L’oracle de Dodoni, la ville de Ioannina et l’arrivée dans les Zagori (Ano Pedina)

Je ne sais pas si c’est parce qu’on quitte une région vraiment merdique ou si c’est parce qu’on s’habitue aux routes grecques, mais à partir de maintenant nous ne nous perdrons plus une seule fois 🙂

On a juste eu un peu de mal à trouver l’entrée du site archéologique de Dodoni (en) (Δωδώνη, aussi appelé Dodona), car on s’est laissé abuser par un énorme panneau en anglais annonçant un « centre d’accueil des visiteurs ». Ben c’était pas du tout là qu’il fallait aller, et en plus ce fameux centre était fermé !

J’espère ne pas écrire de bêtises en essayant de résumer l’histoire de ce lieu, parce qu’ON me lit et je voudrais pas me ramasser un coup de patte si je m’emmêle un peu les pinceaux :mrgreen:

L’oracle de Dodone (fr) est probablement le plus ancien oracle de Grèce. Les archéologues ont retrouvé des traces datant de l’époque préhistorique. Il semble que dès le 3e millénaire avant Jésus-Christ, Gaia (ou ‘Dias’ ou ‘Dione’) était vénérée sur ce site. A partir du 2e millénaire av. J.-C., le culte de son pendant masculin, j’ai nommé Zeus, fit son apparition. Ils formaient un couple divin.

La légende, rapportée par Hérodote, est la suivante : « Les prêtresses des Dodonéens rapportent qu’il s’envola de Thèbes en Égypte deux colombes noires ; que l’une alla en Libye, et l’autre chez eux ; que celle-ci, s’étant perchée sur un chêne, articula d’une voix humaine que les destins voulaient qu’on établît en cet endroit un oracle de Zeus ; que les Dodonéens, regardant cela comme un ordre des dieux, l’exécutèrent ensuite. Ils racontent aussi que la colombe qui s’envola en Libye commanda aux Libyens d’établir l’oracle d’Ammon, qui est aussi un oracle de Jupiter. »

Ainsi au départ ce sont des prêtresses, les péléiades, qui servaient Zeus et la déesse-mère Dione. Elles interprétaient le bruissement des feuilles du chêne sacré, ainsi que le vol et les cris des oiseaux qui y nichaient. Vers le 8e siècle avant J.-C., elles sont rejointes par des divinateurs. On entoure l’arbre d’une rangée de trépieds portant des chaudrons en bronze. Lorsqu’on frappait l’un d’eux, le son se propageait aux autres par contact et c’est ce bruit qui était interprété.

Plus tard on compliqua encore les choses : une statue de bronze portant des chaînes était placée près d’un chaudron. Le vent, toujours présent sur ce site, agitait les chaînes contre le chaudron. A partir du 6e siècle ACN, les questions (souvent des demandes de conseils) furent soumises par écrit sur des tablettes de plomb. Les réponses, quant à elles, étaient généralement orales (pas folles les guêpes :mrgreen: ).

Malgré sa réputation grandissante, jusqu’à la fin du 5e siècle av. J.-C. il n’y eut pas de temple, le culte se déroulait en plein air. Au 4e siècle ACN un modeste temple apparaît et une enceinte maçonnée protège le chêne. Ce sanctuaire forme le téménos ou « maison sacrée » (la Hiéra Oikia).

Au fur et à mesure le site se développe et devient fortifié. Pyrrhus, roi des Molosses, aida à le développer. Plusieurs temples furent bâti : Héraclès, Thémis, Aphrodite…

…mais également des structures civiles (bouleutérion, prytanée, stade, théâtre…) car Dodoni n’était pas qu’un centre religieux mais également politique et culturel. Une vraie ville !

Des recherches archéologiques et des travaux de restauration sont toujours en cours. On leur a bien envié leurs parasols car il faisait mourant de chaud, on naviguait d’ombre en ombre pour tenter de survivre !

Le théâtre est impressionnant. Restauré vers 1960, c’est un des plus grands de Grèce. Il pouvait contenir 17.000 spectateurs.

Sur la toute première photo de cette note, on peut identifier assez clairement le dernier tiers de sièges rajoutés ultérieurement. Comme la colline n’était pas assez large, un grand mur de soutènement dut être construit :

J’aurais aimé monter mais malheureusement l’accès au théâtre n’était pas autorisé. Non loin, on peut encore deviner l’emplacement du stade et de ses gradins mais je n’en ai pas de photo correcte.

En 167 av. J.-C. les Romains détruisent le sanctuaire. La maison sacrée est réparée et l’oracle continue encore plusieurs siècles mais souffre de plus en plus de l’essor de l’oracle de Delphes (situé plus près d’Athènes).

Le coup de grâce fut donné au 4e siècle après J.-C. : suite à l’interdiction des cultes païens formulée par Théodose Ier, le dernier empereur romain, le chêne sacré fut abattu !

