Mercredi 5 octobre 2005 – Comment se faire pigeonner

Cette nuit, vers 3h, nous sommes réveillés par des bruits de percussion venant du dehors. Ca ressemble à du tam-tam et manifestement le musicien se sent en verve, il n’a pas envie de s’arrêter. Parfois le son s’atténue, parfois il s’amplifie, ce petit jeu dure un bon moment et nous pestons contre cet empêcheur de dormir en rond – n’oublions pas qu’ensuite il y a encore la prière vers 5h30 ! En fait c’est parce que le ramazan a débuté la veille au coucher du soleil. Ainsi pendant toute la période de ramadan, le joueur de tam-tam a comme mission de passer dans chaque rue pour réveiller les gens afin qu’ils mangent. Dans certaines villes, ce n’est pas avec un tam-tam mais carrément par haut-parleurs. Je plains les insomniaques et tous ceux qui ont de jeunes enfants.

Ca me fait bien rire car sur les forums, quand on pose une question du style : est-ce que les restaurants seront ouverts à midi pendant le ramadan, c’est limite si on ne se fait pas incendier : « Il serait temps que les étrangers comprennent que la Turquie est un état laïc. » Oui ben désolée mais quand on est sur place, ce n’est vraiment pas l’impression qu’on a ! La religion musulmane s’impose dans la vie de TOUS et de manière complètement irrespectueuse. Déjà on dirait qu’il y a un minaret par 1000 habitants, les mosquées sont toutes en très bon état et donnent une impression de richesse discordant complètement avec les taudis dans lesquels les gens vivent… mais alors en plus les haut-parleurs disséminés dans toute la ville et hurlant leurs cinq prières par jour (avec parfois des « extras »), non vraiment, ça crée un complet blocage – pour ne pas dire rejet – chez moi. Même les horaires de bus sont adaptés au ramazan, alors pour la laïcité, y a encore du progrès à faire les p’tits gars. Le pire fut dans les campagnes, j’en parlerai dans la suite du compte-rendu et vous comprendrez mieux pourquoi en quinze jours je suis passée de la neutralité à l’allergie vis-à-vis de cette religion.

Le matin, nous nous sentons (of course) un peu rectoencéphalitiques. Nous visitons la fameuse cité souterraine que l’oncle d’Hussein (Hussein c’est notre logeur) a découverte en rénovant la Venessa pansiyon. Elle présente 13 niveaux, nous a-t-on affirmé (euh, en comptant les marches d’escalier ?). Bref, c’est comme le tunnel secret du roi Machin qui passait sous la Loire 😉 C’est en fait tout petit – mais loin d’être inintéressant pour autant : il y a des galeries qui montent (!), d’autres qui descendent, il y a des escaliers, des chambres, des « téléphones » (creusement de quelques centimètres de diamètre
reliant deux pièces), des parties qui sont encore à désobstruer, des anneaux creusés dans la roche pour attacher le bétail, des meules pour obstruer les entrées, une petite rivière souterraine, des poteries de grande taille extrêmement anciennes… cette visite est bien sympathique.

Les galeries des cités souterraines sont basses et étroites, c’est pour que les ennemis soient dans une position aussi inconfortable que possible : pliés en deux et obligés de passer un par un. Ainsi ils sont bien plus vulnérables. Dans les chambres par contre on peut généralement se tenir debout.

Nous quittons ensuite Avanos avec armes et bagages, nous déménageons vers le centre de la zone qui nous intéresse : Göreme. Cette petite ville est (était) charmante avec toutes ses cheminées de fée… mais elle se fait complètement dévorer par le tourisme. Les rues se composent à présent de pensions, de restaurants, de magasins de tapis et de boutiques de souvenirs…

Nous nous rendons à l’office de tourisme, qui devrait plutôt s’appeler « accomodation office » car il s’occupe principalement des logements. Des dizaines d’affiches sont placardées à l’intérieur, de l’artisanale écrite à la main avec des dessins d’enfants jusqu’à la professionnelle imprimée sur papier glacé avec photos et traduction en japonais ! Il y en a une qui nous fait bien rire car ils ont écrit au fluo « good vibrations » ^^ Nous demandons conseil à l’employé de l’office : quelle est la plus calme ? Il nous oriente vers Keleş Pansiyon, une pension familiale située tout en haut de la ville, complètement à
l’écart du centre touristique, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Le (grand) fils de la maison vient à notre rencontre sur le chemin pour nous guider. On ne sait jamais : si on avait eu l’idée de s’arrêter à une autre pension en cours de route ? Il est de fait que les rues sont truffées de pansiyon et otel ! Ca monte bien pour aller jusqu’aux falaises, et il fait chaud, je ralentis de plus en plus… Dois-je préciser que ça n’a pas provoqué la moindre proposition de portage de sac ? Arrivés à la pension, il y a encore ces terribles escaliers de géants pour parvenir à la terrasse du 2éme étage. (Dois-je préciser que… non ? bon)

