10 septembre 2008 – Les lacs du Ruitor

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on a eu chaud ! On se demandait quand ce satané poêle à pellets finirait par s’éteindre. Ce même poêle (enfin, surtout sa ventilation forcée) nous a réveillés en se mettant en route à 6h58…

Heureusement j’ouvre la porte juste quand le logeur s’apprêtait à y accrocher notre petit-déjeuner, je peux donc lui demander de changer sa programmation. Il a peur qu’on ait froid ! Mais avec 1/2h le soir et 1/2h le matin, c’est amplement suffisant.


« Le Village », Morgex

Le petit-déjeuner se fait donc en self-service. Tout est à notre disposition dans le frigo, et il accroche en passant le sac de la boulangerie à notre poignée de porte. Ensuite on laisse la table telle quelle et à notre retour le soir tout est nickel et le frigo est regarni pour le lendemain. Fantastique, non ?

Nous partons aujourd’hui vers le petit village de La Joux, au-delà de La Thuile. C’est une route en cul-de-sac, il y a là principalement un parking pour les randonneurs et un hôtel-restaurant.

De là, un petit sentier rejoint le refuge Albert Deffeyes (alt. 2494m) et les lacs du Ruitor (on dit « Rutor » en italien je crois). Il y a environ 900m de dénivelée jusqu’au refuge.
Au départ nous traversons une rivière sur un pont qui attend manifestement d’être réparé (c’est toujours rassurant) et nous nous enfonçons dans la forêt. Je dois faire gaffe aux chevilles, avec toutes ces racines ! Plus loin, un charmant petit pont de pierres…

Nous remontons un cours d’eau et trois jolies cascades sont visibles sur le parcours. La dernière mouille bien ! Enfin de toute façon il pleuvine par intermittence depuis le début, alors… on n’est plus à ça près. On se laisse dépasser par un groupe de randonneurs stéréotypés « jeunes pensionnés franchouillards » qui ne s’engagent pas dans le sentier vers la 3ème cascade (savent pas ce qu’ils ont raté😆 ).

Après la dernière cascade, il y a une montée assez longue et pénible vers l’alpage. Il fait froid, il y a du vent et il pleut chaque fois juste assez pour nous faire sortir les vestes, ensuite ça ne dure que 5-10 minutes, le soleil réapparaît, il fait trop chaud pour garder les vestes, on marche 5-10 minutes, il recommence à crachotter… (ad libitum)

Quand nous arrivons au col, nous nous apercevons que nous sommes encore bien loin de notre destination. On se dit que la cabane qu’on voit au loin à côté du lac du Glacier (lago del Ghiacciaio) doit être le refuge… En guise de réconfort, on se goinfre de myrtilles car l’endroit est littéralement envahi de ces appétissants buissons ! Certains sont encore verts, d’autres rougissent déjà… nous y passerons un certain temps !!

Le chemin descend vers le creux de cette vallée suspendue et c’est là que nous nous apercevons qu’en fait cette belle maison en pierres n’a rien à voir avec le refuge Deffeyes. Le chemin continue par derrière et monte, monte, monte jusqu’à passer au-dessus du pierrier (vous pouvez le distinguer sur la photo ci-dessus, ainsi que la maison !) et se diriger vers un nouveau col bien plus haut que celui que nous venons de franchir. A mi-pente nous aurons cette vue :

La montée s’accompagne de rafales de vent et de ces désagréables intervalles froid-chaud, pluie-sec. Du coup le moral joue au yo-yo aussi. Ca tire dans les mollets, je m’arrête de plus en plus souvent. Notre attention est attirée par des cris de marmottes et nous apercevons quelques chamois en contrebas, au creux du plateau où nous étions précédemment.

Loin devant, nous voyons le groupe de randonneurs progresser vers le col. Ces petits points en mouvement paraissent si loin et si haut… Mais heureusement le paysage nous pousse à continuer l’ascension !

En fait, derrière ce deuxième col, le sentier redescend en pente douce et nous arrivons assez rapidement en vue du refuge. Le groupe de randonneurs qui nous précédait est en train de faire bruyamment ripaille à l’intérieur. La pluie semble cette fois s’être arrêtée pour de bon. Peut-être grâce aux drapeaux de prière tibétains😉

Voici une vue panoramique depuis le refuge. Nous pique-niquons à l’extérieur : tomates, pain et fontina. Un petit chocolat chaud en guise de dessert, car c’est tellement épais que c’en est presque du pudding !

