Après quelques courses à Nolay, nous partons vers Epinac. Il y a du soleil mais le vent est glacial. Nous pique-niquons devant l’ancienne gare, portant encore l’inscription « Epinac-les-Mines ».

Nous sommes en face de la zone industrielle, où se trouvent les ruines d’un complexe de bâtiments liés à l’exploitation minière. Les Houillères d’Epinac possédaient nombre de sites dans ce bassin, et jusqu’à 70 puits furent foncés à la fin du 19ème siècle. Le dernier a fermé en 1966.

Ce carreau de mine est célèbre pour sa « Tour Malakoff », surnom dû à son architecture. Il s’agit du puits Hottinguer, dont la profondeur inhabituelle pour cette région (800m) a nécessité à l’époque de faire appel à l’expertise des mineurs belges. Il fut exploité au niveau -618m, où la couche de houille fut rencontrée.

Cette tour d’extraction abritait un système révolutionnaire, unique au monde : le tube atmosphérique Zulma-Blanchet – du nom de son inventeur, qui dirigeait les Houillères d’Epinac. En effet, les câbles tressés plats de l’époque ne permettaient pas d’atteindre de telles profondeurs, à cause de leur poids propre.

L’ingénieux ingénieur Blanchet supprima donc les câbles d’extraction dans son procédé : il conçut un tube métallique « étanche » dans lequel circulait un piston supportant la cage de mine. La force motrice de ce piston était constituée par une forte dépression créée depuis la surface. On laissait l’air entrer à la base du tube et la charge utile s’élevait gentiment jusqu’au jour, simplement aspiré ! La hauteur de la tour s’explique par les spécificités de ce procédé atmosphérique, qui nécessitait d’abriter des installations au jour très encombrantes.

Son invention fut exposée en modèle réduit à Lyon en 1873 et mise en œuvre immédiatement au puits Hottinger. Le tube fut constitué de viroles d’acier alésées avec un diamètre de 1m60, il faisait 558m de hauteur. La machine pneumatique avait une puissance de 1500 chevaux et permettait l’ascension, sans contre-poids, du piston-cage chargé de 9 wagonnets de charbon (soit 4,5 tonnes de charge utile) en 7 minutes. De plus, ce système d’aspiration contribuait à l’aérage des galeries.

Ce système original et audacieux donna satisfaction au niveau industriel, mais malheureusement le gisement de houille se révéla bien en-deça des espérances. Du coup on ne put installer le second tube atmosphérique, qui aurait permis de réduire la consommation de charbon (très élevée avec une marche à simple effet).

En 1886 Zulma Blanchet décède et, l’année suivante, le nouveau directeur arrête le tube atmosphérique. Il sera démantelé en 1918. Voici un schéma provenant des Annales des Mines et montrant la recette du puits dans le bâtiment :

Nous parcourons les lieux à la recherche des autres carreaux. Des panneaux explicatifs ont été installés tout le long d’un parcours consacré aux gueules noires, et franchement on a rarement vu quelque chose d’aussi bien fait !

D’autres témoins du passé minier subsistent (bâtiments industriels, cheminées, etc.) mais la plupart sont soit à l’état de ruines, soit récupérés pour tout autre chose.

Le puits Hottinguer possède une valeur remarquable en tant que patrimoine industriel, et est d’ailleurs répertorié aux Monuments historiques. Il est malheureux de voir aujourd’hui des arbres pousser dessus… car le jour où la toiture lâchera, le bâtiment se ruinera rapidement.

Une association locale se bat pour sa sauvegarde ainsi que pour la valorisation du passé minier d’Epinac – il n’y a pas qu’au niveau technique qu’ils ont innové, ils étaient très en avance au niveau social également : grandes cités ouvrières, écoles (bien avant les lois Ferry), coopératives, participations au bénéfice, etc.

A l’office du tourisme se trouve une exposition de photos d’époque, rendue très vivante grâce aux commentaires éclairés des passionnés présents ! Sous la mairie se trouve un petit musée bien aménagé. Vous pouvez voir ci-dessus un morceau de câble plat de l’époque, et le blason des Houillères d’Epinac.

Ce musée évoque aussi le passé verrier (avec les vignobles proches, le débouché était tout trouvé 😉 ) et l’histoire du chemin de fer d’Epinac, qui fut la 4ème ligne installée en France. Elle permettait dès 1836 de transporter les wagons de houille jusqu’au canal de Bourgogne. Au départ la traction fut animale et on profitait au maximum des déclivités du terrain. Il y avait également des « écluses terrestres » : les wagons pleins descendaient par gravité tout en faisant remonter les wagons vides.

En 1860 une machine à vapeur belge remplace bœufs et chevaux. Eh oui, encore une interaction avec notre plat pays… Une partie de la population locale a des origines belges, d’ailleurs à l’office du tourisme on aura même droit à un « c’est mes cousins ! » :mrgreen:

Et ce « cousin » nous indiquera, merci à lui, un petit restaurant qui ne paie pas de mine (l’auberge du camping) mais avec un rapport qualité/prix imbattable, le tout avec une situation très agréable puisque nous sommes entre prairies et rivière (la Drée).