Une basilique chrétienne fut bien sûr construite sur le site : rien ne se perd, tout se récupère ! Mais bien mal acquis ne profite jamais : le site, souffrant des raids des barbares et des tremblements de terre, fut finalement abandonné peu après le 6e siècle PCN.

Pour plus d’informations sur Dodone, je vous conseille cette page, ainsi que cette autre sur les objets découverts.

Je dois vous avouer que, sur ce site antique béni des dieux, nous fûmes pris d’une soudaine inspiration mystique. AàG tomba en pâmoison devant un mirabellier sacré et je rendis des oracles en interprétant le bruit résultant de la mastication de ces fruits sacrés. Si si !

La route vers Ιωάννινα (Ioannina pour ceux qui ne suivent pas, rho !), capitale de l’Épire, devient de plus en plus chargée en véhicules et il y a des travaux. Nous nous arrêtons dans un supermarché pour acheter de quoi pique-niquer… sauf qu’en fait c’était un magasin de bricolage 😆 Une fois notre erreur rectifiée, nous cherchons un coin tranquille et à l’ombre pour manger. Nous ne trouverons d’autre emplacement que l’arrière sale et glauque d’un entrepôt.

Le centre-ville est un désastre au niveau de la circulation, tout est embouteillé, pour ne pas dire paralysé. Une file ininterrompue de voitures est stationnée le long de la route malgré les innombrables panneaux d’interdiction de stationnement… ce doit être normal ? Je ne compte plus les voitures garées en double voire triple file, les mobylettes qui slaloment de façon périlleuse en frôlant les voitures, les flics qui restent stoïques dans leur gros 4×4 au milieu du bordel…

Nous ne comptons pas visiter la ville moderne, aussi je m’enfile un peu au hasard dans une route sur la droite pour essayer de rejoindre la vieille ville. C’est beaucoup plus calme mais là également je ne comprends pas la logique : plein, partout, de voitures garées sous les panneaux d’interdiction. Ce doit être une coutume locale ! Par chance je parviens à trouver une place de stationnement autorisée et… à l’ombre 🙂

Je ne suis pas fan des œuvres contemporaines, y compris quand ça concerne le mobilier urbain, mais je suis tombée complètement sous le charme de cette poétique barrière. J’y vois des joncs stylisés agités par le vent…

Une belle promenade est aménagée à l’ombre de deux rangées de grands arbres entre les remparts et le lac Pamvotis (Λίμνη Παμβώτις), qui est le plus grand lac naturel de Grèce. On se mêle aux flâneurs et on observe au loin l’île (que nous n’aurons pas le temps de visiter) où fut décapité le terrible Ali Pacha.

Dire que cela fait moins d’un siècle que cette ville est grecque…

Les eaux du limni (lac) sont très vertes. Des vendeurs ambulants proposent noisettes caramélisées et maïs grillés. Nous arrivons à une des portes de la vieille ville fortifiée.

Une seconde porte mène à une citadelle fondée par un croisé normand, Bohémond de Tarente.

Aslan Pacha détruisit l’église chrétienne pour la remplacer par une mosquée qui abrite aujourd’hui le musée municipal.

Une belle collection de canons et de boulets !

Perturbés par le comportement étrange d’un homme qui semblait nous suivre, et ne pensant de toute façon pas qu’il y ait énormément de choses intéressantes (à nos yeux) dans ce musée, nous nous sommes contentés de l’extérieur.

Voici la belle architecture intérieure que nous avons ainsi loupée…

Nous nous dirigeons ensuite vers la deuxième citadelle, et admirons au passage le dallage, lissé par des siècles d’utilisation, d’un tunnel d’accès à la ville fortifiée.


Un très parlant « ΠΡΟΣΟΧΗ ΣΚΥΛΟΣ » (attention chien)

Voici la porte d’entrée d’Its Kalé (Ιτς Καλέ) :

Les anciennes cuisines du sérail n’ont pas trop changé d’affectation puisque c’est aujourd’hui un bar. J’ai trouvé les cheminées très esthétiques.

Voici la mosquée Fetiye, dont le nom signifie la « mosquée de la conquête ». A l’origine (15e siècle) elle était en bois. Son minaret n’est plus très droit. Elle est fermée.

Le gars louche est à nouveau dans les parages. Bon il va pouvoir attendre longtemps avant que nous bougions car la chaleur nous exténue. On se traîne 10 mètres puis on s’assied 10 minutes… Et on recommence…

D’ici nous pouvons apercevoir le minaret de la mosquée précédente. En voici une magnifique « photo cutoir », càd « prise de là où on s’est assis »… tellement l’énergie nous manquait ! Il y en aura d’ailleurs un paquet durant le séjour, oui c’est honteux farpaitement 😛

Cette ferronnerie protège la tombe d’Ali Pasha (enfin son corps, pas sa tête…) et de sa famille.

Cette grille est une copie récente (1999) de l’originale, enlevée par les Allemands durant la guerre (1943).

Je ne sais pourquoi, ce site est couvert par un nombre impressionnant de caméras de surveillance.

