En cette année très particulière, nous n’avons pas eu de miellée d’été. La sécheresse a duré tout le printemps et les floraisons ont eu trois semaines d’avance.

A présent il reste peu de ressources nectarifères pour les avettes et la météo n’encourage guère à sortir de la ruche : temps froid (sous les 20°C en journée, la moitié la nuit) et fort pluvieux… depuis mi-juin je dirais !

Or les abeilles n’aiment pas la pluie et sont peu à l’aise sous les 15°C pour sortir de la ruche (les bourdons sont moins délicats).

La principale menace qui découle de cette situation est la mort de la colonie par la faim, que ce soit suite à la pénurie (manque de nourriture) ou suite au pillage des réserves par d’autres abeilles – ou même par des guêpes.

Première précaution pour limiter le risque de pillage : poser un réducteur d’entrée pour faciliter le contrôle des gardiennes.

Malgré une miellée de printemps exceptionnellement abondante, nos abeilles ont peu de réserves car elles sont issues d’un essaimage. Nous les nourrissons avec du sirop léger (1:1) depuis mi-juillet, et sans doute aurions-nous même dû commencer plus tôt !

Nous allons devoir le faire jusqu’au nourrissement d’hiver, c’est-à-dire fin août – début septembre. Le terme ‘nourrissement’ est typiquement apicole, il signifie comme vous l’aurez compris le nourrissage des abeilles.

La situation est très inhabituelle. Généralement en cette période c’est uniquement un bref nourrissement de stimulation (non obligatoire), « ruse » qui simule une miellée pour augmenter la ponte de la reine : avec davantage d’abeilles d’hiver, la colonie est plus forte pour affronter l’hivernage.

Petit changement depuis la dernière fois, une plaque de plastique récupérée nous a donné un beau couvre-cadres transparent 🙂

Nous avons retiré les cadres (vides : ils n’avaient même pas été bâtis) de la hausse, pour les remplacer par un nourrisseur à cheminée (modèle classique pour apicoleurs amateurs).

La ruche étant légèrement penchée, il reste toujours au fond du nourrisseur un peu de sirop inaccessible aux abeilles.

Seconde précaution contre le pillage : effectuer le nourrissement le soir et soigneusement. Il ne s’agit pas de répandre partout des gouttes de solution sucrée, cela attirerait immanquablement d’autres amateurs !

Ce sirop est doré car j’ai utilisé du sucre non raffiné. Pour le nourrissement d’hiver ce sera à éviter car cela produit plus de déchets et risquerait d’encombrer le système digestif des abeilles : elles se retiennent tout l’hiver… éh oui ! Elles ne font pas dans leur ruche, à moins d’être malades (dysenterie, etc.).

En cette saison cependant, elles peuvent toujours sortir se vider les intestins à l’extérieur de la ruche donc pas de problème à craindre.

Un peu de vinaigre est ajouté au sirop (environ 5ml/l) afin que son acidité soit proche de celle du miel. Cela aurait également une action préventive contre la nosémose, quoi qu’il y ait controverse.

Les abeilles montent depuis le corps de ruche via la cheminée centrale.

Un gobelet en plastique transparent limite leur mobilité : elles peuvent uniquement descendre sur la partie externe de la cheminée, qui est légèrement en pente et dont la surface est striée pour faciliter l’accroche des pattes.

Cela permet à l’apiculteur d’effectuer le remplissage sans être gêné par la présence d’avettes, et il n’y a aucun risque de noyade.

Les abeilles viennent lécher le sirop et le traiteront comme le nectar : l’enzyme présent dans leur jabot (invertase) scindera le saccharose (disaccharide) en glucose et fructose, elles évaporeront une partie de l’eau, et stockeront le produit dans les alvéoles.

Ce sirop ainsi modifié et concentré n’est pas pour autant du « miel » ! Cette appellation est strictement réglementée dans la loi, et est réservée au miel de nectar et au miel de miellat.

Grosse interrogation : les quantités. Il faut ni trop ni trop peu : qu’elles aient assez pour rencontrer leurs besoins énergétiques et ainsi survivre… mais pas trop pour ne pas bloquer la ponte de la reine en monopolisant toutes les alvéoles du corps de ruche pour le stockage.

Quand je cherche des informations à ce sujet, je trouve de tout, entre le demi-litre par semaine et le demi-litre par jour ! Évidemment cela dépend de la force de la colonie (nombre d’abeilles) et de la race : l’abeille noire du pays est moins énergivore que la buckfast par exemple. Pas évident à juger… j’espère que Zubida Ière et son peuple survivront à notre inexpérience !