L’échelle d’écluses de Sardy-lès-Epiry est notre but de promenade aujourd’hui. C’est la suite du canal du Nivernais après le bief de partage constitué par les tunnels de La Collancelle.

Le ciel est gris et pluvieux, je ne sortirai pas mon appareil photo de la promenade. Les photos sont donc toutes d’AàG aujourd’hui (son APN craint moins la pluie).

Nous débutons l’échelle à son point le plus éloigné : l’écluse n°16, versant de la Seine. Un petit bureau d’information touristique y a été aménagé.

Certaines écluses sont encore munies d’une longue poutre en bois pour ouvrir et fermer les portes du sas. Malgré le bras de levier, elles sont plus difficiles à manœuvrer que les écluses modernes. Il faut vraiment attendre que les niveaux d’eau soient identiques de part et d’autre, le moindre centimètre de différence rend le mouvement impossible.


Canal du Nivernais – Ecluse du Champ Cadoux – N°15 du versant de la Seine

En 3.2 km, seize écluses sont nécessaires pour franchir la dénivellation du terrain, soit une écluse tous les 200 mètres de bief. Elles sont toutes manuelles. Chaque éclusier « volant » s’occupe de plusieurs écluses (généralement 3 ou 4, parfois davantage), il se déplace généralement à vélo ou en mobylette.

La dénivelée est de 40 mètres, en descente vers la Seine, sauf que histoire d’embrouiller les choses pour des raisons esthétiques nous ferons la balade dans le sens de la remontée (donc nous marchons vers la ligne de partage des eaux / vers la Colancelle / vers le versant Loire).


Canal du Nivernais – Ecluse du Pré Ardan – N°14 du versant de la Seine


Canal du Nivernais – Ecluse du Doyen – N°13 du versant de la Seine

Certaines plaques ornant les maisons éclusières sont plus difficiles à lire que d’autres 😆
L’Ardan est le nom du ruisseau qui accompagne le Canal.

L’éclusier laisse la vantelle (ou « vannelle ») ouverte d’une hauteur correspondant à 6 dents de la crémaillère, afin de permettre un petit écoulement continu au travers de la vanne guillotine.

Pour ceux qui s’intéressent au vocabulaire de l’écluse, allez jeter un œil ici et l’autre œil là (schéma plus complet) – mais après, ne venez pas vous plaindre que vous n’avez plus d’yeux pour finir de lire cette note.

Encore deux anciennes écluses en bois. La première a été modernisée par l’ajout d’une manivelle de porte, visible en rouge à l’arrière-plan.

A l’étang du Doyen, nous sauvons de la noyade un papillon. Malheureusement le dieu des papillons n’est pas assez puissant pour arrêter la pluie.


Canal du Nivernais – Écluse du Patureau Volain – N°10 du versant de la Seine

Avec cette météo, il n’y a pas beaucoup de navigation, mais voici tout de même des plaisanciers bravant les intempéries – et les oies !! – pour descendre l’échelle de Sardy.

D’autres courageux ont enfourché leur vélo. Rien de tel qu’un déraillement de chaîne sous l’averse !


Canal du Nivernais – Écluse de Fussy – N°9 du versant de la Seine

Nous continuons à monter doucement le long du canal, les biefs et les écluses se succèdent à un rythme soutenu.

Certaines maisons d’éclusier ont été reconverties en atelier de poterie, salon de thé, galerie d’exposition de peintures ou sculptures, etc.

La plus célèbre est celle de « l’Indien », avec son écluse peinte en rose, ses tapis sur le chemin de halage et sa récupération imaginative du moindre bout de bois ! ^^

Nous arrivons à la fin de l’échelle, où les écluses s’entassent littéralement les unes sur les autres.

A chaque fois il y a présence d’un déversoir latéral, permettant au ruisseau accompagnant le canal de franchir tranquillement la dénivellation de l’écluse en une petite cascade.

Les photos se ressemblent mais ce ne sont pas les mêmes lieux.