Plusieurs chambres donnent sur cette terrasse, le logeur nous montre la nôtre : elle n’est pas encore nettoyée mais ça a l’air acceptable. Seule la salle de bain me refroidit (quoi que a posteriori elle n’était pas si mal que ça… mais je ne voudrais pas déflorer la suite du récit ;-p) La douche se compose d’un robinet et d’un flexible avec pommeau. C’est tout. Il n’y a pas de bac en dessous pour récolter l’eau, celle-ci se répand dans toute la salle de bain jusqu’à trouver l’évacuation. Il n’y a pas non plus de paroi ou de rideau pour éviter d’en mettre partout. Or la salle de bain est petite et donc ça éclabousse tout, de l’évier au wc rien ne reste sec. Il est donc impératif de veiller à :

– fermer le couvercle de la poubelle
– sauver le papier toilette ailleurs (loin) (très loin)
– mettre les vêtements et les essuis (serviettes pour les Français) à l’abri
– idem pour les chaussures si on ne veut pas qu’elles se transforment en piscines ou en radeaux.

Disons que c’est assez folklorique mais peu pratique !

Le logeur tient cette pension depuis facilement une vingtaine d’années. Il nous propose un elmali çay, une infusion à la pomme qui est servie aux touristes pour qui le thé turc est souvent trop fort. Ca a vraiment une jolie couleur et un bon goût d’elma (pomme). Je vois AàG qui met d’office deux sucres dans son verre sans goûter, comme pour le thé turc normal… J’éclate de rire car moi qui aime le thé très sucré, je trouve celui-ci déjà limite écoeurant ! Il ne recommencera plus l’erreur par la suite 😉

Le logeur nous sort une dizaine de livres d’or dans lesquels un nombre impressionnant de touristes d’origines (très) diverses ont laissé une trace de leur passage. Il y en a qui nous font bien rire ! N’essayez pas de boire du raki (sorte de pastis local) avec le logeur étant donné qu’il est professionnel dans cette catégorie et que vous le regretteriez le lendemain matin – Filles seules, faites attention à vos fesses – Faites boire le logeur avant de discuter le prix de la chambre – Nous venions pour une seule nuit et après une semaine nous nous décidons quand même à repartir – etc. Ces témoignages nous donnent une image très positive de la pension, et cela laisse augurer des soirées de discussions intéressantes avec le logeur. En plus AàG rêvait de goûter ce fameux raki 😉

En redescendant vers le centre de Göreme, je me fais interpeller par un vieux monsieur solitaire assis devant la cour d’une maison. Il soulève sa canne qui sert de présentoir à des bibelots qu’il vend. Sa petite-fille de cinq ou six ans arrive et me montre ceux qu’elle porte pour que je voie bien comme c’est joli… Je me laisse fléchir et lui demande kaç lira (combien), il répond besh (5). J’accepte de lui en prendre un mais quand je lui tends le billet il fait non de la tête. Une femme arrivée entre-temps, que je suppose être la mère de la fillette, me dit sekiz (8 ) en me montrant avec ses doigts. Je ne comprends pas ce changement de prix et finalement ils me diront ok pour mon billet de cinq. J’offre à la fillette et à sa petite sœur (qui vient elle aussi d’arriver !) des nœuds flashy pour les cheveux avec des têtes de lapin multicolores et elles sont toutes contentes. Leur mère les met tout de suite dans leurs cheveux. (Si on était encore resté dix minutes de plus, je me demande combien de personnes supplémentaires seraient arrivées ??)

