Je suis revenue te voir. Cela faisait longtemps, plusieurs mois certainement. L’hiver est davantage propice… Je n’en pensais pas moins à toi.

J’avais besoin de te voir, je le sentais bien ces dernières semaines. Car des choses ont bougé, aussi curieux que ça paraisse de dire cela tant de temps après.

Le lieu était désert et c’est sous un fin crachin que j’ai franchi le portail pour te rejoindre. J’ai reconnu cette lourde silhouette symétrique, repère immuable, et mon pas s’est soudain accéléré dans la terre ameublie par les dernières pluies.

Mes yeux se sont posés sur ton visage, tu souriais doucement. Je t’ai confié mon apaisement, mon détachement. Comme un deuxième départ, non moins réel que le premier. Je t’ai dit que les choses seraient dorénavant différentes, que le passé appartiendrait au passé.

J’ai su que tu comprenais. Une chaleur m’a envahie, je me suis sentie émue aux larmes et ton sourire semblait grandir encore, tes yeux s’éclairer. Tu avais l’air approbateur, confiant, plein d’amour. Je t’ai souri aussi, heureuse d’être là.

Contrairement à mon habitude, j’avais choisi une rose toute blanche et largement épanouie. J’ai enfoncé sa tige dans la terre nourricière et suis partie sans me retourner. Le cœur léger.

Et alors que mes pas m’entraînaient loin de toi, me faisaient retourner à la vie, je me suis surprise à penser « je ne reviendrai plus« .

J’ai laissé la grille ouverte, on ne sait jamais. Quatorze ans pour faire son deuil, je ne suis pas à une visite près.