Val di Zoldo – Arsiera & Val Inferna

Ce fut une nuit assez horrible, entre les cauchemars d’AàG, le boucan du logeur et les bizarreries de « Brent Jünger » qui préfère passer la nuit emmitouflé dehors sur une chaise – sous notre fenêtre bien sûr – en laissant la porte du logement ouverte.

Nous partons vers le village nommé La Valle Agordina. De là part la longue route qui rejoint le Passo Duràn, seule manière pour nous d’accéder au val di Zoldo, loin au nord-est d’Agordo. L’accès à ce col est ancien, comprenez par là : une voie étroite et dégradée, fissurée de partout avec des affaissements. Disons en bref que la route, elle a parfois souvent un peu envie de se barrer – au grand bonheur d’AàG :mrgreen:

Nous arrivons ensuite dans un fond de vallée où la route se transforme radicalement, genre 2×2 larges voies flambant neuves ! Elle suit le torrente Duram, à peu près de niveau. A Dont nous obliquons vers Forno di Zoldo.


Via del Ferro – depuis la minière jusqu’au Forcella Val Inferna – impraticable par manque de maintenance

A Cornigian (alt. 1212m), nous trouvons en bord de route un panneau d’information dont la carte complète idéalement la nôtre. Hop, photo !

Nous nous garons dans un lacet à hauteur d’une pancarte montrant que cette vallée n’est pas mieux lotie que Gosaldo au niveau de l’entretien des sentiers. Tout est un peu à l’état d’abandon, quel contraste par rapport au val Badia ! La voie, qui était manifestement carrossable jusqu’à un passé assez récent, montre quelques signes de fatigue. Le terrain a envie d’aller voir plus bas. Sans parler des roches et des troncs tombés dessus. Il faut préciser que les pentes de l’étroit Val Inferna sont vraiment extrêmement raides !

Après un agréable parcours de niveau dans l’ombre douce de la forêt, nous quittons ce chemin pour un petit sentier mal tracé descendant vers Arsiera (alt. 1310m), notre première destination.

Ce petit hameau, en pente légère, est situé à cheval entre Zoldo et Cadore. Son nom est mentionné pour la première fois dans des documents datant du tout début du 14ème siècle, montrant que le lieu avait déjà été déboisé (« prati di Arsiera » – prairies d’Arsiera).

Il fut construit au départ pour les mineurs, tout comme dans le Val Alta. Par la suite, ce petit groupe de maisons, de granges et d’étables ne fut plus utilisé que durant la saison des foins et des pâturages.

L’endroit, situé sur le versant méridional du Col Duro, est riche en eau et bénéficie d’un climat favorable et doux.


Admirez le système de chatière 😉

La grande majorité des maisons et des terres environnantes appartiennent aux familles de Fornesighe, qui s’appellent quasi toutes Mosena (seuls les prénoms diffèrent).

Le village fut abandonné suite au déclin des activités économiques traditionnelles, culminant lors de la seconde guerre mondiale, ainsi que de sa difficulté d’accès.

Ce villaggio fut une déception pour nous, qui nous attendions à une sorte de musée en plein air comme la veille. En fait c’est à peine si on a le droit de regarder à travers les fenêtres :

Tout est cadenassé et certaines maisons, outre les toits de tôles, ont d’autres ajoutes récentes :

C’est bien de protéger les habitations des dégradations, mais on reste un peu sur notre faim de voir comment l’intérieur était conçu.

Seul un laconique panneau en bois verni annonce un nom et une année sur chaque façade.

A un endroit on s’étonne vraiment que ce ne soit pas habité : des géraniums aux fenêtres, une table sur des tréteaux avec des abricots dessus… mais non, il n’y a personne, pourtant !

Ce sont pour la plupart de grandes maisons en pierre avec balcon. L’avantage du terrain en pente est que le grenier peut être accessible de plain-pied par l’arrière et servir ainsi facilement de grange.

La petite allée quittant le village était bordée d’une haie de très anciens pommiers (?) à basses tiges. Quel âge peuvent-ils donc bien avoir ?

Parmi les tas de bois de chauffage en train de pourrir, un petit vestige de la vie courante :

Au revoir Arsiera. Sans regret.

Notre deuxième destination est la miniere di Vallinferna. Il existe une minéralisation filonienne de galène (suflure de plomb) et de blende (sulfure de zinc). Le site a été exploité de l’année 1368 jusqu’aux environs de 1880, avec de longs intervalles d’inactivité.

Nous revenons très peu sur nos pas, car nous avions vu un « raccourci » fléché par un petit panneau en bois. En chemin nous croisons Gemini Cricket.

Et alors celui-là, je ne sais pas qui c’est :

Vous l’aurez senti venir, et en tous cas nous oui : le fameux sentier raccourci, qui se voyait très bien dans le départ herbeux, se transforme très vite en une trace à peine décelable ! Nous galérons un peu, en plus ça monte très raide et en plein soleil. Finalement nous rejoignons le sous-bois, où le chemin se voit devine encore moins. Ne serait-on pas plutôt sur une coulée d’animaux ?

