You are currently browsing the tag archive for the ‘changement climatique’ tag.

L’atmosphère terrestre a officiellement atteint une concentration en CO2 de 400 parts par million. Bienvenue dans l’inconnu.

On avait déjà atteint temporairement ce seuil symbolique, mais cette année nous entrons durablement (pas pu résister à utiliser ce mot culte du greenwashing !) dans une période au-dessus des 400 ppm.

Ca faisait (au moins) 800 000 ans qu’on restait sous cette valeur. Un petit schéma vaut mieux qu’un long discours :


National Ocean and Atmospheric Administration

On devrait atteindre + 1,5 °C d’ici 15 ans, et les fameux + 2 °C considérés comme la limite de l’emballement seraient atteints dès 2050 si on ne fait pas de très très sérieux efforts.

Pour rappel on est déjà à + 1°C et les phénomènes climatiques extrêmes (sécheresses, incendies, inondations, ouragans, etc.) ont doublé depuis 1990. Environ 10 000 espèces s’éteignent chaque année.

Je ne poursuis pas la liste, je ne voudrais pas plomber votre week-end 😉

Un sombre crétin a dit « notre niveau de vie n’est pas négociable ». Ah ah ! Comme si la planète négociait.

Le changement climatique pourrait faire disparaître la moitié des cultures de café en 30 ans, avec le risque d’une éradication complète avant la fin de ce siècle. L’impact se fait d’ores et déjà ressentir aujourd’hui, à travers une augmentation du coût.

« Les consommateurs vont devoir faire face à une baisse des stocks, un impact sur le goût et les arômes, ainsi que sur les prix« , selon le Climate Institute. Mais l’effet principal sera évidemment pour les agriculteurs locaux qui en vivent (120 millions de personnes dépendent du commerce du café)…

A noter que l’impact du changement climatique sur la production de cacao est similaire. Alors si vous ne faites pas un geste pour préserver la planète, faites-le au moins pour continuer à profiter de votre café et votre chocolat… quoi, c’est de l’argument imparable ça, non ?? 🙄

L’autruche commence à avoir du sable dans les poumons… Extraits de l’interview de Rajendra Pachauri, président du GIEC, par le Centre d’actualités de l’ONU.

(…)

Centre d’actualités : Après le 4ème rapport du GIEC publié en 2007, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré que « la science est claire : le changement climatique provoqué par l’homme est une réalité prouvée ». Cette étude a aussi montré que si le monde continue sur cette voie, les émissions de gaz à effet de serre augmenteront de 25 à 90% d’ici à 2030, comparé à 2000. Pensez-vous que les gouvernements comprennent la nécessité d’agir immédiatement ?

Rajendra Pachauri : De plus en plus et malheureusement, il y a des intérêts personnels et l’inertie en matière de pensée de la part des gens. Tout ceci, j’en ai peur, ralentit le processus par lequel nous pourrions arriver à un accord au niveau mondial. Aussi il est malencontreux que les dirigeants dans la plupart des pays, même s’ils comprennent ce qui doit être fait, se cachent derrière des intérêts dits nationaux, étroits et à très court terme.

(…)

C. d’act. : En 2007, les Etats se sont mis d’accord sur une « feuille de route » à une conférence des Nations Unies sur le climat à Bali (Indonésie) pour négocier pendant 2 ans sur les efforts accrus nécessaires pour combattre, atténuer et s’adapter au réchauffement climatique. Ces discussions doivent être conclues en décembre à Copenhague avec un nouvel accord devant entrer en vigueur après l’expiration en 2012 de la première période d’engagement du Protocole de Kyoto, qui cherche à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre. Quel est le meilleur résultat possible de la prochaine conférence dans la capitale danoise ?

