Les mille marches de Skala Vradeto et le point de vue de Beloi sur les gorges de Vikos

Nous sommes toujours dans le parc national Vikos-Aoös et il nous est à nouveau impossible de trouver un pique-nique pour ce midi. Pas de boulangerie, pas d’épicerie, rien.

C’est une chance d’avoir au moins acheté un grand pack de bouteilles d’eau avant d’arriver dans cette région.

Tant pis, nous partirons sans rien, nous verrons bien ce que nous trouverons dans le village de Vradeto (Βραδέτο), qui est la première étape de notre randonnée… il est 11h, c’est jouable.

Le départ se fait juste après le village de Kapesovo (Καπέσοβο).

Le panneau indique Skala Vradetou (Σκάλα Βραδέτου).

En grec « skala » veut dire échelle.

Voyez-vous quelque chose ci-dessous ? C’est discret non ? 😉

Il s’agit d’un escalier en pierres sèches qui fait plus d’1,5 km de long.

On pense qu’il date du début du 18e siècle.

Il faut descendre au fond d’une petite vallée et traverser deux ponts de pierres (rivières à sec comme d’hab).

Une petite chapelle marque le début de l’ascension.

Que ceux qui savent identifier les plantes séchées n’hésitent pas à se manifester, je suis totalement ignorante !

Que ceux qui savent identifier les petites araignées vert fluo n’hésitent pas à se manifester non plus !

Deux cavités que je n’ai pas explorées mais qui ne m’ont pas semblé naturelles.

J’imagine qu’elles ont servi de carrière de pierres pour la construction de l’escalier.

Je me suis bien déchirée la jambe à des ronces en allant les voir !

Et ça monte et ça tournicote… on est sur une falaise, l’air de rien.

On est à présent à la même hauteur qu’au départ, notre chemin est visible en face.

Oui j’aime beaucoup la fonction macro de mon appareil, comment avez-vous deviné ? 😛

Malheureusement ça manque parfois d’un peu de netteté… mais j’aime bien le résultat quand même, ça donne un aspect doux et vaporeux.

Cet escalier a été bâti par des oufs pour permettre le passage de caravanes de mules.

Je n’ai pas compté les marches mais il y en a un bon millier paraît-il (1100 ?).

Jusque dans les années 1970, cet escalier était le seul accès au village de Vradeto !

A présent une route existe mais elle est fort longue car elle doit évidemment faire un fameux détour vu le relief.

En face, on peut deviner les trombes d’eau qui s’abattent. Depuis ce matin ça n’arrête pas, on se demande si quand notre tour viendra.

Un peu de pluie nous ferait du bien, vu la chaleur !

Le chemin s’aplatit et nous continuons encore quelques temps dans un tout autre décor, avant d’arriver aux premières maisons de ce tout petit village.

En face de l’église, à l’ombre des grands arbres et des bâches tendues entre eux, quelques tables et chaises semblent nous attendre. La dame nous invite à venir avec elle dans la minuscule gargote qui sert de cuisine.

Le menu est simple : il y a deux grands plats en grès, l’un avec des morceaux de viande de porc accompagnés de patates, et l’autre avec une sorte de ratatouille d’aubergines et de courgettes.

On prend une assiette de chaque et on se régale !! Ça ne payait pas de mine mais nous aurons rarement mangé quelque chose d’aussi délicieux durant notre séjour…

Des vieux villageois attroupés en nombre à une table voisine mettent une joyeuse animation. Finalement l’un d’eux vient nous demander si on est allemands… apparemment ils avaient pris des paris 😆

Le ciel s’est dégagé pendant notre repas. Il fait à nouveau soleil lorsque nous repartons vers notre deuxième étape : le point de vue de Beloi, véritable balcon au-dessus des gorges de Vikos.