Finalement il rejoint par miracle un large sentier, au niveau d’un lacet. Mais euh, faut-il monter ou descendre ? Suite à une logique imparable (« si on descend c’est sûr que ce sera en haut »), nous décidons de monter 😆

Et bien nous en prend, car nous trouverons, perdu en plein milieu de nulle part… une table de pique-nique ! Bon ok on aurait préféré un panneau d’information mais c’est déjà fantastique. Ça tombe pile au bon moment. Pendant que j’installe les vivres, AàG part en reconnaissance plus haut et trouve… un panneau d’information. Il faut croire que nous sommes dans la forêt où tout souhait se réalise ! Et pour une fois, on aura très peu de guêpes, alleluïa.

Après une forte montée, les murs à sec se multiplient, et ensuite une ruine. Très rapidement nous tombons sur une entrée de galerie. Ce long tunnel horizontal d’une quarantaine de mètres était-il une recherche de filons ?

Plus loin, il nous semble voir les restes d’une entrée effondrée, peut-être le Sto Fret.

Nous arrivons ensuite au Stol de la Néf, c’est une fracture naturelle de la roche (zone de faille) qui s’ouvre au pied d’une « falaise » surcreusée artificiellement. On s’engage à l’une des extrémités et le sol descend sous nos pieds, je ne sais pas si c’est une descenderie « volontaire » ou si c’est la fracture qui s’est comblée petit à petit de terre, de pierres et autres débris. Cela s’enfonce jusqu’à une salle encore pleine de glace. Elle a survécu tout l’été. Le soleil n’arrive pas souvent jusqu’ici !

On voit encore nettement les trous creusés dans la roche pour caler les poutres en bois de l’échafaudage utilisé durant l’extraction. On distingue également, en cherchant bien, la date de 1559 gravée au-dessus de l’abîme.

Vue du haut et vue du bas :

Plus haut se trouve l’entrée de la mine principale, appelée « Camino » (alt. 1546m). Il s’agit là également d’un dépilage à partir d’une faille naturelle partant sous une falaise. Le filon a été entièrement vidé, seuls de petits buttons ont été laissés pour maintenir l’écartement entre les lèvres.

Impossible d’y entrer car la première marche est un brin trop haute : 37 mètres ! D’autres puits suivent pour arriver à une profondeur finale de 94m.

Nous ne traînons pas sur place car nous nous faisons littéralement dévorer par les moustiques ! On redescend, et on retrouve sans encombre le chemin de la voiture. Nous n’aurons croisé personne de la journée, encore une fois.

Sur la route du retour, par contre, nous croiserons un drôle de zèbre cerf à cinq pattes…

Nous décidons de souper relativement près du logement, histoire de ne pas se retrouver à devoir faire toute la route de Passo Duràn dans le noir après le repas !

Nous mangerons au restaurant de l’hôtel Erice*** d’Agordo. Nous sommes installés en face des portes de la cuisine et voyons passer la serveuse avec deux assiettes pour la seule autre table occupée. Je vois un wiener schnitzel glisser par terre, la serveuse le ramasse, rentre en cuisine, je peux toujours voir sa tête par les verres dépolis des portes battantes… et hop trois secondes plus tard, elle revient avec un grand sourire livrer ses deux assiettes 😯

Les deux dîneurs, en train de discuter à une table plus éloignée, n’ont rien remarqué. La serveuse les quitte et commence à parler en patois local (ni allemand ni italien, car le couple aurait pu comprendre) avec une employée de l’hôtel et elles rient de bon cœur. Après quelques hésitations, je me dis que je ne peux quand même pas laisser passer ça sans réagir. On demande d’abord l’addition (histoire de ne pas avoir de sale blague !) et ensuite j’ai été discuter avec les deux personnes, un aimable vieux couple qui par chance connaissait l’anglais.

Ils ont été outrés et m’ont demandé la permission de répéter ce que je leur avais dit à la serveuse. Pas déstabilisée pour un sou, elle leur a prétendu qu’elle l’avait échangé contre un autre en cuisine !! Sachant qu’il n’y avait aucun autre dîneur donc pas de repas en préparation, et que l’intervalle de temps a duré à peine quelques secondes… en plus je ne l’ai pas vue s’éloigner de la porte, je suis donc sûre et certaine qu’elle a juste « brossé » un peu le morceau ! 👿

Elle n’a quand même rien objecté quand ils ont exigé le remplacement du schnitzel (en le coupant en deux pour être sûr de ne pas voir revenir le même). Le monsieur m’a remerciée pour mon « courage civique » et nous a appris qu’eux aussi avaient eu énormément de mal à se loger convenablement et pour un prix correct dans cette région. Ils étaient auparavant plus au nord, à Cortina d’Ampezzo. Les pauvres logeaient à l’hôtel au-dessus du restaurant. Je ne crois pas qu’ils y aient remangé le reste de leur séjour !

On s’est enfui bien vite après cela, histoire de ne pas se choper une balle perdue – les Italiens sont sanguins paraît-il :mrgreen: