Bande-son : Joe Hisaichi – The Rain (Kikujiro)

Le circo de Barrosa depuis l’Hospital de Parzán

Ce matin c’est le départ définitif de Broto. Nous devons rectifier la facture de l’hôtel car ils avaient oublié de nous compter le petit-déjeuner du premier jour. En fait c’est pas faux que c’était mieux de l’oublier, celui-là🙂

Nous prenons une très longue et petite route vers Bielsa. Après quelques courses, nous pique-niquons en bord de route à un jet de pierre de la frontière française. Le nombre de camions sur cet axe est simplement insupportable…

Depuis le lieu-dit « Hôpital de Parzán » (hospice de Bielsa, dont il ne resterait qu’un mur), nous allons rejoindre le cirque de Barroude (circo de Barrosa).

Au début du chemin se trouvent des vestiges d’installations minières sur lesquels nous reviendrons en fin de journée – le jardinage me démange trop:mrgreen:

On y voit notamment des haldes ainsi que la station inférieure d’un télé-benne magnifiquement rouillé, datant du début du 20e siècle. Il descendait le minerai (plomb argentifère principalement) depuis les mines du pic Liena.

Il est surnommé « Câble Luisa » car il part des mines Luisa (alt. 2430m). Il rejoint la laverie (alt. 1460m) via une station d’angle (alt. 1860m).

Un second câble aérien, le Transpyrénéen (el Transpirenaico), permettait de relier les laveries (alt. 1450m) au Pont du Moudang (alt. 1120m) via le port de Salcorz (alt. 2464m) ! En tout il faisait 10 km…

Hélas, la longueur principale se trouvait côté français, où tout a été vulgairement ferraillé en 1968 ! Les choses n’ont pas changé aujourd’hui : la France n’a toujours aucun égard envers son patrimoine minier, qu’elle cherche plutôt à cacher ou détruire 👿

Plus de détails sur ce câble transporteur ici et .

Le chemin des mines (camino de las pardas) nous tente énormément, il s’agit du chemin muletier construit avant la mise en place du funiculaire. Chaque benne permettait de transporter 300 kg de minerai, donc de remplacer 2 ou 3 mulets. Autant dire que c’était une revolución !

Malheureusement, avec cette matinée consacrée au trajet, il ne nous reste qu’une après-midi en Espagne… trop court pour envisager cette promenade.

Je ne m’y connais pas trop en champignons, cela semble une amanite tue-mouche qui a perdu ses verrues blanches ? En tous cas je n’aimerais pas être à la place de cette mouche…

En suivant le chemin nous croisons différentes amenées d’eau, à ciel ouvert façon rigole ou en conduite plus ou moins forcée. Du temps de la mine, cette eau servait pour la laverie et la centrale hydro-électrique.

Le canal de dérivation nous intrigue, avec sa voûte maçonnée et son parcours qui serpente. Il a été restauré en 2011.

La couleur donne envie, la température nettement moins, même si le soleil tape😉 A côté de la vanne à guillotine se trouve le trop-plein permettant un débordement localisé.

Nous continuons à longer le río Barrosa en direction du cirque.

Les lieux sont boisés, l’eau vive cascade entre les rochers…

Ce n’est pas impressionnant mais simplement charmant !

Petit à petit la vue sur le cirque se dégage, tandis que le sentier (PR-HU 187) devient moins marqué. L’herbe le recouvre mais des cairns sont présents et il serait de toute façon difficile de se perdre.

Une crassulacée (sedum ?) :

Ca, dit AàG, c’est quelque chose qui a envie de se faire passer pour une orchidée mais qui est cheap 😆
Petite linaire à feuilles d’origan (Chaenorrhinum origanifolium) ??

Le ciel se couvre. Au loin il reste une plaque de neige.

Le panorama se dévoile sans effort, à la portée de tous. Un site très complet (je crois qu’on peut même dire exhaustif, oui oui c’est à ce point😉 ) est dédié au cirque de Barrosa.

