Vendredi 14 octobre 2005 – Retour à Ankara

La Cappadoce, c’est fini. Nous refaisons nos sacs et direction le centre de Göreme, d’où partent les bus. A peine sommes-nous au guichet qu’un bus pour Ankara arrive, il s’agit de celui de 9h qui est en retard d’un quart d’heure. Nous sautons dedans en quatrième vitesse !

Les ruines d’un caravansérail, en passant… Cette fois-ci, nous n’aurons pas droit aux multiples cérémonies du thé, juste à l’eau de Cologne. C’est manifestement à cause du ramadan. Sur les 5h de trajet, on reçoit un seul verre d’eau. Verre d’eau qu’ils ont réussi à asperger d’eau de Cologne au passage, beurk !! Nous longeons comme à l’aller le grand lac salé.

A Nevşehir, c’est-à-dire juste après avoir quitté Göreme, le bus fait une pause et attend 10h pour repartir. Après, nous n’aurons plus de pause jusqu’au relais déjà visité lors de l’aller. On y était resté 3/4h à cette occasion, mais on avait mangé sur le pouce car ils avaient annoncé un temps de pause beaucoup plus réduit initialement. Du coup cette fois-ci, on prend le temps d’aller commander un truc chaud (il est 13h). C’est pas de la grande cuisine hein, juste qu’ils nous réchauffent une sorte de börek déjà cuit.

Ben même ça on n’a pas eu le temps. On a vu les gens se rediriger vers le bus, mais les gars du snack nous rassuraient, nous disaient « no problem » en nous faisant signe de nous rasseoir. Tu parles !! Ils ont mis le moteur en route, AàG a juste eu le temps de leur lancer un billet (gardez la monnaie) et moi d’emballer notre dîner dans une serviette, puis on a couru vers le bus à toutes jambes… La pause a duré moins de dix minutes cette fois-ci. Fichu ramadan !!

Ca m’a stressé cette histoire parce que quelques jours auparavant, on soupait sur la grand route de Göreme quand on a aperçu dans le noir un touriste qui galopait en plein milieu de la rue en hurlant après son bus qui s’en allait sans lui, avec probablement tous ses bagages dedans, peut-être même ses papiers et son argent… j’ignore comment l’histoire s’est terminée pour lui mais c’est vraiment horrible comme mésaventure.

Nous arrivons à la gare des bus d’Aşti (Ankara) vers 14h15. On se fait immédiatement accoster, de manière plutôt cavalière pour ne pas dire sauvage, par plusieurs personnes « TAKSI ! Taksi ?». Nous reprenons le tram et le métro jusqu’à Ulus. Il est hors de question de remettre les pieds au même hôtel que la dernière fois, nous en cherchons un qui soit plus reculé par rapport à la grande artère. Nous choisissons le Yildiz Hotel, qui a deux étoiles et coûte le même prix que le Aktaş. Comme d’habitude, la réception est en marbre mais les chambres sont pourries ! Enfin elles sont déjà bien mieux que le Aktaş et elles donnent sur l’arrière, cela devrait donc être plus calme. Vue depuis la chambre :

Après avoir déposé les sacs, nous partons visiter la ville, ce que nous n’avions pas eu l’occasion de faire à l’aller. C’est un immense chaos routier parmi des buildings quelconques, le nombre de véhicules et la largeur des routes sont impressionnantes. Il y a un système que j’apprécie beaucoup, c’est l’affichage au-dessus des feux du temps restant pour cette couleur. C’est tout simple mais il fallait y penser et mettre l’idée en œuvre !

On voit de tout, de la carriole au modèle grand luxe dernier cri, en passant par tous les intermédiaires. Il y a également un grand nombre de taxis et de dolmuş qui foncent dans tous les sens sans se soucier des autres usagers. Après la campagne cappadocienne, ce milieu urbain ultra bruyant et stressant est difficile à supporter…

Il y a une grande pastanesi (pâtisserie) qui nous fait de l’œil, ses vitrines sont appétissantes et un cuistot a établi sur le trottoir un plateau de cuisson où il élabore des boulettes de pâte trempée dans le miel. Sur la photo le cuistot pose tout fier et sérieux, mais dans la réalité il était très souriant 🙂
Ca sent bon et ça a l’air délicieux, nous lui en prenons un paquet saupoudré de cannelle et nous nous trouvons un banc dans une rue plus calme pour déguster. En fait c’est hyper gras et hyper sucré, ça nous pèse sur l’estomac comme si c’était des boulettes de béton !

