Pour combler la paire d’heures qu’il nous reste avant le souper, nous allons visiter la tuilerie de la chapelle, à Corbigny.

Nous peinons à la trouver car l’adresse n’était pas très explicite, sans compter Josette (le gepeçe) qui s’emmêle les pinceaux.

C’est un peu l’improvisation, nous arrivons là sans savoir si elle sera ouverte aux visites à cette heure.

Cette tuilerie artisanale fonctionne toujours comme à sa création, au 18ème siècle. Elle occupe deux personnes en comptant le patron.

Il n’y a pas eu d’automatisation, d’augmentation de capacité, de standardisation… et c’est précisément cette non-uniformité qui lui permet aujourd’hui de survivre face aux gros concurrents industriels.

Les tuiles et autres dalles sont cuites au feu de bois, ce qui leur donne, comme autrefois, les mille et une nuances de couleurs que vous voyez sur les photos.

De ce fait sa production est très appréciée notamment pour les rénovations de bâtiments anciens dont on ne veut pas dénaturer le caractère.

Je vous fais un petit résumé de la fabrication :

Ils extrayent leur terre argileuse dans une petite carrière voisine. Ils l’y laissent « pourrir » c’est-à-dire se travailler d’elle-même sous l’action du chaud et du froid, de la pluie, etc.

Ensuite l’argile est acheminée dans une « faussée » (fosse), où elle trempe pendant une journée dans une certaine proportion d’eau.

De la faussée, des petits convoyeurs à bande amènent la terre vers des cylindres de différentes tailles qui vont l’écraser et la travailler.

La terre est ensuite poussée à travers une filière qui lui donnera son profil. C’est la filière d’une tuile à crochet qui est montée sur la machine, d’autres exemples de formes sont donnés en-dessous.

A la sortie de la filière, la terre profilée glisse sur des rouleaux. Elle forme un « ruban » continu.

Des « fils à beurre » montés sur un arceau permettent de couper les tuiles à la longueur désirée.

On utilise ensuite l’outil ci-dessus pour racler l’excédent de terre crue sur le profil : le bourrelet restant constitue le « crochet » et sert à maintenir la tuile en place sur la toiture.

Avec les photos ce sera plus clair : ci-dessous un stock de tuiles neuves, prêtes à être livrées, suivi d’une vue intérieure du toit pour illustrer la façon dont elles reposent sur les tasseaux (le lattage en bois).

Pour les carreaux de pavement ils utilisent une presse manuelle.

Ils peuvent faire des dalles carrées, hexagonales, octogonales…


Des essais en rajoutant des plantes lors de la presse

Les produits sont ensuite mis à sécher à l’air libre sous la magnifique charpente de leur bâtiment.

Nous ressortons dans la cour pour passer dans l’autre bâtiment, celui abritant les quatre fours à flamme renversée.

Dans le couloir longeant les fours, l’air chaud nous ravit car la météo dehors ne s’est pas arrangée et nos vêtements sont toujours trempés.

Mais bien sûr il n’y a pas que nous qui séchons :mrgreen:

Détails sur la surface des briques en terre crue :

La pièce arrière est remplie de palettes de séchage, prêtes pour le prochain enfournement.

Vu la proximité des fours, nous nous étonnons auprès de l’employé que tout le plancher soit en bois !

Ces planches ajourées, saupoudrées de poudre d’argile jaune, sont du plus bel effet mais nul doute qu’elles donneraient des sueurs froides à Dr. CaSo… d’autant plus qu’elles ploient et craquent légèrement sous les pas :mrgreen:

Voici ci-dessous un four vide et ensuite un four en cours de remplissage.

Le positionnement des différents produits est très important. C’est selon leur arrangement que l’air chaud et la fumée se répartiront et créeront les différences de teintes.

Lorsque le four est plein, l’artisan doit en murer la porte.

On crée un « oeilleton » grâce à l’outil ci-dessous, afin de pouvoir surveiller la cuisson. L’expérience du conducteur de four est primordiale.

Lorsque la production est suffisamment soutenue pour le permettre, la circulation de l’air est optimisée comme suit : l’air frais entre d’abord dans un four qui a fini sa cuisson, ainsi il se préchauffe au contact des pièces chaudes et aide à leur refroidissement. Il passe ensuite dans le foyer et arrive à une température de 950 à 1000°C dans le four où la terre est en train de cuire, il termine ensuite son parcours dans le four candidat suivant à la cuisson, pour finir de sécher et préchauffer les pièces. Pendant ce temps le 4ème four peut être vidé et rerempli.

Les foyers se trouvent à l’étage inférieur. Seules quelques braises sont maintenues – cela n’a l’air de rien mais l’agréable tiédeur était bien réelle.

J’ai bien aimé les dessins abstraits formés par la fumée sur la fenêtre…

Au revoir la tuilerie et merci beaucoup pour l’accueil 🙂

Il est temps d’alimenter non pas le foyer mais nos estomacs. L’avantage de la pizzeria où nous avons été, dixit AàG, c’est que c’était pas cher. Je dirais que le premier des avantages, c’est surtout que c’était ouvert !