Nous ne sommes qu’au milieu de la matinée mais il fait déjà chaud. Seule dans l’ombre de cette église inconnue, j’attends. J’attends le cercueil qu’un solide corbillard de campagne va amener. Un couple dans la cinquantaine se dirige vers moi, me dit bonjour. Ils savent qui je suis, à ma grande perplexité.

La femme demande : « vous êtes l’amie de Valérie, c’est bien ça, non ? » Me voilà soudain projetée 13 années en arrière, mais je me reprends aussitôt, elle n’avait aucun lien de près ou de loin avec le décès qui m’amène ici, il doit s’agir d’une autre Valérie… peut-être la femme du parrain de ma filleule qui va bientôt arriver ? Je me raccroche à cette idée presque comme à une bouée et bafouille un misérable « quelle Valérie ? »

Il s’agissait bien de « ma » Valérie. Ils se souvenaient de moi car nous nous étions rencontrés lors de son enterrement. Je serais bien en peine de me rappeler les visages vus ce jour-là, je voyais un peu comme sur les dernières photos de Dr. CaSo, prises à travers les vitres ruisselantes d’un bus sous la pluie battante…

Ils sont de la famille de son fiancé. Ils me demandent si j’ai gardé contact avec les parents de Valérie. Non. Je les prie de transmettre mes pensées amicales à son fiancé. J’apprends que ce dernier n’a pas encore réussi à « refaire sa vie ».

Le cercueil de la morte arrive, chassant les souvenirs qui m’assaillent, remplaçant une peine par une autre. Mon amie marche vers moi avec ses grands yeux ourlés de larmes et je reviens aussitôt les deux pieds dans le présent. Je suis ici pour la soutenir autant que pour rendre un dernier hommage à la morte.

Quelle étrange parenthèse, quelles étranges personnes que celles qu’on ne rencontre que lors d’enterrements…