Notre programme de la journée c’est güvercin vadisi, la vallée des pigeons, ainsi nommée car elle contenait beaucoup de pigeonniers troglodytiques. Cette vallée a une réputation presque aussi touristique que la vallée rouge, la promenade fait quelque chose comme 4 km et relie Göreme à la citadelle d’Uçhisar. Nous avions lu plusieurs mésaventures concernant cette vallée, mais est-ce qu’un pigeon averti en vaut deux ? Vous le verrez par la suite…

Je vous copie-colle les deux extraits qui nous avaient mis la puce à l’oreille : « Le départ se fait depuis le vieux quartier d’Uçhisar. Toujours rester sur la pente gauche, car à peine plus loin, il faut absolument remonter sur le petit promontoire que l’on distingue facilement. En effet, le passage au fond de la vallée est dangereux. Sur le promontoire, revenir en direction de la route, et plonger dans le petit vallon sur votre droite. Celui-ci débouche sur la vallée principale. La suite est facile. On passe notamment dans un tunnel creusé par l’homme pour l’accès des charrettes. On arrive dans le village de Göreme 1 km après. » et « Descente hasardeuse et escarpée dans la vallée des pigeons ; c’est un véritable enchantement ! Le sentier passe sous Uçhisar et ses innombrables cheminées de fées avec ouvertures multiples. Vallée ouverte et cultivée. Ensuite, au bord d’un canyon abrupt, ça se gâte.. ! Plus aucune trace de chemin ! Nous revenons sur nos pas et c’est là qu’intervient « Mehmet » qui comme par hasard vit là sous une vielle tente, avec ses chiens. Il nous confirme en germano-anglo-franco-turque que c’est très dangereux et nous guide pour passer au dessus de la barre rocheuse ; c’est très sportif, mais nous pouvons ainsi retrouver le chemin officiel, bien sur toujours non balisé !..sinon à quoi serviraient les guides de fortune ! C’est là que Mehmet est vraiment fort ; à aucun moment il ne nous a demandé quoi que ce soit, mais d’un autre côté, nous n’avions plus le choix que de revenir sur nos pas alors que nous étions à mi-parcours. Donc d’une manière très pro il nous guide, sécurise nos passages un peu escarpés. A la fin, évidemment je mets la main au portefeuille et lui tends un billet de 10 M/l (soit 5 euro), ce qui pour la Turquie nous semble pas mal….Mehmet aurait bien pris plus… ! Le chemin est ensuite très facile; nous passons sous des tunnels, le long d’une douce vallée cultivée, puis nous arrivons à Göreme. »

Nous faisons la promenade en sens inverse, depuis Göreme vers Uçhisar. Nous suivons tout d’abord la rivière (à sec) et effectuons un crochet pour aller voir :

– un creusement suspect qui se révélera être un début de galerie finissant façon terrier 🙂

– l’église Yusuf Koç, gardée par son traditionnel Mehmet

Nous essayons de garder le bord droit de la vallée conformément aux conseils, mais nous sommes dans une partie très facile donc pas de souci. Nous sommes environnés de vignes et de vergers qui nous procurent une ombre appréciable. C’est encore une journée bien chaude qui s’annonce ! La vallée et ses fameux pigeonniers ne sont pas transcendants, la promenade est sympathique sans plus. Nous entendons de la musique au loin sur notre droite, elle provient des lignées de Mehmet-shops situées au sommet de la falaise, le long de la route. Cela donne une ambiance étrange au fond de la vallée 🙂

La promenade n’est pas du tout balisée, mais d’un autre côté il n’y a pas des dizaines de chemin non plus. A un moment donné nous avons malgré tout un choix à faire car le chemin se scinde en deux.
Nous partons vers la gauche et une Française nous interpelle énergiquement du haut d’une barre rocheuse qui barre (comme son nom l’indique) le chemin. « Vous êtes Français ? » Non, belges. « C’est pareil ! » nous déclare-t’elle avec autorité.