Nous arrivons en vue du village de Port-Brûlé. Les lieux sont déserts et il drache toujours autant, nous sommes trempés comme une soupe.

Nous nous apprêtons à pique-niquer assis par terre sous le petit porche d’une maison, c’est pas un trois étoiles mais nous y sommes en charmante compagnie !

Le chaton dormait en boule, au sec dans un œil-de-bœuf. Il se réveille, fait un brin de toilette, s’étire et vient aussitôt nous demander moult câlins.

Une voiture arrive, une dame en sort et se dirige vers nous. Nous nous excusons de squatter ainsi son seuil mais non, ce n’est pas chez elle, par contre c’est son chaton et elle cherche un adoptant. Je ne doute pas que ce petit en trouvera rapidement un, car il est d’une sociabilité extrême.

Cette dame d’une grande gentillesse nous invite à manger dans sa cour, sous une tonnelle. Ce n’est pas totalement imperméable mais c’est Byzance à côté de l’endroit où nous comptions nous installer ! Nous prenons place sur les chaises de jardin et sortons le pain.

On a eu un peu de mal à préparer nos tartines car il est impossible de poser quoi que ce soit sur la table : nous avons des visiteurs ! 😀 Quatre chats alléchés par l’odeur du fromage (et de la mortadelle pour laquelle AàG avait eu le malheur de craquer ce matin) viennent vigoureusement nous demander l’aumône 😆 Nous partageons de bon cœur – de toute façon y a pas trop le choix devant le harcèlement continu et les yeux implorants, pis est-il nécessaire de préciser que je n’ai jamais réussi à résister à un chat ?

A ce moment-là un grand chien arrive et la dame nous informe : « celui-là n’est pas le plus impressionnant ». Ah bon ?? S’en suit le deuxième… wow !! Heureusement qu’on n’a pas dû partager avec celui-là :mrgreen:

Quand nous commençons à avoir froid, c’est qu’il est temps de se remettre en route. Nous profitons du pont à hauteur de Demain pour traverser le canal du Nivernais.

Pour le chemin du retour nous allons suivre la rigole d’Yonne.

Nos chaussettes commencent sérieusement à prendre l’eau et nous comptons sur les arbres pour nous protéger un peu des gouttes. Oui, nous sommes parfois très optimistes.

Cette dérivation de l’Yonne a été construite pour alimenter en eau le canal du Nivernais à son point le plus haut, puisque nous sommes sur la ligne de partage des eaux entre les bassins de la Loire et de la Seine.

Le tracé de la rigole dans la forêt est sinueux, ces courbes vertes sont agréables. Le courant est assez vif. Nous ne croiserons plus un chat.

Au bout d’un moment nous profitons d’un pont pour changer de berge et là, les choses se compliquent. Ce n’est plus un sentier mais un chemin forestier où les engins ont creusé de profondes ornières. C’est une galère de boue et le sol est détrempé.

Quand c’est possible, nous nous amusons à vider les flaques en créant des évacuations d’eau vers le talus donnant sur le petit canal en contrebas.

La dernière partie de la balade se fait sur route, entre d’immenses prairies. Les vaches qui y pâturent ne doivent pas se sentir à l’étroit !

Nous trouvons une aubette de bus, seul lieu accueillant pour déguster au sec les tomates du jardin de notre logeur, un monsieur d’une incroyable gentillesse. Il s’agit de différentes variétés anciennes qu’il nous a remises ce matin au moment du départ. Ses tomates sont mûres à point, juteuses et succulentes, et il nous a même donné du gros sel avec… un vrai délice !

De retour à la voiture, nous jetons un œil au lavoir tout proche. Deux serpents s’y trouvent, l’un par terre et l’autre enroulé à la main-courante. Ils font plus vrais que nature ! 😀

Pour les curieux qui souhaitent approfondir, voici deux liens que je vous conseille : le blog de Caroline Daché sur Chitry-les-Mines et ses environs et un récit illustré de parcours en bateau de plaisance sur le canal du Nivernais.