Tout a commencé par la poignée du frigo. Comme une sensation bizarre sur la peau. J’ai cru que le plastique pelait, que ce soit à cause de son âge ou d’un produit nettoyant trop agressif – c’était à notre retour de vacances, ma mère n’était-elle pas une coupable idéale ?

Deux semaines plus tard, multitude invisible et opiniâtre, ils ont colonisé une bonne partie de la cuisine. Poussière vivante et mouvante.

On a vidé. On a trié. On a jeté. On a nettoyé. Au vinaigre. A la vapeur. Aux huiles essentielles. Et encore. Et encore. Étagère après étagère, on a démonté les placards. Sauvé ce qui pouvait l’être au surgélateur ou ailleurs.

On a lu aussi. Pour identifier l’envahisseur. Savoir à quelle guerre de tranchée s’attendre. Ce sont des acariens, pas ceux des lits et des tapis, non ceux-ci mangent des glucides. Comme les mites alimentaires, version réduite : ils font moins d’un demi millimètre.

Les « cirons de la farine » adorent les céréales, la levure… mais ils vont tout aussi bien visiter les pots d’épices, les bouteilles d’huile, ou autre. C’est vrai quoi, on ne sait jamais.

Chaque femelle peut pondre jusqu’à 250 œufs lorsque la température est supérieure à 18°C. En l’absence de nourriture ils peuvent entrer dans une forme résistante (stade de l’hypope) qui leur permet de se mettre « en sommeil » durant des mois voire des années. Jusqu’à ce que les circonstances leur redeviennent favorables.

Alors on a acheté un spray au pyrèthre végétal. Eloigné les chats. Et commencé la guerre chimique.

Notre cuisine n’est plus une pièce à vivre, c’est une pièce à tuer.