Nous rejoignons cette peu sympathique personne par le côté. Elle nous demande comment continuer la vallée car derrière c’est un grand cirque rocheux complètement fermé. Son ton est presque agressif, comme si nous étions responsables de la géométrie des lieux. Nous n’en savons pas plus qu’elle… Le plan sommaire que nous avons est pour ainsi dire d’aucune utilité. Je lui demande si elle randonne seule et elle me répond oui avec un air toujours passablement énervé. Nous décidons d’aller voir par nous-mêmes comment cela se présente. Je lui dis que si nous trouvons un passage nous reviendrons la chercher. En fait elle se tire sans nous prévenir dès qu’on commence nos investigations… as you wish, ma biche ! (c’est une expression de Lara qui m’avait bien fait rire ^^)

Arrivés au fin fond du cirque rocheux, nous découvrons une échelle artisanale en bois dans un état assez pitoyable. Il lui manque notamment le premier et le dernier échelon. C’est très handicapant vu la taille des échelons, elle est devenue parfaitement inutilisable. Cette échelle permettait d’atteindre une zone de falaise pentue mais semblant escaladable car il y a des traces de passage. Enfin pour la partie que nous voyons de là où nous sommes, car après… mystère. Nous essayons de passer par un autre côté pour monter mais la pente est beaucoup trop raide et la roche, très fragile, se désagrège sous nos doigts et nos pieds, ne nous laissant aucune prise fiable. Il y a des fois où être têtu(e) ne suffit pas, nous sommes forcés de demitouriser même si ça m’enrage !

Nous revenons au Y de départ et tentons l’autre chemin. Il disparaît rapidement et on aboutit sur des falaises tout aussi peu amicales. Dès lors deux choix se présentent à nous. Soit nous abandonnons et retournons à Göreme, soit nous grimpons la falaise pour arriver à la route qui passe à son sommet (nous voyons des tentes de Mehmet-shops et de petites formes gesticulantes). On décide de tenter la grimpette, la falaise de droite étant plus abordable que celles qui nous barraient la route en face.

Il y a en fait juste un passage délicat… une pente assez raide dont la paroi est constitué de gravillons de roche. C’est un peu en creux donc je monte en quasi opposition, le problème étant que les appuis s’écartent de plus en plus au fur et à mesure de la montée. Jusque là c’était facile. Je suis à présent presque en haut mais mon appui principal est une racine morte située à gauche alors que je dois rejoindre le bord droit. Je n’ai que deux pas à faire, mais mon premier pied doit se poser sur cette fichue pente. Il faut que j’aille suffisamment vite pour me rétablir immédiatement sur l’autre pied. Je ne suis pas très convaincue ni rassurée.

AàG monte à son tour et, plus adroit, rejoint une motte de terre sur le bon côté. S’arrimant d’une main à une sorte de petite vigne morte, il me tend l’autre pour sécuriser ma traversée : « je t’assure, je ne te lâcherai pas ». Mouais… Bon, je ne peux décemment pas passer la nuit sur ma racine, surtout qu’elle rechigne un peu sous mon poids… allez zou, une petite prière au dieu des chats et on se lance ! Ceux qui ont parié « perdu » peuvent venir retirer leur lot gagnant auprès du stand d’accueil… Mon premier pied glisse sur la pente, il y a une avalanche de gravillons et de poussières et je n’ai pas le temps d’atteindre la terre promise avec l’autre. Par contre ma main a bien atteint celle de AàG, qui avait promis de ne pas me lâcher. Il tient sa promesse, mais… sa vigne morte décide de jeter l’éponge. Nous sommes à présent en mauvaise posture tous les deux. AàG s’est collé à la pente et semble tenir par… les genoux ? Je n’ai en fait pas vraiment le loisir d’étudier par quel miracle il contourne les lois de la gravité car j’ai quelques préoccupations du même ordre.

Je ne sais pas vraiment comment j’ai réussi à rejoindre ma motte de terre promise, ni comment AàG a suivi par la suite. Quoi qu’il en soit j’étais bien soulagée que ce soit terminé et par contre-coup la bonne humeur s’est tout de suite emparée de moi. Ca me faisait rire de penser qu’on avait peut-être été la « télé » des quelques dizaines de touristes allemands ou japonais admirant le point de vue du sommet de la falaise. Je les imaginais retenant leur souffle lors de notre glissade et soupirant d’aise au moment du happy end… j’éclate de rire en partageant cette scène imaginaire avec AàG 🙂

Parvenus au sommet, on a d’abord… vidé nos chaussures ! Ensuite on a repris rapidement la route car les cars de touristes qui venaient admirer la vue du Kaptan Osman étaient plutôt pénibles. Quelques (petits) kilomètres d’asphalte plus loin, nous arrivons au pied d’Uçhisar, une imposante colline dont le sommet a servi de forteresse.

