L’enquête de la police londonienne entachée par une bavure
LEMONDE.FR | 24.07.05 | 08h25

La police britannique a reconnu samedi 23 juillet avoir abattu vendredi 22 juillet par erreur un Brésilien innocent. Malgré cette bavure, le chef de Scotland Yard Ian Blair a déclaré dimanche 24 juillet que les policiers britanniques ont ordre de tuer d’une balle dans la tête des kamikazes présumés.

Il a également indiqué que la police britannique n’a « pas de raisons de croire » que les auteurs des quatre attentats ratés du 21 juillet à Londres ont quitté le Royaume-Uni.

L’homme abattu vendredi par la police à la station de métro Stockwell, dans une banlieue défavorisée du sud de la Tamise, « n’était pas lié » aux attentats manqués de jeudi, a reconnu Scotland Yard dans un communiqué avant de divulguer quelques heures plus tard son identité.

La victime de la bavure, Jean Charles de Menezes, est un Brésilien de 27 ans, a déclaré la police, regrettant cette bavure qu’elle a qualifiée de « tragédie ».

Le gouvernement brésilien a demandé aux autorités britanniques des explications sur la mort de son ressortissant.

Se déclarant « perplexe » après la mort de Jean Charles de Menezes, « apparemment victime d’une lamentable erreur », « le gouvernement attend les explications des autorités britanniques sur les circonstances qui ont conduit à cette tragédie », indique un communiqué diffusé samedi soir par le ministère des affaires étrangères.

Selon le quotidien brésilien Globo, la victime vivait depuis trois ans dans la capitale britannique, où il résidait légalement.

Un cousin de Jean Charles de Menezes, Alex Alves, qui a reconnu le corps, a déclaré au journal qu’il était électricien et se rendait à son travail lorsqu’il a été tué.

Selon lui, la victime « n’avait rien dans son passé qui l’aurait poussée s’enfuir » après avoir reçu ordre de la police de s’arrêter. Au nom de la famille, il a demandé que le corps soit rapatrié « le plus vite possible ».

MORT D’UN INNOCENT

La presse britannique dénonçait dimanche la mort d’un innocent tout en reconnaissant la difficulté de la mission de la police dans la traque des terroristes.

Le Mail on Sunday rappelle ainsi que « dans le Londres du mois de juillet 2005, peu de personnes souhaiteraient que la police prenne des risques. Gardons à l’esprit que si le suspect de Stockwell avait porté une ceinture d’explosifs, les officiers qui l’ont abattu seraient considérés comme des héros, couverts de médailles et des remerciements de la population ».

News of the World, la version dominicale du Sun, met la responsabilité de cette « tragédie » sur le dos des terroristes du 21 juillet qui ont fait exploser quatre bombes à Londres sans faire de blessé et qui « sont les seuls à avoir du sang sur les mains ».

La police a par ailleurs déclaré avoir trouvé dans un parc de l’ouest de Londres un paquet suspect pouvant être lié aux quatre bombes retrouvées dans les attentats manqués de jeudi.

Elle a refusé de confirmer des informations de la BBC faisant état de la découverte d’un paquet contenant « des fils électriques, des clous et une substance de couleur beige ».

Plusieurs médias rapportaient également que Scotland Yard étudiait un lien possible entre les attentats du 7 juillet et ceux du 21 juillet à Londres.

« La police pense désormais que certains des hommes qui ont mené les attentats manqués de la semaine dernière (…) ont participé à un séjour de rafting (au pays de Galles) dans le même centre que Mohammed
Sidique Khan et Shehzad Tanweer », deux des kamikazes du 7 juillet, écrit dimanche The Observer.

Cette information est également rapportée par l’agence britannique Press Association, qui ne cite pas ses sources.

Ian Blair, a cependant refusé d’établir dimanche un lien entre les deux vagues d’explosions qui ont visé Londres les 7 et 21 juillet, évoquant toutefois « un cadre commun » liant les deux événements.

Par ailleurs, Scotland Yard détenait toujours deux hommes arrêtés vendredi à quelques heures d’intervalles dans le quartier de Stockwell, au sud de Londres.

Avec AFP