Daniel Nahon est professeur de géochimie à l’université Paul-Cézanne d’Aix-en-Provence. Grand connaisseur des fragilités de la Terre, il tire la sonnette d’alarme. « Les sols n’en peuvent plus. Nous sommes au bord de l’abîme et, si cela continue, il y aura des famines« , s’emporte-t-il. A force de pollution industrielle, de pesticides à hautes doses, d’urbanisation forcenée, d’érosion, de déforestation et d’irrigation mal contrôlée, près d’un quart des terres utilisables dans le monde, en effet, sont déjà dégradées. Et leur proportion par habitant se réduit comme peau de chagrin, quand il faudrait doubler la production agricole, d’ici à 2050, pour nourrir 9 milliards de Terriens.

(…) Lassé de l’indifférence quasi générale sur cette question cruciale, Daniel Nahon a publié L’Epuisement de la terre, l’enjeu du XXIe siècle. Il y rappelle que le sol cultivable, qui a permis à l’homme de passer du stade de chasseur-cueilleur à l’agriculture, a mis des milliers d’années pour se constituer.

Il a fallu pour cela que la roche mère se décompose, puis qu’elle soit fertilisée par le lent travail des plantes et des bactéries. Non renouvelable, ce patrimoine devrait être considéré comme un bien mondial à protéger. D’autant plus précieux qu’en l’état actuel de nos connaissances techniques, on ne peut se passer des sols pour les cultures.

(…)

Rien que dans l’Hexagone, « l’urbanisation – routes et villes – provoque à elle seule la disparition de 60 000 hectares de bonnes terres arables par an« , explique Dominique Arrouays, directeur de l’unité Infosol à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) d’Orléans. « Cela représente en 10 ans l’équivalent d’un département français !« , dit-il. A cela s’ajoute l’érosion, que va inévitablement amplifier la montée en puissance des phénomènes météorologiques extrêmes. Une seule pluie très forte, si elle survient sur une zone en pente, suffit en effet à faire disparaître 50 tonnes de terre… Avec, à terme, un réel danger de désertification.

(…)

Extraits du Monde.