La citadelle d’Uçhisar est réellement très impressionnante. C’est un double pic massif qui constitue (et de loin !) le point culminant de la région. La ville proprement dite se répartit sur les pentes à peine plus douces qui entourent cette forteresse troglodytique. Nous voulons évidemment nous rendre à son sommet. Pfiou, ils ont mis la montée… pis ils ont mis le chauffage aussi !

Après les rues et ruelles des quartiers habités, nous arrivons dans l’ancienne ville sise directement au pied de la citadelle. Elle est abandonnée et parcourue de petits chemins parfois subitement interrompus par un bel effondrement. L’entrée de la citadelle est payante, cela semble être (ou avoir été) un vrai gruyère mais les pièces souterraines accessibles aux touristes sont peu nombreuses : la majeure partie de la montée se fait par l’extérieur. Le sommet, très venteux, offre une vue superbe sur les environs.

Nous sortons de la citadelle et nous dirigeons vers l’autre partie de la ville, qui est plate. C’est par là que la grand route amène ses flots de cars, c’est donc là que se trouvent tous les Mehmet-shops (hello my friend !). Je rentre dans une pharmacie et montre mon problème au Mehmet. Il ne comprend pas. Pourtant je vous assure, j’étais bien rouge écrevisse ! Idiote que j’étais, de penser que la crème solaire ne me serait pas utile en octobre… Finalement un serviable interprète m’apprend qu’ils n’ont pas ce produit exotique mais que dans le market voisin ils pourront m’aider. On m’y propose, à prix d’or, deux indices de protection : 2 ou 8. J’ai failli éclater de rire. Zauriez pas de la 30 plutôt ? 🙂

Tartinée de ma récente acquisition, le « n°8 » (Chanel peut aller se rhabiller), je convainc AàG de rentrer à Göreme par la vallée, car la route asphaltée est vraiment chiante et puis je voudrais quand même *comprendre* comment cette vallée fonctionne. On prend la peine de demander à une locale quel chemin prendre, car il y en a dans tous les sens et on a le choix entre plusieurs « doigts » de vallées.

On s’engage dans un chemin de terre assez large, longeant d’anciennes habitations troglodytes dont nous visiterons un échantillon au passage… Il y a un grand nombre de sentiers, nous ne savons pas trop lequel suivre mais nous quittons le chemin large car il descend tout au fond. Or, suivant les recommandations trouvées sur le net, on veut rester sur le versant gauche et le plus en hauteur possible. La boussole nous dicte le reste, j’ai d’assez « good vibrations » concernant ce chemin, je t’assure « my friend » 😉

Au bout d’un moment, nous tombons sur un petit groupe de jeunes gens qui marche dans l’autre sens. En fait ils viennent aussi d’Uçhisar, et s’ils font marche arrière c’est parce que ce chemin-là s’arrête et il y a un obstacle infranchissable. Nous continuons notre propre sentier et j’aperçois en contrebas la fin du chemin dont ils nous parlaient, et… tiens, mais ne serait-ce pas la vieille tente du fameux Mehmet ? mais oui ! Par contre il ne s’y trouve pas, il est peut-être déjà en train d’aider d’autres touristes…

Notre sentier prend soudain une sale allure, nous sommes sur la crête de pointe entre deux « doigts » de la vallée. Nous devons monter au sommet de cette crête pour continuer le chemin, il y a sur la paroi quelques marches grossièrement taillées et fort espacées pour aider à grimper cette meringue. Euh, serait-ce ledit « petit promontoire que l’on distingue facilement » ?? La vue du sommet est vertigineuse, le vide abyssal à gauche, à droite et devant… on ne s’y attarde pas car le vent est fort et il ne s’agit pas d’être pris de vertige, nos pieds n’ont pas beaucoup de largeur pour se poser. Le chemin longe l’autre versant de la crête en descendant progressivement jusqu’au fond de ce doigt de vallée. L’autre groupe nous a suivi à distance et décide de suivre le chemin du bas tandis que nous préférons grimper l’autre versant de ce nouveau « doigt » car depuis le haut, il semblait y avoir un chemin. Celui du bas était à un moment coupé par quelques mètres de verticale et de là-haut on ne pouvait pas estimer si la désescalade était envisageable. Ca avait l’air assez abrupt en tous cas.