Les pièces d’artillerie nous ont réservé une petite surprise… lisez donc l’inscription gravée sur ce canon !


An 12. Cie du Creusot.

Allez savoir comment il a atterri là ?

Le musée byzantin était malheureusement fermé le jour de notre visite. Une petite visite virtuelle vous attend sur le blog de Thierry Jamard, toujours le même 🙂 (Quel dommage que nous ne soyons pas tombés sur cette mine d’informations avant de partir, ça nous aurait bien aidés à préparer notre voyage !)

Il fait chaud, les animaux ont soif… ce robinet fait la joie des guêpes, et même lorsqu’on ouvre la vanne elles ne s’éloignent pas !

En parlant d’hyménoptères, ne trouvez-vous pas que leurs poubelles ressemblent beaucoup aux anciennes ruches en osier ?

Nous aurions pu y passer bien plus de temps, mais Ioannina n’était qu’une courte étape pour nous. Notre destination principale est enfin en vue, il s’agit du pays Zagori (Ζαγόρι), littéralement « derrière la montagne ». Cette région est restée très longtemps isolée et indépendante des autres.

Nous avons choisi comme ‘base’ le village d’Ano Pedina (Άνω Πεδινά) pour sa position centrale dans la zone qui nous intéresse et pour le fait qu’il se trouve dans un cul de sac. Reste à y trouver un logement…

J’aurai l’occasion de vous parler de cette maison rouge dans un autre compte-rendu !

Toutes les rues d’Ano Pedina et des villages environnants sont pavées de la même manière. Les maisons sont en pierres avec des toits de lauze (ou parfois de tôle pour les plus pauvres). Les maisons récentes possèdent quasiment toutes de faux arcs (ou triangles) de décharge. Sans doute pour maintenir une uniformité architecturale ?

A la première porte à laquelle nous frappons, une charmante grand-mère nous accueille avec le sourire et nous offre immédiatement deux grands verres d’eau fraîche 🙂 Elle ne parle pas anglais et nous n’avons pas l’occasion de baragouiner nos quelques mots de grec, elle est déjà partie chercher une interprète pour notre facilité ! Sa fille, aimable comme une porte de prison, arrive pour nous communiquer le prix d’une nuitée : 60 euros avec petit-déjeuner. Elle refuse de baisser le prix même si on reste plusieurs nuits, nous partons donc, à regret malgré tout vu la gentillesse de l’autre dame – et également, il faut l’avouer, vu l’alléchant panneau ‘home-made sweets’ qui pend sur la terrasse !

Plus haut dans le village nous trouverons notre bonheur à l’hôtel Ameliko. Pour une grande chambre avec salle de bain récente, on nous demande 50 euros avec petit-déjeuner. Ça reste cher pour nous, je demande combien c’est sans petit-déjeuner : 40. On dit ok, on se démerdera avec les biscuits achetés par précaution au supermarché tout à l’heure. Je descends remplir les papiers et l’hôtelier me dit spontanément, et en français : si vous restez plus que deux nuits, c’est 40 avec petit-déjeuner. Ouf, AàG est sauvé ! Il aura du café ! 😛

Nous partons ensuite à la découverte du village. Nous avons immédiatement un guide pour nous accompagner dans notre visite 🙂

Nous sommes parfois dévisagés sans aménité… peut-être est-ce lié au fait que les habitants des Zagori ont la réputation d’être plus « rudes ».

Les anciens bidons d’huile d’olive et de feta sont récupérés comme pots pour faire pousser des tomates ou des fleurs. J’ai demandé à AàG de prendre cette photo car ce balcon m’a fait penser à son équivalent turc.

Nous allons sur les hauteurs profiter des chaudes couleurs du soleil qui baisse sur l’horizon.

Nous descendons manger à la taverne se trouvant à l’entrée du village, face à la chambre d’hôtes aux personnages si contrastés. Sur la petite place se trouve une cabine téléphonique (à carte)… c’est incroyable comme le village le plus paumé en a toujours au moins une ! Si seulement ça pouvait être pareil chez nous !

Le service est d’une extrême rapidité pour apporter l’eau et la salade grecque, mais d’une extrême lenteur pour la suite. Ils ne sont ni pressés ni stressés, si on voulait rester 4h à cette table ça ne les dérangerait manifestement pas et ils ne poussent pas du tout à la consommation. Ça change de chez nous ! Nous avions déjà observé cela dans les précédents restaurants et cela s’est confirmé durant le reste de notre séjour. Il n’y a que dans les endroits « touristiques » où c’était rapide, au contraire des tavernes locales.

AàG commet l’erreur de prendre de l’ouzo car il est indiqué sous le titre « retsina » dans le menu. Quand on lui apporte une mini-bouteille de 50ml titrant 40° d’alcool… bon ça va, il aimait bien, mais j’ai dû le guider pour retourner au logement 😆

Ici aussi l’eau est précieuse. Cette source est bien utile aux abeilles locales !