De Pescol à la Malga Antersasc

C’est un peu comme après une indigestion. Trop de trajet en voiture, trop de gens… alors examinons la carte. Quelle promenade pouvons-nous faire qui soit tout près de Badia et pas prisée des touristes ? Un truc un peu peinard de préférence, parce qu’avec les 1000m et quelques de dénivelée d’hier, mes pieds de sédentaire sont encore fourbus.

Nous voilà partis pour Pescol (alt. 1618m), hameau de montagne dont l’étroite route n’est pas toujours revêtue et où la vue de panneaux d’arrêt de bus nous fait angoisser (pas en croiser un ici, surtout pas !).

Le temps est très brumeux, mais il fait sec pour le moment. Après Pescol, la route de Juel se transforme en chemin carrossable couvert de graviers, elle évolue sagement au milieu des prairies dont le vert intense nous ravit les pupilles. Des chats, des barrières en bois, des granges… pas un seul touriste, c’est parfait.

Je préfère me garer rapidement et faire le reste de la route à pied, j’ai peur que l’état du chemin ne se dégrade et qu’il devienne difficile de trouver un endroit où demi-touriser (oui je suis une stressée dans la vie).

Le sentier qui quitte la route commence tout d’abord par descendre fortement… oh oh, mauvais signe ! C’est pourtant bien le bon. On traverse une forêt humide et on retrouve ensuite un chemin plus large, qui monte dru au milieu des cris incessants des cassenoix (crakâ). Nous sommes sur leur territoire, pas de doute !

Aujourd’hui, on sera résolument la tête dans les nuages…

Le paysage est très vert et chaotique, c’est plaisant. D’immenses rochers ronds et moussus semblent avoir été catapultés là au gré des caprices de Dame Nature. Dommage qu’il fasse trop sombre pour en prendre des photos.

L’ambiance fantomatique donne l’impression que le monde est en train d’être soigneusement gommé morceau par morceau. Surtout ne revenons pas sur nos pas, il n’y a peut-être plus rien…


Quand on regarde derrière soi…


…et quand on regarde devant ^^

Nous arrivons à une barrière avec un astucieux système de fermeture automatique constituée d’une corde et d’une grosse pierre ! Au loin, une silhouette de chamois dans un pierrier… la première et dernière fois que nous en verrons dans les Dolomites.

Derrière nous, on entend des cris et des aboiements. A croire que c’est une tradition locale, de hurler en montagne ?? Déjà hier des nuisibles gens avaient perdu leur chien (forcément, sans laisse 👿 ) et gueulaient après comme des putois… soupir. Je comprends qu’on voie si peu d’animaux sauvages par ici.

Une marmotte, floue mais une marmotte tout de même :mrgreen: Il y en avait beaucoup d’autres, mais vives et peureuses.

Ce vieil arbre magnifique, trônant sur son rocher, défend l’entrée du haut plateau. Il faut lui donner le mot de passe, qui est : Bêêê !

Un troupeau de moutons aux oreilles pendantes, ils ont tous réussi l’examen de passage de l’arbre 😀

Près de la bergerie Malga Antersasc (alt. 2085m) se trouvent quelques troncs couchés faisant office de banc, ce sera notre lieu de pic-nic. Il faut bien gérer la disposition des affaires par rapport à l’emplacement des crottins, mais c’est jouable :mrgreen:

On entend encore de temps à autre les hurleurs derrière, mais ils sont devenus plus discrets une fois qu’ils se sont aperçus qu’on avait l’air méchant qu’ils n’étaient pas seuls au monde.

Je repose mes pieds tandis qu’AàG va dire bonjour à ses amis les moutons, dont il parle si bien la langue. En fait je ne m’habitue pas à mes nouvelles chaussures de randonnée (pourtant elles ont déjà été « faites », je les avais prêtées à ma mère pendant deux semaines – ben quoi, ça sert aussi à ça, une maman 😉 ).

Un randonneur isolé descend du col, il vient sans doute du refuge de Puez. L’accent avec lequel il me dit buongiorno me fait répondre « bonjour » avec un grand sourire. Il se retourne, surpris, et me demande : « vous êtes française ou vous êtes suisse ? » Ni l’un ni l’autre ! On discute un peu et il poursuit sa route.

Nous continuons le chemin au-dessus de la bergerie, vers le forcella de Puez. Les deux lacs ne sont en fait pas sur ce plateau mais sur un ressaut plus haut, à 2169m. Ils sont quasi à sec, comme celui d’hier.

Ca monte fort et il y a énormément de vent, ce qui est fatiguant. Nous arrivons dans un cirque rocheux sans intérêt particulier, ma motivation décline au même rythme que l’état de mes pieds.

Je regarde les vagues de nuages qui viennent s’échouer à intervalle régulier sur le flanc des montagnes, et je me demande… sommes-nous à marée montante ou descendante ?

Je déclare forfait, je n’ai plus envie de continuer. AàG fera le tour de la montagne et de la terre entière s’il le souhaite, mais moi je vais commencer à redescendre doucement. Rendez-vous est pris à la bergerie.

Si vous voulez une échelle au paysage, sachez qu’un AàG se cache sur la photo ci-dessus 😉

Les quatre photos ci-dessous ont été prises à moins de deux minutes d’intervalle :

Le retour se fait en mode « aïe-ouille-fichues godasses » alterné de « aïe-ouille-fichus genoux ». La montée finale est presque un soulagement, après toutes ces descentes !

Ce qui est rigolo avec cette météo, c’est qu’on n’a aucune idée de l’heure qu’il peut être. En fait nous arriverons en milieu d’après-midi à la voiture.

Cela nous laisse le temps de visiter l’église de Badia/Abtei, d’aller choisir des cartes postales et de s’installer confortablement dans une accueillante pâtisserie de La Villa, pour les écrire en dégustant un chocolat chaud accompagné d’une part de sacher torte (pour AàG) et de linzen torte (pour moi).
Voilà maintenant vous savez pourquoi j’aime écrire des cartes postales 😛