Dans l’indifférence générale, souriez, vous êtes filmés !
Extrait de La Libre.

Comme en Chine, la Belgique a adopté une loi permettant de filmer les citoyens dans leur quotidien et d’exploiter ces images. Un caillou dans la chaussure.

Une chronique de Michel Claise, juge d’instruction.

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Tout commence en 2014. Le Conseil des affaires de l’Etat de la République populaire de Chine publie un document destiné à sensibiliser la société à l’intégrité et à la crédibilité du citoyen, un moyen de parfaire l’économie socialiste de marché. (…) En 2017, à Shanghai, une application de reconnaissance faciale est programmée dans la mégapole, surveillant le comportement des citoyens pour leur octroyer une cote. 170 millions de caméras de vidéosurveillance sont ensuite installées dans toute la Chine, le chiffre prévu en 2020 devant atteindre 400 millions.

Dans certaines villes, l’identité des piétons qui traversent hors des passages autorisés est affichée sur des écrans géants jusqu’au payement de l’amende. De plus, tant que la somme n’est pas acquittée, le citoyen peut se voir refuser l’accès au transport, en train comme en avion. De là à penser que la vraie volonté du pouvoir de Pékin est d’instaurer un système de contrôle policier absolu qui ne se contentera pas de poursuivre uniquement le comportement délinquant de rue…

En tout cas, cela fonctionne, parce que plusieurs millions de Chinois se seraient déjà vus privés de leur droit à voyager. Heureusement, cela se passe loin de chez nous, souffleront, rassurés, les habitants de Belgique, tout émoustillés par la performance de l’équipe des Diables Rouges.

Eh bien non ! Chez nous, dans une indifférence relativement générale, la loi du 21 mars 2018 modifiant la loi sur la Fonction de police a été adoptée, ajoutant au cadre un article portant comme titre : « l’installation et l’utilisation de caméras de manière visible par les services de police ». La loi vise (…) toutes les caméras du Royaume où qu’elles se situent.

De plus, les policiers pourront installer à leur guise toute caméra fixe ou mobile, sans passer par une quelconque autorisation judiciaire. Mais avec l’autorisation du propriétaire des lieux privés, quand même. (…)

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(…) Pratiquement, cela veut dire qu’il n’existe aucune vérification sur l’utilisation des données. De plus, bouleversant le passé, le pouvoir judiciaire est écarté non seulement de l’opportunité mais aussi du contrôle de l’utilisation du big data. Il s’agit bien, comme en Chine, de filmer les citoyens dans leur quotidien en permettant non seulement la captation d’images mais aussi leur exploitation, l’ensemble des données nationales étant collectées par un même service de renseignement.

(…) Cette atteinte gravissime à la vie privée avec toutes les dérives possibles s’ajoute à la liste des dernières décisions gouvernementales qui réduisent le pouvoir du monde judiciaire en le transformant en fonction, soumis de plus en plus à la mainmise de l’exécutif. On vous répondra que c’est pour le bien de tous en ces périodes troublées, que l’Etat agit avec ses citoyens comme un grand frère. Comment dit-on, en anglais, « Grand Frère » ?