J’ai été très remuée en apprenant la nouvelle mercredi, et depuis ça tourne en boucle dans ma tête. Cette nuit je ne parvenais pas à dormir tellement ça me préoccupait. Bon sang il doit bien y avoir moyen de faire quelque chose !

Cette note se veut un message de soutien à Emmanuel de Mérode et au parc des Virunga.

emmanuel_de_merode© Emmanuel De Mérode

Emmanuel de Mérode est directeur de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) au Nord-Kivu (Congo) et conservateur du plus ancien parc national africain, le parc des Virunga. Créé en 1925 sous le nom de Parc Albert, il abrite une biodiversité exceptionnelle et est classé patrimoine mondial en péril par l’UNESCO.

M. de Mérode a été grièvement blessé mardi, dans une embuscade que lui ont tendue, en plein jour, des hommes armés non-identifiés. Ils ont tiré sur sa jeep, il a reçu une balle à l’abdomen et une autre au thorax. Il semble que ses assaillants l’ont cru mort. A noter qu’ils ne l’ont pas délesté de ses affaires personnelles, le vol n’était pas le mobile de cette attaque.

Emmanuel de Mérode était seul, mais par chance il a pu être secouru suffisamment rapidement. Son opération s’est bien déroulée et il serait à présent hors de danger. Il a pu être transféré par vol médicalisé au Kenya, où se trouve sa famille – dont j’imagine l’inquiétude.

M. de Mérode, ainsi que les 650 gardes forestiers chargés de protéger le parc et ses gorilles, risquent leur vie quotidiennement – au point de mettre en place un fonds de soutien aux veuves, auquel vous pouvez contribuer (*). Et pas seulement à cause des braconniers et des déforesteurs :

Pour son malheur, il semble que le parc national des Virunga étende ses 8000 km² de volcans, de forêts et de montagnes sur d’importantes réserves pétrolières. L’État a en effet octroyé, depuis 2009, des permis d’exploration couvrant 85 % de la superficie du parc, alors que la loi congolaise interdit toute exploration dans les Virunga. Les bénéficiaires de ces passe-droits ? Total, ENI et Soco. Les deux premières compagnies ont assuré qu’elles ne s’aventureraient pas dans la réserve, mais la 3e qui a déjà mené des prospections par voie aérienne, paraît décidée à y pénétrer. Face à la levée de boucliers des ONG, l’État congolais fait ses calculs : royalties du pétrole ou dollars des touristes et des institutions internationales (l’Union européenne finance la renaissance du parc à hauteur de 5 à 6 millions d’euros par an).
Source : wikipedia

Coïncidence troublante, « M. de Mérode venait de déposer auprès du Procureur de la République à Goma un dossier compromettant, résultant de mois – voire d’années – d’enquête sur Soco International« , a déclaré à La Libre Belgique le député François-Xavier de Donnea.

Soco, remarqué pour ses méthodes musclées, a donc harcelé et corrompu les autorités congolaises jusqu’à obtenir le droit de mener ces explorations pétrolières au sein du parc national, au grand dam de l’Unesco et de nombreuses ONG (dont le WWF qui a qualifié cela d’éco-terrorisme). Cette licence illégale contrevient aux engagements internationaux de la RDC.

Est-ce que Soco serait passé à la vitesse supérieure en essayant d’éliminer physiquement un opposant tenace ? A moins que ce ne soit un autre ennemi – le parc n’en manque sûrement pas – qui profite de l’occasion pour leur faire porter le chapeau ? Espérons qu’une enquête rigoureuse et indépendante soit menée… hélas on peut en douter.

(*) Vous pouvez également contribuer à d’autres projets, ou devenir gardien virtuel de 12 ha. Les dons privés sont vitaux pour protéger le parc. N’attendons pas qu’il soit trop tard.

Pour en savoir plus, quelques extraits de l’article Le prince qui veut sauver les grands singes (Le Figaro, Th. Oberlé, 2008) :

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Les Virunga sont le parc des superlatifs. Il est riche en or, en coltan et en bois précieux. On y trouve des glaciers, des volcans en activité perchés à plus de 3000 mètres d’altitude, et sur les pentes du Mikeno, plus de la moitié des derniers gorilles des montagnes du monde. On y trouvait aussi la plus forte densité de grands mammifères.
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«La réserve naturelle est depuis 15 ans au centre du conflit des Grands Lacs qui a coûté la vie à des millions de personnes. Le désastre a eu des conséquences catastrophiques sur le patrimoine», explique Emmanuel de Mérode. Les grands fauves se sont réfugiés en Ouganda voisin, les buffles ont disparu et les hippopotames ont subi une hécatombe. Ils étaient près de 30000 à se vautrer sur les berges du lac Édouard et dans les rivières. Il reste aujourd’hui 300 survivants. «J’ai vu en 2006 les eaux du lac rouges du sang des hippos après le passage des rebelles hutus et maï-maï. Ce fut un massacre gratuit», déplore le directeur au béret vert vissé sur le crâne.
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Sanglé dans son uniforme, le chef qui ne porte jamais d’arme incite ses hommes à venir travailler malgré le climat d’insécurité. Depuis le début du conflit, 120 gardes ont été tués, soit un employé sur cinq. Payés un dollar par jour, ils sont tentés de prendre la fuite ou de tremper dans des trafics pour survivre.
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Emmanuel de Mérode sait qu’il dérange de puissants intérêts. «Mon job n’est pas un concours de popularité. Je prends des risques, mais je les mesure», assure-t-il. Avant d’ajouter : «Il faut sauver le parc tant qu’il est encore temps.» Un défi lancé par un idéaliste à la tête dans la brume, mais aux pieds bien sur terre.