Décidément l’actualité régionale est riche aujourd’hui ! Je ne peux pas m’empêcher de vous faire profiter de ce 3ème article. Si après ça vous n’êtes pas encore convaincu que la Belgique ne doit pas sa réputation de surréalisme qu’à Magritte…

Ce sont des critères dangereux !
(ndDDC : au choix du titre, vous reconnaîtrez notre journaleux de la note précédente)

Didier Gosuin, le bourgmestre d’Auderghem, s’en prend au plan quinquennal. L’ex-ministre ne décolère pas: les critères d’attribution des subsides des contrats de propreté sont scandaleux. Il ira au Conseil d’Etat pour les annuler.

Didier Gosuin (MR), ex-ministre bruxellois de la Propreté et actuel bourgmestre d’Auderghem, sent la colère lui remonter l’échine. Elle gronde depuis qu’il a appris, ce week-end, la réforme radicale de la distribution des subsides des contrats de propreté, décidée par le secrétaire d’Etat à la Propreté Emir Kir. Une réforme, estime Didier Gosuin, tout juste bonne pour la poubelle !

La principale originalité du plan quinquennal (2005-2010) d’Emir Kir est la nouvelle clé de répartition des subsides des contrats de propreté.

En plus des deux critères actuels (densité de population et longueur des voiries), on en ajoute beaucoup d’autres : nombre d’emplois et de navetteurs, activité économique génératrice de salissure, revenu moyen, nombre de personnes au CPAS, rapport locataire-propriétaire, etc. Cette nouvelle clé a pour résultat, d’une année à l’autre, de faire chuter de 10 à 17 % l’aide régionale aux communes riches (Auderghem, Uccle, les deux Woluwe et Watermael) mais d’augmenter sensiblement la dotation d’autres comme Evere (jusqu’à 54 %) ou Bruxelles-Ville (42 %).

Didier Gosuin note en outre qu’il n’a pas été consulté en tant que bourgmestre. Tout au plus, j’ai rencontré en septembre M. Kir pour une prise de contact. Nous n’avons absolument pas évoqué ce problème. Mais ce n’est pas tellement cela qui me navre. Je précise que je n’ai rien contre l’idée de compléter les critères existants par de nouveaux. On peut par exemple tenir compte de la présence de fast-foods, de gares, d’écoles… Mais ce ne sont pas ces critères qui ont été retenus. J’ai le sentiment qu’il y a un travail qui avantage scandaleusement les communes « rouges » et qui sanctionne celles qui n’ont pas la bonne couleur. Pourtant, le système actuel (densité de population et longueur des voiries) a fait l’objet d’études approfondies. C’est le professeur Jaccard, de l’Ecole polytechnique de Lausanne, qui l’avait mis au point, sur base de l’expérience lyonnaise. Ce sont des critères objectifs, inattaquables.

Les nouveaux critères choquent l’ex-ministre : Faire intervenir des critères comme le nombre d’assujettis au CPAS ou le degré de pauvreté d’une population est inadmissible. Cela revient à dire qu’il y a un lien entre le revenu et la propreté. Cela revient à dire qu’un pauvre est malpropre et qu’un riche est propre. C’est scandaleux ! Même chose pour un locataire. Quelle est la corrélation scientifique qui dit que le locataire est « plus sale » que le propriétaire ? Ce sont des critères fantaisistes, pernicieux et dangereux. Je n’hésite pas à les qualifier d’insultants.

En tout cas, Didier Gosuin sort la grosse artillerie. Il écrira dès demain à Emir Kir pour se faire préciser par écrit ces fameux critères. Et si ses craintes se confirment (s’il s’avère que ces critères sont inobjectifs et attaquables), il ira au Conseil d’Etat pour les faire suspendre puis les annuler.

F. ROBERT – lundi 11.07.2005