En face, le glacier du Ruitor nous fait de l’oeil mais il est trop loin pour cette après-midi et apparemment les crampons sont nécessaires. Nous n’avons pas cet équipement. Cependant nous ne voulons pas déjà redescendre ! Aller jusqu’aux lacs supérieurs, au pied du glacier ?? (lago verde, lago grigio, etc.)

Finalement, après discussion avec la sympathique dame du refuge, nous décidons d’aller voir le lac inférieur (lago inferiore) et sa chapelle haut-perchée, Santa Margherita.

La porte de la chapelle est fermée avec une grosse corde. Le but est d’empêcher les moutons d’y entrer ! Malheureusement il n’y a pas que les animaux qui font des dégâts…

De là, nous allons redescendre jusqu’au premier col par l’autre versant de la montagne. Le chemin n’est pas sur notre carte mais la dame du refuge nous l’a vivement conseillé car il offre de plus belles vues sur les montagnes. C’est un peu plus long mais nous avons le temps et ça ne rajoute pas beaucoup de dénivelée. Par ailleurs, c’est toujours plus agréable de pouvoir faire un circuit en anneau plutôt qu’un aller-retour !

Du coup, nous verrons le lac du Ruitor. Sur une autre carte, ce lac s’appelle lago dei Seracchi et le nom lago del Rutor est donné au « lac inférieur », je ne sais pas quelle version est correcte.

Globalement le sentier est bien balisé, il n’y a qu’à hauteur du lac où nous nous poserons quelques questions. Une carte, une boussole et un peu d’observation suffiront heureusement. [Au pire, on se serait retrouvé aux lacs de Belle-Combe (laghi di Bella Comba), mais là on risquait fort de devoir redescendre dans la nuit !]

Il nous faut faire attention à ne pas écraser les mini-grenouilles, il y en a plein partout🙂

La dernière partie est constituée d’une grande descente dans un pierrier. C’est assez raide, nous essayons de ne pas louper les marques jaunes et les kerns disséminés ici ou là. Mais voir un petit empilement de cailloux dans un énorme tas de roches, ce n’est pas toujours évident ! Sur la fin les repères deviennent confus puis inexistants (car il y a des kerns partout, du coup ça ne sert plus à rien…)

Nous aurons bien du mal à franchir le cours d’eau sans nous mouiller, pourtant il n’était pas énorme. Cela causera quelques énervements. La chute (ci-dessous) était bien trop glissante pour ne pas dire casse-gueule et le seul « gué » que nous trouvons n’est pas entièrement praticable… Enfin soit, il fera l’affaire !

Nous nous croyons tirés d’affaire mais que nenni ! Nous sommes à présent sur une sorte de crête et aucun sentier n’est visible malgré nos recherches (la seule chose que je trouve est une marmotte qui ne m’avait pas entendue arriver🙂 ) Or il nous faut encore traverser la grosse cascade, style gouffre, qui se déverse du plateau… c’est ça ou bien refranchir le gué, puis contourner les grandes zones de marécages et le lac du Glacier pour revenir à la maison fermée du début. C’est très loin et nous ne savons même pas si c’est réalisable car il y a une autre rivière à franchir, plus impétueuse.

En fait, si vous reprenez cette photo, la cascade casse-gueule est tout au fond, on devine à peine le gros ruisseau que nous avons traversé à gué mais on voit bien le ruban blanc de la rivière bouillonnante qui se jette derrière la crête. En jaune ce sont les zones marécageuses.

Heureusement ce petit stress a un dénouement heureux, en descendant à travers tout comme des sangliers nous finirons par trouver un solide pont en bois ! De l’autre côté de la chute, un sentier bien tracé finira par nous ramener sur notre parcours premier. Nous arrivons toujours à nous faire des frayeurs, c’est incroyable…

Nous arriverons à la voiture vers 19h, fourbus ! En tout, nous aurons fait de l’ordre de 1100m de dénivelée. Le restaurant du soir sera « La Grotta » à La Thuile, que je ne recommande à personne. Ils sont même parvenus à rendre une simple salade de tomates dégueulasse, c’est un sacré tour de force.
Après le repas, rejoindre la voiture est un supplice car nous avons mal partout… une douche et au dodo !