Je n’y étais plus retournée depuis le printemps je crois.

Samedi matin, je profite de passer dans le coin pour faire une visite éclair chez le fleuriste. Je choisis toujours la même fleur, une rose, une grande rose unique, à peine éclose, rose pâle ou saumon. Elle a l’air si fragile sous son voile transparent, avec son petit ruban faussement guilleret.

Il y a du monde ce matin, d’habitude je suis seule. Les gens s’activent, ils astiquent, ils fleurissent… on voit que la Toussaint approche. Un monsieur et sa femme, un fichu sur ses cheveux gris-blanc, sont occupés un peu plus loin dans la même rangée.

J’enregistre leur présence avec un brin d’agacement, j’aime la solitude complète en ces lieux. Je leur tourne volontairement le dos, me recueille un instant, dépose la rose et nettoie la surface marbrée de ses pétales fanés. Je sens des yeux dans mon dos.

Quand je me redresse, le regard inquisiteur est toujours là. La mégère n’est manifestement pas gênée d’espionner, aucun respect pour l’intimité des autres. Ca ressemble même à un avertissement. On te surveille, ne va pas faire… on ne sait quoi. Ces jeunes vous savez de nos jours, ils sont dangereux, de vrais vandales.

Cette attitude m’énerve trop, je pars, beaucoup plus rapidement que je ne l’aurais souhaité. A l’entrée du cimetière, en rentrant dans ma voiture, je reste médusée.

Cette vieille bique a remonté la rangée pour voir sur quelle tombe j’avais été et quelle fleur j’avais mise… je la vois même se pencher longuement pour lire le nom et les dates. Je peste tout haut : « Tu ne veux pas piquer les fleurs non plus ? »

J’ai attendu qu’elle parte, on ne sait jamais… ces petites vieilles, c’est dangereux.