Nous arrivons en vue du refuge (cabane de Barrosa, alt. 1745m).

Il est gardé, mais le gardien est timide 😉

Des têtes de schtroumfs qui ont déteint :

L’aconit anthore est très toxique.

Nous flânons là un instant, profitant du lieu. Il n’y a pas un chat. Ah si, moi 😉

L’après-midi est trop avancée que pour monter à l’assaut du pico de Barrosa ou ses confrères. Le port de Barrosa est à 2534 mètres d’altitude.

Nous rebroussons chemin. Les cairns ne sont pas toujours en bon état.

Les marquages sont parfois usés. Je me suis demandée si ce visage en mousse était l’œuvre de la nature ou d’un plaisantin, je penche pour cette seconde option🙂

Certains blocs sont monumentaux.

Ce scarabée bousier a dû me trouver un peu trop pressante avec mon appareil photo, il a préféré prendre son envol.

A la recherche de l’arche perdue ! Il s’agirait en fait de la station inférieure du câble aérien des mines Mallo Ruego.

Un ancien canal (glissière) dévale la pente, interrompu seulement par le chemin.

Cette conduite forcée (modernisée) rejoint une petite centrale électrique massacrée il y a quelques années, j’y reviendrai plus loin.

J’élague un peu les branches qui poussent n’importe où dans la structure parce que ça me fait mal au cœur de voir ces vestiges dans cet état.

Nous allons ensuite à la rencontre des ruines des installations minières (plan).


Pour la légende, voir lien sous la photo

Il y avait là beaucoup de bâtiments : logements des mineurs, cantine, atelier, magasin, transformateur, écurie, scierie, laboratoires,…

Sur ce plan incliné se trouve le système de mise en tension du câble, juste sous la station inférieure du Câble Luisa.

Des arbres poussent dans la molette.

Cet abreuvoir est daté de 1924. L’exploitation minière proprement dite cesse en 1928 à cause de la chute des cours de l’argent et du plomb.

Oh mais qui revoilà ? C’est mon copain !

Sur ma jambe une mouche se délecte d’une petite blessure, j’en profite pour la photographier. Grâce à AàG vous échappez au résultat – il trouve ça vraiment trop gore.

Le siège de la Société des Mines de Parzán, où logeaient le directeur et ses ingénieurs, est toujours debout. C’est la Casa Bosar, du nom du sous-directeur Jacob Bosshard. Elle est bien reconnaissable grâce à son œil-de-bœuf.

Nous n’irons pas voir la centrale hydroélectrique, je vous conseille ce site qui présente notamment deux vidéos en bas de page, réalisées avant… la remise en fonction, à gros frais, de la centrale !! 😯

Les anciennes installations, qui étaient toujours en place, ont donc été détruites 😦 👿

Nous retournons sur le chemin du haut, des micro-géologues s’affairent dans les verses. Nous rejoignons l’ancien pont (puen de Tartico) qu’on devine ci-dessus dans la végétation.

Nous reprenons la voiture et passons la frontière française. Nous ne serons pas trop dépaysés en arrivant à la chambre d’hôtes, elle aussi proche d’une centrale hydro-électrique :

Les conduites forcées ont une autre taille !

Ce qui nous choque est le bruit. Il y a une rangée de maisons de l’autre côté de la rue, presque tous les volets sont clos. Je n’imagine pas qu’on puisse habiter là.

Photo d’époque et propagande actuelle :

Vu le peu d’alternatives, nous prendrons l’option « table d’hôtes » et n’aurons pas à le regretter même si se retrouver soudain en nombreuse compagnie (7 autres touristes, en plus du couple de logeurs) est toujours un peu violent quand on sort des montagnes.

Peu après 22h je tente de me laver. En fait ce n’est pas une douche, c’est un vaisseau spatial ! Au bout de 2 minutes, je trouve la lumière – enfin les lumières. Je vois bien l’option radio ou téléphone, mais où est donc la commande pour l’eau ? 😆 Heureusement, même si je n’ai pas de doctorat, je finirai par trouver ^^