Les villages fantômes

Aujourd’hui ciel nuageux et chaleur d’avant orage, on ne va pas quitter les abords du logement. Sur notre carte, deux hameaux sont perdus en plein milieu de la forêt et nous sommes curieux d’aller les voir.

La carte mentionne les chemins qui s’y rendent. On trouve laborieusement le départ du premier chemin, derrière le cimetière, mais il s’efface ensuite très rapidement. Notre plan est flambant neuf mais son relevé cartographique doit dater !!

Nous voilà au beau milieu de la végétation, à galérer dans les pentes, jusqu’à tomber sur la rivière. Le chemin est sensé la traverser, mais nulle part nous ne verrons de gué. On traverse donc « comme on peut » !

On navigue à la boussole et on tombe sur le hameau peu de temps après. Certaines maisons sont complètement à l’état de ruines.

D’autres semblent de prime abord en bon état…

…mais ce n’est qu’une question d’angle de vue !

Une minuscule maison, constituée d’une seule petite pièce (avec cave et grenier de même superficie), porte la date de 1932 sous sa poutre faîtière.

A l’intérieur se trouvent encore une penderie avec ce qui devait être la veste du dimanche, et le lit avec son matelas rembourré de paille. Deux chaises complètent cet ameublement de fortune.

Le sol est jonché de quelques vieux souliers et papiers : journaux, images pieuses, factures… un peu de tout !

Un ancien lavoir attend toujours dehors… il sert à présent de bac à orties.

J’aime beaucoup les vieux murs en pierre… toujours bien droits bien dignes.

Un autre élément qu’on retrouve aussi souvent que les chaussures orphelines, ce sont les ustensiles de cuisine, de la poêle à la cafetière italienne en passant par les couverts, et les bocaux & bouteilles en verre – parfois carrément de grosses touries.

Avoir le ciel comme toit…

Il y a encore des rideaux et une bénédiction (?) accrochée au mur.

Nous supposons que cet endroit a été abandonné suite aux fameuses inondations déjà évoquées.
Le seul habitant des lieux :

On dit au revoir au village et on essaie de rejoindre la civilisation… j’ai bien dit essayer !

En mode sanglier, on coupe à travers tout : les pentes et les arbres, les orties et les ronces, et même des passages « marécageux » où j’ai bien failli à mon tour abandonner une chaussure !

On pique-nique près de la voiture et on s’attaque ensuite au deuxième hameau, moins facile d’accès car plus enfoncé dans la forêt. Normalement le chemin qui y allait devait partir du premier, et on a bien vu ce matin qu’il avait complètement disparu.

On s’enfonce via un large chemin de pêcheur, qui n’est pas repris sur notre carte et qui ne va pas dans la bonne direction, mais qui nous permettra au moins de progresser facilement vers la rivière.

Au début de ce chemin se trouve cette habitation abandonnée. Notez bien le panneau « interdiction de stationner » !

Plus loin, une étrange structure de type ‘télébenne’… le câble file à travers la végétation vers le lointain. C’est intrigant !

Nous quittons le chemin pour suivre une trace d’origine indéterminée mais dont l’orientation nous convient. De temps à autre, nous trouvons des bâtiments isolés ou plutôt ce qu’il en reste.

Globalement nous suivons la même direction que ce fameux câble de monte-charge, qui est un très bon repère. Il faut parfois s’en écarter pour traverser des ravins ou passer de petites barres rocheuses, mais nous finissons par tomber sur la « station » inférieure, où nous sommes accueillis chaleureusement :

A partir de là, on suit les coulées d’animaux et on utilise la boussole en se basant sur la situation de la rivière, dont on entend le bruit à notre droite.

Cela fait environ 2h que nous marchons quand les premières maisons se révèlent enfin.

Ce hameau est en fait composé de deux-trois groupes de quelques maisons chacun. Nous sommes normalement au niveau le plus bas, il faut petit à petit remonter la pente en espérant tomber sur les autres.

La petite maisonnette en bois était-elle une toilette ou un rangement d’outils, je ne sais pas !

L’une d’entre elle est particulièrement bien conservée. On tente d’imaginer à quoi pouvait ressembler la vie ici à travers les éléments qui ont traversé le temps…

Dans presque tous les lieux vus, l’endroit du foyer était une petite pièce entourée de banquettes et dans les murs étaient creusées des étagères supportant divers récipients en verre. Entre le feu et la cheminée, une structure en branches de bois : pour du fumage de jambon ?

Autre chose typique, ce que j’appellerais spontanément le « four à pain » même si je n’ai aucune idée de la fonction de cette chose !! Il s’agit de ce « coffre » en pierre situé dans le coin de la pièce. Son ouverture est de l’autre côté du mur et il n’y a pas de cheminée.

On retrouve un peu partout le même modèle de lavoir. Ici il est comme neuf.
L’escalier est praticable et en haut on peut encore accéder aux chambres.

Dans la chambre matrimoniale, le matelas était rempli de fanes de maïs séchées. On peut également voir un lit-cage pour enfant en bas-âge.

Dans une autre pièce, un matelas bourré de plumes de poule et quelques valises antiques… avec bien sûr là aussi des boîtes à chaussures, dont quelques spécimens sont éparpillés dans le fouillis.

Quelle fut l’histoire de ce jeune homme à la fine moustache ?

A voir la façade, on pourrait encore croire qu’elle est habitée. Mais les seuls habitants sont ici des guêpes.

Cette maison est attachante parce qu’elle n’est pas encore tout à fait morte… son pouls palpite encore faiblement sous la poussière.

Un dernier regard… mais elle ne nous livrera pas ses mystères.

On remonte encore d’un niveau, en suivant la plus forte pente. Une dernière bâtisse s’offre à nous, mais n’a pas le même charme. Et toujours ce « four à pain » !

Vers 17h, on remonte pleine pente en suivant une coulée et on finit par tomber assez rapidement sur une vieille route encore carrossable, près d’une maison encore habitée (pour combien de temps, ne peut-on s’empêcher de songer).

Nous retournons à la trattoria si accueillante de l’avant-veille, mais le contraste est grand : la serveuse est d’une humeur de chien et les plats sont à l’avenant. En quittant, nous apercevons ‘notre’ Allemand au bar… impossible de ne pas se croiser, dans ces petits villages !