Proverbe breton : Bezet hir pe bezet berr e-barzh ar c’hreiz emañ an hanter.
Que ce soit long ou court, c’est au milieu qu’est la moitié.

Bande-son : Didier Squiban – Ar Baradoz

Lors de cette rando, nous avions été jusqu’à la pointe de Dinan mais pas jusqu’à la pointe de Pen-Hir et ses célèbres Tas de Pois.

C’est en voiture que nous nous y rendons ce matin, après avoir définitivement quitté notre logement. La logeuse nous aura retardés jusqu’au bout et nous ne sommes pas fâchés d’aller voir ailleurs.

La mer d’Iroise se trouve 70m en-dessous de la croix de Pen-Hir, monument aux « Bretons de la France libre » – je me demande comment un truc pareil a pu se retrouver inscrit aux monuments historiques.

Sur le trajet, nous nous arrêterons à une biscuiterie pour faire le plein de souvenirs à offrir.

Ensuite, cap sur l’enclos paroissial de Commana !

Comme d’hab, lorsque le texte est en italique, il s’agit du contenu du panneau d’information.

Nous sommes au pied du clocher le plus haut perché de Bretagne. Culminant à plus de 300m, la cime n’est pas loin d’approcher les crêtes des Monts d’Arrée, et elle s’y intègre heureusement par son austérité voulue, sans balustrade ni clochetons (1592).

Le puissant appareil des murs, la rustique porte monumentale et la sobre façade de l’ossuaire (1677-1687) dégagent la même force; une force qui naît de la simplicité des lignes et de la qualité des matériaux extraits des carrières toutes proches, la grosse ardoise de montagne et le rude granit de Plounéour-Ménez.

La seule concession à l’ornement semble être le lanternon couronnant le remarquable porche (1645-1653).

Mais l’emploi exclusif du granit limite ici encore les possibilités décoratives : le kersanton se limite à deux chapiteaux corinthiens et aux trois statues (Joseph, Marie, et au somment saint Derrien, patron de la paroisse). L’architecture n’en ressort que mieux, dans une rigueur d’épure.

A l’intérieur, les niches vides elles-mêmes s’accommodent sans mal de l’absence – sans doute originelle – des statues des apôtres.


Un indice de la consécration lointaine de ce lieu au dieu des chats.

L’ensemble porte la main d’un maître : Roland Doré s’il faut ainsi comprendre la série de lettres DRHMF (Doré hoc monumentum fecit). Doré, en tout cas, a signé l’un des deux calvaires (1624).

Et pourtant, cette église aux dehors rudes abrite, dans un contraste baroque, le retable de bois le plus spectaculaire de toute la Bretagne. Sur 8 mètres de large et 6 mètres de haut, les boiseries rouge, brun et or du retable Sainte-Anne (1682) sont d’une exceptionnelle générosité.

Sortent également de l’ordinaire le baldaquin des fonts baptismaux (1683) et le retable des Cinq Plaies du Christ.

La perfection technique du premier (avec ses figures féminines très allongées), l’exubérance quasi profane du second sont bien dans la manière des sculpteurs de la Marine de Brest qui mettaient volontiers leur talent, entre deux chantiers de navires, au service des riches paroisses toilières.

A vrai dire, nous avons trouvé cet enclos… pour ainsi dire abandonné. Le granit n’est pas riant, il faut avouer.

Rouille et capillaires des murailles, deux grands classiques des endroits en friche.

L’ossuaire est dans le mur ouest de l’enclos et comporte quatre bénitiers.

Il est à présent temps de casser la croûte et de déposer les bagages à notre prochain logement, situé à Botmeur.