Bande-son : The Two – Sky

Oto et le village de montagne abandonné d’Ayerbe de Broto

Ce matin, pas de réveil ! Le luxe ! C’est quand même les vacances😉

On se réveille vers 8h20 et on petit-déjeune dans la chambre. On flâne dans Broto, on achète quelques souvenirs, on admire l’église fortifiée dédiée à San Pedro. On a besoin de timbres et le « tabaco » est fermé, du coup on se rend au bureau de poste qui est ouvert… 1/4h par jour !😀

On prend soin de revenir à l’heure (dite) d’ouverture, pour se rendre compte… qu’ils n’ont pas de timbres pour l’UE. J’en voudrais un pour l’Argentine, la guichetière me demande à combien sont ceux-là. Euh ben j’en sais rien moi ?:mrgreen:

Nous roulons sur la piste après le camping d’Oto, au début pas de souci ça secoue juste un peu. Nous longeons le río Ara qui, sur ce tronçon morne et désolé, ressemble plus à une gravière à ciel ouvert qu’autre chose.

Les ornières remplies d’eau se succèdent et s’aggravent, finissant par nous mettre le doute : ne serait-il pas plus raisonnable de continuer à pied ? Si !!

L’endroit où quitter la piste pour emprunter le sentier muletier PR-HU-117 est très bien indiqué, peu avant le barranco la Guega.

Nous allons monter dans les bois. C’est tout de suite un environnement plus agréable🙂 Les buis commencent à jaunir.


Mégère ou Satyre ?

Les couleurs de la zygène de la bruyère mettent en garde contre sa toxicité : elle sécrète des alcaloïdes et du cyanure. Si vous avez un petit creux, mangez plutôt des mûres😛

La taille de la végétation diminue avec l’altitude et nous apercevons les ruines de terrasses annonciatrices du village d’Ayerbe de Broto, situé à près de 1200m d’altitude.

Nous arrivons par le haut d’une terrasse, un escalier aménagé dans l’épaisseur du mur en pierres sèches permet d’accéder au niveau des maisons.

Le clocher nous étonne avec sa pièce rapportée. Seules quelques pierres, dont les deux linteaux, font la jonction entre la tour et son annexe.

Nous commençons par visiter la casa O Yerno, qui possède encore une magnifique cheminée aragonaise. De l’intérieur on peut voir que son « chapeau » est fêlé.

Nous passons par la porte verte, soigneusement ficelée pour éviter l’entrée d’animaux. Une mâchoire nous accueille.

Il y a tout d’abord l’âtre et le coin cuisine avec l’évier, la casserole, le four. L’intérieur est tellement sombre que ce n’est qu’au retour qu’on découvrira, sur les photos, qu’il y a des gravures sur une pierre du mur.

Au vu de quelques trous révélateurs, on se rend vite compte qu’il ne faut pas se fier au beau dallage, qu’il soit en carrelages ou en lauzes… Quand il n’y a plus de plancher, c’est moins dangereux🙂

Les murs, portes et poutres sont peints en vert, rouge-brun, jaune ocre et toujours ce fameux bleu cobalt.

Des restes de matériel de camping sont présents : un sac de couchage, une bouteille de gaz…

Au grenier, on peut voir un panier en osier tressé contenant encore d’anciennes bouteilles en verre ainsi que le passage de la cheminée, près de laquelle un bouquet de plantes sèche depuis plus de 40 ans.

Cette cave voûtée, rez-de-jardin si je puis dire, était l’étable. On y accède par l’extérieur, après avoir involontairement fait fuir un serpent.

La pièce d’habitation profitait-elle de la chaleur animale malgré le lourd plancher de lauzes ?

Certaines ouvertures de portes et fenêtres sont biseautées :

Les buissons de ronces ont envahi les lieux et rendent quelques fois la progression douloureuse voire impossible. On leur pardonne car elles produisent des mûres énormes qui font le bonheur stomacal d’AàG !

Outre la flore on observera également des mouches à cul doré poilu (non on n’avait pas bu).

Quelqu’un identifie-t-il cette espèce de plante grasse formant de jolies fleurs roses ?

Ceci nous a assez intrigués car il ne tient qu’avec un coin de bois. Était-ce donc un axe destiné à tourner ? Après avoir imaginé mille et un dispositifs, ce devait en fait être… une simple croix dont le haut est brisé !:mrgreen: La réalité manque parfois cruellement d’originalité.

En face, une belle vue sur le village d’Asín de Broto.

Joli linteau portant l’inscription gravée : M. AÑO. 1856. P.

La casa Cadena et l’école sont en ruines. Un étage est encore partiellement accessible (réservé aux casse-cous). Des bouteilles reposent sur une étagère s’effritant comme les cloisons et planchers encore présents.

Allons voir du côté de l’église (iglesia de la Natividad de la Virgen), bâtiment imposant dont la construction a commencé en 1765.


AÑO 1779

La nef ne possède plus qu’un moignon de toit, peut-être déjà effondré à ce jour. La clé de voûte du dernier arc ne tient plus qu’à un fil et les chapelles latérales sont dévastées.

On y voit encore, en rouge, le confessionnal.

L’autel, où l’on devine l’inscription peinte JHS, a perdu sa statue mais pas sa couronne de fleurs.

Il reste quelques décorations qui n’ont pas encore été complètement abîmées.

Les fonts baptismaux, avec une belle tête sculptée.

