Enfin une après-midi calme, le temps de se poser et d’écrire… la tempête musicale du mois de juin n’est pas encore complètement finie, mais les plus gros tourbillons sont passés.

Mercredi dernier, j’avais mon examen final de flûte traversière. Final car c’était, hélas, ma dernière année de cours… L’académie de musique avait mis les petits plats dans les grands en organisant un « concert des finalistes » : une chanteuse, deux pianistes et deux flûtistes (une autre soirée était réservée aux violons). Trois membres du jury étaient présents pour représenter chaque instrument, en plus de la directrice. Autre originalité, le programme avait été établi suivant la chronologie des morceaux (baroque, classique, romantique, etc.) plutôt que « par élève ».

Cette audition publique était un gros stress pour moi, comme chaque année. D’autant plus qu’un de mes morceaux était un duo de Danzi avec ma prof de violoncelle et que la pauvre, s’étant blessée à un doigt, a dû déclarer forfait dix petits jours avant l’examen. Ce fut une belle panique me concernant… car pas facile de trouver un remplaçant de niveau suffisant, au pied levé !! D’ailleurs l’ombre d’une malédiction semblait rôder : la prof de piano qui accompagnait mes autres morceaux s’est également fait mal une ou deux semaines avant l’audition, en tombant dans l’escalier… mais finalement ce fut un accident sans conséquence, ouf !

La violoncelliste remplaçante (bénie soit-elle !) a travaillé d’arrache-pied sur les partitions, nous nous sommes vues environ un jour sur deux pour ce duo. Il y avait un vrai travail de musique de chambre à mettre en place car ce sont des variations qui se succèdent et le tempo varie énormément. Au niveau de la flûte, c’était mon morceau le plus facile, et je n’avais pas prévu d’y consacrer autant de temps… vu les circonstances, je me suis donc retrouvée à négliger quelque peu mes deux pièces principales (2ème et 3ème mouvements du Concerto pour flûte de Reinecke). Faut ce qu’il faut.

L’audition a commencé ‘en douceur’ par un morceau qui ne faisait pas officiellement partie de mon programme : j’accompagnais la chanteuse dans un aria de la Passion selon Saint-Mathieu, de J.S. Bach. De savoir que je n’étais pas évaluée, je n’ai quasi pas stressé. C’est d’ailleurs le seul morceau où j’ai fait ce qui s’appelle un « sans faute ». Le Danzi s’est assez bien passé aussi, on l’avait déjà joué mieux que ça lors des répétitions mais bon… étant donné le contexte c’était plus qu’honorable !

Après une pause pour aérer la salle (qui est au grenier !), j’inaugurais la seconde partie avec ce cher Reinecke. Le 2ème mouvement, lento e mesto, s’est presque joué ‘tout seul’. Juste une ou deux méchantes notes qui n’ont pas voulu bien sortir, bref trois fois rien. J’étais contente de ce bon départ mais je sentais la pression qui sournoisement montait, montait, montait… Surtout que le plus dur était à venir : le 3ème mouvement ! Il me faisait un peu peur, car il est très long et il y avait quelques parties où je sentais que je maîtrisais moins. J’avais manqué de temps pour consolider ces passages…

Il y eut effectivement des accrocs, mais pas forcément là où je les attendais !! Dans l’ensemble j’ai réussi à rester relativement maître de mon stress, et cela j’en suis très fière. C’était le plus gros défi pour moi. J’étais rassurée par le fait que je savais que je pourrais facilement rattraper la mayonnaise, où que je me plante : la pianiste pouvait continuer tout droit, je connaissais sa partie par coeur. Mais pfiou, j’ai quand même eu chaud !

Pendant les applaudissements, la pianiste, toute guillerette, me dit d’un ton espiègle : « C’était chouette on s’est bien amusées ! » Moi j’étais rouge brique, vidée par le stress et l’émotion, juste soulagée que ce soit fini… Elle m’a dit par après que, techniquement, j’avais déjà mieux joué mais qu’au niveau de la musicalité, cela avait été plus « lâché » et plus expressif que d’habitude. Pour ma part j’étais contente mais pas entièrement satisfaite, car je savais que je n’avais pas donné le meilleur de ce que je peux faire. Oui je sais c’est horrible d’être perfectionniste, mais je me soigne 😛

Enfin quoi qu’il en soit j’ai été très surprise quand j’ai eu les résultats de l’examen (TB+) et les commentaires des membres du jury. Ils étaient tous très positifs, me félicitant pour mon beau son, pour ma musicalité… j’étais vraiment aux anges ! Ca m’a fait beaucoup de bien pour ma confiance en moi. La jury de chant m’a demandé si je n’avais jamais songé à chanter, et qu’elle aimerait beaucoup me donner cours… Elle m’a laissé ses coordonnées. Je lui ai dit que ma timidité et moi, on allait y réfléchir ^^’

Ce matin, c’était un mini-concert au château S. pour fêter les « jubilaires » de la commune : les couples qui fêtaient leurs noces d’or cette année (mais aussi trois couples qui fêtaient leurs noces de diamant !). Ils nous avaient demandé de jouer une dizaine de minutes. Nous n’avions pas pu reprendre les pièces travaillées durant l’année en musique de chambre car elles nécessitaient toutes un piano, or il n’y en avait pas là-bas. Sur le pouce, nous avons donc improvisé un nouveau groupe (nous n’avions encore jamais joué toutes les trois ensemble) et travaillé les trois mouvements du London Trio I de Haydn avec deux flûtes et violoncelle.

La directrice et la prof de musique de chambre étaient venues avec nous, et j’étais très heureuse de voir que mon prof de flûte (le seul homme dans l’histoire !) avait également fait le déplacement pour venir nous écouter. En plus, pour une fois, c’était encore meilleur au concert qu’en répétition ! Tout le monde avait l’air très content de notre prestation (y compris le bourgmestre qui a pu prendre ce temps à profit pour relire son discours, éh éh). Niveau stress, j’avais déjà tout donné mercredi, donc là j’étais presque relax 😆

Dernière ligne droite : l’audition de musique de chambre vocale, jeudi prochain… C’est la fameuse « Damoiselle Elue » de Debussy, dans laquelle une flûte intervient régulièrement. Je ne connaissais pas du tout cette pièce, et je suis tombée sous son charme… C’est un sacré morceau pour les chanteurs !

Après ça, mes tendinites aux poignets vont enfin pouvoir souffler…