Je ne suis pas une fana des cartes de fidélité. Sans être paranoïaque, je me méfie des fichages en tous genres. Sur tous les différents supermarchés que je visite, j’en ai acquise une seule, moins par conviction que par l’esprit « bah, testons »… Mais depuis que j’ai déménagé, ma carte de fidélité du magasin Y ne daigne plus me dire combien de points elle a accumulés (ni me délivrer les chèques correspondants) car je ne retourne plus dans le magasin où elle a été émise, à 10 km de là.

Pourquoi l’endroit géographique est-il aussi important pour cette carte dont le seul but théorique est de comptabiliser des points ? Pour obliger les gens à déclarer leur changement d’adresse pardi ! Ca facilite les statistiques du style : les habitants de tel patelin dépensent autant et dans tel type d’achats. Et puis sans l’adresse actuelle, comment envoyer toutes les pubs ciblées ? Comment vendre à d’autres (et cher de préférence) une base de données, si la moitié de celles-ci sont périmées ?

Enfin bref, après quelques mois j’ai fini par me rendre au bureau d’accueil (c’est la version langue-de-bois pour dire : bureau des réclamations) du magasin jumeau proche de mon domicile, pour régler cela. D’habitude ils sont aimables (« commerçants » serait un mot plus exact) dans les bureaux d’accueil, et c’est particulièrement vrai dans les magasins Y. On me dit que je vais recevoir une nouvelle carte. C’est si difficile de changer les données de celle que j’ai déjà ? Pourquoi jeter et remplacer ?

Elle me donne le sacré-saint formulaire à remplir. Je note avec plaisir que la mention légale qui offre la possibilité au client de ne pas être spammé par du marketing direct est bien présente, ce qui n’est pas toujours le cas. Prise d’une inspiration subite, je rends le formulaire vierge (j’ai juste coché la case contre le marketing direct) en disant : « Je voudrais que ma prochaine carte soit anonyme ». OULAH ! Panique dans la chaumière ! On me regarde avec des yeux ronds : « Ah mais ça madame, ça n’est pas possible, je ne peux pas ! » Je lui réponds en souriant d’un air assuré : « Si si, vous pouvez. Je vous assure. »

Elle se sent dépassée par les événements et préfère appeler sa collègue, qui a sans doute plus de responsabilité au sein du bureau d’accueil. Et hop, attrape cette patate chaude, camarade !

Celle-ci avoue que techniquement c’est possible, oui, mais le directeur du magasin s’y oppose parce que ça pose problème avec le self-scanning. Quel est le problème ? Je n’utilise jamais le self-scanning de toute façon, car je ne tiens pas à ce que les caissières soient remplacées (par des machines et par les clients eux-mêmes). J’insiste gentiment, je tiens à avoir une carte anonyme. Une troisième collègue s’en mêle (quelle voyageuse, cette patate !) et tente de me convaincre pendant 10 minutes que : « Mais vous comprenez, madame, si vous quittez le magasin sans payer, on ne peut plus vous retrouver alors ! » Je n’ai pas très bien compris le rapport, car ça peut s’appliquer à n’importe quel client, avec ou sans carte de fidélité, utilisant ou non le self scanning… Je lui réponds juste : « si c’est le self scanning qui pose problème, il n’y a qu’à bloquer cette fonction sur ma carte. Tout ce qui m’intéresse, c’est qu’elle comptabilise les points. » Ah oui mais si quelqu’un d’autre la débloque après… Bon, je reste calme, je ne me vexe pas d’être prise pour la grrrrande criminelle dont on me dresse le portrait, et comme je vois qu’elle se replie toujours derrière la volonté du directeur local, je lui dis : « Si vous voulez, je peux vous imprimer la lettre de votre directeur général des ventes chez Y où il écrit noir sur blanc que c’est tout à fait possible. » Comme ça n’a pas l’air de la surprendre fort, je suppose que c’est qu’elle connaît déjà l’existence de cette lettre (téléchargeable ici). Elle a l’air ennuyé et, devant mon insistance, finit elle aussi par jeter la patate, pardon l’éponge : « Je vais appeler le directeur, vous vous arrangerez avec lui, moi je ne peux pas prendre cette responsabilité »

Ben dites donc, heureusement que je n’avais pas de surgelés dans ma charette. Le monsieur en question arrive, il est très commercial, pardon je voulais dire cordial, et 2 minutes plus tard j’avais ma carte de fidélité anonyme, avec fonction self scanning bloquée. Il en profite quand même pour essayer de me convaincre et me lance d’un ton plein d’humour : vous êtes sûûûûûre que vous ne voulez pas recevoir notre magazine « Y » ? Rho mais je vous assure qu’il est TRES bien fait, plein de recettes ALLECHANTES, vous perdriez à ne pas les recevoir, patati patata ! Je lui dis avec un sourire ferme que je suis allergique aux tonnes de publicités qui arrivent dans ma boîte aux lettres. « Oui mais là c’est NOUS ! vous êtes cliente chez NOUS ! » Il n’insistera pas plus, suffisamment intelligent pour ne pas poursuivre une cause perdue 😉

Ben voilà, c’était pas compliqué, il suffisait d’insister. Bon si j’étais venue avec cheveux gras, jogging troué et T-shirt tâché, je sais pas si ça aurait été aussi facile.

Oh et pour l’anecdote, la dame de l’accueil qui m’a donné la carte m’a dit : il faut quand même introduire un nom pour que la machine l’imprime sur le ticket, sinon elle va être perdue (pauvre machine). « Ca peut être votre prénom ou un nom d’emprunt, tout ce que vous voulez. » Et donc je vous annonce la grande nouvelle : Mousty est probablement le premier chat au monde à avoir une carte de fidélité chez Y !