France, Val-de-Marne. Un soir d’octobre 2007, Alexandre Baret, père de 4 enfants et membre de RAP, appose sur une portière du RER D un autocollant pastichant le célèbre lapin crétin de la SNCF (« Ne mets pas tes mains sur les portes, tu risques de te faire pincer très fort. »)

« Face au harcèlement publicitaire dont les usagers de la SNCF sont victimes et à la surdité des dirigeants, j’ai commis un acte banal de résistance non-violente en apposant un autocollant humoristique sur une portière de rame de train. Agissant de manière assumée, à visage découvert, j’ai été pris en flagrant délit, donc logiquement verbalisé.  »

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« Attention! Ne mets pas tes yeux sur les pubs : tu risques de te faire manipuler très fort. »

Il refuse de payer une amende pour ce « geste symbolique et non dégradant, à vertu didactique, relevant de la désobéissance civique« . Il a été cité à comparaître devant la justice où il entendait ouvrir un débat : « vendre du temps de cerveau disponible, est-ce bien la vocation de la SNCF ? » Lire à ce propos ses arguments dans sa très intéressante Lettre ouverte à Guillaume PÉPY, PDG de la SNCF (sans réponse à ce jour).

Il a comparu au tribunal de police de Charenton-le-Pont (94) ce 11 décembre 2008, il avait apporté des lettres de soutien de personnalités comme le sociologue Edgar Morin ou Claude Got, spécialiste des questions de santé publique. Une dizaine de militants antipublicitaires venus lui apporter leur soutien, ainsi que des journalistes, se sont vu refuser l’accès au tribunal pendant une demi-heure par des policiers, avant d’être finalement autorisés à assister à l’audience publique.

La SNCF, partie civile, demande 1 € de dommages et intérêts et 500 € pour les frais de justice. « Le tribunal n’est pas une tribune« , selon la représentante du ministère public, qui a dénoncé une « procédure dévoyée de son objectif initial« , avant de requérir une peine d’amende de 300 € pour cette infraction de « publicité non autorisée » (!!).

Quand une grève à la SNCF « prend le pays en otage« , c’est « aussi une tribune« , a fait valoir l’avocate de M. Baret, Me Caroline Marcel, en soulignant l’absence de « dommage » pour la SNCF dans le cas évoqué à l’audience. Elle a demandé une dispense de peine.

« Je ne conteste pas l’infraction au droit pénal« , a déclaré le prévenu devant le tribunal, avant de dénoncer l' »attraction publicitaire sciemment organisée par la SNCF. Il y a 57 000 affiches sur le réseau, et 1800 écrans plasma vont être ajoutés. »

Le jugement sera rendu le 12 février 2009. Quant au lapin, cette histoire de légitime réponse l’a terriblement marqué, à tel point que depuis il s’est reconverti.