Une extinction massive des espèces est annoncée pour le XXIe siècle

Extraits – LE MONDE | 07.01.06

La disparition des dinosaures a marqué, il y a 65 millions d’années, la cinquième extinction massive d’espèces. Un animal ou une plante disparaîtrait toutes les vingt minutes. Abordons-nous la sixième crise de la vie ?

La disparition des espèces s’accélère. Le rythme d’extinction des vertébrés et des plantes est déjà cent fois plus important que lors des temps géologiques, il y a des dizaines de millions d’années. Cette vitesse devrait être multipliée par 100 dans les prochaines décennies, soit un rythme 10 000 fois supérieur au taux estimé comme naturel.

Lors des grandes crises d’extinction, jusqu’à 95 % des espèces ont pu disparaître d’un coup, du moins à l’échelle paléontologique, sur plusieurs millions d’années. Je ne sais pas si on peut mettre ce qui se passe actuellement sur le même plan, mais la communauté scientifique pousse un cri d’alarme : nous sommes en train de modifier les systèmes naturels à tel point que des extinctions massives risquent de toucher tous les groupes d’êtres vivants, du champignon au gorille.

Pourquoi cette accélération ?

Les grands animaux, notamment les herbivores, disparaissent sur la plupart des continents depuis l’avènement des sociétés humaines, il y a des milliers d’années. Mais l’accélération actuelle, depuis la révolution industrielle, est principalement due à la destruction des habitats : déforestation, urbanisation, changement d’utilisation des terres…

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Que dire du changement climatique ?

C’est le troisième facteur qui menace la biodiversité. Selon une étude dirigée par Chris Thomas en Grande-Bretagne et basée sur les projections climatiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la planète pourrait perdre à l’horizon 2050 jusqu’au tiers des espèces existantes.

Sa méthodologie a été fortement critiquée. Mais l’exercice est intéressant. Peut-être que les espèces vont s’adapter. Mais il ne fait pas de doute que le changement climatique va devenir un facteur critique.

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Quels sont les moyens d’accroître la biodiversité ?

Tout d’abord, arrêter les destructions des habitats. C’est une mesure d’urgence. A plus long terme, il faut que l’homme réapprenne à vivre avec la nature. Je pense que cela est possible tout en gardant un mode de vie moderne. Cela veut dire repenser la structure spatiale des villes et de la campagne. Soit nous réussissons à réaliser une fusion plus importante de la ville et de la campagne, soit nous faisons des villes plus agréables à vivre.

Dans un monde globalisé, chaque individu devrait être amené à se penser non pas comme une personne isolée dans un endroit donné, mais comme un maillon d’une chaîne qui le relie à la nature. Si on parvenait à éduquer les enfants et les citoyens à réfléchir de cette façon-là, nous serions tous beaucoup plus connectés non seulement à la nature, mais aussi aux autres.

Près de 9 milliards d’habitants peupleront la planète en 2050, soit 50 % de plus qu’aujourd’hui. Va-t-on pouvoir inverser le processus de destruction de la biodiversité ?

La période est critique. Tout se déroule actuellement à des vitesses invraisemblables. Nous détruisons, et les systèmes naturels n’ont pas le temps de s’adapter. Nous commençons à voir quels sont les impacts de nos agissements sur le climat, la productivité des pêcheries ou de l’agriculture. Parallèlement, la population va augmenter de façon substantielle. Les limites de résistance de la nature sont extensibles, mais pas à l’infini.

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Propos recueillis par H. Kempf