Ce lieu a certainement moins de valeur patrimoniale qu’une église mozarabe comme celle d’Otal, mais ça fend le cœur de le voir dans un état pareil…

La chatière est un peu petite😉


AJURIA N°1 VITORIA

Nous sommes ignares et cette machine nous aura, là aussi, fait travailler l’imagination ^^ C’est une vanneuse permettant de trier le grain des impuretés.

La rue principale est pleine de panicauts… un bonheur pour mes jambes nues !

Selon O Zoque, le village a compté jusque 16 maisons et 91 habitants en 1857. Ils n’étaient plus que 43 en 1960. Le village s’est dépeuplé en 1973.

De nombreuses maisons ont été rehaussées, comme celle-ci.

Sa toiture a la particularité d’avoir un pan sans lauzes, elles semblent avoir été démontées.

Ici aussi on retrouve les fers à cheval inclus dans les maçonneries ou entre les pierres sèches, ainsi que les structures en buis pour les toits (sauf exception comme ci-dessous).

La fenêtre de ce bâtiment a été condamnée pour le rehausser.

S’il vous prenait l’envie de vous asseoir là, pensez à regarder au-dessus de votre tête…

Près d’une sorte de herse rotative nous trouvons la vanneuse n°3, en pleine forme :

Surprise, cette maison est soigneusement rénovée et sa porte verrouillée ! (ceci est un zeugma😛 )

Ce doit être appréciable de venir dans cet ermitage lorsqu’on en a marre de la civilisation… je me demande où aller chercher l’eau par contre ? Faut-il descendre jusqu’au barranco San Pedro ?

Nous nous asseyons là, le banc est tout confort et son toit nous protège de quelques gouttes de pluie pendant notre maigre pique-nique : du pain, rien que du pain… le reste a été oublié dans la voiture.

Qu’importe, cela vaut tous les festins puisque nous assistons à un ballet de rouge-queues, d’hirondelles et même de vautours ! C’est dans ces moments-là qu’on se sent vraiment appartenir à un tout❤

Je profite de ce spectacle, de cette pause, et prends également le temps d’écrire quelques cartes postales pendant qu’AàG part enregistrer la vie des lieux.

Borda de era qui se fait coloniser par un roncier.

Au-dessus du linteau il est gravé AÑO DE 1872, avec le N à l’envers comme souvent.

La cahute ci-dessous donne une bonne opportunité de voir la structure du plancher.

C’est comme un puzzle où il manquerait des pièces…

C’est pas toujours évident d’accès:mrgreen:

Ci-dessus il y a deux techniques différentes, la partie haute du toit est « classique » avec des branches de buis alignées parallèlement, et la partie basse est comme tissée. C’est en parfait état.

Dans une cour de ferme nous ferons de sympathiques découvertes, comme ce beau linteau gisant au sol et affichant modestement « ano 1779 » (à moins que ce ne soit 1772 ?).

Là c’est moins évident à voir mais la protection épineuse m’a gardée à distance et… j’ai pas un gros zoom, moi😉 Il y a une croix gravée avec un Golgotha au-dessus de la fenêtre et des espèces de volutes en-dessous.

Ici c’est curieux, seule la première moitié de la pierre a été gravée. Ont-ils mal géré l’espace ou voulaient-ils garder de la place pour une suite ?

ano 1664
iesus maria
iosef

J’ai adoré ce tapis moussu. A l’époque on avait presque le même à la maison:mrgreen:

Une ruelle pleine de charme. De toute façon c’est obligé, quand il y a de la mousse, il y a du charme😉

Une croix plus élaborée, qui s’évase en forme de cœur, sur le linteau d’une porte remurée (Casa Antón ?). Je ne l’ai à nouveau photographiée que de loin, mais AàG a finalement bravé les ronces pour la prendre correctement !

L’intérieur ne tient pas les promesses de la façade.

Il y a quand même l’impressionnant foyer avec le départ de la cheminée.

Nous rebroussons petit à petit chemin, l’heure du départ a sonné.

Évidemment on découvre au passage tel ou tel détail qui nous avait échappé, comme cette fleur sculptée ou cet arbre n’ayant pas trouvé meilleur endroit pour pousser !

Et puis la lumière a changé alors ça donne envie de refaire des photos… hum hum.

Ce qui est amusant ici c’est qu’il reste les feuilles du buis. (Si vous trouvez que je suis très « toiture » en ce moment, ne vous inquiétez pas, c’est normal😆 )

Bon allez il faut bien s’arracher…

Nous sommes de retour à la voiture vers 19h.

Sur la route nous visitons Oto, qui est un magnifique petit village.

On y retrouve les même éléments typiques : chimeneas cilíndricas et dates gravées.


ANO 1766

La tour de l’église nous a paru un peu délabrée. Il y a une date ANO 1624 sur un coin.

Je dois dire qu’à partir de là j’ai été assez dissipée. Nan, pas parce qu’il y a une épée phalique gravée tsss. Figurez-vous qu’il y avait *plein* de chats affamés.

Et, si vous avez bien suivi, nous avions donc la garniture du pique-nique qui traînait dans la voiture… bref cela a fait quelques heureux !😀

L’une des cloches déposées devant le porche date de 1843 (Santa Barbara, encore elle) et l’autre de 1948.

Retour à Broto et repas à La Tea pour la quatrième et dernière fois…