R. Pachauri : Je pense que nous avons besoin d’une série de décisions, et l’une d’entre elles devrait limiter les émissions de gaz à effet de serre. A Bali, ce qui a été discuté était une réduction de 25 à 40% par les pays développés. Cela a été abandonné plus ou moins à la dernière minute, et je pense que nous avons besoin de revenir à ce niveau de réduction d’ici à 2020. Nous avons aussi besoin d’un engagement à fournir le soutien financier approprié aux pays en développement à la fois pour l’atténuation et l’adaptation. Certainement un accès à la technologie serait nécessaire.

C. d’act. : Certains Etats plus riches sont réticents à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre alors que les plus pauvres demandent des ressources et la technologie pour combattre le changement climatique. Comment convaincriez-vous à la fois les pays développés et en développement que réduire les émissions est de l’intérêt de tous ?

R. Pachauri : La seule façon de convaincre les pays en développement est que les pays développés prennent les mesures adéquates. Malheureusement, le monde développé n’a vraiment rien fait. Le Protocole de Kyoto est reconnu plutôt par sa violation que par l’adhésion aux limites qui ont été fixées. Je pense qu’il y a une perte de crédibilité de la part des pays développés. Je pense que nous avons besoin de prendre de fermes engagements alors que historiquement le problème est le résultat des émissions du monde développé, d’un point de vue cumulatif.

C. d’act. : Quelle est l’importance de la prochaine conférence de Copenhague ? Comment est ce que vous caractériseriez le poids des décisions qui seront prises à cette réunion ?

R. Pachauri : Il est nécessaire de souligner que si nous n’arrivons pas à un accord et que le monde continue d’augmenter ses émissions de gaz à effet de serre, le changement climatique se produire et aura des effets très graves qui se feront sentir dans plusieurs parties du monde. C’est clairement dans l’intérêt de personne, quel que soit l’endroit où vous vivez. D’autre part, cet accord nous permettra au niveau mondial de travailler dans un esprit de coopération et de procéder à de profondes réductions d’émissions de gaz à effet de serre comme la feuille de route de Bali le spécifie, ce qui permettra de stabiliser le climat de la Terre. Par conséquent, Copenhague est un événement auquel la communauté internationale travaille et est une étape extrêmement importante pour garantir que tout le monde s’implique à résoudre ce problème.

(…)

Moukmouk en a déjà parlé, voici encore de l’eau pour alimenter le moulin.
Extrait de La Libre :

(…)

Censée pulluler de façon temporaire et cyclique, la méduse est en train de s’installer durablement en Amérique du Nord, au Japon ou en mer Caspienne, au point de devenir invasive. (…)

L’activité humaine n’est sans doute pas étrangère au fait que la bestiole se sente partout comme un poisson dans l’eau. D’abord, la surpêche débarrasse la méduse de ses prédateurs naturels : thons, poissons lune ou tortues.

La pollution joue aussi un rôle car les méduses résistent à l’eutrophisation des eaux et se nourrissent du plancton développé par les déchets. (…)

Enfin, le réchauffement aquatique favorise la reproduction d’espèces telles que la Pelagia noctiluca, répandue en Méditerranée. (…) Une Chironex au venin létal a été retrouvée près de Marseille. Inquiétante migration pour cette espèce habituée des côtes australiennes.

Les vacanciers ne sont pas les seules victimes, les méduses attaquent aussi les poissons, mangeant les plus petits, contaminant les plus gros. En Irlande, des centaines de milliers de saumons sont ainsi devenus non comestibles cet hiver, ce qui n’est pas sans conséquences économiques. L’écosystème trinque aussi. Au large de la Namibie, la faune marine se compose à 80 % de méduses et le phénomène menace de se généraliser. (…) Les méduses peuvent également causer des troubles inattendus à proximité de centrales nucléaires comme ce fut le cas à Gravelines (France), où des « groseilles de mer » ont menacé de colmater des conduits.

