Extraits (mélangés) de deux articles du 16 août 2008 parus dans Le Monde : « Mers mourantes » et L’activité humaine menace d’asphyxie les eaux côtières

(…) les océans sont menacés de se transformer en déserts liquides, par la faute de l’activité humaine. La surpêche est la cause la plus voyante de cette grande vidange de la vie marine. Mais un autre phénomène délétère, plus discret, monte en puissance : l’eutrophisation, qui prive les eaux d’oxygène. Aujourd’hui, plus de 400 zones côtières dans le monde étouffent, ainsi que le décrit une étude publiée par MM. Diaz et Rosenberg dans la revue Science. Les auteurs le précisent, « le nombre de zones mortes a approximativement doublé chaque décennie depuis les années 1960« . Ces dernières représentent aujourd’hui 405 sites totalisant 245 000 km2, soit la surface de la Nouvelle-Zélande. Pour les auteurs, ces régions constituent désormais « un des éléments-clés du stress qui frappe les écosystèmes marins« .

A l’origine de ces asphyxies océaniques, on trouve une nouvelle fois l’homme, via ses eaux usées, ses rejets industriels dans les fleuves, la pression de son tourisme sur les côtes et surtout ses engrais. Pour faire bonne mesure, on pourrait ajouter à ce sombre tableau les effets à venir du réchauffement climatique. Celui-ci agira au travers de trois processus : le débit des fleuves, l’augmentation de la température marine, qui accentue l’activité microbienne, et les phénomènes climatiques, tels les cyclones tropicaux, qui brassent brutalement les eaux. Il risque aussi de lessiver les sols par des pluies plus importantes et d’apporter aux mers encore plus de matière organique… et encore plus d’engrais.

Lorsque l’azote et le phosphore pénètrent en grandes quantités dans les eaux, ils entraînent la croissance excessive d’algues microscopiques, le phytoplancton. Quand ces dernières meurent et tombent au fond de l’eau, elles causent la prolifération de bactéries aérobies, qui consomment une grande quantité d’oxygène. Lorsque ce phénomène se produit dans des eaux qui ont tendance à se stratifier, l’oxygène des profondeurs baisse jusqu’à un taux de 2 ml/litre d’eau de mer, voire moins. On parle alors d’hypoxie.

Quand l’hypoxie perdure et s’aggrave, elle « entraîne la mort des organismes qui vivent sur les fonds marins, crustacés, coquillages, corail, qui constituent le benthos« , explique L.-A. Romana, responsable de l’environnement côtier à l’Ifremer. La chaîne trophique qui relie le phytoplancton, le zooplancton, les petits poissons et les grands prédateurs marins est alors rompue.

Le temps semble par conséquent venu, tant pour l’avenir des terres qui s’épuisent que pour celui des mers qui se vident, de reconsidérer certaines pratiques de l’agriculture intensive. Dans un rapport d’expertise scientifique rendu en juillet, l’Inra reconnaît que, pour une meilleure prise en compte de la biodiversité, il faut tâcher de « diminuer l’utilisation des engrais et des produits phytosanitaires« . MM. Diaz et Rosenberg suggèrent de réduire l’emploi des fertilisants de façon à retrouver les quantités utilisées au milieu du XXe siècle.