Mardi 11 octobre 2005 – A propos du racisme et de l’arnaque en Turquie

Aujourd’hui nous retournons à Göreme. Il est 8h lorsque nous descendons déjeuner. Le logeur, auquel nous avions transmis notre horaire, n’est pas là. Un vieux monsieur qui se ballade dans le jardin de la pension lui téléphone et il arrivera finalement en moto à 8h30. Entre temps nous avions déjà descendu nos gros sacs, prêts à filer sans manger si nécessaire. Il faut encore compter le temps de préparation du petit déjeuner. C’est en triple vitesse que nous l’avalons car notre dolmuş est à 9h (et le prochain ne passe qu’à 11h). Heureusement, l’arrêt de bus est quasi en face du logement et nous arriverons à temps pour grimper dedans. Le véhicule est tellement bondé que nos sacs à dos se retrouvent ficelés sur le toit ! Ca ne nous rassure guère, on essaie de surveiller l’ombre pour s’assurer qu’ils sont toujours là !

Nous arrivons à Aksaray vers 9h40, le guichetier nous informe qu’il y a un bus direct (de la compagnie privée Yeni Aksaray) pour Göreme à 11h. Sinon on peut prendre le dolmuş pour Nevşehir à 10h30, et de là nous aurons un dolmuş pour Göreme (20 minutes d’attente, mais c’est 2 liras moins cher au total). Le temps qu’il nous explique tout cela et qu’on soit sûr d’avoir bien compris, il y a plusieurs autres personnes qui s’en sont mêlées, chacune essayant de nous persuader de prendre celui-ci ou celui-là !! L’intention est sans doute gentille mais c’est vite étouffant. Impossible de parvenir à savoir lequel arrivera en premier à Göreme. Nous nous décidons finalement pour le premier qui part, l’indirect. Nous avons peur de nous ennuyer à rester dans cette gare des bus plus d’une heure.

Nous achetons un petit pain sur le « marché », qui occupe en fait toutes les places libres entre les dolmuş ! Pour s’asseoir à l’ombre et manger confortablement, nous décidons d’aller prendre un thé sur la petite terrasse d’un café. Nous devrons vraiment insister auprès du patron pour les payer, et il nous demandera un prix dérisoire (0,25 lira par thé). Quand nous nous levons, il nous fait comprendre que même si nous ne consommons pas, nous pouvons rester assis à sa terrasse. Il est vraiment gentil mais nous ne voulons pas abuser et nous commençons à avoir un peu froid à l’ombre.

On s’installe dans un coin et, chacun à son tour, nous allons faire une « reconnaissance » dans la terrible rue commerçante voisine. Quel bordel c’est !! En plus de tous les magasins et de leur étal débordant sur le trottoir, il y a plein de charrettes à bras avec des montagnes de noix, d’abricots séchés, et autres fruits… sans compter les marchands ambulants de montres, de chaussures, les voitures de tout âge et les carrioles tirées par des chevaux ou des ânes… La foule est dense mais pas le moindre touriste là-dedans, ça nous change agréablement.

Le carrelage sur lequel je me suis assise en attendant le retour d’AàG est très froid. Un chauffeur de bus arrive soudain pour me mettre une grosse planche de polystyrène expansé sous les fesses – elles étaient effectivement gelées, mais comment l’a-t-il su ? Quoi qu’il en soit c’est une attention charmante et elle me réchauffe le cœur en plus des fesses 😉

Nous changeons d’avis pour le bus : les environs sont tellement animés que nous ne nous ennuyons pas. Nous optons donc pour le direct. L’employé des bus, ne nous voyant pas partir à 10h30, vient nous trouver. Le chauffeur du dolmuş se lamente parce que nous ne prenons pas le sien et que nous préférons une société privée, il est assez saoulant.
Une fois parti, l’employé nous apprend qu’en fait le direct ne part pas d’ici ! Il s’était bien gardé de nous le dire… nous devons prendre dare-dare une navette qui nous conduira à la gare des bus (ici c’est la gare des dolmuş, les petits bus). Nous arriverons heureusement à temps pour monter dans le bus direct, qui se rend jusqu’à Kayseri.

