14 septembre 2008 – Le barrage de Valgrisenche et le refuge Bezzi

La nuit fut bonne grâce à l’extrême discrétion des occupants de l’autre chambre. Le petit déjeuner fut un peu piteux (pas de pain frais, et quasi pas de pain tout court en fait), mais étant donné que la logeuse était revenue la veille de vacances on se dit qu’elle a fait avec ce qu’elle avait sous la main…

Le temps est maussade mais sec, nous partons pour Valgrisenche que notre logeuse nous décrit comme étant (par ce temps) une vallée grise et dépressive, parfaite pour abriter un loup-garou. Ma foi, ça ne nous dérange pas !

Le barrage de Beauregard (diga di Beauregard) fut construit dans les années ’50, sa particularité est… d’être aux deux tiers vide ! L’ancien village fut englouti, la vallée inondée, et tout cela pour rien ou presque.

A noter que ce niveau minimum suffit malgré tout à faire fonctionner la centrale hydroélectrique. Des travaux sont en cours, ils espèrent pouvoir remonter le niveau du lac de Beauregard (alimenté par la Dora di Valgrisenche).

Un chemin de promenade descend là où devrait se trouver l’eau. Il mène à une énorme canalisation souterraine (une seconde conduite forcée ?) qui réverbère les sons d’étrange façon. Le sentier se poursuit le long du lac et puis soudain nous tombons sur une zone où le terrain s’est effondré, et le chemin avec. On poursuit encore un peu mais bientôt le demi-tour s’imposera.

Nous reprenons la voiture et tentons la route Est. Elle est conforme à mes souvenirs c’est-à-dire étroite et en très mauvais état ! Par contre il y a une nouveauté, c’est que la route se retrouve barrée. En fait ils n’autorisent le premier tronçon que parce qu’il mène au départ d’une route qui remonte le flanc de la vallée.

Nous re-demi-tourisons donc pour emprunter la route Ouest. Arrivés à Plan Rocher, nous descendons les lacets vers le village de Surier, ou plutôt ce qu’il en reste.

Une course de montagne a lieu aujourd’hui, nous voyons passer de temps à autre un courageux concurrent avec un dossard. Nous nous garons avec difficulté, il y a énormément de voitures. Aussitôt le comité d’accueil arrive…

Le village, maintenant, c’est chez eux ! Ils n’hésitent pas à passer le museau à travers la fenêtre d’une voiture et à réveiller ainsi son occupant.

L’accès aux maisons abandonnées est assez gadoueux car une source transforme les anciens passages en autant de ruisseaux.

Une maison est fermée, son rez-de-chaussée abrite l’étable du ténor Monsieur l’Ane, qui n’a manifestement pas droit à la liberté de gambader (et il proteste vigoureusement). Il n’y a que Madame l’Anesse et ses deux petits ânons qui sont venus nous dire bonjour.

Entre temps, la météo ne s’est pas améliorée… Nous pique-niquons dans la voiture pour s’abriter du froid et du vent (et de l’appétit sans borne des ânes !!).
Irons-nous dans la montagne ? Ou à Uselères ?

Finalement c’est la montagne qui l’emporte. Un large chemin remonte la Dora di Valgrisenche jusqu’au rifugio Mario Bezzi (alt. 2284m). Cela nous fait une dénivelée de 500m pour une durée annoncée de 2h, tout à fait dans nos cordes pour cette après-midi.

C’est ce chemin que les participants à la course descendent, avant de remonter sur l’autre versant.
Seuls ou en groupe, courant ou marchant, équipés façon high-tech ou lambda, les concurrents défilent…

Enjambant la rivière, un tunnel de glace subsiste, piteux témoin d’une grandeur passée. Etant donné que je suis déjà frigorifiée, la traversée du tunnel ne me tente pas. Mais AàG n’y résiste évidemment pas !

A mi-parcours, la vallée devient plus encaissée et le large chemin carrossable fait place à un petit sentier de randonnée plus dans nos goûts. Un petit téléphérique à matériel permet de desservir le refuge à partir de ce point.

Nous avons la surprise de reconnaître en un des coureurs notre précédent logeur, le sympathique Walter Seguin ! Nous discutons un peu, il nous apprend que le départ de la course se fait non pas « en troupeau » mais dans un large créneau horaire, au choix de chacun.

Nous arrivons à hauteur de la neige et le refuge Bezzi est en vue, toujours dans les nuages.

Après un bon chocolat chaud bien épais, nous sommes revigorés. Je joue pendant un bout de temps avec Leïla, un vieux persan habitant au refuge et ne dédaignant pas sortir mettre ses pattes dans la neige !

D’ici s’ouvrent de nombreuses randonnées plus sérieuses, mais nous n’avons plus assez de temps pour nous y engager aujourd’hui, il faudra revenir…

Nous traversons le petit torrent en amont du refuge, pour retourner via l’autre flanc du vallon. Ici, impossible de se perdre, il suffit de suivre le câble du téléphérique ! Et à l’aller, nous avions repéré l’autre pont permettant le croisement… ouf, pas de mésaventure en vue !

Je soupçonne la gentille dame du refuge d’avoir mis dans mon chocolat chaud autre chose que du lait… C’est la première fois que je descends un sentier de rando en courant comme une chèvre ! (avec mes chevilles, oui oui, les mêmes, je n’en ai pas changé depuis…)

AàG a beaucoup ri, sauf qu’il a quand même fait plusieurs tentatives -infructueuses- pour m’arrêter, par peur que l’épisode breton ne se reproduise… mais je savais que rien ne pouvait m’arriver, je me sentais super bien, top confiance en moi et mes petons ! 😀 (c’est dingue comme un choco chaud peut faire de l’effet, vous en conviendrez !)


Alpe Sasse de Ponton m. 2047 s.l.m.

Ci-dessus quelques bâtisses servant actuellement aux bergers (j’imagine).
L’abréviation « slm » signifie Sul Livello del Mare.

Ensuite nous avons repris la voiture pour rejoindre le pied du barrage. Malheureusement, les étages les plus intrigants (photos ci-dessus) sont interdits d’accès… seule la promenade grillagée est possible. Elle donne accès à des voies d’escalade :

Nous tournons un peu à la recherche d’un restaurant mais nous ne trouvons rien, nous repartons donc vers Aymavilles.

Au passage, nous nous arrêterons pour regarder (de loin) la centrale hydroélectrique de Champagne (Centrale di Champagni 1), du côté de Villeneuve. Ce monument industriel de la « Belle Epoque » a été construit en 1921. La centrale n°2 est plus récente et d’architecture plus moderne.

Malheureusement il est trop tard pour les visites… on doit se contenter de regarder à travers les grilles.

A Villeneuve se trouvent quelques reliefs d’anciens haut-fourneaux :

Nous retournons manger au même endroit que la veille (pas d’autre opportunité valable sur notre route) et hop… au dodo !