Bande-son : Laura Veirs – Make Something Good

Le village de montagne abandonné d’Otal (1/2)

Ce matin nous prenons la voiture en direction du Puerto de Cotefablo et nous garons juste à la sortie du tunnel routier.

Le sentier commence par un raidillon de 150m où nous dépassons 8 Anglais – en croisant très fort les doigts pour qu’on n’aille pas au même endroit !

On rejoint un large chemin qui suit la crête, offrant une belle vue sur les vallons avoisinants.

Au bout, cela recommence à grimper sur un grand mamelon herbeux, le Pelopín (2007m). Nous devons passer de l’autre côté du sommet, sur le versant sud. Le « col » est vers 1900m d’altitude.

Ensuite le balisage devient pourri et le sentier n’est plus marqué. Ou plutôt, il y a des pseudo-sentiers partout suite au passage fréquent de troupeaux !

Au loin, en contrebas, le village d’Otal nous appelle. Un sentier part sur le flanc opposé du barranco de Artosa (ravin à l’extrême gauche de la photo ci-dessous), je pense que ce serait une bonne idée de le suivre et qu’il revient sans doute (?) ensuite de niveau vers le hameau, sis à 1465m d’altitude.

Cependant, devant l’incertitude de sa direction et le problème éventuel que serait le franchissement du ravin plus bas, AàG préfère que nous coupions droit sur le village, à travers la Plana Bosa. Ce n’est pas si loin.

Et vogue la galère pour franchir les innombrables terrasses végétationnues !! C’est parfois dense et épineux, bref il y a certainement un passage plus évident que celui-là:mrgreen:


Abri de berger

Évidemment, en se rapprochant, on n’a plus aucune vue sur le village donc on navigue au jugé. En suivant la pente on ne devrait pas trop se tromper !

Les premières maisons apparaissent enfin.

Vous remarquerez le marquage d’un GR sur le mur. Bon ok on ne sait pas d’où il vient et où il va, mais en tous cas il y a moyen de rejoindre Otal sans bartasser, cqfd !

AàG s’engage dans l’habitation, je m’abstiendrai vu l’état des planchers.

Les habitants n’étaient plus que 4 en 1970, j’ignore quand le dépeuplement complet s’est produit.

Ce village, qui a 10 siècles d’histoire derrière lui, a compté jusqu’à 99 habitants en 1900 selon Despoblados en Huesca.

Aujourd’hui, les habitants sont des vacas ! Elles ont colonisé les lieux et se sentent chez elles.

Les photos témoignent du soin apporté à l’architecture paysanne :

Le clocher de l’église se remarque de loin, nous ne manquerons pas d’aller faire un tour par là tout à l’heure.

Ici les fameuses cheminées aragonaises sont encore debout. Il en reste trois si je me souviens bien. Pour combien de temps ?

Habitation ou ancienne étable surmontée d’une grange ?

Partout où les vaches entrent, le sol se transforme en bourbier.

Une belle fenêtre avec des linteaux en pierres taillées, surmontée d’un balcon semblant plus moderne.

Ci-dessous une vue d’ensemble et un détail sur le linteau de la porte, portant une inscription gravée : AÑO 1788. AàG a donné de sa personne, les épineux n’étant pas d’accord de nous laisser approcher🙂

Je mélange allègrement les photos d’AàG et les miennes, j’espère que cela ne vous choque pas sachant que nos appareils ont un rendu qui leur est propre tant en terme de couleurs que de piqué😉

De plus certains endroits ont été visités ou revisités à des moments distincts, parfois sous les nuages, parfois sous le soleil. Cela génère des ambiances très différentes.

A sa belle époque, le village aurait compté 14 maisons d’habitations. Vous me direz, ce n’est pas trop pour 99 habitants😉

Ce n’est pas le cas de celles-ci mais certaines fenêtres ont encore leurs vitres.

J’ai bien aimé leurs murs aux angles arrondis et les ouvertures en forme d’arches.

Remarquez les jolis corbeaux qui portent le débord de toiture à l’avant-plan.