Pour contrer la prolifération de l’ennemi aquatique, la résistance s’organise. Au Japon, des filets coupants ramassent par millions les envahissantes Namura, méduses géantes. A Cannes ou à Barcelone, d’autres types de filets servent de barrages pour protéger les touristes. A la Réunion, des tortues ont été réintroduites pour réguler le biotope, avec une certaine réussite. La même expérience vient d’être tentée aux Baléares, mais les spécialistes sont sceptiques car les reptiles ont tendance à revenir sur leur lieu de naissance. (…)

Quand les anciens regardent le ciel à Pangnirtung, hameau inuit traversé par le cercle polaire, ils sont désemparés. Mille indices – les nuages, le vent, les animaux, la qualité de la glace à l’embouchure de leur fjord… -, leur permettaient de prédire le temps de leur région, à l’ouest de l’île de Baffin, au Canada. Ils ne s’y hasardent plus.

L’hiver a été l’un des plus froids dont ils se souviennent et des plus humides, avec davantage de neige. L’an passé, c’est le printemps qui avait été extraordinairement doux, provoquant une catastrophe inédite : le 8 juin 2008, un « mur d’eau » était soudain descendu de la montagne, emportant deux petits ponts arrimés dans le pergélisol et dégelé sous ces trombes. Inondé, le village aura vécu sous état d’urgence pendant un mois. Les ponts menaient au réservoir d’eau, à la décharge et à l’usine filtrante d’épuration des eaux usées (…)

Après l’inondation, [ils] ont repéré des oiseaux, inconnus sous cette latitude : des geais bleus et des merles. Et la glace a pris plus tard en automne, perturbant la migration des caribous qui eurent à détourner des rivières au lieu de se déplacer sur leurs eaux glacées. Idem pour les ours blancs qui suivent les caribous, dont ils se nourrissent.

(…) D’après les relevés du ministère canadien de l’environnement, la température moyenne s’est élevée de 1,4 °Cpar rapport à la décennie 1990-2000 dans la région. Depuis 2000, la température estivale y a dépassé le record de 22°C sur 5 ans consécutifs.

(…) le village, lové dans un cadre spectaculaire, est réputé pour l’omble de l’Arctique qu’on y pêche, dont la chair était ici rose foncé. Elle s’est éclaircie peu à peu car ce poisson de la famille des saumons ne trouve plus de crevettes et se rabat, selon les pêcheurs, sur de petits capelans.

(…) L’omble descend la rivière dès que la glace fond, en juillet autrefois, en mai maintenant. Et à l’automne, les caribous (suivis par les ours) s’approchent plus tardivement du hameau. Inutile de les chercher avant, au risque qu’une glace trop fragile engloutisse les motoneiges et leurs conducteurs, des accidents de plus en plus fréquents.

(…) Tous redoutent un engrenage : si le pergélisol se met à dégeler partiellement durant les mois plus doux, maisons et bâtiments vacilleront. Emprisonnées dans le sol gelé, des tonnes de méthane s’échapperont alors, contribuant à polluer davantage l’atmosphère de la terre entière…

Extraits du Monde.


Edit> Nos gouvernements sont incroyables de stupidité pour ne pas dire purement criminels, cfr. cet extrait du Soir :
« Les principales économies qui représentent 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre ont renoncé à leur objectif de les diviser par deux d’ici 2050, a indiqué une source européenne. (…) En revanche, l’objectif d’une limite de réchauffement à +2º est maintenu, a indiqué un négociateur occidental. »
Alors là, chapeau aux gars de la comm’ pour le prétendu maintien de l’objectif ! Fallait oser !! C’est n’importe quoi et ça me révulse. Je vais finir par pencher pour le despotisme éclairé plutôt que pour la démocratie, quand on voit les #*@µ$ qui se font élire à coup de propagande. Entre faire plaisir aux lobbies (pour encaisser des pots de vin) et soigner leur cote de popularité (pour le prochain mandat), y en a pas un qui a les c**** pour oser prendre les mesures nécessaires ! Excusez-moi je m’emporte.

