Et dire qu’aujourd’hui je n’aurais normalement pas dû venir travailler. J’aurais dû être vissée sur la toilette ou, au mieux, au fond de mon lit. J’aurais dû retapisser toutes les pièces de jolis motifs multicolores jusqu’à ce que l’odeur fasse fuir le chat. J’aurais dû passer la journée pliée en deux de mal sur mes crampes au ventre. J’aurais dû bénir le ciel d’avoir une pharmacie suffisamment complète à la maison.

Car hier soir, j’ai été manger dans la rue des pitas. C’est officiellement la « rue Marché au Fromage », près de la Grand-Place, mais personne ne l’appelle ainsi – je me demande bien ce qu’attend le bourgmestre pour la renommer ? C’est, comme son nom l’indique, une rue pleine de snacks (à pitas, oui oui cher lecteur) destinés aux touristes, où tout a l’air assez miteux. Quand l’inspection passe par là, ça ne doit pas être triste (non, ne me dites pas, pitié !). Avec la petite rue des Bouchers, il ne doit pas y avoir beaucoup pire niveau resto à Bruxelles.

Je ne suis pas suicidaire mais des raisons indépendantes de ma volonté m’ont donc entraînée au fin fond d’un de ces snacks hautement suspects. Déjà rien que de se promener dans le coin, ça fait froid dans le dos. Petite rue étroite, rendue encore moins large par les tables installées partout, composée exclusivement de snacks décorés par de grandes photos glauques de pitas et durums… Avec, devant chaque entrée, le serveur chargé de ferrer le poisson : Bonjour, Hello ! (j’avais presque envie de répondre merhaba) Les restos aussi sont étroits, puisque les vieilles maisons bruxelloises qui les abritent étaient toutes bâties en hauteur.

J’ai à peine osé jeter un coup d’oeil sur la graisse des friteuses, ho ho drôle de couleur. Les plats ont mis un temps considérable avant d’arriver, beaucoup de gens entrés après nous étaient déjà servis depuis longtemps… Finalement, le plat, ça allait. Les frites étaient même pas dégueu. Etonnée j’étais. Je me suis dit : y a une astuce, c’est cette nuit ou demain matin que je payerai la vraie addition ! Ben même pas. Je ne suis pas malade. Je ne comprends absolument pas comment c’est possible. Il faut croire que mon estomac a muté pendant le séjour en Turquie et qu’il est à présent hyper résistant.