise écologique procède de la même logique : si nous devions réagir de façon purement scientifique face à la menace qui pèse sur la biosphère, nous amènerions immanquablement une réponse qui se solderait par un échec. Si nous sommes incapables de poser un regard humaniste sur le monde, si nous restons passifs devant l’injustice sociale, devant l’affaiblissement de la démocratie, devant le fléau automobile, devant le supermarché qui tue la vie de la cité ou encore face un élevage industriel, nos solutions réduites à la technique ne seraient alors que la préface au Meilleur des mondes. Seul un regard sensible et humain peut être porteur d’un avenir désirable.

Mais qu’il est douloureux de s’extraire d’un conditionnement idéologique ! Cela exige d’abord une remise en question individuelle. Lorsque le mouvement écologiste tire la sonnette d’alarme face à l’épuisement des ressources naturelles, les prisonniers de l’idéologie du progrès et de la technologie clament en chœur : “ On trouvera autre chose ! ” Un argument symptomatique de ceux qui croient et ne doutent plus, révélateur d’une pensée établie sur une idéologie, c’est-à-dire sur un système niant la réalité au profit d’une construction intellectuelle.

Alors comment résister à l’idéologie publicitaire ? Cela passe par un aspect réglementariste : le politique. Mais si son rôle est fondamental, celui-ci ne pourra que partiellement contrer ce système de propagande, sous peine de sombrer dans le totalitarisme. La majeure partie de la solution réside dans une évolution vers des modes de vie qui ne laissent pas ou peu de prise à la publicité. Nous devons d’abord refuser la société de consommation, la voiture, la télévision, les grandes surfaces, le tourisme de consommation… au profit d’un mode de consommation sobre, de la bicyclette, de l’autoproduction alimentaire (le potager), de l’engagement politique, de la poésie. Soit un mode vie à l’exact inverse de celui prôné par la publicité. Un mode de vie qu’elle décrit évidemment comme ringard, passéiste… et qui, comme par hasard, est le seul qui pourrait nous permettre de vivre bien, pleinement, joyeusement et longtemps sur ce petit vaisseau spatial biologique fragile qu’est la planète terre.

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