Le rapport sur la biodiversité, présenté tous les 4 ans par l’Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN), est sorti aujourd’hui et acte l’échec de la communauté internationale à respecter l’objectif fixé en 2002 : freiner l’érosion de la biodiversité.

Extrait du Monde :

C’est le tableau le plus exhaustif de l’état de la biodiversité planétaire (…) [il] confirme l’effondrement du nombre des espèces à un rythme 100 à 1000 fois plus rapide que lors des grands épisodes d’extinction du passé.

(…)

Sur 45 000 espèces, 16 928 sont menacées d’extinction, soit 1 oiseau sur 8, 1 mammifère sur 4 et 1 amphibien sur 3.

Derrière ces tendances globales, le rapport s’attarde sur le sort des espèces menacées utilisées par l’homme pour son alimentation ou pour la médecine traditionnelle. Pour conclure à une situation encore plus critique : « 36 % des mammifères consommés par les hommes sont en danger, contre 21 % en moyenne« , souligne J.-C. Vié en pointant la menace que cela constitue pour la sécurité alimentaire.

Les auteurs du rapport ont par ailleurs essayé d’évaluer l’impact futur du changement climatique. Si la plupart des espèces de la Liste rouge sont sensibles au réchauffement, un plus grand nombre d’espèces, aujourd’hui considérées en bon état de conservation, seront, selon eux, gravement touchées par la transformation de leur environnement.

« L’étendue des espèces sensibles a de quoi faire frémir« , observe M. Vié. Aujourd’hui, la destruction des habitats liée à la poussée urbaine et à l’intensification de l’agriculture, la surexploitation et la présence d’espèces invasives restent les principales causes de l’érosion de la biodiversité.

(…)

En parlant de Journées de ceci ou cela, voici que notre planète a droit non pas à sa « journée », mais à son « heure »… C’est vraiment pingre, oui je sais, mais c’est déjà un beau progrès si l’on considère qu’auparavant c’étaient seulement 5 minutes !

Cette action aura lieu le samedi 28 mars à 20h30. C’est « l’occasion pour les citoyens d’envoyer un signal fort à nos dirigeants en montrant de façon symbolique et visible leur implication et leur demande de changement » selon Serge Orru (WWF-France).

« Lorsque les dirigeants se réuniront pour négocier un nouvel accord sur le climat, ils devront sentir que le monde entier a les yeux braqués sur eux. La crise économique a montré que le monde peut s’unir et prendre des mesures en temps de crise. Nous avons besoin de mettre la même énergie et les mêmes moyens face à la crise climatique qui est devant nous » ajoute Serge Orru.

Plus de détails sur cette page. Pour passer de la version belge à la version française, il suffit de changer le be en fr… Je ne vous engage pas à vous enregistrer sur le site du WWF par contre : profiter de l’occasion pour faire une collecte d’informations personnelles, non merci.

« Si aucune action n’est entreprise rapidement, le réchauffement climatique de la planète va atteindre un rythme insoutenable à très, très court terme ». A la réunion annuelle de l’Association américain pour l’avancement des sciences (AAAS) de Chicago, Chris Field, de la Carnegie institution for Science, ne mâche pas ses mots. Et il décoche une flèche envers la consommation énergétique de son propre pays : les Etats-Unis, où la prise de conscience environnementale ne cesse de gagner du terrain.

« Et j’espère que les initiatives pour limiter les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère seront prises bien avant le prochain rapport du GIEC. Nous ne pouvons pas attendre quatre ou cinq ans pour agir ».

(…)

L’heure est au mea culpa… et à l’action. « Si nous n’agissons pas rapidement, la machine climatique va s’emballer. Les incendies de forêt, y compris sous les tropiques, vont se multiplier. Le permafrost va fondre et libérer plus de mille milliards de tonnes de CO2 en un très court laps de temps alors que depuis la révolution industrielle, nos émissions totales de CO2 sont estimées à 350 milliards de tonnes », conclut Chris Field. La vie sur Terre va devenir tout simplement… impossible.

