(j’ai pourtant bien vérifié la date, on est en 2005)

Pluie d' »indulgences » papales sur les JMJ de Cologne
LE MONDE | 09.08.05 | 13h09

La guerre des « indulgences » risque de rebondir entre catholiques et protestants. Et en Allemagne, soit au pays de Martin Luther qui, au XVIe siècle, avait fait des indulgences son cheval de bataille contre la papauté, et où Benoît XVI, originaire de Bavière, doit se rendre, du 18 au 21 août à Cologne, pour clôturer les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ).

Le Vatican a créé la surprise dans les milieux protestants en annonçant, lundi 8 août, sous la forme d’un décret signé de son « grand pénitencier », le cardinal américain Francis Stafford, que le nouveau pape accordera des « indulgences spéciales » aux participants des JMJ de Cologne. Ceux-ci devraient arriver par petits groupes à partir du 11 août et seront 800 000, les 20 et 21 août, dans la capitale rhénane.

Le décret précise que, pour bénéficier de ces indulgences, les fidèles devront participer, avec la « dévotion requise », aux diverses célébrations. Des indulgences « partielles » seront accordées à ceux qui ne pourront pas se rendre à Cologne, mais demanderont à Dieu, « par de ferventes prières », que les jeunes mûrissent dans la foi et le respect pour leurs parents et « s’engagent à vivre en conformité avec les saintes normes de l’Evangile et de l’Eglise ».

C’est la première fois que les indulgences­ censées épargner au pécheur, après sa mort, les peines de l’enfer ou réduire son temps de purgatoire vont pleuvoir sur les JMJ. Pendant quatre siècles, ce sujet a constitué un casus belli entre protestants et catholiques. A la fin du Moyen Age, les indulgences étaient achetées par les fidèles en espèces sonnantes et trébuchantes. Cette manne financière a permis aux papes de faire restaurer leurs palais et de construire l’actuelle basilique Saint-Pierre de Rome. C’est ce trafic d’indulgences qui avait
provoqué, en 1517, la rupture avec Léon X du moine Martin Luther, révolté qu’on puisse acheter son salut avec de l’argent.

Déjà, lors du jubilé de l’an 2000, Jean Paul II avait promis à tous les pèlerins de Rome le bénéfice de l’indulgence, alors définie comme un moyen (non financier !) d’accéder à la « plénitude » de la miséricorde de Dieu. Les protestants, qui croyaient définitivement abolie cette tradition, s’étaient à nouveau indignés. Ils n’avaient toutefois pas pris le risque d’une rupture du dialogue œcuménique pour cette affaire d’indulgences qui, dans leur esprit, relève au mieux d’un tropisme romain parmi les plus archaïques, au pis d’une théologie catholique de plus en plus régressive par rapport au concile Vatican II (1962-1965).

Cette querelle pourrait bien renaître à la veille des JMJ de Cologne. En Allemagne, les protestants sont aussi nombreux que les catholiques. Ils ont été invités à rencontrer le pape lors de son premier voyage dans son pays natal, mais aucune visite n’est prévue dans un temple évangélique, alors que Benoît XVI doit se rendre dans la synagogue de la ville. L’Eglise évangélique (EKD) se réjouit de cette visite à la synagogue, mais regrette une différence de traitement qui, ajoutée à la polémique sur les indulgences, risque de passer comme un faux pas du nouveau pape.

H. Tincq