Nous commençons l’ascension du parc, cela fait du bien de s’éloigner des bruits de circulation et des échappements puants. En haut de la colline se trouve l’ancienne ville fortifiée. La montée est ardue, les boulettes refusant de passer correctement le cap de la digestion ! Le parc est verdoyant et tranquille, il y a plein de bancs et nous ne sommes pas avares de nos fesses 😉

En fait ce parc est le purgatoire entre deux enfers. Celui du bas je vous l’ai déjà un peu présenté et il n’est pas fort différent de celui qu’on peut rencontrer dans d’autres capitales. Celui du haut est plus surprenant.

Passé la porte des anciennes murailles, c’est la vieille ville. Elle se compose de maisons pauvres, souvent délabrées. Le contraste avec les immeubles que nous venons de quitter est saisissant, on croirait entrer dans un bidonville. Les rues, souvent étroites du fait de leur ancienneté, sont remplies d’enfants qui jouent. Il n’y a pas une voiture. C’est vraiment dommage, nous n’avons pas pensé à amener le dernier paquet de bonbons qu’il nous reste… Nous avons pris quelques photos dans les zones plus solitaires.

Je préfère de loin cette ambiance-là, les vieilles ruelles et les gens authentiques. Sauf que. Un enfant qui a peut-être 8 ou 9 ans s’attache à nos pas, nous parle et essaie de nous attirer dans une direction. Il ne connaît que quelques mots, principalement « hello » et « monsieur ».

Au début nous le trouvons sympathique et essayons de causer avec lui, mais en fait nous comprenons rapidement que la seule chose qui l’intéresse c’est « money », qu’il n’arrête pas de nous répéter de manière de plus en plus insistante. Il nous suit partout, tout le temps, et est vraiment très lourd. Nous finissons par le nier car il refuse de prendre en compte nos « hayir » répétés…

Quand nous arrivons au sommet de la citadelle, des petites filles d’une dizaine d’années se précipitent en courant vers nous pour nous vendre leur quincaillerie de bijoux pour touristes. Notre petit guide improvisé colle toujours à nos basques et répète sans cesse comme un perroquet « money mischieur », c’est à devenir fou. Un grand ras-le-bol s’empare de nous et on s’enfuit, las. De la laine sèche dehors. Des femmes essayent de nous interpeller pour nous vendre des foulards, etc. Je comprends bien qu’ils vivent dans la pauvreté et que les touristes leur apparaissent comme de providentiels billets sur pattes, mais ce matraquage est très fatiguant et démoralisant. Ce rapport d’argent plombe trop les relations avec les gens. Moi qui ai tant envie de voir l’Inde, je me demande finalement si je supporterais…?

Dès que nous passons la porte de la muraille, c’est la tranquillité. Cela nous fera penser au tunnel dans Chihiro… Je caresse deux petits chats sur un muret. On tente de remonter dans la vieille rue commerçante de l’ancienne ville mais le cœur n’y est plus vraiment.

Du coup on redescend le parc et on tournicote dans les quartiers plus modernes, pour faire passer le temps. Certains quartiers sont dédiés à l’électronique, d’autres à la plomberie… Le plus intéressant, ce sont les halles. Un immense marché couvert très esthétique.

Aucun endroit ne nous tente pour manger. Les salles sont enfumées, ça se bouscule… nous finirons par prendre un kebap à emporter dans un restaurant. En fait ce n’est quasi que du pain et des tranches d’oignons crus, avec vaguement un peu de viande, quelques feuilles de salade et une rondelle de tomate. Le tout n’est pas très bon. Nous décidons finalement d’aller acheter un paquet de biscuit et un litre de vişne suyu dans un supermarché (car oui, ici il y a des grands magasins, ça nous change).
A l’abri de la pollution et du bruit, dans notre chambre, nous mangeons un peu mais le moral et l’estomac ne suivent pas. Heureusement nous avons encore des réserves de papier toilette. Soirée assez morne, seule l’évacuation de la baignoire est assez rigolote.