Cet encadrement de fenêtre, où l’on aperçoit des restes de peinture, est particulier. Gravé dans le linteau supérieur, un cartouche fleuri annonce AÑO 1747. Sous la fenêtre, on aperçoit en relief une tête et des ailes. Sans doute un ange même s’il m’apparaît assez grimaçant ^^

L’église San Miguel est remarquable et est d’ailleurs classée monument historique. Elle fait partie des 14 iglesias de Serralbo.

L’origine de cette construction romane mozarabe remonterait au XIe siècle.

On entre tout d’abord dans un enclos où se trouve le cimetière. La plaque noire fleurie est récente. En effet, Clotilde Ainsa Oros née à Otal le 03/06/1916 a souhaité être enterrée ici, auprès de ses parents. Elle est décédée le 02/02/2001.

Certaines tombes sont signalées par une croix ou une stèle, d’autres par un bloc de pierre plus rustique comme à Berbusa et Ainielle (situés sur le versant d’en face).

Si cette abside semi-circulaire a persisté (bien que des niches funéraires y aient été ajoutées), d’autres éléments du bâti ont par contre été fort modifiés au fil du temps.

Sur la clé de voûte de la porte plein cintre, on peut voir un IHS minutieusement calligraphié.

Entrons !

Les fonts baptismaux et le bénitier sont toujours présents.

Voici ce qu’il reste de l’autel dans le choeur.

On peut discerner les traces de différentes couches de peintures ainsi que de multiples styles d’ornements géométriques.

L’église avait été restaurée en 1982 par une association.


Le passage secret est en bas à droite😉

Lors de notre visite elle est en triste état mais des échafaudages sont présents et la nef a été plus ou moins déblayée.

En fait des travaux viennent de débuter, le toit a été déposé (enfin la partie qui ne s’était pas encore effondrée…) afin d’être reconstruit.

Les lauzes anciennes sont stockées en attendant leur placement sur une nouvelle structure.

AàG monte au clocher en faisant de la lévitation.

Il voulait aller voir la cloche et son mouton :

Il aura la surprise de trouver là-haut un crâne et une patte de chevreuil, reliefs du repas d’un vautour !

Cette anecdote macabre mise à part, cette montée donne une belle vue sur l’intérieur de la nef ainsi que sur les ruelles d’Otal.

Il y a du boulot !

La cloche est simple mais de belle facture. Elle est fêlée et criblée de balles ou d’éclats d’obus. Elle est consacrée à Santa Barbara, patronne des mineurs et protectrice de la foudre.

Pendant qu’AàG se rapproche du ciel, je m’intéresse à l’opposé c’est-à-dire au sol. Certaines parties sont en galets de rivière formant des motifs.

En débarrassant le sol d’une bonne couche de poussières et de gravats, je découvre des dalles recouvrant des sépultures.

Il y avait des festivités organisées pour la San Ramón le 31 août.

Une vache est parvenue à pénétrer dans le chantier et ne semble pas arriver à en sortir. Nous l’y aiderons et ce ne sera pas une mince affaire !😆

Dire qu’ils ont dû apporter tout le matériel par hélicoptère… Nous pique-niquerons sous une bache tendue par les ouvriers, elle nous procurera une ombre bienvenue.

La restauration, réclamée depuis 2006 par l’Apudepa et entamée à l’été 2014 après l’effondrement partiel de la toiture en 2011, a été annoncée terminée début 2015. Une messe y a même été célébrée à la San Ramón🙂

Ce balcon n’a qu’une envie…

Bon, d’accord, s’il n’y avait que le balcon !!

Moellons en équilibre – David Copperfield n’y est pour rien.

Heureusement tous les bâtiments ne sont pas dans un état aussi dramatique.

Régulièrement des dates, des croix et des initiales sont gravées à la pointerolle sur les murs.

La casa Oliván possédait un linteau de porte particulièrement riche. Il a été déplacé (hélitreuillé) au musée de Sabiñánigo.

Dans la dynamique des travaux de restauration entrepris, une piste forestière a été créée pour accéder plus facilement au village, non sans susciter de nombreuses polémiques sur le bien-fondé de ce projet.

Le visage d’Otal risque de changer ces prochaines années !