Article complet : Le climat chauffe les esprits américains, Le Soir, 14.02.2009

Je n’ai jamais rien lu de cet auteur, mais je suis tombée sur ce texte, un peu décalé, sans prétention, et j’ai eu envie de le relayer. Il date de quelques mois mais n’a rien perdu de son actualité :

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.

Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas

Durant la conférence universitaire sur le réchauffement climatique tenue à la Exeter University cet été, le climatologue Kevin Anderson a éprouvé devant le public d’experts rassemblés un sentiment étrange : il a souhaité avoir tort. Sentiment partagé par nombre de ceux qui savaient ce qu’il s’apprêtait à dire. (…)

Malgré tous les discours des politiques, les avertissements scientifiques, les grands titres dans les médias et les promesses des entreprises, il allait affirmer que les émissions de carbone étaient en train de monter en flèche, hors de contrôle, bien au dessus des sombres scénarios contenus dans le rapport publié l’année dernière par le GIEC et dans le rapport Stern. (…)

« En tant qu’universitaire, j’aurais aimé qu’on me dise que c’était un très bon travail et que les conclusions étaient solides », déclare Anderson. « Mais en tant qu’être humain, j’aurais désespérément voulu que quelqu’un pointe une erreur, et qu’on me dise que j’avais tout faux. »

Personne ne le fit. La crème de la communauté scientifique des climatologues britanniques conserva le silence, stupéfaite, lorsque Anderson montra que les émissions de carbone depuis 2000 avaient augmenté bien plus vite que quiconque ne l’aurait crû possible, principalement en raison du boom économique d’un monde en développement basé sur le charbon. (…)

Le niveau de CO2 est actuellement de 380 ppm, soit 280 ppm de plus qu’à l’époque de la révolution industrielle, et il augmente de plus de 2 ppm par an. La position officielle du gouvernement est que la communauté internationale devrait avoir pour objectif de limiter cette élévation à 450 ppm.

Les résultats scientifiques sont encore parcellaires, mais des experts disent que cela pourrait offrir une chance raisonnable de limiter une éventuelle montée des températures à 2°C au dessus de la période pré-industrielle, seuil que l’Union Européenne définit comme dangereux. (L’augmentation de température est déjà de 0.7°C et un supplément estimé à 0.5°C est garanti, en raison des émissions passées.) (…)

A 650 ppm, les recherches actuelles indiquent que le monde pourrait fait face à une augmentation catastrophique de la moyenne des températures de 4°C. Mais, prévient Anderson, même ce scénario inquiétant ne pourrait être réalisé que si les pays riches adoptaient « une réduction draconienne des émissions en une décennie ». Seule une « récession économique planifiée » sans précédent pourrait y suffire. La crise financière actuelle ne s’en approcherait même pas. (…)

Bob Watson, le scientifique en chef du Ministère de l’Environnement britannique et l’ancien président du GIEC, avertissait cette année que le monde devait se préparer à une augmentation de 4°C, ce qui éliminerait des centaines d’espèces, créerait des pénuries de nourriture et d’eau dans les pays vulnérables et causerait des inondations qui déplaceraient des centaines de millions de personnes. Le réchauffement serait encore plus sévère sur les pôles, ce qui pourrait accélérer la fonte des glaces du Groenland et de l’Antarctique occidentale. (…)

On y lit [NdDDC : dans un rapport du gouvernement australien publié cet automne] que les nations développées telles que le Royaume-Uni, les USA et l’Australie, devraient réduire leurs émissions de dioxyde de carbone de 5% par an pendant la prochaine décennie pour atteindre l’objectif de 450ppm. Le Britain’s Climate Change Act 2008, la législation la plus ambitieuse de son espèce dans le monde, entend réduire les émissions d’environ 3% par an jusqu’en 2050. (…)