En nous délivrant notre billet pour Göreme dans le bus, l’accompagnateur nous demande si nous venons d’Israël. Très surprise par la question, je lui réponds que non, nous venons de Belgique. Il ne répond rien. D’où cette idée a-t-elle bien pu lui venir ? Je ne pense pas qu’Israël soit rempli de blondes aux yeux bleus avec une peau couleur chicon ??

Le voyage se passe bien jusqu’à Nevşehir, où le bus fait un mini-arrêt. Là, l’accompagnateur nous dit de descendre. Nous répondons par la négative, puisqu’ils doivent nous déposer à Göreme… mais il insiste, le chauffeur aussi, et comme nos bagages se retrouvent sur le bitume nous n’avons pas d’autre choix que d’aller les rejoindre, nous ne comprenons pas trop ce qu’il se passe. Un autre couple de notre âge se rend à Göreme et descend également.

On se rend compte qu’on s’est complètement fait arnaquer par la société Yeni Aksaray. En effet, nous devons maintenant poireauter pour prendre le dolmuş et il nous faudra payer 1 lira par personne pour le trajet Nevşehir-Göreme alors que nous avons payé pour un billet Aksaray-Göreme à la compagnie privée Yeni Aksaray. On se rend également compte, en discutant, que l’autre couple de touristes vient… d’Israël. OK les gars, on a compris maintenant. C’est très probablement par pure mesquinerie (pour ne pas dire racisme) envers les Israéliens qu’ils nous ont ainsi débarqués avant destination :-s

Arrivés à Göreme, nous essayons d’expliquer au chauffeur du dolmuş que nous avons déjà payé notre billet mais bien évidemment, il exige qu’on le paie car l’argent de notre premier billet va à une autre compagnie que la sienne… Comme nous causons une certaine agitation, d’autres personnes viennent s’attrouper. Quand on explique l’arnaque dont nous avons été victime, en montrant nos billets de Yeni Aksaray, ça n’a pas l’air de les surprendre plus que ça. Un chauffeur d’un autre dolmuş tente même de nous dissuader d’aller voir les gendarmes : on va perdre beaucoup de temps pour pas grand-chose, on ferait mieux de laisser tomber, c’est quand même pas pour 1 lira de perdu… évidemment si tous les touristes laissent tomber, c’est tout bénéfice pour eux. De mauvaise humeur, nous nous montrons très résolus et il finira de mauvaise grâce par nous indiquer où trouver les jandarma… en fait, il nous a dirigé vers une gendarmerie fermée !! Conclusion : ne voyagez jamais avec les bus de Yeni Aksaray…

Les Israéliens, qui nous ont suivi partout, iront loger au même endroit que nous : notre Şato Pansiyon chérie dont le logeur est tout heureux de nous revoir, surtout qu’on lui ramène du monde en plus 🙂 Les Israéliens sont ravis du logement, et très heureux de bénéficier de nos conseils et de nos expériences dans la région ; c’est leur premier jour en Cappadoce et ça avait mal commencé… Durant le trajet nous avions pas mal discuté avec eux et ils étaient assez sympathiques. L’anglais du monsieur n’était pas toujours facile à comprendre à cause de l’accent.

Nous reprenons tout de suite nos bonnes vieilles habitudes, comme si cela faisait trois siècles que nous habitions à Göreme : nous descendons au shop du vieux Mehmet du bas de la rue pour acheter de quoi pique-niquer, et nous nous installons « Chez Mehmet », càd à la terrasse du restaurant qui est fermé durant tout le Ramadan. Je surveille du coin de l’œil et avec beaucoup d’amusement un couple de touristes d’âge moyen qui est en train d’examiner le panneau avec le menu du restaurant. Ils s’installent à l’autre bout de la terrasse et attendent manifestement qu’un serveur vienne prendre leur commande. Les volets fermés et le frigo de boissons cadenassé auraient pourtant dû les mettre sur la voie ! Je me lève et leur dis avec malice « You know it is closed ? ». Surpris, le gars me répond « …but you have bread ! » ^^

Pour le dessert, ne changeons pas les bonnes choses : une crêpe à la banane et au chocolat au Mercan ! Malheureusement le serveur n’est pas notre chouchou habituel et du coup nous recevons cette fois-ci une portion qui me paraît deux fois plus petite… Nous n’avons pas le temps de nous apitoyer sur les tailles relatives de nos estomacs et de nos desserts car soudain, la musique devient… « haşni » (phonétique, il s’agit en fait de Yaşin Tutmaz de Gökhan Özen) !!! Rhaaa, depuis le temps qu’on voulait savoir qui chantait ça ! On demande aux serveurs, au patron, au disquaire d’à côté… ils rient beaucoup mais personne ne sait et ce n’est pas indiqué sur le disque. AàG sort alors l’enregistreur et ils augmentent le volume 🙂