Une fois atteint, le chemin du haut est facile, par contre on a vu les autres passer énormément de temps au fameux point critique. Depuis notre falaise, nous attendons d’être sûrs qu’ils aient tous réussi à descendre avant de continuer notre route. Le soleil commence tout doucement à baisser, mais comme nous ne sommes pas au fond de la vallée ce n’est pas trop critique. Je souhaite aux autres de ne pas devoir faire demi-tour, car je ne sais pas s’ils pourraient remonter l’obstacle qu’ils viennent de descendre. Je ne crois pas qu’ils aient seulement songé à cela.

Notre chemin se poursuit, nous sommes aux trois quarts de la hauteur de la falaise et nous sommes rassurés par le fait que si le chemin s’interrompt, nous n’avons qu’à grimper ce quart restant pour rejoindre la route. Il y a régulièrement des endroits qui le permettraient. En fait, au plus ça va, au moins ça va. Le chemin se transforme en coulée d’animaux et la plateforme sur laquelle nous sommes se rétrécit et devient de plus en plus accidentée. Je surprends un magnifique renard qui ne doit pas croiser de touristes tous les jours ^^

Arriva ce qui devait arriver : nous sommes à nouveau parvenus sur une pointe entre deux doigts de vallées. Et ici, pas question d’escalader, c’est à pic de l’autre côté. Cela signifie également que notre doux rêve d’escalader le quart restant était un leurre, l’autre vallée se prolongeant assez loin derrière. Nous aurions dû régulièrement surveiller si une vallée ne nous décollait pas du bord ferme constitué par la route asphaltée. Nous voilà obligés de revenir sur nos pas pendant un long moment et le soleil ne sera bientôt plus du tout visible à l’horizon. Je sors ma lampe frontale car le bord étroit sur lequel nous sommes ne facilite pas la marche. Déjà, quand il faisait encore jour, j’ai eu une belle frayeur quand la touffe d’herbe sur laquelle je marchais a décidé de se faire la malle vers la profondeur de la vallée. Non mais vraiment, on a le chic pour se mettre dans des situations pas possibles ou quoi ?

Nous parcourons les dernières centaines de mètres dans l’obscurité. Nous sommes à présent revenus sur la route asphaltée mais nous avons dû tellement revenir en arrière que nous sommes plus proches d’Uçhisar que de Göreme ! C’est décourageant, se faire pigeonner ainsi. A force, mon pied droit me dit merde et mon pied gauche demi-merde. Ca donne un joli chant : mer-merde-mer-merde :-p

La nuit n’est plus un problème maintenant que nous sommes sur la route, aussi nous pouvons ralentir un peu le rythme. Nous arrivons chez Kaptan Osman, tous les Mehmet-shops sont déserts. Par contre ils laissent leurs chiens attachés là avec une laisse de quelques mètres à peine. Toute la journée et toute la nuit, ces chiens doivent devenir fous…

Nous continuons et arrivons à une deuxième lignée de Mehmet-shops. Un köpek (chien) aboie et arrive en courant vers nous. Oh oh… tout compte fait la laisse c’est pas si mal hein ? Heureusement monsieur le chien est jeune et jouette, je le caresse un peu pour faire copain et du coup il commence à nous suivre en bondissant autour de nous comme un fou ! On l’appelle « Copain » et sur les quelques kilomètres restants il continuera ses courses folles comme si on était le meilleur jouet qu’il ait eu dans sa vie ! Il marque très régulièrement son chemin en urinant donc nous ne sommes pas trop inquiets qu’il se perde. Sauf que, arrivés à Göreme, Copain est toujours là. Ca devient embêtant… Finalement c’est en entrant dans un restaurant qu’on parviendra à le semer. Sorry Copain, je me doute que tu n’as pas dû tout comprendre…

Le restaurant est assez bon et le serveur très sympathique, c’est la première fois qu’on nous sert un lavaş (orthographe phonétique) à la place d’une corbeille de pain. C’est une sorte de pâte à pide qui a une forme toute plate et très allongée, presque un mètre je dirais. C’est servi chaud avec des portions de beurre et de fromage (façon copeaux de parmesan sauf que c’est fait avec du lait de brebis je dirais). En dessert je demande un sütlaç (sorte de riz au lait assez surprenant) mais il n’y en a plus alors je me rabats sur un classique « crêpe banane-chocolat » qui se révèle être délicieux. Faut dire, je suis en manque de chocolat, j’en ai même rêvé une nuit ! Nous sortons de là le ventre archiplein ^^

Pour les photos de Cappadoce en plus grand format, c’est ici.