STMD au départ de Pattine vers Vallalta

Le petit déjeuner n’est pas génial dans notre nouveau B&B. Les petits pains sont franchement difficiles à manger, mais précisons d’emblée que le logeur n’y est pour rien : toutes les panificio du coin ne vendent que ce même type de pain sans goût et étouffe-chrétien ! Avec ça, des mini-confitures industrielles, miam… et des biscuits industriels dont la date de péremption est dépassée pour certains. Un yaourt sauve la mise.

Le « partage de la salle de bain avec l’Allemagne » s’annonce assez mal. C’est un monsieur solitaire qui nous laisse la toilette dans un état post-Tchernobyl (si si, que je me demande même comment il a fait pour mettre de la merde jusque sur l’intérieur du couvercle ??) et la douche pleine de sang…

Nous descendons une route de montagne qui suit le torrente Laone et nous nous arrêtons au confluent avec le torrente Mis, en face d’une ruine, au lieu-dit Titele. C’est le début de la petite route de la veille mais nous allons cette fois traverser le torrent et le remonter, pour nous diriger vers le coeur du Parco Nazionale delle Dolomiti Bellunesi.

Après un coup d’œil à l’étroit pont de bois, on décide d’y aller à pied ! La photo ci-dessous a été prise au retour. Derrière le panneau de signalisation, ce sont des planches qui ont passé outre…

Quelques petites galeries sont visibles juste après le pont, j’ignore si elles ont servi à extraire des pierres à bâtir ou s’il s’agit de recherche de minerais. Elles sont constituées d’un couloir plus ou moins long et tortueux, creusé à taille humaine, et débouchent dans une salle.

Le « sentier Tilman », qui est en fait un chemin carrossable, nous emmène jusqu’au confluent entre le torrente dei Molini et le torrente Mis. AàG abandonne son pull dans les environs, il fait trop chaud et il n’a pas envie de le porter tout le long du trajet. Juste après, notre chemin oblique vers Pattine, un hameau de quelques maisons dont certaines sont encore habitées malgré que ce soit un « bout du monde ». D’ailleurs la voie carrossable s’arrête là, mais un sentier continue jusqu’à Mori, hameau accolé à Pattine mais qui ne nous a plus paru habité.

Le village est désert et nous galérons un peu à trouver la suite du Sentiero Tilman. En plein milieu d’une pelouse, nous ne savons pas très bien si nous sommes dans un jardin ou sur une « voie publique ». Une vieille dame apparaît à sa fenêtre et nous en profitons pour lui poser la question. Sa langue natale semble être l’allemand. Elle nous confirme que nous sommes sur la bonne voie, et effectivement le sentier redevient mieux visible par la suite, dans une belle montée en lacets.

A i Salt, quelques bâtiments subsistent dont un magnifique grenier à foin. C’est là que notre chemin commence : nous quittons la via Tilman pour suivre le STMD (Sentiero Tematico della Montagna Dimenticata – sentier thématique sur la montagne abandonnée) qui va nous mener aux vestiges de la Miniere di Vallalta, une ancienne mine de mercure.

C’est un sentier très agréable qui traverse la forêt et est ponctué de quelques maisons abandonnées. Certaines sont à l’état de ruines, d’autres encore en relativement bon état. L’une d’entre elles avait de nouveaux locataires : un couple d’écureuils ! Nous leur avons laissé une carotte sur la table… (la bouteille, ce n’est pas nous, c’est d’origine 😛 )

Certaines de ces maisons ont été construites par – ou du moins pour – des mineurs qui travaillaient à la Miniera di Mercurio.

Les étages sont constitués de remises pour entreposer les outils, le foin, etc.

Ces bâtiments ne servaient pas qu’aux bêtes, c’étaient des logements à part entière. Nous en avons vus beaucoup par la suite qui n’étaient guère plus riches…

Souvent le sol est en terre ou aménagé grossièrement avec des galets provenant du lit de la rivière. Une table et des casseroles dans une pièce, des auges et des réserves de bois mort dans une autre…

Le chemin monte doucement à l’ombre. Il n’y a pas beaucoup de dénivelée, je dirais 250m.

Une date gravée sur la poutre faîtière annonce 1901. Il y avait également plein d’écritures sur les portes en bois, parfois de simples signatures, parfois des phrases entières.

Là aussi, de nouveaux locataires ont pris possession des lieux pour installer leur nid. Ils sont discrets mais il vaut mieux s’en méfier… J’ignore s’il s’agit de guêpes ou de frelons.

J’aimais bien cette tache de soleil sur l’herbe, à la sortie du grenier…

Un dernier tour d’horizon pour immortaliser de belles toiles d’araignées.

En face de ces maisons se trouve une grande clairière.

Nous reprenons le chemin. Nous ne croisons strictement personne depuis ce matin. Un peu plus loin, une baignoire jetée en travers d’un ruisseau servait, j’imagine, d’abreuvoir. A présent elle sert plutôt de réservoir à cailloux !

Le pique-nique est assez mouvementé à cause de guêpes végétariennes (aimant les carottes) et têtues.

Nous arrivons ensuite au premier vestige minier : la miniera di Vallalta. Seule l’entrée en belles pierres subsiste, c’est immédiatement effondré derrière.

Une petite loge est aménagée, probablement pour une statue de Sainte Barbe, la patronne des mineurs.

