A Paris, les anti-4×4 prennent l’air la nuit
Ils veulent établir un «dialogue» avec les propriétaires de ces véhicules pollueurs.
Par Gilles WALLON
1er septembre 2005 (Liberation)

Les Dégonflés. Le nom s’imposait pour ce nouveau groupuscule parisien, spécialisé dans des opérations commandos d’un type inédit : le dégonflage de pneus des 4 x 4 vivant dans la capitale. «On ne les crève pas, on les vide seulement de leur air. Comme ça, pénalement, on ne risque presque rien», précise son porte-parole, qui préfère garder l’anonymat : «Je suis actuellement soumis à des travaux d’intérêt général, à cause de mes actions antipub.» L’histoire part d’un constat simple, effectué par un groupe d’amis d’une vingtaine d’années. «On considère que le conducteur de 4 x 4 sait qu’il pollue deux fois plus que les autres véhicules, mais qu’il s’en fout. Et les politiques de la ville sont impuissantes à lutter, étant donné la force des lobbies automobiles.»

Ces anciens activistes du métro ont donc décidé de reprendre du service, sur le bitume. «On s’en prend directement au consommateur, mais on l’assume, poursuit leur représentant. Notre attitude va sans doute déclencher des réactions de haine. Mais nous recherchons avant tout le débat citoyen, le dialogue, pour rappeler qu’en ville le 4 x 4 est nocif.» La première virée a eu lieu lundi soir, dans le VIe arrondissement. «On était cinq. Entre 22 heures et minuit, on a dégonflé six 4 x 4.» Sur chaque véhicule, deux pneus sont manipulés. Le plus difficile restait de «trouver un moyen de ne pas déclencher l’alarme, qui sonne dès que le véhicule perd un peu de son équilibre». La parade : les adaptateurs de pompes à vélo. «Leurs grosses valves nous permettent de dégonfler les pneus en douceur. On installe la valve, on s’en va un quart d’heure, le temps que les pneus se dégonflent. Ensuite on récupère le matos et direction le prochain 4 x 4.» Sur chaque voiture touchée, un petit tract est déposé, sans contact téléphonique, et signé : «A peu près n’importe qui avec un appareil respiratoire.»

Le groupe s’affirme «convaincu du succès futur de cette action. Pendant la prochaine action, le mois prochain, on fera un film à diffuser sur Internet. De toute façon, à part le thème de la propriété privée, on n’a jamais entendu d’argument négatif». Les Dégonflés veulent maintenir la pression. Et ils espèrent faire des petits dans les autres villes.