C’était tellement incongru, que mon esprit a zappé. Simplement zappé, avec une facilité déconcertante.
Mes oreilles ont entendu la mélodie et inventé d’autres paroles.

Qu’est-ce que ce sera, la vie sans eux, au retour !

Mon cerveau s’est bien dit que quelque chose clochait, mais j’étais accroupie sur le trottoir, concentrée sur le jeune chat devant la porte, et n’espérais qu’une chose : que cette vieille dame flanquée de deux chiens remuants s’éloigne.

Je n’ai même pas répondu : je pensais qu’elle s’adressait, en voisine, à la propriétaire du chat.

Soudain la phrase originale s’est frayé un chemin jusqu’à ma conscience. Je me suis tournée vers elle, décontenancée. Trop tard, elle était repartie.

Il faudra bien vous laver les pieds, au retour !

J’en suis restée bouche bée et par la suite m’est venue comme une indignation.

Qu’aurais-je pu répondre ? Oui maman ?
Lui expliquer le bien-être et le sentiment de liberté que procure la marche pieds nus ? Comme cela me détend quand je marche dans l’herbe, comme cela me vivifie quand je marche dans l’eau, comme cela me fait sentir princesse au petit pois quand je marche sur un gravillon…

Ce que les racines et la terre battue des sentiers massent, ce n’est pas ma voûte plantaire. N’allez pas croire cela. Ce que les racines et la terre battue des sentiers massent, ce sont les circonvolutions de mon cerveau.
Et elles en ressortent tout assouplies et détendues. Juste ce qu’il me fallait en ce jour.