Des recherches sur le cinabre ont eu lieu dans le Vallalta dès le début du 18ème siècle, et l’exploitation proprement dite a commencé vers 1740 pour une brève période. La mine était riche mais les coûts de transport du minerai, qui n’était pas concentré sur place, se sont révélés beaucoup trop élevés : il fallait le transporter à dos de mule jusque Venise ! La mine fut rouverte vers 1770, et refermée pour les mêmes raisons au début du 19ème siècle.

En contrebas, plus près du torrent, se trouve la galleria O’Connor. Là encore, une belle entrée avec une niche à Ste Barbe. La galerie n’est murée qu’au bout de quelques mètres, ce qui nous permet d’admirer de belles couleurs dans le porche. Un drain est prévu pour l’évacuation de l’eau vers le torrente Pezzea (le pauvre).

Sur un panneau touristique, plusieurs araignées sont piégées entre la carte et le verre protecteur. Je ne sais pas à qui appartient cette patte supplémentaire !

Malgré plusieurs timides tentatives de réouverture, il faut attendre 1852 pour que les choses sérieuses reprennent. Des fours sont construits à proximité et un village est même créé pour abriter une centaine de mineurs et leurs familles. Son nom résume les espoirs de réussite : California… et effectivement une période florissante commence, durant laquelle cette mine devient la 6ème productrice de mercure en Europe ! Mais à partir de 1869 l’exploitation change de gestionnaire et est menée à tort et à travers, entraînant plusieurs accidents menaçant la stabilité de la mine. Elle fermera en 1879 suite à ce gâchis.

A nouveau, plusieurs essais de réouverture eurent lieu, aussi bien à la fin du 19ème siècle que durant le 20ème. Les résultats ne furent jamais positifs, et les tentatives cessèrent en 1962 quand un accident tua trois personnes. Quant à California, il fut complètement rayé de la carte suite aux inondations cataclysmiques de novembre 1966 (ainsi que bien d’autres hameaux de cette vallée).

Quand on voit la couleur de l’eau qui ruisselle jusqu’au torrent, on n’a pas envie d’y mettre les pieds… aussi, on atteint la rive opposée via la providentielle petite planche ci-dessus ! Il s’y trouve une petite galerie d’exhaure, très basse et pleine d’eau.

Pour ceux qui connaissent l’italien, ce site est documenté aussi bien au niveau historique que technique.

Nous poursuivons sur cette rive du Pezzea et trouvons un autre sentier. Notre souhait est, comme d’habitude, de faire une boucle plutôt qu’un aller-retour… sur la carte il existe une possibilité dessinée en touts petits pointillés. La légende dit « sentier difficile », ce qui n’est pas très explicite sur un terrain tel que celui-ci.

Ci-dessous, ce que nous imaginons être les vestiges des fours et deux meules de pierre abandonnées un peu plus loin.

Le lieu est particulièrement accueillant puisqu’il dispose de grands bancs fournissant même le pique-nique !

Nous remontons une dénivelée de 200m jusqu’aux premières bâtisses de Marcoi. Jusqu’ici le sentier était relativement bien visible mais là il se transforme en route, et notre fameux sentier en pointillés qui est sensé partir de la première maison est introuvable.

Sachant que le sentier suit la plus forte pente au fond d’un creux, nous décidons de couper à travers brousse… Ça ne se présente pas très bien, nous voyons juste quelques coulées d’animaux mais toujours aucune trace de sentier, et se frayer un passage commence à devenir difficile. Bien plus bas, nous tomberons dessus – ou en tous cas sur un semblant de piste débroussaillée ! Que ce soit ou non le bon n’a pas vraiment d’importance car tant qu’on descend on ne peut que tomber sur une des deux rivières.

Au confluent entre les torrents Mis et Pezzea, le pointillé est sensé passer rive droite. Nul trace de gué ou de pont, ni d’ailleurs de sentier de l’autre côté. Nous sautons de pierre en pierre et continuons rive gauche, vaille que vaille. Nous tombons encore sur des ruines dont il ne reste guère plus que les murs.

Sur la rive, un petit nid – vide d’occupantes – est très discrètement attaché à l’anfractuosité d’une roche. Admirez le « collage » !

Il faudrait absolument qu’on rejoigne à présent la rive droite. Problème : le torrent n’est pas traversable, si ce n’est via cette planche. Croyez-moi, j’ai longuement vérifié avant de m’y résoudre :mrgreen: Adieu monde cruel… euh vas-y AàG, après toi je t’en prie !

Miracle, on trouve le fameux sentier… et il est littéralement en pointillés, car il est à peine tracé – et des fois, c’est simple, il n’existe même plus ! 😆 Heureusement il suffit de longer la rivière pour ne pas se perdre, sauf que des fois les rives deviennent très encaissées.

A un endroit on bute sur une falaise en partie écroulée, il faut escalader de grosses roches et s’accrocher à un tuyau d’eau pendu dans le vide pour retrouver notre route. Décidément ce sentier est ludique, ce n’est pas une « via ferrata » mais une « via planchata » suivie d’une « via tuyauta » ! 😀

Le chemin sera encore long avant de retomber – avec soulagement – sur le Sentiero Tilman. C’est que la lumière commençait à diminuer sérieusement. On récupère le pull d’AàG, puis il faut encore rejoindre la voiture et remonter toute la petite route montagneuse.

Nous nous arrêtons à la première trattoria trouvée, morts de faim et de fatigue. La serveuse est très gentille et nous dévorons les plats qu’elle nous apporte. Arrivant peu après nous, l’Allemand du logement (qu’AàG surnomme « Brent Jünger », ne me demandez pas pourquoi…) C’est que ça ne court pas les rues, les restaurants, dans cette région !