Val Imperina

Branle-bas de combat à 6h du matin, grandes discussions sous nos fenêtres, toutes les portes sont grandes ouvertes dans la nuit glaciale… Nul ne peut ignorer que Brent Jünger s’en va !

Ce sera notre tour demain… les vacances sont finies. Pour cette dernière journée nous allons visiter il Centro Minerario di Valle Imperina. C’est un site où se trouve l’ancienne usine de traitement du minerai de cuivre (pyrite cuprifère) qui était extrait sur place, dans les montagnes d’Agordo.


Pelles Eimco sur roues et sur rails

Nous y arrivons par le mauvais côté de la rivière (enfin non le bon côté, justement, mais pas l’accès officiel). Nous roulons sur une petite route non revêtue finissant par une barrière fermée par un cadenas. Nous sommes à l’arrière du site, près d’un bâtiment reconverti en auberge.

Nous devons tout traverser pour rejoindre l’accueil et la première partie du musée, installée dans l’ancienne usine hydroélectrique. Pour l’instant il y a très peu de monde.

Certains bâtiments sont entièrement restaurés et réutilisés, d’autres sont laissés en l’état. Il y a notamment une belle ruine avec des arches en pierre.

Les premiers documents mentionnant ce lieu datent du 14ème siècle, mais l’extraction existait certainement dès l’époque pré-romaine compte tenu du nombre d’objets en cuivre ou en bronze découverts lors des fouilles archéologiques dans toute la vallée de Belluno.

C’était un des plus importants centres miniers d’Europe. La mine de cuivre fut fermée en 1962 et le site fut dévasté en sus par l’inondation de 1966. La remise en état des bâtiments industriels est très récente.

Une dérivation du torrente Cordevole alimentait les turbines de l’usine hydroélectrique.

Malheureusement les informations que nous avions reçues à l’office de tourisme d’Agordo étaient fausses (comme pour les logements d’ailleurs 🙄 ) : le centre est fermé aujourd’hui !

Et, même les jours d’ouverture, les horaires sont tellement restreints que les visiteurs doivent avoir de la chance pour pouvoir accéder aux bâtiments… c’est dommage de faire tant d’efforts de rénovation et de ne pas montrer plus largement ce site.

Notre programme est un peu chamboulé par cet imprévu. Nous faisons le tour des pièces entreposées dans l’herbe et décidons de voir ce que l’on peut des bâtiments – tant qu’on est sur les lieux… Ensuite nous profiterons des chemins qui montent vers les anciennes exploitations pour faire un peu de rando.

Par hasard, nous remarquons que cette porte n’est pas verrouillée par un cadenas comme les autres… bon allez, on ne va pas faire les timides, entrons donc !!

Il s’agit des écuries. C’est assez vide, et tout est tellement neuf que cela n’a pas beaucoup d’intérêt.

D’autres touristes, entendant sans doute nos voix par les arches de briques ajourées, se laissent tenter aussi par leur curiosité :mrgreen:

A l’arrière de ce bâtiment, quelques machines plus « modernes » liées à l’exploitation de la mine sur pneumatiques et non sur rails. Ci-dessous un perforateur et un compresseur.

Une « fraiseuse » sur laquelle fantasmerait tout dentiste :

Ci-dessous, le bâtiment principal. Il s’agit des anciens fours de fusion et de raffinage du cuivre. Ça avait l’air magnifique à l’intérieur, malheureusement on a dû se contenter d’admirer cela depuis les interstices entre les planches…

De nombreux panneaux explicatifs, c’est bien. Mais quand ils ne gâchent pas complètement la vue du matériel exposé, c’est mieux !

Nous pique-niquons à la voiture, avec les immangeables petits pains habituels. En fait on mange à peine, on doit vraiment se forcer : au fur et à mesure des jours on a de plus en plus dur à les avaler, ces « escargots » et ces « tortues »… comment font les gens du cru ?? On en arrive à des indignations du genre « Le boulanger qui inonde tous les dépôts de pains à la ronde de ces infâmes boules de pâte est un vrai criminel, pourquoi les villageois ne le lynchent-ils pas sur la place publique ! » 😆

En rangeant le coffre, je m’arrête soudain, tétanisée devant ce qui s’offre à ma vue : un véritable trésor oublié !! Deux petites frangipanes ramenées du Belgikistan… Quelle émotion ! Croyez-moi, ce furent des démonstrations de joie complètement disproportionnées, et c’est tout juste si nous n’avions pas la larme à l’œil en finissant la dernière bouchée. :mrgreen:

Nous empruntons ensuite le sentier de la Montagna Dimenticata, toujours lui. Ils ont reconstitué un ancien four :

Et voici l’ancienne infirmerie, qui tombe littéralement en morceaux.

Nous traversons ensuite le torrente Imperina. Sur l’autre rive se trouve l’entrée monumentale de la galleria Santa Barbara. A l’arrière plan, l’ancienne entrée du filon (mentionnée dès le 15ème siècle) a été scellée par un mur de béton lors de la fermeture décidée par Montecatini en 1962.

Le premier tronçon de cette galerie souterraine, qui longe la rivière, s’écroula lors des inondations de 1966. Seule cette dalle de béton resta en place, à la manière d’une pierre tombale…

Ces galeries étaient symétriques, c’est-à-dire qu’il existait une « arche » en-dessous du niveau d’entrée. Le plancher où circulaient, bien au sec, les mineurs et les wagonnets, était construit sur des poutres. La partie inférieure servait à drainer les eaux de la mine vers la rivière (exhaure).

En continuant à monter, nous tombons sur d’autres installations liées à l’exploitation. Il s’agit ici des étapes de broyage et lavage du minerai. D’où pas mal de travaux liés à l’acheminement de l’eau, comme l’esthétique perçage ci-dessus.

Toute cette partie est constituée de ruines laissées à l’abandon et envahies par la végétation, à l’exception d’un petit bâtiment en rénovation. Le futur départ des visites guidées de la mine ?

Ci-dessous, une galerie que nous pensons également être liée à l’alimentation en eau des installations. La falaise semble cependant aussi avoir été « rabotée » : on discerne nettement des creux dans la paroi, qui servaient à y caler des poutres.

L’entrée monumentale de la galleria Magni, qui serait (ou sera ?) apparemment visitable touristiquement quand le centre est ouvert. Nous devrons rester sur notre faim, malheureusement !

La rivière Imperina ne s’est pas sortie sans dommage de ces six siècles d’extraction minière… on la voit rejoindre le torrent Cordevole, dont les rochers ont une couleur bien plus normale !

Et pour finir, deux hôtes de ces lieux… un scarabée et une araignée dont le système de défense consiste à yoyoter son corps rouge à toute allure ! Je n’avais encore jamais rencontré d’araignée-ressort et c’est ma foi très drôle à voir ^^

Nous poursuivons le sentier dans la forêt sans plus de témoin du temps passé… demain une longue route de retour nous attend.