Pour une ambiance sonore pendant la lecture de ce post, je vous suggère les bras de mer.

Vers 18h nous arrivons au sillon de Talbert.

Il y a encore un peu de monde mais nous stationnons sans difficulté. C’est plutôt l’heure des départs.

L’horizon vert, façon basse mer…

Le chemin débute au milieu d’une dune végétalisée.

Ensuite il est demandé de marcher le plus bas possible.

Marcher le long de l’eau permet en effet de moins abîmer le cordon de galets.

Beaucoup ne respectent pas cette consigne, j’ignore si c’est par manque de compréhension des panneaux (franco-français il est vrai) ou si c’est par mauvaise volonté (parce qu’il est moins confortable de marcher comme un dahut sur la pente).

Ici on se rend mieux compte de la pente car elle est frontale et maximale :

C’est une ligne monotone, légèrement courbe, qui fait plus de 3 km de long. Comme il y a une montagne de galets, nous ne voyons qu’un seul côté de l’arc.

Je dois dire que j’ai été déçue par le lieu : la langue de sable vue en Estonie (Kassari sääretirp) était nettement plus impressionnante car plus étroite, joliment sinueuse et plate.

Des crambes maritimes (choux marins) ponctuent régulièrement le parcours :

Nous voulions voir le sillon à la fin de la marée montante, pour que le site soit mieux mis en valeur.

Nous prenons donc notre temps afin d’arriver à l’extrémité en même temps que la pleine mer, ou presque.

Sur la fin, un élargissement très net se produit, formant une sorte de presqu’île.

Des piquets avec fils électrifiés enserrent une zone pour la protéger du passage des touristes (et de leurs chiens !).

Les choux marins y prospèrent et les oiseaux (surtout limicoles) y nidifient au sol.

Jusqu’en 1907 ces galets étaient exploités comme matériaux de construction.

Aujourd’hui ce sont les touristes qu’il faut raisonner pour ne pas qu’ils en emportent, geste pouvant paraître anodin mais en réalité extrêmement ravageur pour ce site fragile et exceptionnel.

Depuis 7 ans le sillon est une réserve naturelle régionale.

Curiosité géologique, le sillon de Talbert attire chaque année de très nombreux visiteurs. Le piétinement de la végétation et le dérangement de l’avifaune pendant la nidification génèrent une altération conséquente du site. La végétation de la dune naguère très diversifiée a perdu en 40 ans près de 80% de ses espèces. Les populations de sternes et de gravelots, gênées par le passage des visiteurs et des chiens, peinent à élever leurs poussins. Dérangées, elles ne peuvent les protéger avec succès du soleil ou de la pluie. De toujours, le Sillon s’est naturellement déplacé. Entre 1974 et 1989, de lourds travaux furent engagés pour le fixer en l’état. Des effets inattendus se firent vite jour. L’affaissement et le fractionnement de la base de la flèche se profilèrent. Confié au Conservatoire du littoral en 2001, un principe d’accompagnement de l’évolution naturelle se substitue à une démarche de durcissement artificiel. (…) La canalisation des cheminements a permis de restaurer la dune. Elle a retrouvé sa végétation protectrice et se redresse aujourd’hui. Une signalétique de protection est déployée sur le site ; à chacun d’entre nous, au travers de nos attitudes, d’assurer l’équilibre des lieux. Respecter la flore et la faune, ne pas prélever de galets y contribuent efficacement.

Source : Conservatoire du Littoral

Le bout du bout se fait grignoter par les vagues.

Derrière nous le dernier couple est en train de partir. Nous nous installons pour pique-niquer.

Voyez-vous le petit oiseau ci-dessous, près des algues ?

C’est un gravelot (grand gravelot je pense, vu les pattes orange), un des nicheurs de ces lieux. Ses oeufs ressemblent à des galets, mimétisme utile pour échapper aux prédateurs.

Apparemment l’heure du dîner ce n’est pas que pour nous !

Deux gravelots volant au-dessus des vagues (cliquez pour agrandir) :

Le courant a l’air vraiment fort en cet endroit, je comprends les panneaux d’avertissement.

Le soleil déclinait déjà lorsque cette fille est arrivée, seule. Elle s’est avancée jusqu’à l’extrémité du sillon.

Elle a lentement construit un cairn, l’a regardé. A commencé à s’éloigner. Est revenue le disperser – le démonter même, dirais-je.

Histoire sans paroles. Peut-être notre présence l’a-t-elle dérangée.

Un photographe exposé dans une maison du littoral avait appelé cela « la grande panique » et nous trouvions le terme très approprié ! Avec la marée, c’est toute une faune qui remonte à grande vitesse 🙂

Par fort coefficient la mer doit rejoindre le panneau, voire plus si affinité.

La lumière doucement s’en va…

…et nous de même.

Le soleil n’est pas encore couché mais le changement d’atmosphère est palpable.

La lumière rasante magnifie les galets.

Que reste-t-il de ce chou marin aujourd’hui ?

Les tempêtes hivernales ont dû être dévastatrices…

J’espère que cet endroit pourra toujours offrir un havre de repos aux migrateurs.

Quand les nuages daignent s’écarter, c’est tout de suite plus charmant.

Tout le long du trajet de retour, nous ramasserons des déchets.

Nous sommes effarés de la quantité d’ordures en tous genres.

Beaucoup de plastiques. Notamment pas mal de morceaux de filets de pêche et de cartouches de chasse sous-marine… mais aussi des berlingots et des bouteilles, jusqu’à des objets plus volumineux et plus farfelus.

Nous en ramasserons deux grands sacs débordants, que nous déposerons dans les poubelles du parking.