Suite à l’essaimage ayant eu lieu le 1er mai, notre ruche s’est retrouvée sans couvain ouvert puisqu’il n’y avait momentanément plus de reine pour pondre (la larve était en train de grandir peinard dans sa cellule royale). Fin mai, toujours rien… juste un peu de couvain mâle. Il faut savoir que les ouvrières ne sont pas stériles : elles peuvent commencer à pondre lorsqu’elles ne sont plus inhibées par les phéromones royales. Cependant elles ne sont pas fécondées et ne peuvent donc pondre que des mâles.

Notre ruche était donc toujours orpheline et devenait « bourdonneuse » ! (naissance uniquement de faux-bourdons)
Soit j’ai tué la future reine sans le faire exprès lors d’une inspection, soit elle s’est faite bouffer par un oiseau lors de son vol de fécondation (c’est le problème des vergers).

A cette époque normalement la ponte s’effectue à une cadence élevée car il faut récolter le plus possible. Et comme la durée de vie moyenne d’une ouvrière est de 6 semaines, notre population était en train de dramatiquement s’effondrer. Bref, nous nous sommes retrouvés à introduire une nouvelle reine dans l’urgence !

Née le jour-même, et donc pas encore fécondée, la jeune reine vierge et ses quelques suivantes ont été enfermées dans une petite cage fermée en bas par un bouchon de pâte sucrée (qu’on appelle « candi » mais qui n’est pas du sucre candi) :

Comment introduire ces étrangères au sein de la ruche sans qu’elles ne se fassent étriper ? Eh bien nous avons suspendu cette cagette entre deux rayons et elles ont pu faire connaissance gentiment à travers les trous du plastique, s’échanger leurs odeurs, etc. La reine était en sécurité, impossible de la zigouiller immédiatement. Le temps que le bouchon de sucre soit léché et grignoté, elles étaient devenues les meilleures copines du monde !

A noter que dès que les abeilles ont senti l’odeur d’une reine tout près de leur ruche, elles en sont sorties comme si on venait de brancher une souffleuse dessus ! AàG, qui portait la cagette, s’est retrouvé entouré d’un nuage bourdonnant 😯

Nous avons également introduit un cadre de couvain provenant de la ruchette issue de cette même ruche (l’apicultrice à qui je l’avais donnée a bien voulu me rendre ce service, merci à elle !). Car il faut des ouvrières pour prendre soin du couvain (le maintenir à 35°C, le nourrir) et en attendant que notre reine arrive à maturité sexuelle, fasse son vol de reconnaissance, son vol de fécondation, et commence à pondre… de l’eau allait passer sous les ponts et nous n’étions pas sûrs d’avoir encore des abeilles en suffisance ! Sans compter qu’après le début de la ponte de la nouvelle reine, il faut encore compter trois semaines pour que les premières ouvrières naissent.

Heureusement tout s’est déroulé à merveille et la ruche a repris du poil de la bête 🙂 Nous les avons laissées en paix un mois et, à l’ouverture que nous avons faite fin juin, tout était redevenu en ordre. Gros soulagement !

L’aventure n’était pas finie pour autant : que faire de la récolte de miel ? J’aurais aimé la leur laisser directement, ne pas extraire les rayons… mais il n’est pas évident de trouver comment les obliger à redescendre ce miel dans le corps (car il est risqué de le laisser dans la hausse pour l’hiver). Vu le planning surchargé et les hésitations sur la meilleure façon de procéder, c’est seulement quelques jours avant notre départ en vacances que soudain on s’est décidé à extraire.

Il y avait bien moins de miel que nous ne pensions (environ 6.5 kg), il était fort liquide et avait une magnifique couleur ambre doré. J’ai nourri tout de suite avec 4 kg (miel et sirop de sucre mêlés) et ensuite nous sommes partis deux semaines… l’esprit pas tout à fait tranquille ! :mrgreen:


5-6 semaines après extraction

On m’a dit qu’il y avait du châtaignier dedans, que c’était mauvais de faire hiverner les abeilles sur un miel de fin de saison, etc. Comment savoir ? Comment faire au mieux ? J’ai décidé de le leur rendre quand même, sachant que de toute façon il faudrait compléter au sirop de nourrissement (vu les quantités dont elles ont besoin, la récolte était insuffisante pour leur permettre de passer l’hiver). Un tiers leur a été retourné, pas davantage car après un mois il a fini par cristalliser et c’est nettement plus compliqué de leur redonner. Il a perdu cette belle transparence blond foncé et je n’ai malheureusement pas de photo datant d’avant la solidification 😦

Une petite partie du miel a été donnée aux voisins, amis et parents, le reste attend sagement dans l’armoire. Ainsi, si elles ont besoin d’un supplément au printemps, elles pourront compter dessus !

Durant nos vacances le limiteur d’entrée a fait des siennes : il a basculé et obstrué l’entrée de la ruche. Heureusement les butineuses restées piégées dehors sont allées harceler ma mère qui s’est étonnée de ce comportement inhabituel, a fini par voir le problème de cette languette plastique et très courageusement la remettre en place – avec la peur de sa vie !! (non, elle n’a pas été piquée)

A notre retour, nous avons mis la hausse à relécher pour qu’elles prennent les derniers carats de miel qui avaient échappés à la centrifugation et ensuite nous avons poursuivi le nourrissage.

Las, les températures indignes d’un mois de septembre font qu’elles ne descendent pas le contenu du nourrisseur en 24h comme elles le font au moins d’août… ça se vide très lentement. Résultat, je suis toujours en train de les nourrir alors que nous sommes en octobre ! Elles ont pris l’équivalent de 12kg de miel pour l’instant, j’aimerais arriver à 18-19kg (elles avaient déjà des réserves dans le corps, au total on devrait approcher les 25 kg).