Henry Derwent, l’ancien président de la délégation Britannique aux négociations internationales sur le climat, maintenant président de l’International Emissions Trading Association, estime qu’un nouveau traité sur le climat ne comprendra probablement pas d’objectif de stabilisation, que ce soit 450 ou 550ppm. (…)

La hausse des chiffres des émissions dues à l’activité humaines intervient au pire moment, alors même que les scientifiques ont découvert que les forêts et les océans de la Terre pourraient perdre leur capacité d’absorption du carbone répandu dans l’atmosphère. La plupart des projections climatiques prennent pour hypothèse qu’environ la moitié de toutes les émissions de carbone soient réabsorbées dans ces puits naturels.
Les modèles informatiques prédisent que cet effet s’affaiblira lorsque le monde se réchauffera, et une série d’études récentes suggèrent que c’est d’ores et déjà le cas.

La capacité de l’Océan austral à absorber le dioxyde de carbone s’est affaiblie d’environ 15% par décennie depuis 1981, alors qu’en Atlantique nord, les scientifiques de l’Université d’East Anglia ont montré un déclin dramatique des puits de CO2 entre les milieux des années 1990 et 2000.

Une étude indépendante publiée cette année montre que la capacité des forêts à absorber le dioxyde de carbone anthropogénique (causé par l’activité humaine) faiblissait, parce que le changement de durée des saisons altérait le moment où les arbres passaient de l’état de puits de carbone à celui de source émettrice.

Les sols pourraient également relâcher leurs réserves de carbone : la preuve est apparue en 2005 qu’une vaste étendue de la Sibérie Occidentale subissait un dégel sans précédent.
Dans cette région, la plus large tourbière gelée du monde a commencé à fondre pour la première fois depuis sa formation il y a de cela 11000 ans. Les scientifiques pensent que la tourbière pourrait commencer à relâcher des milliards de tonnes de méthane emprisonnés dans les sols, un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le CO2. L’Organisation Météorologique Mondiale a récemment annoncé la plus grosse augmentation des niveaux de méthane dans l’atmosphère depuis 10 ans.

Des experts affirment que la gravité des résultats des études récentes, combinée au boom sans précédent des émissions de carbones, nécessite une réévaluation urgente de la situation. Dans un article publié ce mois-ci dans la revue Climatic Change, Peter Sheehan, un économiste de l’Université australienne Victoria, écrit que l’ampleur des récentes émissions implique que les réductions de carbone préconisées par le GIEC pour stabiliser les niveaux dans l’atmosphère « ne peuvent pas être pris comme un guide fiable pour une décision politique immédiate ». Les réductions, dit-il, doivent être plus importantes et concerner plus de secteurs.

Plus tôt cette année, Jim Hansen, un climatologue expert de la NASA, a publié un article qui avertissait que les objectifs de CO2 mondiaux devaient être révisés de façon urgente pour prendre en compte le risque d’effet rétroactif sur le système climatique. Il a utilisé des reconstitutions du climat terrestre du passé pour montrer que l’objectif de 350ppm – niveau bien plus bas que celui atteint aujourd’hui – est nécessaire pour « préserver une planète similaire à celle sur laquelle la civilisation s’est développée et la vie sur Terre s’est adaptée ». (…)

« C’était déjà très urgent. C’est devenu très, très urgent. » [NdDDC : citation de Watson, pour le mot de la fin]

Article complet (en anglais) : The Guardian, D. Adam, 09.12.2008
Traduction Nicolas Sautet pour Contre Info.

Archives

Conditions d’utilisation

Vous pouvez utiliser les textes et photos de ce site à condition que vous en citiez/linkiez la source et que l'usage ne soit pas dégradant.
Aucune utilisation à des fins publicitaires (i.e. commerciales, politiques, etc.) n'est autorisée.
Si vous souhaitez utiliser une photo à des fins privées (fond d'écran, etc.) : servez-vous, c'est fait pour !!

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.