La presse en parle relativement peu, déjà parce que les informations ne sont pas facilement accessibles mais aussi, voire surtout, pour ne pas culpabiliser nos pauvres gouvernements européens qui n’osent dire mot contre les exactions faites au Tibet. Quand on pense que le simple fait de discuter quelques minutes avec le Dalaï-Lama est déjà considéré comme un acte de bravoure proche de la témérité… c’est risible, de qui se moque-t-on ? Oh c’est pas qu’ils soient timides, ils sont simplement tenus par les couilles l’argent chinois.

Face au dieu Finance, sur quelles valeurs nos représentants dirigeants ne s’asseyeraient-ils pas ?

Pourtant, les Etats-Unis (notamment) pourraient être davantage incisifs. Car selon le dicton : Si tu dois quelques dizaines de milliers de dollars à ton banquier, tu dors mal. Mais si tu dois quelques milliards à ton banquier, c’est lui qui dort mal. Or c’est précisément leur position, me semble-t-il ! :mrgreen: Fin de ce petit aparté.

Depuis des dizaines d’années, la sinistre sinisation bat son plein dans un silence assourdissant, la marginalisation et les humiliations sont quotidiennes, les interdits et les punitions pleuvent sévèrement sur les pratiques culturelles ou traditionnelles, les tortures d’hommes, femmes ou enfants sont tues, sans parler des stérilisations et avortements forcés.
Le génocide n’est pas que culturel. Mais prendre position là-dessus ? Houla non, trop touchy ! Pas d’ingérence ! Là, vous pouvez voir les dollars défiler dans les yeux des politiciens qui bavent devant la croissance à deux chiffres qu’a(vait) ce gigantesque pays.

Les immolations par le feu ne font guère partie de la culture tibétaine, mais voilà un des seuls moyens de protestation politique restant à leur disposition puisque même les manifestations pacifiques sont – violemment – réprimées…
« En 1998, à New Delhi, un Tibétain exilé s’est immolé alors que la police indienne intervenait pour faire cesser une grève de la faim observée par des membres du Tibetan Youth Congress. En 2009, le premier Tibétain qui s’est immolé au Tibet appartenait au monastère de Kirti. A ce jour, 21 Tibétains du Tibet se sont immolés.
(…)
Tous les écrivains, les intellectuels, les artistes qui ont cherché à s’exprimer par leur art, leur écriture, ont été arrêtés. A ce jour, 65-70 intellectuels sont en prison. Si un Tibétain téléphone pour donner une information à l’étranger, il est passible d’une grosse peine de prison qui peut aller jusqu’à au moins dix ans. Les rares photos que nous possédons demandent aux Tibétains qui les envoient un grand courage puisque c’est passible de prison et de lourdes peines.« (Katia Buffetrille)

Pour avoir pris part à une protestation contre le joug de Pékin au lendemain d’une tentative d’immmolation d’un bonze, (au moins) un protestataire fut tué sur place, des dizaines d’autres blessés, et deux frères, ayant réussi à s’enfuir, furent traqués dans la montagne, encerclés et assassinés deux semaines plus tard. Il n’est pas dit si leur famille a reçu la facture pour les balles utilisées lors de cette véritable exécution.

D’après les informations qui parviennent à filtrer, on dénombre 23 tentatives d’immolation au cours de l’année écoulée (dont la majorité « réussies »). Les autorités chinoises ont bien évidemment pris, ces dernières semaines, des mesures pour empêcher la presse étrangère de se rendre sur place. Premier réflexe, le « pas vu, pas pris ». Parce que bon, les dirigeants des autres pays veulent bien se rendre complices fermer les yeux mais faudrait pas que ça devienne trop visible dans leur opinion publique. Ca serait embarrassant.

Aujourd’hui on apprend par Human Rights Watch que plusieurs centaines de Tibétains, qui revenaient d’Inde où ils avaient assisté à des séances d’enseignement dirigées par le Dalaï-Lama, ont été arrêtés début février et sont obligés de suivre une « rééducation politique » (comprenez lavage de cerveau, menaces et plus si affinité). Selon l’ONG, les autorités chinoises n’avaient plus arrêté un aussi grand nombre simultané de laïcs tibétains depuis plus de 30 ans. C’est que la situation devient particulièrement tendue et ils veulent à tout prix éviter la contagion jusqu’à Lhasa…

Les Tibétains arrêtés possédaient des passeports chinois en ordre, leur permettant d’entrer et sortir du territoire tout à fait légalement. Aucune loi ne leur interdisait d’assister à ces séances. Les malheureux détenus n’ont de ce fait pu être accusés d’aucun crime (possession de documents illicites, entrée clandestine sur le territoire chinois…) semble-t-il, ce qui n’empêche qu’ils ne seront probablement pas libérés avant quelques mois ! Par ailleurs les 700 Chinois ayant assisté aux enseignements du Dalaï-Lama ne semblent étrangement pas concernés par cette mesure, eux… (source)

Jonathan Watts, journaliste au Guardian, a pu déjouer les barrages et rapporter un petit témoignage (en anglais).
Extrait :
« Tous les 20m sur la route principal d’Aba, (…), des officiers de police et des fonctionnaires communistes portant des brassards rouges surveillent de potentiels manifestants. Des douzaines de paramilitaires sont assis en rangs devant les restaurants et les magasins, dans une démonstration de force visant à intimider la population« . (traduction Le Monde)
Ces aimables « gardiens de la paix » sont équipés de bâtons munis de pointes, d’armes semi-automatiques et… d’extincteurs.