Finalement, le patron nous propose de ranger le micro et de nous faire une copie du disque. En attendant, nous reprenons un deuxième thé et soudain je vois une tête connue qui passe dans la rue… AàG s’écrie « Arno !! » et c’est effectivement bien lui, l’Allemand que nous avions rencontré avec Süleyman à Aynali Kilise. Du coup il vient s’installer pour prendre un café et nous montrer ses photos du Erciyes Daği… qu’il a escaladé tout seul et en quatrième vitesse, finalement ! Ce n’est pas très raisonnable de faire un sommet de plus de 4000m seul, surtout qu’il n’est plus tout jeune même si sa forme physique est épatante.

Quand nous recevons la copie du CD, Arno me demande de quoi il s’agit… je lui explique en deux mots que c’est la première chanson que nous avons entendue en arrivant en Turquie, et que du coup elle est spéciale pour nous. Même s’il ne l’a jamais entendue, il demande au patron une deuxième copie pour lui ! En fait sur le CD ils ont mis les fichiers sous format mp3 donc nous avons quelques heures de musique turque 🙂

Nous devons le quitter assez rapidement car nous voulons aller à Ürgüp et il n’y a des dolmuş que toutes les deux heures.
Arno nous avait dit que c’était « cheun » comme petite ville, et effectivement ça l’est (sans plus). C’est la première fois que nous voyons une horloge publique, elle a la forme d’une cheminé de fée stylisée, son « chapeau » penché abrite en fait un capteur solaire.

Nous montons sur la colline aux souhaits (Wish Hill), qui abrite le tombeau symbolique d’un sultan guerrier dont je ne me rappelle absolument plus du nom. Le vert est la couleur de la mort chez les musulmans.

Nous nous promenons ensuite dans le vieux village troglodytique abandonné, sur la pente d’en face.

Deux moutons sont couchés sur le flanc et AàG ne peut évidemment résister à l’envie d’aller leur dire bonjour. Il y en a un qui a un collier multicolore avec une « laisse », l’autre est libre de gambader mais reste près de lui par solidarité ovine : en effet, je me rends compte que la grande corde qui sert de laisse est bloquée dans des pierres et des racines, et empêche le mouton de rejoindre le lieu où tous les déchets de légumes sont épandus à leur intention. Dès que je démêle le fil, ils se ruent tous les deux pour manger !! Pauvres petits choux…

Je profite ensuite de la présence de Mehmet-shops plus grands pour essayer de trouver des croquettes pour chat, car j’en avais volontairement épuisé le stock avant de partir pour la vallée d’Ihlara. Je rentre dans un magasin mais ne vois pas ce que je cherche. J’essaie de me faire comprendre comme je peux : « yemek kedi » (manger chat). Le Mehmet prend une tête épouvantée « yemek kedi ??? hayir !! » Je comprends la méprise et je finis par arriver à lui expliquer que, non, je ne veux pas manger les chats, mais les nourrir ! Rassuré et riant du quiproquo, il me suggère d’aller voir dans le magasin d’en face, beaucoup plus grand. J’y trouve effectivement mon bonheur 🙂

Nous nous promenons sans but dans la ville, mais le centre ancien est assez réduit. Autour, ce sont des quartiers modernes assez laids. En passant devant les rangées d’échoppes, AàG se fait héler par un barbier qui lui propose manifestement ses services, une belle lame entre les doigts – il refuse en riant, mais c’est vrai qu’il en aurait bien besoin ;-p

Nous irons ensuite dans une « pastanesi » (pâtisserie) mais ce n’est pas fameux. Les desserts turcs, hyper sucrés, sont souvent trop écoeurants pour moi. Nous essayons de choper le dernier bus pour rentrer mais ce n’est pas évident de savoir où est l’arrêt car rien ne l’indique. Nous demanderons à plusieurs personnes avant de trouver le bon endroit. Il faut se poster au bord de la route et essayer de repérer le (bon) bus à temps dans la circulation pour l’arrêter. Nous rentrerons sans encombre.