Un bout de terrain clôturé, avec le plan de la grotte en prime dessus ! Artisanal et sympa 🙂

Je trouve, dans un tas de bois benné dans une pente, un bâton de marche taillé sur mesure pour moi et qui me servira grandement tout le reste des vacances.

Soudain les nuages noirs sont au-dessus de nous et il commence à pleuvoir dru ! Au début la fraîcheur est agréable mais… quand même, ce sont de grosses gouttes… pis ça dure…

J’ai bien évidemment laissé la cape de pluie à la voiture et il n’y a pas le moindre abri en vue !

Tous les poins blancs ci-dessus sont des ruches. Elles sont à côté de la grotte.

A la faveur d’une éclaircie nous progressons plus vite mais le sentier est un ruisseau boueux.

Le terrain devient de plus en plus découvert, les quelques arbustes et buissons se font rares.

Quand l’orage revient vers nous, nous faisons marche arrière pour rejoindre le dernier groupe de buissons. « Ne jamais se mettre sous un arbre », ok, mais constituer le seul relief à la ronde est pire !

Nous nous accroupissons en comptant mentalement les secondes entre les éclairs et les coups de tonnerre… c’est proche, trop proche à notre goût. Les bruits de craquements sont longs et assourdissants, cet orage est d’une terrifiante beauté.

Je n’en crois pas mes yeux quand il commence à grêler 😯 C’est que ça fait mal en plus, ces saloperies de grêlons, quand on est bras nus !

Quand l’orage finit par s’éloigner à nouveau, nous n’avons plus 1 cm² de sec, on ruisselle et AàG est tellement transi de froid qu’il grelotte.

On dégouline littéralement, les serpillères sont plus qu’humides (belgian joke inside) :mrgreen:

Nous marchons pour nous réchauffer, moi je suis hilare par contre-coup du stress et je ne sens pas tellement le froid, mais AàG claque des dents.

Enfin nous arrivons au point de vue de Beloi.

Le panorama qui s’offre à nous nous récompense amplement de nos efforts. Oubliées, les mésaventures !

Histoire de comparer les appareils photos, voici les rendus avec le reflex d’AàG et mon compact (oui j’ai envie de pleurer !).

La rivière est toujours à sec malgré les fortes pluies.

On se rend difficilement compte de l’échelle je trouve.

Ici on peut voir quelques laisses d’eau dans le lit de la Voidomatis :

Le soleil et la chaleur ont refait leur apparition, nous nous choisissons une bonne roche plate comme cutoir et enlevons les chaussures pour essayer de sécher un tant soit peu.

Ah tiens, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée !

Cette pause est réconfortante mais quand il faut remettre les chaussettes encore suintantes et les chaussures trempées, c’est tout un poème :mrgreen:

Histoire de nous narguer, un beau ciel bleu nous accompagne sur le chemin du retour…

Nous croisons quelques touristes venus par la route (nous n’en aurons pas vus beaucoup aujourd’hui, comme c’est étonnant 😆 ).

Un scarabée de rencontre :

Dites donc les papillons, vous étiez planqués où pendant la drache ?

Nous repassons dans le village sans faire de halte, pressés de rejoindre la voiture pour enfin enlever nos bottines de marche.

Mais il doit y avoir une sorte de malédiction qui fait que l’orage tombe sur les pauvres hères qui osent s’éloigner de Vradeto !

Arrivés en haut du skala, on s’en repaie une couche… dommage, je commençais à avoir un t-shirt sec !

On descend au pas de course par peur que les éclairs ne se rapprochent car ce n’est pas du tout une bonne zone, mais par chance l’orage est moins proche que tout à l’heure.

Le point rouge sur la photo est un touriste, ça vous donne l’échelle 😉

Nous arrivons trempés et fourbus à la voiture vers 18h.

Pour l’anecdote, une fois de retour à la chambre le soir, AàG se rendra compte que l’écran de son gsm (qui était dans son sac à dos) s’est transformé en niveau à bulle 😆